Pierre Boulez Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API., né le à Montbrison (Loire) et mort le à Baden-Baden (Bade-Wurtemberg, Allemagne), est un compositeur et chef d'orchestre français.

Fondateur, puis directeur de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM) et de l'Ensemble intercontemporain, il est également professeur au Collège de France, chaire « Invention, technique et langage en musique », de 1978 à 1995.

Au début de sa carrière, il joue un rôle important dans le développement de la musique sérielle, de la musique électronique et de la musique aléatoire. Ses vues polémiques sur l'évolution de la musique lui valent une réputation d'enfant terrible..

Comme chef d'orchestre, Pierre Boulez est connu principalement pour sa direction des œuvres des compositeurs du comme Béla Bartók, Alban Berg, Claude Debussy, Gustav Mahler, Maurice Ravel, Arnold Schönberg, Igor Stravinsky, Edgard Varèse et Anton Webern, mais aussi les œuvres de certains de ses contemporains, tels Elliott Carter ou György Ligeti. Il a été par ailleurs directeur musical des orchestres symphoniques de la BBC, de New York et de Chicago.

En 1976, pour le centenaire du festival de Bayreuth, où il est régulièrement invité, il dirige L'Anneau du Nibelung, cycle de quatre opéras de Richard Wagner dans une mise en scène de Patrice Chéreau. Durant sa carrière, Pierre Boulez se sera vu décerner vingt-six Grammy Awards.

Biographie

Enfance et adolescence

Fils de Léon Boulez, ingénieur et industriel, et de Marcelle Calabre, Pierre Boulez a une sœur, Jeanne., et un frère, Roger., qui deviendra bibliothécaire de l'École normale supérieure. Il prend ses premiers cours de piano à l’âge de six ou sept ans. Après des études secondaires au petit séminaire de Montbrison, l’institut Victor de Laprade, il est admis pour l’année scolaire 1941-1942 à Lyon en classe de mathématiques supérieures, qu’il abandonne l’année suivante pour préparer le concours du Conservatoire national de musique et d'art dramatique à Paris, où il entre en 1943 dans la classe préparatoire d'harmonie de Georges Dandelot. Il y côtoie Annette Vaurabourg qui le présente à sa tante ; celle-ci l’accepte dans sa classe de contrepoint.. En 1944, après avoir échoué au concours d'entrée de la classe de piano, il intègre la classe d'harmonie avancée d'Olivier Messiaen, d'où il sort l'année suivante avec un premier prix. Il étudie brièvement le sérialisme avec René Leibowitz. Mais jugeant l'enseignement de ce dernier trop rigide quant à l’application des techniques héritées de la seconde école de Vienne, il prend ses distances avec lui dès l'automne suivant et retrouve assez vite une complicité avec Messiaen : , confiera-t-il plus tard à Antoine Goléa. Le , la pianiste Yvette Grimaud crée à l’École normale de musique ses Douze notations et ses Trois psalmodies, premières œuvres personnelles du compositeur (après ses essais pour voix et piano en 1942-1943)Pierre Boulez, Actes Sud coédition Philharmonie de Paris, mars 2015 — ..

Débuts professionnels En 1945, pour gagner sa vie, Pierre Boulez se spécialise dans les ondes Martenot, jouant, entre autres, dans la fosse des Folies BergèreDavid Le Marrec : Boulez après les Folies Bergère… « Carnets sur sol » operacritiques.free.fr. Il est engagé en 1946, aux côtés de Maurice Jarre, pour jouer la musique de scène du Hamlet de Shakespeare, monté par la compagnie de Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault qui, rapidement, le nomme directeur de la musique de scène. Abandonnant les ondes Martenot, Pierre Boulez dirige son premier ensemble instrumental constitué pour cette créationPierre Boulez, enfant du théâtre et du Paradis, lefigaro.fr. Il dirige notamment les musiques de Georges Auric, Francis Poulenc et Arthur Honegger..

