Albert Sarraut, né le à Bordeaux (Gironde) et mort le à Paris (Seine), est un homme d'État français.

Fils d'Omer Sarraut, maire de Carcassonne en 1887, diplômé en droit, il devient député radical-socialiste et s'implique particulièrement dans la gestion des colonies françaises. Gouverneur général de l'Indochine à deux reprises, puis ministre des Colonies, il est l'un des principaux inspirateurs de la politique coloniale de l'entre-deux-guerres. Il dirige en outre deux éphémères gouvernements de la République. Ministre de l'intérieur à plusieurs reprises, il dissout l'Action française, instaure au sein du gouvernement Daladier la politiqueA. Sarraut, « Décret du 12 novembre 1938 », Titre IV, in Journal officiel, , 13 novembre 1938. de A. Sarraut, « Rapport au Président de la République française », 12 novembre 1938, in Journal officiel, , 13 novembre 1938. des A. Sarraut, « Rapport au Président de la République française », 2 mai 1938, in Journal officiel, , 3 mai 1938. et ouvre les camps d'internement, où passeront plusieurs dizaines de milliers de républicains réfugiés de la guerre d'Espagne et des « Juifs » fuyant l'Allemagne nazie. Il vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940.

Frère de Maurice SarrautOn attribue à Georges Clemenceau un mot particulièrement cruel : « Albert Sarraut ?… Ah oui ! Celui qui a un frère intelligent ! », le directeur de La Dépêche de Toulouse assassiné par la Milice en 1943, il est déporté à son tour au début de l'année 1944 mais survit. Membre de l'Académie des beaux-arts de 1953 à 1962., il préside sous la République l'Assemblée de l'Union française de 1951 à 1958.

Biographie Député radical socialiste gauche|vignette|Rixe entre Albert Sarraut et Paul Pugliesi-Conti à la Chambre des députés, le 13 juillet 1906. Né le à Bordeaux (Gironde) et mort le à Paris (Seine)., Albert Sarraut est élu député de l'Aude, le Midi rouge, en sur un programme anticlérical qui permet aux radicaux d'obtenir le soutien des socialistes, Il sera réélu jusqu'en 1924.

Dans les années 1891-1893, il est proche de Gaston Lesaulx, rédacteur-en-chef de L'Avenir de l'Aude, journal socialiste basé à Carcassonne« Carcassonne : Affaire Lesaulx-Vidal », in: Le Sud-Ouest, 29 mars 1892, — sur Gallica..

En , il devient l'un des douze secrétaires du comité exécutif du Parti républicain, radical et radical-socialisteBulletin du Parti républicain radical et radical-socialiste : organe officiel du comité exécutif, , .. Le , il vote la loi de séparation de l'Église et de l'État, qui sera promulguée le .

À la séance du à la Chambre des députés votant le projet de loi réintégrant dans l'armée avec avancement le capitaine Dreyfus et le colonel Picquart, il est question de poursuites judiciaires à l'encontre du général Mercier et ses complices. Le député nationaliste de Paris Paul Pugliesi-Conti hurle au . Au cours d'une échauffourée générale, il reçoit du sous secrétaire Sarraut une gifle et demande réparation. Le duel a lieu deux heures plus tard à Ville-d'Avray. Clemenceau est directeur du combat et Sarraut s'enferre d'emblée sur l'épée de son adversaireL'Illustration, , .Journal officiel, 14 juillet 1906.. Grièvement blessé au poumon, il reste alité six semaines.

L'Indochine vignette|redresse|gauche|Albert Sarraut, Gouverneur général de l'Indochine française, en 1914. Sur le plan international, il est de 1911 à 1914 et de 1917 à 1919 gouverneur général de l'Indochine et travaille à cette occasion avec Albert Lebrun, ministre des Colonies de 1911 à 1913. Ses deux mandats à la tête de l'Indochine française sont marqués par une volonté d'introduire davantage d'éléments de démocratie dans le système colonial, notamment en donnant davantage de place aux élites indigènes. Il réforme l'administration, développe le système éducatif en Indochine et donne davantage de possibilités aux Indochinois d'intégrer la fonction publique...Pierre Brocheux et Daniel Hémery, Indochine : la colonisation ambiguë 1858-1954, La Découverte, 2004, pages 292-293.

