La Nativité est la naissance de Jésus de Nazareth à Bethléem, en Judée. La date de cette naissance a été retenue comme le début de l'ère chrétienne dans le calendrier grégorien. La Nativité est célébrée sous le nom de « fête de Noël » le par l'Église catholique, l'Église orthodoxe et les Églises protestantes.
Le mot « nativité » vient du latin nativitas, qui signifie « naissance ». Dans l'art religieux, une « Nativité » est une représentation de la naissance de Jésus sous forme de peintures, sculptures, vitraux et musique sacrée.
Nouveau Testament Simon Claude Mimouni souligne le fait que, aux , « les récits de Matthieu 1-2, et de Luc 1-2 ne devaient pas être reconnus comme authentiques par tous ». De plus, comme à cette époque, « on ne savait rien de précis sur les origines de Jésus », cette lacune a rendu possible une grande « diversité dans la représentation de la conception et de la naissance de Jésus » dont les apocryphes chrétiens ont gardé la trace. Le même auteur rappelle « l'extrême efflorescence dans la pensée chrétienne quant à l'origine de Jésus », « avant que l'orthodoxie ne vienne unifier ces traditions par la canonisation » des quatre évangiles du Nouveau TestamentSimon Mimouni, "Les origines de Jésus dans la littérature chrétienne apocryphe", dans P. Geoltrain, Aux origines du christianisme, Gallimard / Le Monde la Bible, 2000, ..
Dans l'Évangile selon Luc, Joseph, accompagné de son épouse Marie, qui était sur le point d'accoucher, est venu à Bethléem afin de s'y faire recenser. N'ayant pas trouvé de place à l'auberge, ils s'installent dans une étable, dans laquelle Jésus serait né. Marie y place son bébé dans une mangeoire à bestiaux.
Dans l'Évangile selon Matthieu, les mages guidés par l'Étoile de Bethléem rendent visite à la Sainte Famille et adorent l’enfant à Bethléem.
Lieu Hypothèses des historiens vignette|La sage-femme (à gauche) et Salomé (droite) donnant le bain au nouveau-né. S'il est communément admis que Jésus est un Juif galiléen dont la famille est originaire de NazarethL'existence d'un tel village à cette époque est confirmée par l'archéologie qui trouve des traces à la période hellénistique, au plus tôt au , le village ne devant pas abriter plus de 400 habitants à l'époque de Jésus ; Jacques Brien (dir.), Terre sainte, cinquante ans d'archéologie, éd. Bayard, 2003, ., le lieu de sa naissance n'est pas connu avec certitudeIl est né (où?) le divin enfant, Cyberpresse, 24 décembre 2009.. Les récits des Évangiles de l'enfance relèvent surtout de théologoumènes (affirmations théologiques présentées dans les récits fictifs bibliques comme des faits historiques) de la part des auteurs bibliques qui ont plus une visée doctrinale qu'un souci historique.
Pour la ville natale de Jésus, les historiensMichel Quesnel, « Jésus et le témoignage des évangiles », in Aux origines du christianisme, éd. Gallimard/Le Monde de la Bible, 2000, . hésitent entre le berceau familial de Nazareth, où il passera toute sa jeunesse, le village de Capharnaüm qui apparaît dans les évangiles comme le centre de sa mission, voire la bourgade de Chorazeïn. Le témoignage de Luc et Matthieu sur la ville natale de Bethléem en JudéeD'après les évangiles selon Luc et Matthieu . est contesté car ces deux auteurs évangéliques l'ont probablement choisie pour des raisons théologiques, Bethléem étant la ville du roi David de la lignée duquel le Messie attendu par les Juifs doit descendre, selon la prophétie de MichéeProphétie de Michée sur la naissance du Messie à Bethléem ..
