Le diéthyllysergamide, connu sous l'abréviation LSD ou LSD-25 (de l'allemand . ; littéralement « acide lysergique diéthylamide »), est un psychédélique hallucinogène et psychostimulant d'origine hémisynthétique.
C'est un composé de la famille des lysergamides, dérivé de composés issus de l'ergot du seigle (Claviceps purpurea), un champignon ascomycète qui affecte l’épi des céréales comme le seigle ou le blé..
Agoniste des récepteurs à la sérotonine 5-HT2A, et doué de propriétés dopaminergiques excitatrices, il provoque de puissants effets psychédéliques, de pseudo-hallucinations et une stimulation extrême du cerveau.
Il est synthétisé à partir d'autres dérivés de l'ergot de seigle en 1938 puis en 1943 par Albert Hofmann et Arthur Stoll chez Sandoz à Bâle en Suisse. Ces derniers découvrent alors ses propriétés psychotropes et les décennies suivantes voient l'essor de sa consommation dans les milieux intellectuels et dans le milieu médical..
Associée très tôt aux mouvements contestataires et, notamment, à la contre-culture dans un contexte d'opposition à la guerre du Vietnam aux États-Unis et d'émergence du mouvement hippie, le LSD est interdit pour la première fois en en France., puis en octobre de la même année en Californie, avant d'être progressivement banni et classé comme stupéfiant à travers le monde.
Le renouveau de l'expérimentation médicale sur le LSD au semble le réintroduire et en faire un traitement potentiel pour des pathologies mentales particulières comme les addictions ou le trouble de stress post-traumatique ou comme aide à la psychothérapie, malgré des risques psychiques et des défis éthiques importants.
Vendu depuis les années 1960 sur le marché noir, le LSD est utilisé comme drogue récréative, notamment en milieu festif liés au mouvement psytrance, mais aussi dans les milieux artistiques plus largement ; il se présente alors le plus souvent sous la forme de petits morceaux de papier buvard (souvent illustrés) imprégnés de la substance. Il peut également prendre la forme d’une goutte d’éthanol contenant le LSD dilué. Il peut être plus rarement vendu sous forme d'un minuscule comprimé (appelé « micropointeil est bien plus souvent consommé sous forme de goutte que de micro pointes qui sont relativement rares») ou sous forme de gélatine.
Histoire Le syndrome consécutif à l’absorption d'ergot de seigle est nommé l'ergotisme. Connu depuis l'Antiquité puis le haut Moyen Âge sous le nom de ou ., il se présente sous la forme de délires hallucinatoires assez différents de ceux du LSD, de tremblements, de convulsions, mais aussi de gangrènes caractérisant une forme particulière, gangréneuse. Les toxines de l'ergot de seigle comme l'ergométrine ou l'acide lysergique se retrouvaient alors dans le pain via la farine des céréales et contaminaient des villages entiers. De telles épidémies auraient même eu une influence sur la fertilité des populations au Moyen Âge et sur des vents de panique à type de révolte. Des usages médicaux de l'ergot existaient également : faciliter l'accouchement ou soulager de violentes céphaléesCornière, Audrey, Les alcaloïdes de l'ergot : mycotoxines réémergentes ? Toxinogénèse et toxicité pour l'homme et les animaux, thèse d'exercice, Médecine vétérinaire, École nationale vétérinaire de Toulouse - ENVT, 2014, 99.
Des plantes de la famille des Convolvulaceae comme lIpomoea tricolor dont les graines renferment des alcaloïdes dérivés de l'ergoline comme l'ergine (LSA) étaient également utilisées dans un cadre rituel sur le continent sud-américain par des populations précolombiennes.