La doctrine Sarraut pour les colonies Au début des années 1920, Sarraut, alors ministre des Colonies, conçoit un plan de mise en valeur des colonies qui, s'il ne fut pas mis en pratique, marque l'intérêt renouvelé des autorités pour le développement des colonies. Le plan à proprement parler est déposé à la Chambre en 1921.

Sarraut justifie le fait colonial dans son ouvrage La mise en valeur des colonies françaises. Pour lui, la mise en valeur économique est le prolongement de la mission civilisatrice du colonisateur. Ce discours reflète la bonne conscience républicaine. Sarraut a pour ambition de créer dans chaque colonie des et prévoit de larges programmes d'investissement. Il préconise en conséquence un programme d'investissement sanitaire et social. Mais ni l'un ni l'autre de ces deux projets ne sera mené, faute de budget..

Le , jour de Pâques, il inaugure l'Exposition coloniale de Marseille...

De 1925 à 1926, il est nommé ambassadeur de France en Turquie...

Première guerre mondiale En 1914, il est ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts dans le cabinet de René Viviani. En , à la chute de celui-ci, il s'engage et il est envoyé au front sur sa demande, comme sous-lieutenant d'infanterie dans le régiment d'infanterieBase de document de l'Assemblée Nationale. Il tient, de à , les tranchées au Bois-le-Prêtre. De son passage dans ce bois, reste un ensemble de photographies.

Une longue carrière ministérielle dans l'entre-deux-guerres vignette|redresse|gauche| Sur le plan national, Sarraut exerce une longue carrière ministérielle, qui l'amène par deux fois à occuper la présidence du Conseil : du au : voir gouvernement Sarraut Isuccédant à Édouard Daladier (), étant à son tour remplacé par Camille Chautemps () ; du au : voir gouvernement Sarraut IIsuccédant à Pierre Laval (), et étant à son tour remplacé par Léon Blum ().

L'occupation de la Rhénanie Le , Hitler dénonce les accords de Locarno et décide, en violation flagrante du traité de Versailles, de faire occuper la Rhénanie par la Wehrmacht, alors que ce territoire devait rester démilitarisé. L'ambassadeur de France à Berlin, André François-Poncet, prévient Paris du coup de force en préparation. Sarraut déclare qu'il n'est pas et souhaite répondre par la force à l'agression de Hitler. Toutefois, se heurtant au refus du Royaume-Uni de se joindre à la France et devant l'événement capital du premier tour des élections législatives prévu le suivant, Sarraut en reste là. Les conséquences de cet abandon seront désastreuses, aussi bien pour la France que pour la paix du monde.

Ministre de l'Intérieur pendant la Drôle de Guerre (12 avril 1938 – 20 mars 1940) vignette|redresse|gauche| Ministre de l'Intérieur sous les gouvernements Daladier de 1938 à 1940, Sarraut s'applique après la déclaration de guerre à l'Allemagne, à faire interner les Allemands résidant en France, bien que la plupart aient fui la politique des nazis. Considérés comme des d'un pays avec lequel la France est en guerre, ces internés se retrouvent victimes d’un mélange de xénophobie, d’absurdité et de désordre administratif. En Provence, ils sont internés dans une tuilerie désaffectée aux Milles. Cette usine devient un camp d’internement sous commandement militaire français, le camp des Mille, où les internés, dont nombre de représentants de l’intelligentsia allemande, vivent dans des conditions très précaires, parfois fatales.

Le , il signe comme ministre de l'Intérieur le décret du qui suspend les maires et les parlementaires communistes, conséquence de la signature du pacte germano-soviétique. Ils sont ensuite déchus à titre définitif de leurs mandats. Il poursuit dans cette voie en signant le une circulaire envoyée aux préfets leur enjoignant de mener la chasse aux noms de rues évoquant le communisme, ce qui est un tournant, car normalement le gouvernement n’intervient pas dans ce domaine qui relève traditionnellement du pouvoir des communes. . Les rues Henri-Barbusse et Paul-Vaillant-Couturier sont particulièrement visées. La consigne n’est pas exécutée partout, mais des résistances locales se font jour.

