Patrick Daniel Henry, né le à Troyes et mort le à Lille, est un criminel français.
Le , il enlève Philippe Bertrand, alors âgé de sept ans, le tue puis demande une rançon. À la suite de son arrestation le , le présentateur du journal télévisé de TF1, Roger Gicquel, prononce la phrase , un argument contre toute tentative de vengeance et de justice expéditive, qui marque les esprits.
Le procès de Patrick Henry devient, par extension, celui de la peine de mort en France. Son avocat, Robert Bocquillon, est assisté par Robert Badinter. Ce dernier, fervent partisan de l'abolition de la peine de mort en France, convainc la cour d’assises de ne pas condamner Patrick Henry à la peine capitale.
Condamné à perpétuité, Patrick Henry obtient une liberté conditionnelle et est libéré le après plus de vingt-cinq ans de détention. Dans la nuit du au , il est arrêté en Espagne pour trafic de stupéfiants, ce qui entraîne l'annulation de sa liberté conditionnelle et son retour en prison.
Gravement malade, il est finalement libéré le et meurt le matin du au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Lille.
Biographie Avant l’affaire Natif de Troyes, Patrick Henry arrête sa scolarité à l'âge de quatorze ans et passe un CAP de cuisinierPatrick Henry sort de l’ombre, Paris Match, 18 avril 2002 (archive republiée en ligne le 7 janvier 2016).. Il est favorable à la peine de mort, et manifeste en faveur de la condamnation de Roger Bontems et Claude Buffet lors de leur procès à Troyes en Déclaration de Robert Badinter à la tribune de l’Assemblée en séance du , rapportée au journal télévisé d’Antenne 2 du soir. Voir ..
Il vit un temps de la vente de ficelles et de grillages aux agriculteurs, puis ouvre un magasin de bricolage dont il dilapide les fonds.. En 1975, son magasin se trouve en cessation de paiement ; il a alors .
Avant le meurtre de 1976, Patrick Henry a déjà un casier judiciaireFaites entrer l'accusé « Patrick Henry, le procès de la guillotine » sur France 2.. Il est connu par les services de police et de justice pour une série d'affaires.
Tout d'abord, travaillant au guichet d'une banque, il vole un chèque dans le chéquier de sa collègue de travail. Il le remplit et se rend dans une autre agence bancaire pour encaisser l'argent. Le caissier prévient sa direction. La police l'arrête. Il est alors condamné à de prison avec sursis pour vol et faux en écriture.
Ensuite, il est poursuivi pour trois cambriolages commis dans la région de Troyes, alors qu'il est représentant de commerce. À chaque fois ces cambriolages sont suivis d'incendies. À chaque fois aussi, il est venu dans les heures ou les jours qui ont précédé pour rendre visite aux victimes. Pour ces faits, il est inculpé. Il comparaît en justice, mais bénéficie de trois non-lieux pour insuffisance de preuves.
Enfin, il est également connu pour l’homicide d'un cyclomotoriste, qu'il tue accidentellement un week-end au volant de sa voiture de service, alors qu'il n'a pas le droit de la conduire ce jour-là. Il est condamné à trois ans d'interdiction du permis de conduire. Il écrit alors au président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, lui expliquant qu'à cause de cela il va perdre son emploi. Sa peine est réduite à un an et demi d'interdiction de conduire.
Lors des perquisitions de l'affaire du meurtre de Philippe Bertrand, sont retrouvés dans le grenier des parents de Patrick Henry, des armes : carabine .22 Long Rifle, pistolet ; mais aussi chéquiers, bijoux et divers objets qui avaient été volés lors des cambriolages suivis d'incendies.
La décennie 1970 voit la multiplication des enlèvements contre rançon d'enfants de riches industriels (affaire Mérieux, affaire Cathalan) ou d'industriels eux-mêmes (affaire Empain). Le gang des Lyonnais s'essaye à cette pratique, créneau très risqué, mais très lucratif, avec l'enlèvement de Christophe Mérieux. Ce dernier sera libéré contre une rançon de 20 millions de francs.. Ce sera le tour ensuite de Maxime Cathalan âgée de 20 mois. Elle est la fille de Jean-Claude Cathalan, alors dirigeant d'une filiale des laboratoires Roussel, et de Hiroko Matsumoto, une célèbre top-modèle japonaise de Pierre Cardin. Maxime Cathalan est rendue à ses parents contre une rançon d’1,5 million de francs le « Maxime Cathalan libérée par ses ravisseurs ». Article publié le 23 juin 1975 dans La Nouvelle République..
Déroulement de l'enlèvement et du meurtre de Philippe Bertrand Le , vers , Patrick Henry enlève Philippe Bertrand, âgé de sept ans, à la sortie de son école de Pont-Sainte-Marie., près de Troyes. Philippe devait aller chercher son frère Christophe, en maternelle à La Visitation et, avec lui, se rendre chez le fleuriste où leur père Gérald avait l’habitude de les récupérer. Mais Gérald BertrandGérald Bertrand est décédé le à l'âge de 71 ans, voir : https://www.dansnoscoeurs.fr/gerald-bertrand/524696. ne trouve à son arrivée que Christophe. À , Patrick Henry appelle la mère de Philippe, Marie-Françoise Bertrand, et lui demande une rançon d'un million de francs en échange de son fils. La mère du jeune enlevé ne sait pas qui est au bout du fil, mais reconnaît la voix d'un homme.
