vignette|Neutrophiles infectés par Neisseria gonorrhoeae, avec de petits diplocoques gram négatifs caractéristiques. vignette|Parfois la bactérie Neisseria gonorrhoeae provoque aussi des lésions dermatologiques. vignette|infection ophtalmique néonatale gonococcaique, qui survient chez 28 % des enfants nés de femmes porteuses d'une gonorrhée (en l'absence de traitement). vignette|Affiche diffusée lors de la Seconde Guerre mondiale pour alerter les soldats sur le risque de gonorrhée et autres maladies vénériennes.
La blennorragie (consulté le 30 mars 2016).Entrée ., gonorrhée (consulté le 30 mars 2016). (consulté le 30 mars 2016).Entrée . ou encore l'urétrite gonococciqueEntrée . (aussi appelée familièrement chaude-pisse (consulté le 30 mars 2016).Entrée ., chaude-lance (consulté le 30 mars 2016)., castapiane (consulté le 30 mars 2016). ou chtouille (consulté le 30 mars 2016).) est une infection sexuellement transmissible dont certaines souches ont développé une résistance à toutes les classes d'antibiotiques utilisées pour la traiter.
Cette infection touche principalement les organes génitaux et urinaires ; des douleurs dans le rectum, l'anus ou la gorge sont possibles. Elle est due au gonocoque (Neisseria gonorrhoeae, une bactérie découverte par Albert Neisser en 1879 dans un pus d'urétrite aiguë et isolé en 1885 par Bumm). Elle fait partie des gonococcies qui font l'objet d'un suivi par le Programme mondial de surveillance des antimicrobiens gonococciques (GASP), et considérées le par l'OMS comme en raison de l'apparition d'un nombre croissant de souches antibiorésistantesOMS (2017) Antibiotic-resistant gonorrhoea on the rise, new drugs needed ; News release Communiqué OMS, 7 juillet 2017 nécessitant une collaboration internationale urgente.
La période d'incubation est habituellement de 2 à 7 jours.
Les complications touchent principalement les femmes (inflammations pelviennes, grossesse extra-utérine et stérilité, voire risque d'infection du cerveau ou du cœur sans traitement). Alors que 75 % des cas féminins sont asymptomatiques (et passent donc inaperçus), la maladie est plus visible chez l'homme, avec comme complications fréquentes la prostatite ou l'épididymite. Une gonorrhée génitale peut secondairement faciliter la transmission du VIH.
La meilleure prévention primaire est le préservatif. Le traitement curatif est l'antibiothérapie, mais les souches antibiorésistantes sont de plus en plus fréquentes, y compris face aux céphalosporines (médicaments de dernier recours, dits ). L'OMS a confirmé de 2014 à 2017 en Afrique du Sud, en Australie, en Autriche, au Canada, en France, au Japon, en Norvège, au Royaume-Uni, en Slovénie et en Suède des souches résistantesOMS (2014), [Communiqué de presse : Premier rapport de l'OMS sur la résistance aux antibiotiques: une menace grave d'ampleur mondiale] et rapport. En 2003, l'OMS recommandait les quinolones (la ciprofloxacine notamment) comme traitement mais 3 ans plus tard (en 2006) recommandait leur abandonKai Kupferschmidt (2016) The world may soon run out of drugs to treat gonorrhea 2016-08-30, consulté 2016-09-11 ne laissant que les céphalosporines comme antibiotique (dont la ceftriaxone ; mais en 2016 ). Les thérapies associant plusieurs antibiotiques sont possibles mais très délicates à mettre en œuvre en attendant de nouveaux médicaments espérés pour 2020, dont deux dont été autorisés par la FDA aux Etats-Unis en 2025 (gépotidacine et zoliflodacine).
