Edmond de Woodstock ( – ), comte de Kent, est le sixième fils d', roi d'Angleterre, et l'un des demi-frères d'. a initialement prévu d'accorder des terres à Edmond, mais lorsqu'il meurt en 1307, ne suit pas les intentions de son père, en partie à cause des faveurs qu'il accorde à Pierre Gaveston. Edmond reste néanmoins fidèle à son frère et est créé comte de Kent en 1321. Il participe activement à l'administration du roi, tant dans les domaines militaire que diplomatique, et en 1322, aide son frère à écraser la rébellion des barons. Le mécontentement vis-à-vis du roi ne cesse pourtant de croître, et Edmond en est peu à peu affecté. Les divergences entre le roi et son frère sont principalement dues à la préférence qu'accorde à ses nouveaux favoris, Hugues le Despenser père et fils.

En 1326, Edmond rejoint la rébellion conduite par la reine Isabelle et Roger Mortimer, qui aboutit à la déposition d'. Néanmoins, Edmond ne s'entend pas avec le nouveau régime, et en 1330, il est arrêté alors qu'il projette une autre rébellion et exécuté. Une fois que le nouveau roi, , atteint l'âge de gouverner et assume personnellement le contrôle du gouvernement, il annule les charges de trahison à l'encontre de son oncle. Le titre et les terres du comte de Kent sont rendus au fils aîné d'Edmond, Edmond de Kent. Bien qu'il soit officiellement exonéré des crimes qu'on lui a jadis reprochés, Edmond de Woodstock ne bénéficie pas d'une bonne réputation, ni de son vivant, ni après sa mort, à cause de ses tribulations politiques incertaines.

Biographie Origines et premières années a eu un grand nombre d'enfants avec sa première épouse, Éléonore de Castille, décédée en 1290, mais un seul fils survit jusqu'à l'âge adulte : le futur . Après la mort d'Éléonore, le roi se remarie le avec Marguerite de France, avec laquelle il a deux fils : Thomas, né le à Brotherton, et Edmond, né à Woodstock le . Le roi a 62 ans lorsque Edmond naît. Fils du roi d'Angleterre, Edmond est aussi, par sa mère, petit-fils du roi de France . Bien que ne résidant pas avec ses deux derniers fils, prend un grand intérêt dans l'éducation des princes et leur bien-être. Avant de mourir, le roi souhaite doter ses deux derniers fils en terres, afin de leur permettre de maintenir leur rang de membres de la famille royale. En , il signe une charte promettant à Edmond des terres dont le revenu annuel serait de 7 000 marcs, et en , il élève cette rente à 8 000 marcs. Édouard a probablement l'intention de donner le comté de Norfolk à Thomas et le comté de Cornouailles, demeuré vacant après la mort sans descendant d'Edmond de Cornouailles en 1300, à Edmond. Le , alors que Edmond a à peine six ans, le roi meurt, laissant son fils aîné Édouard accéder au trône sous le nom d'.

Lorsque monte sur le trône, il va à l'encontre des vœux de son père en accordant le comté de Cornouailles à son favori Pierre Gaveston. D'après la chronique Vita Edwardi Secundi, cet acte est une grave insulte envers les jeunes frères du roi. s'arrange néanmoins pour que son demi-frère reçoive un revenu. Des dons sont accordés à Edmond en 1315, puis en , lui assurant un revenu de 2,000 marcs par an. Toutefois, la relation proche d' avec Gaveston est toujours source de conflits à la cour, et l'exécution de Gaveston par un groupe de barons rebelles en 1312 manque de conduire le pays au bord de la guerre civile. Quand Edmond atteint l'âge adulte, il devient un membre important du cercle restreint qui bénéficie de la confiance d'Édouard. En 1318, au cours du traité de Leake mis en vigueur afin de réconcilier le roi et ses adversaires, Edmond est désigné comme l'un des témoins pour signer le traité. D'autres nominations au sein de l'administration royale suivent pour Edmond. Au début de 1320, il fait partie d'une ambassade auprès du pape en Avignon, où il a pour mission de faire absoudre le roi de son serment de respecter les ordonnances de 1311, mises en place par les barons pour limiter l'autorité royale. En juin de la même année, Edmond rejoint son frère à Amiens pour assister à l'hommage fait par au roi de France . En , Edmond assiste à son premier Parlement. En , Edmond reçoit le château de Gloucester, situé dans une position stratégique, et le suivant, est créé comte de Kent.

Rôle au cours de la guerre civile

Les tensions entre les différentes factions politiques en Angleterre ne cessent de s'escalader pour aboutir en à l'éclatement de la guerre civile entre le roi et les barons rebelles. L'opposition baronniale provient du ressentiment envers les favoris du roi, Hugues le Despenser père et fils. Lorsque le Lord-intendant Bartholomew de Badlesmere fait défection dans le camp des barons, nomme le son jeune frère gouverneur des Cinq-Ports à sa place. Au Parlement d', Edmond fait brièvement front avec l'opposition quand il approuve l'exil des Despenser, mais il affirme par la suite qu'il y a été forcé et est présent au mois de novembre suivant au conseil qui annule la décision d'exil. Furieux d'une telle audace de la part de ses vassaux, rassemble ses plus proches alliés et prépare sa riposte face aux barons. Ainsi, son frère Edmond joue un rôle important dans la suppression de la rébellion. Dès le mois d', Kent est une nouvelle fois employé contre Badlesmere, en prenant part au siège du château de Leeds dans le Kent, qui est en théorie détenu par Badlesmere mais dont le statut est alors incertain. Après que Leeds ait été forcé de capituler, les hostilités reprennent dans les Marches galloises, où le baron Roger Mortimer et d'autres prennent les armes et entrent en rébellion ouverte. Une fois que l'imposante armée royale lui fait face, Mortimer est obligé de se rendre en .