Il compose durant cette période sa Première Sonate pour piano (1946) qui, plus encore que la Sonatine pour flûte et piano, effectue la synthèse des influences récentes du jeune compositeur. Puis se trouvent ses cantates Le Visage nuptial et Le Soleil des eaux, appuyées sur des poèmes de René Char et souvent décrites comme sa période lyrique, ainsi que sa pour piano (1948) écrite à 23 ans, chef-d'œuvre du « premier Boulez », d’un lyrisme véhément prenant pour cadre le modèle de la sonate beethovénienne pour mieux le pulvériser en poussant plus loin l’exploration des techniques sérielles..

En 1953, soucieux de faire entendre la musique moderne dans de bonnes interprétations mais surtout exaspéré par ce qu’il entend ailleurs, « toutes griffes dehors » pour reprendre l'expression de Jean-Louis BarraultUn témoignage de Jean Louis Barrault sur les débuts de Boulez au théâtre Marigny., il organise avec ce dernier, et sur la base du mécénat privé, les concerts du « Petit Marigny » dans la petite salle du théâtre où sa programmation d'avant-garde va devenir le Domaine musical. Mais la difficulté à trouver des chefs disponibles pour la création contemporaine le contraint à diriger lui-même les œuvres, d'abord pour des petites formations instrumentales. Il commence à diriger des ensembles plus vastes en 1957 à Cologne, où Hermann Scherchen le laisse diriger son Visage nuptial. Il participe à la création de Déserts de Varèse le au théâtre des Champs-Élysées; il est l'auteur du texte de présentation qui est lu en direct sur l'antenne de France 4, plus tard France musique.

Carrière internationale En 1958, sur l'invitation d’Heinrich Strobel, alors directeur de la station de radio du Südwestfunk, Pierre Boulez prend résidence à Baden-Baden pour seconder le chef d'orchestre Hans Rosbaud, créateur du Marteau sans maître le . Celui-ci étant affaibli par la maladie, il le remplacera au pied levé pour de grands concerts orchestraux à Donaueschingen les 17 et où il entame sa véritable carrière de chefPierre Boulez, compositeur révolutionnaire classical-music.com.

Dans les années 1950, il est considéré comme le « musicien des modernes », un mouvement comprenant notamment Michel Butor, Roland Barthes ou Michel Foucault, devenant leur « unique référence en matière musicale »Claude Samuel, Maryvonne de Saint-Pulgent, « Pierre Boulez. Pouvoir de l'homme. Homme de pouvoir », Diapason, Numéro 521, janvier 2005, p.23. À ce titre, il partage des combats politiques très engagés à gauche. En 1960, il signe par exemple le « Manifeste des 121 », déclaration sur le « droit à l'insoumission » dans le contexte de la guerre d'Algérie. À cette époque, « polémiste redoutable », il s’exprime régulièrement de manière très critique contre des « personnages installés ».

À partir des années 1960, Boulez devient un chef d’orchestre de renommée internationale. Sa carrière se poursuit à l'Orchestre de la Résidence de La HayeOrchestre de la Résidence de La Haye site officiel, puis au Concertgebouw d’Amsterdam, notamment après la mort de Rosbaud. À Paris en 1963, il se charge de la célébration du cinquantenaire du Sacre du printemps dont l’enregistrement sera récompensé par l'Académie du disque. Ses représentations de Wozzeck faciliteront son engagement à Bayreuth en 1966 pour la production de Parsifal, son opéra fétiche. Il devient alors de plus en plus difficile pour lui de refuser les offres qu’on lui propose à la tête des plus grandes formations et les contrats vont désormais s’enchaîner avec l'Orchestre de Cleveland en 1967, puis avec l'Orchestre symphonique de la BBC de 1971 à 1975, en alternance avec l'Orchestre philharmonique de New York, où il succède à Leonard Bernstein, de 1971 à 1978 et, plus tard, avec l'Orchestre symphonique de Chicago en 1995.

Après André Cluytens de 1955 à 1958, et avant Alain Altinoglu en 2015, il est le second chef français à être invité au Festival de Bayreuth à diriger la musique de Richard Wagner. En 1966, 1967, 1968 et 1970, il choisit d'y interpréter l'opéra en trois actes Parsifal produit par Wieland WagnerPierre Boulez au Festival de Bayreuth sur wagneropera.net.

