Henri de Grosmont (vers – ) est un noble anglais du . Au cours de sa vie, il est à la fois militaire, diplomate et écrivain ainsi que l'un des plus riches seigneurs anglais et un proche du roi .

Henri de Grosmont est le fils d'Henri, de Lancastre. Né vers 1310, il grandit dans un contexte familial difficile : son oncle est l'un des meneurs de la guerre des Despenser contre , puis son père lui-même entre en rébellion contre Roger Mortimer et Isabelle de France. Ces déboires politiques et les confiscations de terres qui s'ensuivent ne lui laissent qu'un maigre héritage dont il prend possession progressivement en remplaçant son père malade dans ses fonctions publiques. Grosmont est toutefois extrêmement proche d’, ce qui lui permet de revenir en grâce à partir du début du règne personnel de ce dernier.

Dans les , il participe militairement et financièrement aux campagnes d’Écosse et aux premiers affrontements de la guerre de Cent Ans. Il se distingue particulièrement dans les en menant deux campagnes militaires couronnées de succès dans le sud de la France qui lui permettent d'acquérir une fortune considérable. Grosmont passe la première moitié des à voyager, en partie pour des raisons diplomatiques. C'est à cette période qu'il accumule les titres, pour finalement se voir attribuer le titre de duc de Lancastre par le roi, un honneur exceptionnel pour l'époque. La deuxième moitié de cette décennie marque un retour aux affaires militaires, avec une chevauchée en Normandie en 1356 et des missions en Bretagne.

Après ces campagnes, Henri de Grosmont participe à l'élaboration du traité de Brétigny. Il meurt peu de temps après son entrée en vigueur, probablement de la peste.

En plus d'être une figure militaire et diplomatique, Henri de Grosmont est un intellectuel. Il laisse à la postérité le Livre de Seyntz Medicines, traité dévotionnel et allégorique rédigé en anglo-normand.

Jeunesse

Origines familiales Henri de Grosmont est le seul fils d'Henri, troisième comte de Lancastre, né vers 1281 et mort en . Son père est le frère cadet du de Lancastre, Thomas, mort en . Les deux frères sont les fils d'Edmond de Lancastre, surnommé , un frère cadet du roi . Par son père, Henri de Grosmont est donc le cousin d' et le petit-cousin d'. Par sa grand-mère paternelle, Blanche d'Artois, le jeune Grosmont est également l'arrière-arrière-petit-fils du roi français .

Jeunesse et éducation Peu de choses sont connues sur l'enfance et la jeunesse de Grosmont, qui sont sans doute selon l'historien Kenneth Fowler.

Henri de Grosmont naît vers , probablement au château de Grosmont, dans le Monmouthshire, au pays de Galles. Son éducation est très classique pour un jeune noble de cette époque. Selon son Livre de Seyntz Medicines, Henri de Grosmont est dans sa jeunesse . Il avoue également lui-même avoir été meilleur dans le domaine martial (escrime, chasse) que dans les matières intellectuelles. Il dit avoir appris à écrire tard dans sa vie et être mal à l'aise avec le français, ce qui n'empêche pas le Livre d'être écrit en anglo-normand, un dialecte du français. Sa possession de deux statues en or, l'une de Tristan et Iseult et l'autre d'une représentation de l'Amour, suggère cependant que la littérature romanesque de l'amour courtois l'intéresse dans ses jeunes années.