Pendant l'Occupation (juillet 1940-1945) Le , Albert Sarraut est convoqué par le président Albert Lebrun avec les autres députés et sénateurs réunis à Vichy en Assemblée nationale, et vote la loi qui remet les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain..

Il se retire alors dans sa famille à Prades dans les Pyrénées-Orientales.. Il est très affecté par la mort de son frère Maurice, alors dirigeant du journal La Dépêche à Toulouse, assassiné le par la Milice, mais il accepte à la demande du conseil d'administration du journal, d'en prendre la direction politique et ce malgré l'opposition des Allemands. En , ceux-ci l'arrêtent et il est déporté dans le camp de Neuengamme avec Jean Baylet dans le nord de l'Allemagne jusqu'à la libération du camp par les Alliés en avril 1945Notice Albert Sarraut, Armel Marin, Encyclopædia Universalis.Raymond Silar, Histoires vraies de la presse régionale: La somme de toutes les vies, L'Harmattan, 2010, , , ..

L'Assemblée de l'Union française Il poursuit sa carrière pendant la République à un poste clé dans la Chambre parlementaire créée par la Constitution de 1946 élu, en novembre 1947 par le Conseil de la République, conseiller de l'Union française, il accède à la présidence de l'Assemblée de l'Union française en juin 1951.. Il demeure à ce poste jusqu'en mai 1958.

Carrière Fonctions gouvernementales De 1906 à 1909 : sous-secrétaire d'État à l'Intérieur du gouvernement Sarrien, puis du gouvernement Clemenceau I ; De 1909 à 1910 : sous-secrétaire d'État à la Guerre du gouvernement Briand I ; De 1914 à 1915 : ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts des gouvernements Viviani I et Viviani II ; De 1920 à 1924 : ministre des Colonies des gouvernements Millerand I et II, puis du gouvernement Leygues, gouvernement Briand VII et gouvernement Poincaré II ; De 1926 à 1928 : ministre de l'Intérieur dans le quatrième cabinet d'Union nationale de Raymond Poincaré ; De : ministre de la Marine dans le gouvernement Chautemps I ; De à : ministre de la Marine militaire du gouvernement Steeg ; De à : ministre des Colonies du gouvernement Herriot III, du gouvernement Paul-Boncour et du gouvernement Daladier I ; D'octobre à : président du Conseil et ministre de la Marine ; De à : ministre de la Marine du Gouvernement Chautemps II ; De février à : ministre de l'Intérieur du gouvernement Doumergue II. Il démissionne après l'attentat de Marseille contre ; De janvier à : président du Conseil et ministre de l'Intérieur ; De janvier à : ministre d'État dans le Gouvernement Chautemps III ; De mars à : ministre d'État, chargé des affaires d'Afrique du Nord, dans le second cabinet Léon Blum ; D' à : ministre de l'Intérieur des gouvernements Édouard Daladier III, IV et V ; De mars à : ministre de l’Éducation nationale du gouvernement Reynaud.

Autres mandats De 1911 à 1914 et de 1917 à 1919 : gouverneur général de l'Indochine française ; De 1901 à 1907 : conseiller général du canton du Lézignanais ; De 1902 à 1924 : élu député radical-socialiste de l'Aude ; De 1919 à 1940 : conseiller général du canton de Fanjeaux ; De 1921 à 1940 : président du conseil général de l'Aude.. ; De 1925 à 1926 : premier ambassadeur français à Ankara (Turquie) ; De 1926 à 1945 : élu sénateur de l'Aude et est inscrit au groupe de la gauche démocratique, radicale et radicale-socialiste ; De à : conseiller de l'Union française. Il est président de l'Assemblée de l'Union française de 1951 à 1958. vignette|redresse|La tombe d'Albert Sarraut, située au cimetière ancien de Bram dans l'Aude.

Décès