Synthèse Le LSD est synthétisé pour la première fois en 1938 par les chimistes suisses Arthur Stoll et Albert Hofmann à Bâle. Ce dernier travaille alors dans le laboratoire dirigé par le professeur Arthur Stoll. au sein de l'entreprise pharmaceutique Sandoz (Novartis depuis 1996). Les deux chimistes travaillent sur les applications thérapeutiques possibles de l'ergot du seigle (Claviceps purpurea). Ils utilisent la méthode qui leur servit à synthétiser l'ergométrine. Dans leur plan d'étude, le LSD est le vingt-cinquième dérivé de l'ergot de seigle qu'ils étudient, d'où le nom LSD-25.. Ils espèrent obtenir un analeptique, stimulant le système respiratoire mais, lors des expérimentations, on note seulement une activité utéro-constrictive correspondant à 70 % de celle de l'ergométrine et une agitation des animaux lors de la narcoseSommeil artificiel induit par le produit.. La molécule n'éveille aucun intérêt et les expérimentations sont arrêtées.. Malgré le classement sans suite des études sur le LSD, Hofmann revient sur leurs recherches en 1943. Le , il expérimente accidentellement les effets psychotropes de la molécule lors de la phase finale de la synthèse. Hofmann décide alors d'expérimenter véritablement sur lui-même la substance le par une prise de par voie orale. Lors de cette expérience, il doit rentrer chez lui à bicyclette (du fait de la guerre, les voitures sont réquisitionnées ; cette course est aussi connue et commémorée chaque année sous le nom de .). Il vient d’embarquer pour le premier trip de l’histoire du LSD, ouvrant la voie à de nombreuses autres expérimentations psychédéliques et scientifiques. Se croyant empoisonné, il consomme près de trois litres de lait, réputé être un anti-poison. Finalement, son médecin, appelé au secours, l'ausculte, ne détecte aucun symptôme autre qu'une mydriase (dilatation des pupilles) et le rassure sur son état. Dans son autobiographie parue en 1980, Albert Hofmann raconte cette première prise volontaire de LSD. Il attribue par la suite ces épisodes angoissants et des sensations de décorporation au surdosage et à l'angoisse suscitée par une situation inconnue.
Arthur Stoll et Albert Hofmann déposent le brevet pour le d-Lysergic Acid Diethylamide aux États-Unis le « U.S. Patent 2,438,259; Patented Mar. 23, 1948 », sur erowid.org. (en Suisse le ). En 1947 sont publiés les premiers résultats d'une expérimentation systématique du LSD chez l'humain par le docteur Werner A. Stoll, publiée dans le sous le titre . Le professeur Werner A. Stoll est psychiatre et fils du patron des laboratoires Sandoz Arthur Stoll ; il fut le premier psychiatre à tester le LSD sur des patients . Le LSD apparaît comme une molécule prometteuse. Les laboratoires Sandoz mettent au point une préparation-test du nom de Delysid à la disposition des chercheurs. Le LSD est alors utilisé dans les milieux psychiatriques et en psychologie afin de faciliter l'approche psychothérapeutique : de nombreuses études sont menées à son sujet. Dès 1951, un ancien agent des services secrets américains, Alfred Hubbard, s'intéresse au LSD et le fait découvrir à l'écrivain Aldous Huxley en 1955. Devenu médecin, il ouvre des cliniques de traitement de la toxicomanie par le LSD au Canada.
Usage psychédélique vignette|gauche|Timothy Leary lors de son arrestation par le Bureau des narcotiques en 1972.