L'attention du roi se tourne ensuite vers le leader de l'opposition, Thomas de Lancastre. Edmond, qui a pris part à la campagne des Marches, reçoit désormais l'ordre, avec le comte de Surrey, de s'emparer du château de Pontefract, bastion de Lancastre. Le , Lancastre est capturé après sa défaite à Boroughbridge et est amené à Pontefract. Kent fait partie du tribunal qui le condamne à mort pour haute trahison quelques jours plus tard. Même après la défaite de Lancastre, les intrigues des rebelles ne cessent pas. En effet, Edmond est chargé en avec Despenser l'Aîné de reprendre le château de Wallingford, que des rebelles ont saisi pour en libérer les prisonniers. Il s'acquitte de cette tâche avec succès, en recapturant les rebelles Maurice de Berkeley et Hugh Audley. Pour sa loyauté, Kent est récompensé en recevant d'autres terres en Galles, auparavant détenues par Roger Mortimer. Il est également nommé shérif de Rutland et connétable du château d'Oakham en . Il obtient même la permission royale d'organiser un tournoi à Northampton en . La plus grande partie des terres confisquées par le roi revient cependant aux Despenser. En , les Despenser père et fils ont respectivement des revenus de 3 800 et 7 000 livres, tandis que celui d'Edmond s'élève seulement à 1 570 livres, ce qui attise la convoitise et la jalousie du comte de Kent.

Guerres en Écosse et en France

Une fois les conflits domestiques réglés, tourne son attention vers l'Écosse, avec laquelle son royaume est en guerre depuis avant même son avènement au trône. Une campagne militaire majeure est organisée en mais elle s'achève de manière catastrophique par la mise en déroute des Anglais à la bataille d'Old Byland le . Édouard doit lui-même s'enfuir du champ de bataille pour éviter la capture et Edmond l'accompagne dans sa retraite à York. L'incapacité du roi à gérer la situation écossaise devient évidente. Andrew Harclay, le tacticien qui a écrasé Lancastre à Boroughbridge et en récompense a été créé comte de Carlisle et nommé gardien des Marches écossaises, signe secrètement un traité de paix avec les Écossais sans l'autorisation du roi le . Quand le roi apprend cela, il ordonne immédiatement l'arrestation de Harclay. Kent est l'un des juges qui dépouillent Harclay de ses fonctions et le condamnent à mort pour haute trahison le suivant. Harclay éliminé, ses responsabilités pour défendre la frontière sont transmises à Kent, qui établit des troupes dans le Cumberland, le Westmorland et le Lancashire afin d'endiguer les incursions écossaises récurrentes. Mais la situation reste intenable et, le , Kent fait partie du conseil royal qui décide de négocier une trêve de treize ans avec l'Écosse.

Entretemps, les possessions du roi en France sont menacées par le roi . Le roi de France demande que Édouard lui rende l'hommage pour le duché d'Aquitaine, tout en le menaçant de confisquer le duché, sous prétexte d'une dispute locale impliquant le prieuré de Saint-Sardos. En , Edmond et Alexander de Bicknor, archevêque de Dublin, sont missionnés en France pour résoudre le problème aquitain. Tandis que certains historiens ont critiqué Edmond pour son échec à résoudre pacifiquement le litige de Saint-Sardos, d'autres sont enclins désormais à affirmer qu'il avait peu de marges de manœuvre. Constatant que la diplomatie est inefficace et que les Français s'apprêtent à attaquer, attribue à Kent le poste de lieutenant du roi en France le . Bien que le roi ait promis des renforts à son demi-frère, ceux-ci n'arriveront jamais. Au cours de la brève guerre qui suit, les territoires anglais sont rapidement conquis par les Français, commandés par l'habile Charles de Valois, et Kent est assiégé à La Réole dès la fin du mois d'août. Il tient la place jusqu'au , date à laquelle il est obligé de se rendre et d'accepter une trêve de six mois. Edmond garde néanmoins ses troupes mobilisées jusqu'à ce que la paix soit scellée par son frère Édouard.

Déposition d'

Le refus d' de rendre l'hommage au roi de France pour mettre fin à la guerre de Saint-Sardos résulte certes du souci de la préservation de sa souveraineté royale mais est aussi dû à la crainte de la résurgence potentielle de la résistance des barons contre les Despenser s'il vient à quitter l'Angleterre pour la France. Pour cette raison, il envoie son épouse Isabelle négocier avec le roi Charles, qui est son frère. La reine part pour la France le et est rejointe en septembre par son fils aîné, le prince héritier Édouard. Les négociations d'Isabelle sont couronnées de succès et il est décidé que le prince rendra l'hommage à la place du roi. Cette cérémonie a lieu le . Peu après, Kent rejoint la reine et le prince à Paris. Un cercle d'opposition contre le roi se forme alors en autour de la reine, auquel vient se joindre Mortimer, fugitif en France depuis son évasion de la Tour de Londres en 1323. Edmond, auparavant un soutien infatigable du régime de son demi-frère, rallie la cour en exil dirigée par la reine. Bien qu'il se méfie de Mortimer, sa haine pour les Despenser semble avoir été encore plus importante. Ignorant les ordres du roi qui lui demande de retourner en Angleterre, ses terres sont confisquées par la couronne en .