Évangiles canoniques vignette|La Nativité (détail) par Zanobi Strozzi, 1433 –34
L'histoire de la naissance et de l'enfance de Jésus est absente de l'Évangile selon Marc, qui est le plus ancien des quatre évangiles canoniques (écrit vers 70), et de celui de Jean, qui est le plus récent (écrit vers 90-110).
Elle figure, sous des formes différentes, dans les évangiles selon Matthieu et selon Luc, rédigés indépendamment l'un de l'autre dans les années 80David Flusser, Jesus, Rowohlt, Reinbek bei Hamburg, 1999, p. 16 sq..
D'après l'Évangile selon Luc, Jésus est né dans une étable car ses parents n'ont pas trouvé un espace appropriéGrec , topos, « espace, place ». dans la (kataluma, « salle haute, salle de séjour » Maison d'une famille de classe moyenne avec la kataluma, archéologie en Israël antique.), terme qui ne se traduit pasL'évangile utilise le terme de pour désigner cet établissement commercial. Source : . par « hôtellerie », « auberge » ou « relais de caravansérail » mais désigne plus probablement la chambre prévue pour les hôtes, ce qui suggère que la Sainte Famille logeait chez des proches. L'évangile utilise le terme grec , phatnê, traduit en latin dans la Vulgate par Du latin , « devant » et , « ceindre », ce terme désigne originellement l’enclos pour les animaux. qui désigne l'étable à l'étage inférieur d'une maison israélite ou en plein air dans sa cour (une famille de condition moyenne y abritant la nuit un âne, une vache ou quelques moutons), mais aussi la stalle d'une étable, le râtelier ou la mangeoire selon le principe du pars pro toto. Marie a placé Jésus dans cet endroit probablement attenant à la sans que l'évangile précise s'il s'agit d'une auge de pierreAuge creusée dans le sol ou dans le mur. surmontée d'un râtelier de bois destiné à porter le fourrage des bestiaux comme l'évoquent souvent les scènes de la Nativité. Tout au plus peut-on considérer que l'étable fournissait chaleur et discrétion nécessaires pour un accouchement alors que la chambre d'hôte était pleine ou trop petite. La mangeoire pour les animaux est désignée par le francique *krippia, le latin cripia, d'où est issu le mot « crèche » qui désigne spécifiquement à partir du la mangeoire dans laquelle le Christ a été déposé à sa naissancecrèche, Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.
L’Évangile selon Matthieu () raconte que les mages adorent l’enfant à Bethléem même, dans une oikos (« maisonnée », de la Vulgate).
Le récit de la crèche, de l'Annonce aux bergers, de l'Adoration des bergers et des mages ne doit pas faire l'objet d'une lecture littéraliste mais appartient au registre littéraire du merveilleux et à la théologie métaphorique. En effet, les récits de l'enfance de Jésus de Matthieu et Luc « posent de nombreux problèmes littéraires et historiques, tant leur écriture apparaît tardive, relevant plutôt du merveilleux à la manière des récits d'enfance du monde judéo-hellénistique »Charles Perrot, « Les récits de l'enfance de Jésus », dans Les dossiers d'archéologie, 1999 - 2000, , . De plus, la triple mention de l'enfant « couché dans une crèche » (verset 7, 12 et 16) est un effet littéraire. Outre ce merveilleux, le symbolisme de la crèche ou de la grotte est un rappel du dépouillement et de l'humble cadre du lieu de naissance du Christ, reprenant le motif théologique de la kénose. Enfin, si la Nativité a une dimension festive et joyeuse pour les chrétiens, les évangélistes ont introduit dans ce récit des symboles de la mort prédestinée du Christ : la myrrhe, aromate servant à embaumer les cadavres, désigne l'homme mortel ; l'astre, une conjonction planétaire ou une comète, est souvent perçu comme annonciateur de la mort d'un personnage illustre ; les bergers gardant leurs moutons évoquent l'agneau sacrificiel.