La police alertée met en place un dispositif d'écoute téléphonique à leur domicile. À , Patrick Henry rappelle à partir d’une cabine téléphonique située à Bréviandes, dans la banlieue sud de Troyes. Il est localisé par la police judiciaire qui ne l'arrête pas, mais souhaite le suivre pour retrouver le lieu où est caché l'enfant. Deux voitures de police n'arriveront jamais sur place, car elles connaissent mal la région et se perdent. L'arrivée inopinée sur la place d'une estafette de la Gendarmerie appelée en renfort du dispositif (les gendarmes étant apparemment non prévenus du piège mis en place), gyrophare et sirène allumés, effraie le ravisseur qui interrompt la conversation téléphonique et s'enfuit en traversant un ruisseau et en se cachant dans des fourrés. Il restera caché derrière des buissons plus de deux heures par moins de 10 °C. Le ravisseur se manifeste quelques jours plus tard par un message déposé dans la boîte aux lettres de Dominique Roy, curé de Pont-Sainte-Marie et proche de la famille Bertrand.. Il donne les instructions pour le dépôt de la rançon, le ..
Le jour dit, les policiers en planque guettent l’arrivée du ravisseur sur la place de parking d'un hôtel-restaurant de Montiéramey, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Troyes, où le père a déposé un million de francs. Ils prennent en chasse le ravisseur au volant d’une Citroën DS blanche qui parvient à les semer, mais ils relèvent le numéro de plaque minéralogique. Celle-ci correspond à la voiture de Patrick Henry. La police l'arrête le à 6 heures du matin, dans un appartement qu'il partage avec son frère, rue de la République à Troyes. Au cours de sa garde à vue, il nie tout en bloc. Les hommes de l’OCRB (Office central pour la répression du banditisme), convaincus de sa culpabilité, le conduisent dans une forêt isolée pour une tentative de reconstitution des faits. Hors de toute procédure légale, le commissaire Charles Pellegrini, chef de l'OCRB, le menace de son arme et tire à côté de sa tête pour le faire craquer, sans succès. Faute de preuves ou d'aveux, la police le remet en liberté à l'issue de quarante-huit heures de garde à vue, le . Interrogé par les médias, Patrick Henry déclare qu'il est « innocent » et que « le véritable criminel mérite la peine de mort pour s'en être pris à un enfant »..
Il fait l'objet de filatures, sans résultat. Dans le même temps, la police montre sa photo à tous les patrons de cafés et d'hôtels de Troyes. C'est ainsi que le propriétaire de l’hôtel-restaurant « les Charmilles », rue Fortier, le reconnaît. Le gérant leur apprend que Patrick Henry y loue depuis le une chambre meublée au premier étage, sous un faux nom. Le , la police l'arrête à nouveau alors qu'il tente de s'enfuir par la fenêtre de cette chambre, et découvre sous le lit de celle-ci le corps du petit Philippe, enroulé dans un tapis. Patrick Henry raconte à la juge d'instruction Marie-France Gérard qu'il a enlevé le garçon et l'a emmené dans la chambre de la pension où il l'a laissé regarder la télévision pendant qu'il allait demander la rançon. Ayant expliqué à l'enfant que ses parents avaient dû s'absenter en urgence et qu'ils l'avaient chargé de veiller sur lui jusqu'à leur retour, le garçon ne se méfie pas car Patrick Henry était un ami des Bertrand. Après l'épisode de la cabine téléphonique à Bréviandes, il serait revenu dans la chambre et aurait étouffé l'enfant avec un mouchoir car il ne supportait plus ses pleurs. Il serait alors parti quatre jours en Suisse pour skier avec un cousin et deux amies.., avant de revenir demander la rançon. La police pense cependant qu'il a tué le garçon dès le début de sa captivité car l'enfant aurait pu le dénoncer une fois libéré.
« La France a peur »
Le lendemain de l'arrestation de Patrick Henry, le , Roger Gicquel démarre le journal de 20 heures sur TF1 en déclarant . :
Restée dans la mémoire collective, cette phrase est souvent raccourcie à sa seule introduction — La France a peur — et est sortie de son contexte pour faire l'objet de diverses interprétations. Elle a pour but d'introduire une mise en garde contre la tentation de justice expéditive...
Dans la même émission, le ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski, interrogé sur l'affaire, sort de sa réserve et déclare : .. Le même jour, le garde des Sceaux Jean Lecanuet abonde dans ce sens en réclamant au micro d'Europe 1 .. La veille, le ministre de l'Équipement et maire de Troyes Robert Galley avait tenu des propos similaires.. Au total, trois ministres du gouvernement réclament la tête de Patrick Henry dans les 24 heures qui suivent son arrestation.. Leur volonté est partagée par des proches de l'accusé : son père Étienne, son frère Bertrand et son meilleur ami..
Procès vignette|300x300px|Robert Badinter et Patrick Henry lors du procès en (dessin de Calvi). Le procès de Patrick Henry est certainement l'un des plus célèbres de l'histoire judiciaire récente en France.. Un mouvement de haine se manifeste à l'encontre de l'accusé dans l'opinion publique française, amplifié par le souvenir de son comportement devant les caméras de télévision après sa première garde à vue. Des éditorialistes et des hommes politiques réclament la peine de mort pour son crime..
Peu d'avocats veulent le défendre. Après le refus de l'ancien bâtonnier de Troyes Jean Bemer, Émile Pollak se déclare prêt à assurer la défense, et Jean-Denis Bredin argue qu'il est du devoir d'un avocat de défendre.« Être avocat, messieurs... » Article de Jean-Denis Bredin publié le mars 1976 page 44 dans Le Nouvel Observateur.Robert Badinter, L'Abolition, p. 55.. Cependant, Robert Bocquillon, bâtonnier de l'ordre des avocats de Chaumont, se commet lui-même d'office à la défense de Patrick HenryRobert Badinter, L'Abolition, p. 54.. Il demande l'aide de Robert Badinter, fervent militant de l'abolition de la peine de mort en France.