Un contexte familial troublé alt=Enluminure représentant un homme à genoux, en posture de prière. Un autre homme lui tient la tête et lève une épée pour se préparer à le tuer.|gauche|vignette|Enluminure représentant l'exécution de Thomas de Lancastre. L'environnement familial d'Henri de Grosmont n'est pas aussi classique. En effet, son oncle Thomas de Lancastre est devenu le pair le plus riche d'Angleterre par son mariage avec Alice de Lacy, fille et héritière d'Henry, comte de Lincoln.. Toutefois, les querelles entre Thomas et son cousin sont constantes, notamment à propos de Pierre Gaveston, le favori d'Édouard, auquel il accorde des privilèges qui mécontentent fortement la noblesse. Chassé d'Angleterre par les Ordonnances de 1311, Gaveston revient malgré tout l'année suivante et est mis à mort par un groupe de nobles menés par Thomas de Lancastre. À la suite de ces événements, Lancastre se réconcilie avec le roi, mais une nouvelle rupture intervient en 1319 lorsqu'il est suspecté de comploter avec les Écossais dans le cadre des guerres d'indépendance écossaises. Parallèlement, les nouveaux favoris d', les Despenser, suscitent les mêmes oppositions baronniales que Gaveston en son temps. En 1321, Thomas de Lancastre, Roger Mortimer et Humphrey de Bohun prennent la tête de la rébellion connue sous le nom de guerre des Despenser. Thomas est défait et capturé lors de la bataille de Boroughbridge, puis promptement exécuté sur ordre du roi.

Henri de Lancastre, le père d'Henri de Grosmont, se trouve dans une situation délicate après la rébellion et la mort de son frère, puisqu'il est à la fois apparenté par alliance aux Despenser et opposé à l'importance que leur donne le roi.. Cependant, dans la révolte de son frère, il affiche sa neutralité. Cela ne l'empêche pas d'être accusé de trahison par en raison de ses liens avec Adam Orleton, un ecclésiastique que le roi accuse d'avoir fomenté la révolte. Après la fin de la révolte, Henri tente de négocier avec pour récupérer les terres ayant appartenu à Thomas, qui ont été confisquées et auxquelles il peut prétendre puisque son frère est mort sans enfant. Le roi lui rend le comté de Leicester le , mais conserve le comté de Lancastre. En conséquence, le père d'Henri de Grosmont bascule ouvertement dans l'opposition et devient l'un des soutiens de la reine Isabelle de France et de Roger Mortimer lors de leur invasion de l'Angleterre. Il participe ensuite activement à la déposition du roi ainsi qu'aux procès des Despenser, qui aboutissent aux exécutions brutales du père et du fils. Ce soutien lui permet de reprendre le titre de comte de Lancastre ainsi qu'une grande importance dans le gouvernement du royaume. alt=Enluminure représentant un roi assis sur son trône, avec sa couronne et son sceptre.|vignette|. Cependant, les relations entre Henri de Lancastre et le couple formé par Mortimer et Isabelle se tendent très rapidement en raison des méthodes impopulaires des deux régents du jeune . La situation dégénère en 1328 quand Henri de Lancastre entre en révolte contre Mortimer pour lui retirer . Lancastre est rapidement battu et contraint de jurer qu'il ne se rebellera plus. Il est en outre frappé d'une amende de , soit la moitié des revenus de ses terres, et affecté à un poste diplomatique en France.

Le père d'Henri de Grosmont revient en grâce lors du début du règne personnel d' en , mais souffre de problèmes de santé (cécité notamment) qui l'empêchent d'exercer toutes ses fonctions. Dans ce contexte, c'est son fils, fait chevalier en , qui le représente au Parlement et assiste au conseil du roi à partir de 1330. C'est également cette année qu'il se marie avec Isabelle de Beaumont. Toujours à la même période, Henri de Grosmont effectue de nombreux voyages entre les différents domaines de son père, probablement pour superviser leur gestion. Après avoir émergé comme successeur de son père en tant que seigneur, Grosmont commence à s'illustrer pour ses talents de combattant en participant à un tournoi royal à Cheapside dans la City de Londres, en 1331.

Avec le retrait de son père et l'émergence d'Henri de Grosmont sur la scène politique et militaire anglaise, les troubles violents entre la maison de Lancastre et la royauté d'Angleterre disparaissent, d'autant plus que Grosmont et le roi ont sensiblement le même âge et les mêmes intérêts, ce qui ne fait que les rapprocher. De fait, les bons rapports entre Henri de Grosmont et ne se démentent jamais.

