Alida Maria Laura Altenburger von Markenstein und Frauenberg, connue sous le nom d'Alida Valli, est une actrice italienne née le à Pula, en Istrie, et morte le à Rome.

Elle joue dans plus de 100 films en 70 ans de carrière, des années 1930 au début des années 2000. Elle est d'abord une étoile montante dans le cinéma des téléphones blancs ou du calligraphisme comme Le Mariage de minuit (1941) qui lui vaut un prix spécial de la meilleure interprétation à la Mostra de Venise puis elle devient une vedette internationale dans l'après-guerre, notamment grâce à ses prestations dans Le Procès Paradine (1947) d'Alfred Hitchcock, Le Troisième Homme (1949) de Carol Reed, Senso (1954) de Luchino Visconti, Le Cri (1957) de Michelangelo Antonioni, Les Yeux sans visage (1960) de Georges Franju ou Une aussi longue absence (1961) d'Henri Colpi qui remporte la Palme d'or du Festival de Cannes et le prix Louis-Delluc. Selon Frédéric Mitterrand, Valli était la seule actrice en Europe à égaler Marlene Dietrich ou Greta Garbo.

Elle est une actrice polyvalente et appréciée des années 1960 et 1970 chez Claude Chabrol (Ophélia, 1963), Pier Paolo Pasolini (Œdipe roi, 1967), Valerio Zurlini (Le Professeur, 1972), Patrice Chéreau (La Chair de l'orchidée, 1975) et à trois reprises chez Bernardo Bertolucci (La Stratégie de l'araignée, 1970 ; 1900, 1976 ; La luna, 1979). Elle devient également une habituée des gialli et des films d'épouvante à l'italienne tels que L'Œil du labyrinthe (1972) de Mario Caiano, Lisa et le Diable (1973) de Mario Bava, L'Antéchrist (1974) d'Alberto De Martino, ainsi que Suspiria (1977) et Inferno (1980) de Dario Argento.

De son vivant, Valli a reçu l'ordre du Mérite de la République italienne ainsi que le Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière à la Mostra de Venise 1997 pour sa contribution au cinéma.

Biographie vignette|gauche|Alida Valli dans Plus fort que l'amour (1940). Alìda est née à Pula d'une mère istrienne, la pianiste Silvia Obrekar, et d'un père trentin, professeur de philosophie et critique musical d'extraction aristocratique, le baron Gino Altenburger von Marckenstein und Frauenberg, qui appartenait à une famille noble d'origine tyrolienne. Son grand-père paternel était le baron Luigi Altenburger (ou Altempurger), un Austro-Italien de Trente, descendant des comtes d'Arco ; sa grand-mère paternelle était Elisa Tomasi de Trente, une cousine du sénateur romain Ettore Tolomei. La mère de Valli, Silvia Oberecker Della Martina, née à Pula, était une femme au foyer « culturellement sophistiquée », d'origine mi-slovène mi-italienne. La mère de Valli était la fille de Felix Oberecker (ou Obrekar), originaire de Laibach, en Autriche (aujourd'hui Ljubljana, en Slovénie), et de Virginia Della Martina, originaire de Pula, en Istrie (qui faisait alors partie de l'Autriche). Le grand-oncle maternel de Valli, Rodolfo, était un ami proche de Gabriele D'Annunzio.

Sa famille a quitté l'Istrie avant le début des persécutions anti-italiennes. À l'âge de 8 ans, elle s'installe avec sa famille sur le lac de Côme et, malgré plusieurs voyages et déménagements, ne reviendra jamais dans sa ville natale. Les nouvelles qu'elle reçoit des massacres des foibe en Istrie l'ont durement éprouvée : « Je ne me sens pas privilégiée d'avoir été épargnée par ce qui est arrivé aux Istriens à la fin de la guerre : déplacements forcés, confiscation des biens et souvent la mort. Bien qu'éloignée, j'ai souffert avec eux ». Dans son journal, elle exprime un grand regret pour Pula : « J'ai choisi de ne jamais retourner à Pula », trop de chagrin. La ville de sa naissance, Pula, est devenue yougoslave en 1945 puis croate en 1991 mais Alida Valli s'est toujours considérée italienne. En 2004, la Croatie a décidé de l'honorer en tant que grande artiste croate, mais elle a refusé le prix en déclarant : ( « Je suis née italienne et je veux mourir italienne »).

