Le Caucase (en , Kavkaz ; en , Kawkasia ; en arménien : Կովկաս, Kovkas ; en azerbaidjanais : Qafqaz ; en kurde : Qefqasya ; en ; en ) est une région d'Eurasie constituée de montagnes qui s'allongent sur , allant du détroit de Kertch (mer Noire) à la péninsule d'Abşeron (mer Caspienne). Le point culminant du Caucase est l’Elbrouz à d’altitude.

La géographie européenne considère traditionnellement le Caucase comme marquant la séparation entre l'Europe (au nord) et l'Asie (au sud), mais les géographies géorgienne et arménienne le considèrent comme entièrement européen et placent la limite de l'Europe sur l'Araxe et la frontière turque. Dans un cas comme dans l'autre, il est considéré comme le massif montagneux le plus élevé d'Europe, ses plus hauts sommets étant sur la ligne de partage des eaux principale du Grand Caucase ou au nord de celle-ci.

Le Caucase est partagé entre le Caucase du Sud, aussi appelé Transcaucasie, englobant la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la région de Kars (Turquie), et le Caucase du Nord, appelé Ciscaucasie, situé en Russie et incluant les républiques de Karatchaïévo-Tcherkessie, de Kabardino-Balkarie, d'Ossétie du Nord, d'Ingouchie, de Tchétchénie et du Daghestan. Administrativement, la Ciscaucasie inclut aussi la république d'Adyguée, le kraï de Stavropol et le kraï de Krasnodar.

Géographie

thumb|Le Caucase vu de l'espace. thumb|Carte géologique de la région du Caucase. thumb|Montagnes et glaciers caucasiens.

La chaîne, rectiligne, ne prend une certaine hauteur qu'à environ du détroit de Kertch et culmine, dans sa partie centrale, avec de vastes massifs volcaniques englacés : l'Elbrouz, (Russie), le plus haut sommet de la Russie et d'Europe ; le Dykh-Taou, (Russie) ; le Chkhara, (Géorgie/Russie), le plus haut sommet de la Géorgie ; le Kochtan-Taou, (Russie) ; le Djanghi-Taou, (Russie/Géorgie) ; le mont Kazbek, (Géorgie) ; le pic Tetnouldi, (Géorgie) ; le mont Ouchba, (Géorgie) ; le , (Russie) ; le Bazardüzü, (Azerbaïdjan/Russie), le plus haut sommet d'Azerbaïdjan.

Alors que le Caucase central est couvert de nombreux glaciers, le Caucase occidental est le domaine de la forêt et le Caucase oriental, plus bas et plus sec, est une région presque désertique. Le contraste est moins visible entre le versant nord et le flanc sud. Le Caucase ne comporte pas de vallée longitudinale susceptible de le compartimenter et d'atténuer son rôle d'obstacle. Au centre, il est franchi par plusieurs routes, dont celle de la vallée du Terek menant au col de la Croix () par le défilé de Darial. Entre le Grand Caucase et le Petit Caucase, la Transcaucasie s'étend sur de long, entre la mer Caspienne et la mer Noire. C'est une région complexe qui associe des bassins d'effondrement bien développés : la Colchide à l'ouest et la plaine d'Azerbaïdjan à l'est. Au centre, les couloirs parallèles de la Koura moyenne, du Iori et de l'Alazani, ainsi que la plaine de Gori s'étagent entre 150 et . Au sud, les montagnes de Turquie, de Géorgie et d'Arménie constituent le troisième secteur du Caucase, le Petit Caucase, dont l'altitude moyenne avoisine . La chaîne est toutefois interrompue par de vastes massifs volcaniques qui font alterner coulées massives et tufs ; à l'ouest du lac Sevan, l'Aragats ( de largeur) constitue la partie la plus élevée du massif volcanique de l'Alaghez (), point culminant du Petit Caucase, en Arménie. De nombreux bassins intérieurs sont dominés par des sommets qui restent enneigés jusqu'en été.