Apocryphes chrétiens
Des récits de la nativité de Jésus se trouvent notamment dans le Protévangile de Jacques, dans l'Ascension d'Isaïe et dans l'Apocalypse d'Adam.
Le thème légendaire de la naissance dans une grotte se développe au , dans le Dialogue avec Tryphon 78,5 de l'apologète et philosophe chrétien Justin de Naplouse, composé vers 160, et dans un évangile apocryphe, le Protévangile de Jacques, également composé au . Selon cette tradition fixée par écrit quelques décennies après la rédaction des évangiles canoniques, au cours du voyage de la Sainte famille de Nazareth à Bethléem, Marie enceinte descend de l'âne pour se reposer auprès d'un point d'eau, dans le village actuel de Bir-el Quadismu (nom arabe signifiant « puits du repos »)Le concile d'Éphèse qui proclame le dogme du Théotokos en 431 suscite une nouvelle vénération de la Vierge Marie, si bien qu'Hikélia, « épouse du gouverneur, devenue ensuite diaconesse du Christ », fonde, vers 455, une église au « Vieux Kathisme » sur le site associé à cette halte. Elle n'a pas le temps d'atteindre Bethléem et se rend dans une grotte où Jésus apparaît miraculeusement. Les maisons à flanc de colline pouvaient en effet abriter une étable dans une grotte.
Dans Marie des apocryphes, Enrico Norelli souligne l'importance qu'ont prise dans l'imaginaire chrétien, au sein même de l'Église, des éléments contenus dans un évangile apocryphe comme le Protévangile de Jacques : « l'âge avancé de Joseph ; la virginité in partu [virginité de Marie pendant l'accouchement], absente des textes devenus canoniques mais clairement affirmée ici ; la naissance dans une grotte » ; « alors que d'un côté les autorités ecclésiales rejetaient fermement les apocryphes, de l'autre elles en prélevaient des éléments, passant sous silence leur origine ou les blanchissant via une nouvelle légitimation du récit »Enrico Norelli, Marie des apocryphes. Enquête sur la mère de Dieu dans le christianisme antique, Labor et Fides, 2009, ..
Un autre évangile apocryphe, l'Évangile du Pseudo-Matthieu du combine la version de la grotte et celle de la crèche : le voyage des parents est interrompu sur l'ordre d'un ange qui invite Marie à entrer dans une grotte où jaillit une lumière miraculeuse qui resplendit pendant tout son accouchement. Deux jours après la naissance, Marie quitte la grotte, entre dans une étable et dépose l'enfant dans une crèche, le bœuf et l'âne l'adorant. La tradition de l'association de ces deux animaux est probablement une influence intertextuelle des premiers commentateurs chrétiens comme Grégoire de Nysse et Léon le Grand qui rattachent la scène de la Nativité au Livre d'Ésaïe, , interprétant le bœuf comme le peuple juif enchaîné par la Loi, et l'âne, bête de charge qui supporte le fardeau de l'idolâtrie, comme les Gentils. La Basilique de la Nativité de Bethléem est d'ailleurs construite au au-dessus de plusieurs grottesOrigène, Contra Celsum, livre I, chapitre LI.
Coran Jésus ne naît pas dans une étable ou dans une grotte, dans le Coran, mais sous un palmier, près d'une source. Selon Patricia Crone, ce récit coranique s'inspire du récit chrétien de la fuite en Égypte (où le palmier peut trouver sa place)Jésus et l'islam. Documentaire réalisé par Jérôme Prieur et Gérard Mordillat diffusé sur Arte en 2015 ; ("le Fils de Marie".. Le palmier est aussi présent dans un évangile apocryphe, l'Évangile du Pseudo-Matthieu. En plus de ce dernier, le récit coranique est aussi inspiré pour la naissance et l'enfance de Jésus d'autres évangiles apocryphes comme le Protévangile de Jacques, l'Évangile de l’enfance selon Thomas ou Évangile arabe de l’enfance.
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