En 1936, elle adopte le nom de famille Valli, choisi, semble-t-il, après avoir consulté au hasard un annuaire téléphonique. Le nom d'origine était en effet difficile à prononcer pour les italiens et elle avait besoin d'un nom plus charmant pour le public.

Au cours de ses premières années à Rome, elle rencontre l'aviateur (né en Suisse le ), qu'elle avait connu quelques années auparavant, et ils se fiancent. Malheureusement, le lieutenant de Côme meurt dans le ciel de Tobrouk, en Libye italienne, le .

Peu avant la fin de la guerre, elle rencontre le musicien et compositeur Oscar De Mejo, qu'elle épouse et avec lequel elle a deux fils : Carlo, également acteur, et Lorenzo, qui a suivi les traces de son père et est devenu musicien de jazz ; après huit ans, ils divorcent. Au début des années 1950, elle se fiance avec Piero Piccioni, grand ami et collègue de son premier mari, mais la relation ne dure pas, notamment en raison de la pression médiatique créée par l'affaire Wilma Montesi, qui implique le musicien lui-même, fils d'un ministre de l'époque. C'est sur le tournage de Senso (1954) qu'elle rencontre Giancarlo Zagni, assistant réalisateur de son état, grâce auquel elle fait ses débuts au théâtre et qui sera son compagnon pendant une quinzaine d'années.

Débuts au cinéma dans la période fasciste vignette|Alida Valli dans Mille Lires par mois (1939). Elle suit des cours au Centro sperimentale di cinematografia et fait ses débuts sur le grand écran très jeune, en jouant des rôles de protagoniste dès le début. Il s'agit de films légers, mais qui remportent un grand succès auprès du public, grâce auquel elle devient rapidement l'étoile montante du cinéma italien pendant la période fasciste. Son premier rôle lui est offert par Mario Bonnard dans Le Féroce Saladin en 1937. C'est d'ailleurs ce réalisateur qui a choisi son nom d'artiste. Elle signa ensuite un contrat à long terme avec Italciné. Le début de sa carrière se déroule devant les caméras des grands réalisateurs italiens de l'époque, Mario Camerini et Goffredo Alessandrini, bien sûr (période des Téléphones blancs oblige), mais aussi Mario Bonnard, Max Neufeld, Mario Mattoli, Carmine Gallone et Mario Soldati. Parmi les titres les plus remarquées, citons Mille Lires par mois (1939) et Leçon de chimie à neuf heures (1941).

Pendant la guerre Entre 1941 et 1943, pour le réalisateur Mario Mattoli, elle joue dans trois films réalisés l'un après l'autre et définis comme « les films qui parlent au cœur » : Lumières dans les ténèbres, Chaînes invisibles et Ce soir, rien de nouveau, où elle interprète la célèbre chanson Ma l'amore no (de et Giovanni D'Anzi), qui devient la chanson italienne la plus diffusée par l'EIAR pendant les deux dernières années les plus sombres de la guerre.

Ce sont des années de travail intense, au cours desquelles arrivent également des scénarios dramatiques. Après le rôle de Manon dans Manon Lescaut de Carmine Gallone (1940), c'est au tour du rôle de Luisa dans Le Mariage de minuit de Mario Soldati (1941), où elle fera montre d'une qualité de jeu dramatique peu ordinaire, qui lui vaut à la Mostra de Venise un prix spécial du comte Giuseppe Volpi en tant que meilleure actrice italienne de l'année. C'est grâce à ce film, parfois désigné comme appartenant au genre calligraphiste, que l'actrice change de registre, elle déclare en effet dans une interview qu'elle a cessé de « jouer » pour commencer à « interpréter ». La même année, elle perd son fiancé Carlo Cugnasca, tombé à la guerre.