Le Caucase possède des gisements de métaux non ferreux et des réserves de pétrole (Azerbaïdjan et les régions de Maïkop et de Grozny).

Les trois grands lacs de la Transcaucasie (lac d'Ourmia, lac de Van, lac Sevan) ont permis à diverses cultures de se développer.

Populations thumb|left|Extension urbaine dans le Caucase.

Le Caucase, étant de tout temps un massif-refuge, est une des régions les plus composites du monde sur le plan ethnique : on y parle encore une bonne centaine de langues et dialectes différents appartenant surtout à la très ancienne famille linguistique des langues caucasiennes (60 à 70 langues), mais aussi aux familles indo-européenne, turciques, mongoles, et sémitique. Des dizaines de peuples y cohabitent, les uns présents depuis des milliers d'années, d'autres depuis quelques siècles comme les Russes. Il ne s’agit pas ici de faire une étude ethnologique détaillée, mais la diversité extrême des populations qui vivent dans le Caucase conditionne une partie des crises que rencontre la région à l’heure actuelle et représente pour cette raison une de ses tensions géopolitiques.

vignette|Carte ethnolinguistique du Caucase réalisée par la CIA, actualisée pour 2023.

D’un point de vue ethnologique, les populations peuvent être classées en trois familles principales : le groupe caucasique, présent depuis la préhistoire, comprend les Géorgiens, les Tchétchènes, les Ingouches, les Abkhazes, les Tcherkesses et la plupart des peuples du Daghestan (Avars, Lezghiens…). Les peuples indo-européens sont les Arméniens, les Russes (arrivés à partir le , d’abord des Cosaques, puis des agriculteurs et ouvriers), et les peuples iraniens (Ossètes et Kurdes), sans oublier quelques Grecs. Enfin, le Caucase rassemble de nombreux peuples turciques ou turcisés, aux langues proches du turc, venus d’Asie centrale. Ce sont principalement les Azéris, les Nogaïs, les Koumyks, les Karatchaïs ou les Balkars. La carte ci-contre montre cette grande diversité, qui fut souvent, et est encore, instrumentalisée par le jeu géopolitique des grandes puissances du sud ou du nord.

Sur le plan religieux, le Caucase compte au moins cinq religions : juive, orthodoxe, monophysite (christianisme professant que le Christ n'a qu'une nature divine), musulmane (sunnite, chiite) et bouddhiste. Si on fait abstraction de la minorité juive et de la minorité bouddhiste, le Caucase peut être sommairement divisé en une moitié musulmane et une moitié chrétienne. Si on adopte le point de vue du « choc des civilisations » énoncé par Samuel Huntington, on peut y voir une ligne de fracture entre ces deux grands monothéismes. Les musulmans sunnites résident en Ciscaucasie, au nord et à l’ouest de la Transcaucasie, tandis que l’Azerbaïdjan est majoritairement chiite et a d'ailleurs longtemps appartenu à l'Empire perse. Les Arméniens, les Russes, les Géorgiens et une partie des Abkhazes sont, quant à eux, orthodoxes ; quelques communautés juives ancestrales subsistent. La géopolitique explique par exemple l’exode de centaines de milliers de musulmans vers l’Empire ottoman lors de l’avancée russe dans la région au . Quant à la Géorgie orthodoxe, elle a été rattachée à l’Empire russe à la suite de sa demande de protection à la fin du face à la domination des Ottomans.

Mythologie Dans la mythologie grecque, Prométhée (en grec ancien ) fut attaché sur le mont Caucase par Zeus (en grec ancien ) pour le punir d'avoir donné le feu aux hommes. L’aigle du Caucase venait chaque jour ronger le foie de Prométhée, enchaîné à un rocher. Comme ce dernier était immortel, l’organe repoussait aussitôt, et le dieu subissait un véritable supplice. L'aigle du Caucase (aussi appelé « chien ailé de Zeus », considéré comme le fils de Typhon et d'Échidna) fut tué par Héraclès qui délivra Prométhée. Mais les peuples du Caucase avaient, avant d’être christianisés ou islamisés, leurs propres mythologies dont les mieux connues sont la géorgienne et l’arménienne.

