La Compagnie nationale du Rhône (CNR) est une société anonyme d’intérêt général, administrée par un directoire et un conseil de surveillance, concessionnaire du Rhône pour la production d’hydroélectricité, le transport fluvial et les usages agricoles. puis premier producteur français d’énergie exclusivement renouvelable (eau, vent, soleil). Il s'agit du deuxième producteur d'électricité français avec 3 % de la production électrique du pays, loin derrière Électricité de France.
Ses principaux actionnaires sont Engie et la Caisse des dépôts et consignations, détenant respectivement 49,97 % et 33,20 % du capital de l'entreprise.
Histoire Navigabilité sur le Rhône
La navigabilité sur le Rhône dépendait alors de l'état du fleuve. Le tirant d'eau était de aux Basses Eaux, mais pouvait être réduit à . La durée des trajets entre Arles et Lyon pouvait être de aux Basses Eaux et de aux Hautes Eaux. Le tonnage des bateaux variait suivant l'état du fleuve. Les coûts étaient différents à la montée ( la tonne kilométrique) et à la descente ( la tonne kilométrique).
En 1829, l'apparition des bateaux à vapeur modifia le mode de navigation sur le Rhône, avec la création de compagnies de navigation utilisant des bateaux de de long et de de tirant d'eau avec des moteurs d'une puissance de 50 chevaux.
La navigation sur le Rhône, entre Lyon et Marseille fut importante jusqu'à l'ouverture de la première ligne de chemin de fer reliant Lyon à Avignon, en 1854. Le tonnage moyen, flottage compris, est passé de : 1855 : , 1856 : , 1859 : , 1880 : .
Les premiers aménagements de 1878 et leurs limites
Une loi est adoptée le pour améliorer le cours du Rhône entre Lyon et la Méditerranée, avec un budget de de francs. Il est envisagé de construire des digues et des épis, de couper certaines sinuosités de son cours et d'enlever des rochers sur les rapides, pour former un chenal rectiligne aussi profond et large que possible. Ces travaux ont permis de passer le tirant d'eau minimum à l'étiage de faisant remonter le tonnage à : 1903 : , mais sans grande variation à partir de cette date : 1904 : 1905 : 1906 : 1907 : 1910 : 1913 : . Pendant la même période, le tonnage transporté par les voies de chemin de fer situées sur les deux rives du Rhône transportairent en 1875 et en 1905. On a constaté aussi que le trafic sur l'ensemble des voies navigables françaises avait augmenté aussi pendant la même période alors qu'il stagnait sur le Rhône.
Pour expliquer cette stagnation du trafic fluvial, les ingénieurs constatent qu'il est dû au coût du transport par rapport à celui des autres voies navigables. La loi du avait permis d'augmenter le tirant d'eau et de réduire les périodes de chômage dues aux Basses Eaux de , mais la vitesse du courant était encore trop forte dans certaines zones. Si on considère la distance entre Lyon et la Méditerranées de et le niveau du Rhône à Lyon de , on pourrait avoir une pente moyenne de , alors qu'elle peut atteindre entre Donzère et Valence. Parallèlement aux aménagements du Rhône, les compagnies de navigation ont fait évoluer leurs bateaux pour diminuer les coûts du transport. Les bateaux ont une longueur de en 1848, en 1850, en 1857, passant leur tonnage de pour un tirant d'eau de , et en adoptant des bateaux à grappins qui ont des roues permettant de prendre appui dans le lit du fleuve. L'approfondissement du lit du fleuve ne permettant plus aux roues dentées des grappins de fonctionner, la compagnie Le Havre-Paris-Lyon-Méditerranée adopta en 1892 un système de touage avec des remorqueurs ayant une puissance de . En 1911, le système fut amélioré en créant la Compagnie lyonnaise de navigation et de remorquage. Cependant, la navigation du Rhône est restée difficile, nécessitant des compagnies puissantes, et donc en petit nombre pour se faire une réelle concurrence en dehors des chemins de fer.