Histoire La gonorrhée, déjà évoquée par l'Ancien Testament (Bible)Morgan, MK; Decker, CF (August 2016). "Gonorrhea.". Disease-a-month : DM. 62 (8): 260–8. . doi:10.1016/j.disamonth.2016.03.009. a été en France décrite il y a au moins 700 ans comme présente dans les quartiers des ou Alexandre Jean Baptiste Parent-Duchatelet (1857) De la prostitution dans la ville de Paris, Volume 2 (voir p 276/732), impr J.B. Baillière et fils (bordels) de Paris, regroupant des maisons de prostitution mais elle a durant des siècles été confondue avec la syphilis, avant d'en être différenciée par Jean-François Hernandez (1812)Jean-François Hernandez, Essai analytique sur la non identité des virus gonorrhoïques et syphilitiques, Toulon, 1812, Humpston (1822) Humpston, R. (1822). Thèse sur la différence qui existe entre la gonorrhée et la siphilis.(Cand. Randal Humpston) (Doctoral dissertation), puis surtout par Ricord (1838).
Elle est devenue moins préoccupante pour la santé publique des années 1920 aux années 1980 (où les médecins disposaient de plusieurs antibiotiques efficaces), mais des résistances (aux sulfamides) sont signalées dès les années 1940Wyss-Chodat F (1946), Le traitement sulfamidé local des blennorragies sulfamido-résistantes. Dermatology, 92(1), 17-24., faisant à nouveau progresser la maladie notamment dans les populations pauvres (y compris aux États-Unis dans les populations pauvres et rurales par exempleSyphilis and gonorrhoea Curless, Eric; Kinghorn, George R. Current Opinion in Infectious Diseases. 10(1):39-43, February 1997). La maladie redevient au début du un problème grave de santé publique. En 2017, elle figure en tête de la liste des microorganismes pour lesquels l'OMS et l'initiative de l'ONG « Médicaments pour les maladies négligées » (DNDi ; Drugs for Neglected Diseases initiative) cherchent à inventer et développer de nouveaux médicaments efficaces et de meilleures techniques de prévention (peut-être à un coût moindre que par les moyens classiques de l'industrie pharmaceutiqueAmy Maxmen (2016) Busting the billion-dollar myth: how to slash the cost of drug development ; A non-profit organization is proving that new drugs don't have to cost a fortune. Can its model work more broadly?, Nature, 24 August 2016 ; doi:10.1038/nature.2017.22270).
Prévalence thumb|Espérance de vie corrigée de l'incapacité pour la gonorrhée pour 100, 000 habitants. (en 2004). thumb|Gonorrhea—Rates: United States, 1941–2007
Dans la nature, c'est une des rares maladies infectieuses qui ne semble pas zoonotique, c'est-à-dire qu'elle ne touche que l'être humainNgampasutadol, J., Ram, S., Gulati, S., Agarwal, S., Li, C., Visintin, A., ... & Rice, P. A. (2008). Human factor H interacts selectively with Neisseria gonorrhoeae and results in species-specific complement evasion. The Journal of Immunology, 180(5), 3426-3435. La bactérie N. gonorrhoeae utilise les molécules de porine (Por) de sa membrane externe pour se lier à une protéine humaine C4b (C4bp), ce qui lui permet de se soustraire au système immunitaire humain. Des souches de N. gonorrhoeae résistant aux globules blancs du sérum humain sont rapidement attaquées et tuées par des sérums provenant de rongeurs, lagomorphes et de primates (qui eux ne peuvent que difficilement être expérimentalement infectés par cette bactérie, car elle ne peut pas chez eux se lier à la protéine C4bp), ce qui complexifie la recherche quand elle passe par l'expérimentation animale par exemple pour la recherche de vaccinBuchanan, T. M., & Arko, R. J. (1977). Immunity to gonococcal infection induced by vaccination with isolated outer membranes of Neisseria gonorrhoeae in guinea pigs. Journal of Infectious Diseases, 135(6), 879-887 (résumé)..
Le taux de gonorrhée augmente dans le monde. Et il est nettement plus élevé chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes (HSH) que chez les hétérosexuels stricts. On sait que la gonorrhée chez les HSH ne se transmet pas comme on le pensait auparavant. Il a été montré dans cette population que les sites d'infection asymptomatiques (pharynx et oropharynx) jouent un rôle majeur dans la persistance de la gonorrhée dans la population générale. Chez de nombreuses personnes symptomatiques, la salive, souvent utilisée comme lubrifiant lors des actes sexuels ou masturbatoires, contient généralement la bactérie responsable de la gonorrhée, alors potentiellement source d'infection ou de réinsertion. In vitro, et in vivo le bain de bouche antibactérien s'est montré capable de réduire la gonorrhée de l'oropharynx (généralement asymptomatique), et un modèle mathématique récemment publié laisse aussi penser que des bains de bouches efficaces permettraient de considérablement diminuer la prévalence de cette maladie chez les homosexuels ou bisexuels, mais (des bains de bouche trop fréquents pourraient aussi conduire à l'apparition de souches résistantes aux antibiotiques qu'ils contiennent, ou affecter la flore intestinale).