Domaines et finances En raison des déboires de son oncle et de son père, Henri de Grosmont n'est héritier à l'origine que des seigneuries de Beaufort et de Monmouth. Toutefois, avec la déposition d' et le retour en grâce relatif de son père, il devient l'héritier de tout le patrimoine lancastrien. Mais Grosmont doit malgré tout recevoir des rentes ( en 1332) de la part de son père pour financer son début de carrière, dans la mesure où il n'a pas de revenu propre. Henri reçoit en plus, toujours de la part de son père, des terres dans le sud du pays de Galles, auxquelles viennent s'ajouter des récompenses royales pour service rendu lors des campagnes auxquelles il prend part en Écosse à partir de 1333.

Les très bonnes relations entretenues entre Grosmont et le roi jouent également à son avantage : il est élevé en 1337 à l'un des niveaux les plus hauts de la pairie et se voit décerner à cette occasion le titre de comte de Derby, son premier titre important. En outre, il reçoit de la part du roi, accordés annuellement jusqu'à la mort de son père pour lui garantir des revenus. Henri rend tous ces services à dans les années 1340, lorsque le roi d'Angleterre doit emprunter de fortes sommes à des banquiers flamands ou payer près de pour récupérer la couronne d'Angleterre, qu'il a mise en gage pour financer les premières opérations de la guerre de Cent Ans.

Début de carrière militaire

Écosse

En , Roger Mortimer et Isabelle avaient conclu le traité de Northampton avec Robert Bruce, roi d'Écosse, pour mettre fin à la première guerre d'indépendance écossaise. Par ce traité, l'Angleterre reconnaît l’Écosse comme nation indépendante, Robert Bruce et sa lignée comme souverains légitimes et fixe la frontière à ce qu'elle était avant la guerre, sous . Cette paix, qualifiée de , (turpis pax) est l'une des principales causes de l'impopularité des régents d' en Angleterre. Elle n'est pas plus uniformément acceptée en Écosse, où un certain nombre de nobles refusent de jurer fidélité au roi et préfèrent fuir en Angleterre pour se ranger sous la bannière d'Édouard Balliol, fils du roi Jean Balliol, qui avait abdiqué en au début de la guerre. Parmi ces exilés écossais figure Henri de Beaumont, le beau-père d'Henri de Grosmont, qui est comte de Buchan en plus de ses titres en Angleterre, et qui avait servi lors de la guerre en Écosse. vignette|En rouge foncé, les territoires cédés par Balliol aux Anglais.|alt=Carte Au moment ou commence à régner en son nom, le beau-père de Grosmont est devenu le chef du parti des nobles anglo-écossais qualifiés de . En , Édouard ferme les yeux sur leur rassemblement dans le Yorkshire en préparation d'une invasion de l'Écosse menée par Balliol et Beaumont. Les forces anglo-écossaises prennent la mer le et débarquent à Fife. Le , les Déshérités battent une première force écossaise à Kinghorn avant de remporter quelques jours plus tard une victoire écrasante à Dupplin Moor, malgré une infériorité numérique importante. À la suite de ces succès, Balliol est couronné roi d'Écosse à Scone le . Mais le soutien dont il bénéficie s'érode très vite lorsqu'il rend hommage pour l'Écosse au roi d'Angleterre et lui cède une large partie du sud du royaume. Trois mois après son couronnement, Édouard Balliol est de retour en Angleterre, à moitié vêtu, en montant un cheval à cru, après avoir fui l'attaque surprise des partisans de lors de la bataille d'Annan. Aussitôt, Balliol demande à d'impliquer ses troupes en Écosse pour le soutenir. alt=Enluminure d'Édouard III, à cheval, devant les remparts d'une ville. Son armée est derrière lui tandis que quelques hommes en armure sont sur le rempart.|gauche|vignette| devant Berwick. Miniature de Loyset Liédet, Chroniques de Froissart, BNF,