À partir du milieu des années 1950, des publications relatives au LSD suscitent l'intérêt au-delà du milieu médical et sont largement médiatisées et présentées comme des « traitements miraculeux » ou des expériences positives Sidney Katz, dans le magazine .Wilfried Zeller, Une expérience scientifique audacieuse dans le magazine Quick du .Un article du magazine , où l'acteur décrit le sentiment de paix intérieure qu'il a éprouvé grâce à une psychothérapie avec du LSD.Constance A. Newland, , 1963.Jane Dunlap, , 1961.. L'auto-expérimentation prend de l'ampleur et sort du cadre scientifique. La consommation de LSD augmente et, avec elle, les récits de commencent à se multiplierAinsi, au début de l'année 1967, l'hôpital général de San Francisco reçoit en moyenne quatre personnes par jour en . informations complémentaires sur le Time. Le LSD est alors fortement lié à la contre-culture américaine – d'abord, puis hippie dans les années 1960-70. Le développement des acuités sensorielles et cérébrales qu'il favoriserait permettrait de dépasser une vision restrictive de soi-même et de son environnement. Des personnalités en vue de l'époque (Allen Ginsberg, Aldous Huxley, Anaïs Nin, Cary Grant, Timothy Leary, Ken Kesey…) en consomment et prônent son usage. Leary s'installe à Millbrook, dans l'État de New York, où il délivre des prises contrôlées de LSD. Kesey s'installe à La Honda en Californie. Il fonde les Merry Pranksters (« joyeux lurons ») avec qui il sillonne les États-Unis dans un bus décoré par leurs soins afin d'organiser des « ». De nombreuses communautés urbaines et rurales de cette mouvance psychédélique sont créées, en même temps que de nombreux jeunes sympathisants de cette mouvance se regroupent et s'installent dans certains quartiers comme Haight-Ashbury à San Francisco ou l'East Village à New York. C'est à cette époque que commence à être signalé l'usage du LSD sous forme de buvard. En 1963, Sandoz perd les derniers brevets du LSD. Les années 1964 à 1966 voient une multiplication d'articles de presse sur le produit, certains alarmantsEn , le publie une étude de William Frosch, un psychiatre du de New York. Elle conclut notamment au fait qu'un tiers des usagers de LSD admis dans cet établissement le sont dans un état psychotique grave.En , la FDA, bientôt suivie par les départements de police, ouvre ses archives aux journalistes.L'histoire la plus retentissante est celle de Stephen Kessler qui poignarde sa belle-mère de de couteau puis prétend avoir été sous LSD. Cette défense reste controversée car la haute accoutumance à court terme du LSD ne permet pas les trois jours de qu'il décrit. article du du 22 avril 1966., d'autres laudateurs. Sandoz décide d'en arrêter la distribution en . Cet arrêt met fin aux protocoles d'expériences en cours qui doivent alors demander des nouvelles autorisations, qu'ils n'obtiennent pas, auprès de la FDA. L'essor des communautés hippies inquiète les autorités. L'État de Californie, dont le gouverneur est le républicain Ronald Reagan, interdit l'usage du LSD le , décision rapidement suivie par les autres États de l'Union. L'image populaire du LSD change et devient celle d'un produit dangereux.
La convention unique sur les stupéfiants de 1961 ne réglemente pas les nouvelles substances synthétiques psychédéliques. Mais la culture hippie et, avec elle, la consommation de substances psychédéliques concernent peu à peu l'ensemble du monde occidental. Une nouvelle convention sur les stupéfiants est organisée en 1971. le LSD y est classé, dès sa mise en place (et son application dans les pays signataires), dans le qui liste Pourtant, la consommation privée de LSD ne baisse que plus tard, au milieu des ..
Depuis, en fonction de la législation des différents pays, la fabrication, la possession et l'utilisation peuvent être sanctionnées par des peines pouvant aller jusqu'à la prison. Malgré cette interdiction, la CIA utilise le LSD dans le cadre d'expérimentations illégales sur des sujets humains au Canada et aux États-Unis dans le cadre du projet MK-Ultra.. Le LSD a une énorme influence culturelle dans les et 1970 notamment dans les milieux rock, pop, cinématographique et même plus généralement dans le milieu artistique. La CIA envisage à cette époque d'introduire du LSD dans la nourriture de Fidel Castro afin de provoquer chez lui un comportement irrationnel qui le couvrirait de ridicule. Il est également envisagé d’arroser de LSD une station de radio d'où le président cubain devait intervenir..
Affaire de Pont-Saint-Esprit