Projet de canal latéral au Rhône Un projet de canal latéral au Rhône avait été dressé en 1907 par l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Armand, et devait permettre aux péniches flamandes arrivant par la Saône de naviguer sur le canal. Il suivait d'abord la rive droite et devait franchir le Rhône par un pont-canal en aval de Vienne, pour suivre la rive gauche jusqu'à Arles. Le resserrement de la vallée du Rhône en certains points, l'a conduit à prévoir plusieurs tunnels sur une longueur cumulée de avec une longueur totale du canal de . La différence de niveaux de sur toute sa longueur, est reprise par dont la chute varie entre . L'alimentation en eau est prévue en excédent pour actionner des usines hydroélectriques, permettant de fournir le courant électrique nécessaire au canal. Le canal à de mouillage avec une largeur de au plafond. Le coût est estimé à de francs. Il est prévu de réaliser le canal par tronçons en commençant par la partie où la navigation est la plus difficile, entre les confluents de l'Isère et de l'Ardèche. Si la chambre de commerce de Lyon s'est montrée favorable au projet, le conseil général des Ponts et Chaussées y a été défavorable dans un rapport publié au Journal officiel du , en indiquant que les avantages à retirer du canal étaient hors de proportion par rapport à son coût de construction pour l'ÉtatÉtat actuel de la navigation sur le Rhône, dans Le Génie civil, , 8 juillet 1916, (lire en ligne).
Loi du 27 mai 1921 Le programme d'aménagement du Rhône a fait l'objet d'études qui ont commencé dès les années 1910. Elles ont abouti à la loi Rhône, votée le approuvant les travaux d'aménagements du Rhône entre la frontière franco-suisse et la Méditerranée du point de vue de la force motrice, de la navigation et de l'irrigationConstitution de la Compagnie nationale du Rhône, dans Le Génie civil, , 10 juin 1933, (lire en ligne). Elle est promulguée dix ans plus tard, pour encadrer l’aménagement du fleuve.
Création de la Compagnie nationale du Rhône La Compagnie nationale du Rhône a été créée le . pour permettre sa réalisation. En 1934, l’État confie à la CNR la concession unique du Rhône pour soixante-quinze ans. pour son aménagement et sa valorisation, en lui fixant trois missions solidaires : production d’hydroélectricité, navigation et irrigation.
En 1938, la CNR inaugure sa première réalisation, le port Édouard-Herriot de Lyon., et dix ans plus tard, en 1948, elle met en service le barrage-centrale de Génissiat.. En 1946, l’État nationalise le service public d’électricité et crée EDF. La CNR échappe à la nationalisation, grâce à l'action vigoureuse d'Édouard Herriot (voir les débats parlementaires d'). Elle se concentre sur un rôle d’aménageur fluvial. De 1948 à 2001, dans le cadre d’un dispositif conventionnel, EDF exploite les centrales hydroélectriques, en commercialise la production et conserve les recettes. La CNR construit les ouvrages du Rhône ( de 1948 à 1986) et est rémunérée pour ses missions dans le cadre d’un forfait négocié avec EDF. Le barrage-centrale de Bollène est mis en service en 1952 et le dernier aménagement de Sault-Brénaz en 1986.
La Compagnie nationale du Rhône devient un producteur indépendant de plein exercice En 2000, la loi sur la modernisation et le développement du service public d’électricité prépare la libéralisation du marché. La CNR retrouve son statut de producteur indépendant de plein exercice en 2001. En 2002, un accord social et industriel unique organise la transmission des compétences d’EDF vers la CNR et le transfert du personnel. Plus de d’EDF intègrent la CNR, le . En 2003, un décret détermine les nouveaux statuts et le cahier des charges de la CNR. Electrabel, filiale du groupe Suez, entre au capital de la CNR. En 2003, la CNR crée CN’Air, une filiale qui a pour vocation le développement, l’investissement, la réalisation et l’exploitation de nouveaux moyens de production d’électricité renouvelable : éolien, petite hydraulique et photovoltaïque, en France et en Europe.