Nous, les vivants vignette|gauche|Alida Valli dans Nous, les vivants (1942). En 1942, elle figure dans l'adaptation du roman américain d'Ayn Rand Nous, les vivants par Goffredo Alessandrini, présenté à la Mostra de Venise comme une seule œuvre mais distribué en deux parties (Noi vivi et Addio Kira!) en raison de sa durée supérieure à 3 heures. Ayant les qualités dignes d'être un film épique, Alessandrini et Majano décident d’écrire le scénario basé directement sur le roman sans avoir obtenu les droits de propriété car, à l’époque, l'Italie et les États-Unis étaient en guerre, une situation qui les empêchait d’obtenir les droits.

Le film d'Alessandrini a connu une histoire paradoxale avec la censure. Généralement considéré, malgré le démenti ultérieur du réalisateur, comme une œuvre de propagande anticommuniste et donc favorable au régime à l'heure où les troupes italiennes combattent en Union soviétique, il a ensuite été contesté et interdit cinq mois après sa sortie. Selon l'historien Jean Antoine Gili, il s'agit d'un « oubli de la censure. Elle ne s'était pas rendu compte que le film dépeignait une atmosphère dictatoriale plus proche de l'Italie fasciste que de la Russie soviétique ».

Contrairement à d'autres collègues, à l'automne 1943, l'actrice, pour ne pas jouer dans des films de propagande fasciste, refuse de se rendre dans les studios de cinéma de Cinevillaggio à Venise, ville située à l'époque dans la république de Salò, et reste donc à Rome, où elle se cache avec l'aide de ses amies Leonor Fini et Luciana d'Avack.

Passage éclair à Hollywood vignette|Frank Sinatra et Alida Valli dans les années 1940. Après son mariage et la naissance de son premier enfant en 1947, son interprétation d'Eugénie Grandet dans le film éponyme de Mario Soldati lui vaut le Ruban d'argent de la meilleure actrice. Le prix lui est remis à Los Angeles, où elle a été appelée par le producteur David O. Selznick, qui entend faire d'elle l'« Ingrid Bergman italienne » et lui offre un contrat de sept ans. Le public américain la connaît simplement sous le nom de « Valli », écrit en cursive, une habitude prise au générique de ses films américains « pour la rendre encore plus exotique ». L'actrice va se plaindre de cet état de fait : « Je me sens ridicule quand je me promène avec un seul nom », dit-elle. « Les gens me confondent avec Rudy Vallée ».

De cette période datent, entre autres, Le Procès Paradine (1947), aux côtés de Gregory Peck, réalisé par Alfred Hitchcock, qui a toujours eu des mots de grande admiration pour l'actrice italienne, Le Miracle des cloches (1948) d'Irving Pichel, dans lequel elle est associée à Frank Sinatra, et Le Troisième Homme (1949) de Carol Reed, aux côtés de Joseph Cotten et d'Orson Welles.

L'actrice ne supporte pas les règles que lui impose le producteur, réputé pour vouloir avoir un contrôle total sur ses acteurs, et elle obtient la résiliation de son contrat, même si c'est au prix d'une lourde amende de . Peu satisfaite du système hollywoodien et séparée de son mari Oscar de Mejo, un an après avoir donné naissance à un second fils à Los Angeles, Lorenzo dit « Larry », Alida Valli retourne seule en Italie, sa mère patrie, avec ses deux fils, Carlo De Mejo, Lorenzo De Mejo, en 1953, et elle s'installe définitivement à Rome.

Le critique britannique David Shipman a écrit dans son ouvrage sur les vedettes de cinéma que sur la base de ses films les plus connus avant 1950, elle pourrait sembler être « l'une des importations européennes les moins réussies d'Hollywood », mais qu'un spectateur de « deux ou trois des films qu'elle a tournés depuis lors... » la considérera probablement comme l'une des six meilleures actrices au monde.

Visconti, Antonioni vignette|gauche|Alida Valli et Farley Granger dans une scène de Senso (1954).