De 1976 à 1980, il revient à Bayreuth pour diriger une nouvelle version du Ring mis en scène par Patrice Chéreau. Si, en s'écartant de l'imagerie et de l'interprétation traditionnelles, la mise en scène de Chéreau a causé un scandale lors des premières représentations en 1976, elle a finalement gagné l'assentiment de tout le public du festival et a été saluée par quatre-vingt-cinq minutes d'applaudissements et cent-un levers de rideau lors de la dernière représentation, le ..

Sur le plan discographique, ses interprétations du Sacre du printemps de Stravinsky, de l’opéra Wozzeck d’Alban Berg ou de la Tétralogie de Richard Wagner, aux côtés de Patrice Chéreau, deviennent une référence dans le monde musical.

À la demande du président Georges Pompidou, Pierre Boulez fonde deux institutions dont les coûts sont entièrement pris en charge par des subventions publiques : en 1970 l’Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique) et en 1976 l’Ensemble intercontemporain, formation de 31 solistes vouée à l'exécution de la musique contemporaine. C’est dans les studios de l’Ircam qu’il compose Répons, œuvre spatialisée pour ensemble instrumental et dispositif électroacoustique en temps réel. Il est également impliqué dans les grands chantiers de l’Opéra Bastille, la Cité de la musique et la Philharmonie de Paris. Par la suite, l'influence croissante qu'il exerce en France sur le monde de la musique contemporaine lui valent des critiques qui dénoncent un « système d'influences » et, d'une manière générale, son rôle d'« homme de pouvoir »Olivier Lamm Boulez de B à Z, liberation.fr, 6 janvier 2016

En 1979, il dirige Lulu d'Alban Berg à l'Opéra de Paris dans la version complétée par Friedrich Cerha. En 1992, Il reprend Pelléas et Mélisande à Cardiff avec le metteur en scène Peter Stein, qu'il retrouve en 1995 à Amsterdam pour une nouvelle production de Moïse et Aaron. Puis il dirige de nouveau Parsifal en 2004 dans la mise en scène controversée de Christoph Schlingensief. Interrogé sur les idées iconoclastes de ce dernier, il déclarera : « Il vaut mieux avoir trop d’imagination que pas assez ».

vignette|droite|Pierre Boulez lors d'une conférence de presse au Palais des beaux-arts de Bruxelles, le . En 1988, dans le cadre du festival d'Avignon, il dirige Répons en plein air à la carrière Boulbon et est le compositeur invité du centre Acanthes, à Villeneuve-lès-Avignon, où il donne une série de cours de direction d'orchestre à de jeunes musiciens.. La même année, les thèmes concernant le rythme, la mélodie, le timbre, l’harmonie, le matériau et la forme sont abordés dans une série de six films pédagogiques « Boulez » réalisés par Nat Lilenstein. Soucieux de transmettre son expérience, il dirige également à plusieurs reprises des ensembles tels que l'Orchestre des jeunes Gustav Mahler ou celui de l’Académie du festival de Lucerne qui permettent à des apprentis-musiciens de se familiariser avec le travail collectif et à la vie professionnelle.

Dernières années Dans les dernières années il souffre d'un glaucome et d'autres symptômes neurodégénératifsFrance Musique. Émission Relax. Vendredi 29 novembre 2019, avec Christian Merlin. À l'automne 2010, une opération à l’œil l'oblige à annuler ses concerts en tant que chef pour plusieurs mois. S'il remonte par la suite à quelques occasions sur un podium, il ne donne plus de concerts à partir de 2012.

Fondateur de l'académie du Festival de Lucerne en 2004, Pierre Boulez met fin à son enseignement en 2015, mais reste directeur artistique de l'Académie..

Il meurt le à l'âge de 90 ans à Baden-Baden« Mort de Pierre Boulez, symbole d’un musical avant-gardiste », Renaud Machart, Le Monde, 6 janvier 2016 (lire en ligne). Il est inhumé dans le cimetière principal de la ville..

Compositeur Au début des années 1950, influencé par le « Mode de valeurs et d’intensités » d'Olivier Messiaen (1949), Pierre Boulez s’oriente vers un sérialisme généralisé.

Débuts du sérialisme