Histoire

Atteint au par les navigateurs grecs, surtout milésiens, le littoral du Pont Euxin est jalonné de nombreuses colonies grecques. Le Caucase est alors peuplé de non indo-européens (Ibérie du Caucase) et d’indo-européens (Arméniens, Cimmériens, Alains), qui subissent les influences mèdes, perses, parthes et romaines, et qui sont progressivement christianisés à partir du . Point de contact entre les civilisations byzantine et arabe pendant le haut Moyen Âge, le Caucase est conquis à partir du par les Seldjoukides, qui établissent leur domination sur la région pendant un siècle avant que, au , les invasions mongoles la remettent en cause. Entre le et le milieu du , une civilisation s’épanouit dans les royaumes chrétiens d’Arménie et de Géorgie. Après la chute de Constantinople aux mains des Ottomans (1453), ces royaumes, isolés du monde chrétien, se replient sur eux-mêmes et passent au sous domination ottomane à l’ouest et perse à l’est, tandis que les Circassiens et les Nogaïs tiennent le versant nord.

Exploration

Il reste peu de textes anciens (autres que religieux ou poétiques), aussi bien de résidents que d’étrangers de passage. Cependant, parmi les témoignages (généralement) de première main, les descriptions ou récits de voyageurs sont historiquement dignes d’intérêt.

Expansion russe

L’arrivée des forces russes au Caucase débute au , mais la russification n’est effectivement entreprise qu’à partir de la fin du ; après l’annexion de la Géorgie centrale en 1801, la guerre contre la Perse et l’Empire ottoman (1805-1829) permet aux Russes de s’emparer de la région d’Erevan. Si les chrétiens du Caucase accueillent plutôt bien l’arrivée des Russes, la farouche résistance des montagnards musulmans ne prend fin qu’avec la reddition, en 1859, de l’émir Chamil.

thumb|La construction de la route militaire géorgienne fut un facteur-clé de la conquête russe du Caucase.

L’intérêt stratégique de la Russie pour le Caucase, entre mer Noire et mer Caspienne, a été décisif dans sa politique d’expansion du . L’Empire russe, avec sa population en croissance rapide, s’est agrandi dans toutes les directions depuis le (Finlande, mer Baltique, Oural, Sibérie, bouches du Danube, Caucase, Caspienne, Turkestan). Des Cosaques russes s’installent dans la plaine tchétchène à la fin du . À la fin du , la Géorgie et l’Arménie s’adressent à la Russie pour lui demander sa protection contre les razzias musulmanes. Le , la guerre russo-caucasienne s’achève et le pouvoir russe s’installe définitivement.

Parmi les peuples musulmans submergés par l’avancée militaire, territoriale et démographique de l’Empire russe à cette époque, en direction de la région de la mer Noire et du Caucase, on trouve les Circassiens (Adyguéens, Kabardes, Tcherkesses), les Nogays, les Tatars de Crimée et les Tchétchènes, tous en partie expulsés vers l’Empire ottoman, et dont il ne reste plus grand-chose aujourd’hui dans la région, mais qui, plus de deux cents ans après, forment toujours de grosses diasporas dans les pays musulmans (surtout en Turquie). L'histoire de ces diasporas est méconnue en Europe, au contraire de celle des Arméniens ou des Assyriens chrétiens. Ce recul des populations musulmanes face à l’avancée militaro-coloniale russe et de son avant-garde cosaque, a permis aux colons chrétiens russes, biélorusses et ukrainiens de repeupler la région de la Ciscaucasie jusqu'aux contreforts septentrionaux de Transcaucasie. Les meilleures terres, le bétail et les haras furent confisqués aux peuples musulmans et données aux Cosaques, les autochtones étant poussés vers les hautes vallées moins fertiles des montagnes du Caucase septentrional.

Période soviétique