La CNR lance son MIG en 2004. Ces missions, sous forme de plans quinquennaux, ont été proposées par la CNR pour redistribuer aux territoires une partie de la valeur dégagée par l’exploitation du fleuve Rhône. En 2006, la CNR se diversifie dans l’éolien et le photovoltaïque, travaille au développement de nouvelles énergies renouvelables (hydrogène.., hydrolienne.) et de la mobilité électrique., tout en proposant son expertise en gestion des énergies intermittentes et des prestations d’ingénierie à des tiers. Elle réalise deux plans de missions d’intérêt général et lance le troisième, en 2014.
Échéance de la concession en 2023 et prolongation jusqu'en 2041 La concession d'exploitation de soixante-quinze ans accordée à la CNR en 1934 ne prend effet qu'en 1948 (date de construction du premier barrage), son échéance est donc prévue en 2023. Une prolongation de la concession est envisagée en 2013, mais le dossier tarde à aboutir entre les mains de l'État, engendrant un climat d'incertitude. Quatre élus locaux représentants les collectivités siégeant au conseil de surveillance de la CNR, ainsi que les syndicats, s'en ouvrent au président de la République Emmanuel Macron dans une lettre datée du .. Un courrier de mobilisation pour demander la prolongation de la concession du Rhône à la CNR a été signé par rhodaniens et envoyé au président de la République le .
En parallèle, une réorganisation de l'entreprise ne prévoyant aucune suppression d'emploi mais amenant à des changements de poste, effective début 2017, aboutit à un climat social tendu qui se manifeste notamment par une grève en .. Selon le journal Mediacités, quatre tentatives de suicide (par trois salariés) sur le lieu de travail sont recensées entre 2016 et début 2018 et témoignent, d'après la Confédération générale du travail (syndicat majoritaire au sein de l'entreprise), d'un mal-être chez les salariés.
En , la Compagnie nationale du Rhône quitte l’Union française de l'électricité. Mi-2018, le dossier est toujours en cours d'étude et de traitement.
En , un compromis est trouvé avec la Commission européenne, au regard des missions hybrides de l'entreprise, pour prolonger la concession de la CNR jusqu'en 2041La Compagnie nationale du Rhône change de tête à un moment clé, Les Échos, 10 septembre 2021.. Le , la loi relative à l'aménagement du Rhône, prolongeant la concession de la CNR jusqu'au , est adoptée à l'unanimité des groupes politiques dans une procédure accélérée de législation en commission, puis votée sans débat à l'Assemblée nationale avant son passage au Sénat le Consensus en trompe-l'oeil autour de la Compagnie nationale du Rhône, Les Échos, 1er février 2022..
Enjeux climatiques Un plan stratégique de la CNR prévoit le développement massif de l'éolien et du solaire afin de diversifier ses sources de production d'électricité, l'hydraulique étant appelée à décliner dans les années à venir à cause du changement climatique. En effet, les experts s'accordent sur un recul du débit du Rhône de 0,43 % par an en moyenne jusqu'à la fin de la concession de la CNR en 2041.
Le , l'Etat annonce que la CNR cesse son projet de barrage appelé « Rhônergia » dans l'une des dernières zones sauvages du Rhône. Pour un budget estimé à d’euros, la CNR envisageait à l'horizon 2023-2033 l'implantation à une quarantaine de kilomètres de Lyon d'un barrage-usine avec une chute de , une retenue de de long pour ralentir le débit du fleuve et une digue de . Cette décision est motivée par les conséquences environnementales négatives qu'un tel barrage pourrait avoir dans cette zone.
Missions vignette|droite|Usine d'Avignon.
Depuis 1934, la CNR exploite et aménage le fleuve dans le cadre de trois missions confiées par l’État : produire de l’électricité, développer la navigation fluviale, favoriser l’irrigation..