Tous les pays sont touchés, et le nombre de nouveaux cas augmente à nouveau dans le monde (source 2018) après une phase de diminution (il était passé de 106 millions environ en 2008 à au moins 78 millions en 2015-2017. Cette maladie est en outre sous-déclarée car souvent asymptomatique (principalement chez les femmes).
Dans quelques pays dont en France, la gonococcie a reculé pour des raisons encore mal comprises ; en partie sans doute grâce aux précautions prises à la suite de l'épidémie de SIDA et grâce à un déclin qui s'était amorcé avant que le SIDA ne fût médiatisé, peut être aussi grâce à l'incitation dans les pays riches (tels que le Royaume-Uni ou le Canada) à une utilisation mieux ciblée des antibiotiques afin de limiter le risque de résistance. Toutefois, le recul de l'utilisation du préservatif et le tourisme sexuel [infection de Français ayant séjourné à l'étranger] seraient encore un obstacle important à l'éradication de cette maladie en France.
Groupes les plus touchés Comme pour la syphilis, ce sont les jeunes et adolescents (ex : au Québec en 1980 environ 50 % des cas déclarés de syphilis et de gonorrhée chez des jeunes de 15 à 19 ansTessier, M. (1984). Adolescence et sexualité: les enjeux de la prévention. Santé mentale au Québec, 9(2), 64-73.) et en particulier les femmes de 16 à 24 ans et les hommes de 21 à 30 ans. Plus de 50 % des hommes et des femmes peuvent être des porteurs asymptomatiques de ces infections, qui sont le plus souvent localisées dans certaines parties du corps comme le rectum et le pharynx. Le plus souvent, les infections sont asymptomatiques (chez la femme surtout) et une infection chronique asymptomatique est possible.
Facteurs comportementaux
Le risque de contracter cette maladie est plus élevé en cas de : relâche des pratiques de prévention (safer sex), constatée depuis le début des années 2000 par une augmentation des cas de gonorrhée rectale et de syphilis précoce, deux infections révélatrices d'un comportement sexuel à risque, et pouvant être expliqué par divers facteurs ()Pierre-Yves Geoffard Stéphane Méchoulan (20) Comportements sexuels risqués et incitations ; L'impact des nouveaux traitements sur la prévention du VIH ;Revue économique 2004/5 (Vol. 55) Pages : 184 ; contacts sexuels (y compris via fellation pour laquelle le préservatif est moins utiliséPotoczny, M., Truchetet, F., & de Saint Louis, G. G. (2017). Le préservatif masculin comme moyen de protection contre les infections sexuellement transmissibles. Quels facteurs influencent son utilisation? Enquête observationnelle multicentrique auprès de 303 étudiants messins de sexe masculin–de novembre à décembre 2015. La Revue Sage-Femme, 16(2), 119-123. et parce que la salive est vectrice du microbe (gonocoque)Fairley Christopher; Zhang Lei; Chow Eric (2018) New thinking on gonorrhoea control in MSM: are antiseptic mouthwashes the answer? | Current Opinion in Infectious Diseases: February 2018 - Volume 31 - Issue 1 - p 45–49 doi: 10.1097/QCO.0000000000000421 SEXUALLY TRANSMITTED DISEASES: Edited by Karen Rogstad (résumé) ) avec une personne porteuse d'une infection (diagnostiquée ou non) ; rapports sexuels non protégés avec un partenaire issu d'une région de forte endémicité, et où le taux de résistance aux médicaments risque d'être plus élevé ; voyage dans des zones d'endémisme en y ayant des relations sexuelles non protégées (ou impliquant une lubrification par de la salive) avec des membres de la population locale (risque plus élevé de résistance).