upright=1.4|thumb|« Personne ne sait tout, tout le monde sait quelque chose ».

L'intelligence collective ou de groupe se manifeste par le fait qu'une équipe d'agents coopérants peut résoudre des problèmes plus efficacement que lorsque ces agents travaillent isolément. Le concept d’intelligence collective a été mobilisé pour aborder des collectifs d'agents très divers : des insectes vivant en colonies, des équipes d'humains, des robots collaboratifs, bien que dans ce dernier cas il conviendrait plutôt de parler d'intelligence distribuée.

Pour Pierre Lévy, il s'agit d'une Pierre Lévy, L'intelligence collective : pour une anthropologie du cyberspace, Pierre Lévy. ..

Elle résulte entre autres de la qualité des interactions entre ses membres (ou agents).

L’intelligence collective est étudiée en sociobiologie, en sciences politiques et dans le contexte de l'étude des performances de systèmes socio-techniques, tels que les applications de la production participative. L'intelligence collective a également été attribuée et étudiée chez les animaux et des organismes aussi simples que les bactéries.

Les principes de l'intelligence collective sont aujourd'hui appliqués en sociologie, en sciences de gestion, en informatique et dans les théories de la communication, notamment dans le but de mieux mobiliser les compétences disponibles au sein d'une équipe, d'une institution.

Principes Alors que la connaissance des membres d’une communauté est limitée, tout autant que leur perception de l'environnement commun et bien qu'ils n'ont pas conscience de la totalité des éléments pertinents par rapport aux buts, des agents peuvent accomplir des tâches complexes ou trouver des solutions novatrices grâce à différents mécanismes, méthodes…, tel la stigmergie..

Les formes d'intelligence collective sont très diverses selon les types de communauté et les membres qu'elles réunissent. Les groupes humains, en particulier, n'obéissent pas à des règles aussi mécaniques que d'autres collectifs, par exemple les animaux sociaux tels les colonies d'insectes ou les associations de robots coopératifs. S’agissant de collectifs humains, une définition très large a été proposée par Geoff Mulgan dans une série de conférences et de rapports diffusés à partir de 2006 dans son livre Big Mind: how collective intelligence can change our world (Princeton, 2017). Il y propose en effet un cadre d'analyse qu’il considère valable pour tout système de pensée, y compris l'intelligence humaine (vue comme le fruit de la coopération entre neurones) et l'intelligence artificielle. Son cadre d'analyse implique de tenir compte des fonctions exercées (observation, prédiction, créativité, jugement, etc.), de boucles d'apprentissage et de formes d'organisation. L'objectif de Mulgan est ni plus ni moins de fournir un moyen d’évaluer, puis d’améliorer l'intelligence collective d'une ville, d'une entreprise, d'une ONG ou d'un parlement. Pour cet auteur, le cadre d’analyse apporté par l’intelligence collective peut permettre de renforcer la capacité des structures sociales à répondre aux défis du monde moderne en maximisant les capacités créatives et en minimisant les dimensions destructrices des institutions humaines.

En l’absence de structure de décision centralisée, l’intelligence collective des systèmes naturels repose sans doute sur des principes d’auto-organisation et d’émergence. Les chercheurs qui veulent appliquer ce paradigme de l’intelligence collective aux collectifs de robots collaboratifs dans une perspective bioinspirée ou biomimétique cherchent à tenir compte de ces principes et cherchent à les implémenterMataric, M. J. (1993, April). Designing emergent behaviors: From local interactions to collective intelligence. In Proceedings of the Second International Conference on Simulation of Adaptive Behavior (p. 432-441)..

Dans ce sens, l’intelligence collective peut être lue comme une ingénierie dont le but est de maximiser l’efficacité cognitive d’un groupe humain par exemple en structurant les échanges interpersonnels, en optimisant la composition du groupe ou et utilisant des supports électroniques pour faciliter les échanges.

Historique L'intelligence collective animale est un domaine d'étude scientifique qui connaît un grand développement à partir des années 1980, avec des entomologistes comme Edward Osborne Wilson et Bert Hölldobler qui mettent en évidence l'intelligence collaborative des fourmis., ou le neurobiologiste qui écrit sur l'intelligence distribuée chez les abeilles.. Des travaux sur l’intelligence artificielle distribuée apparaissent également à la même époque.

La recherche sur l'intelligence collective humaine qui se développe au début du , s'inspire de ces études, et est popularisée par le best-seller La Sagesse des foules publié en 2004 par le journaliste américain James Surowiecki qui rappelle l'expérience emblématique, et largement ignorée jusque-là, de Francis Galton en 1906. sur l'estimation correcte du poids d'un bœuf dans une foire anglaise..

Intelligence collective humaine Conditions d’émergence dans des groupes humains Les chercheurs considèrent que l'intelligence collective apparaît lorsque des connaissances et des compétences locales et distribuées sont coordonnées pour atteindre un objectif collectif (mais pas nécessairement consensuel)Mulgan, G., Mateos-Garcia, J., Marston, L. and Westlake, S. (2012), “Draft discussion paper on collective intelligence”, Nesta report, Plough Place, London.

Quatre éléments de base ont été identifiés pour que de l’intelligence collective émerge : un groupe d'acteurs compétents dans des domaines de connaissances spécifiques ; un ensemble de ressources (ressources physiques, informations, connaissances, relations) et de mécanismes d'interaction (par exemple des outils de carte heuristique, navigateur de base de données, des supports visuels de discussion visuelle…) à la disposition des acteurs ; des précisions sur les objectifs et les résultats que les acteurs doivent atteindre ; un moyen d'évaluer l’atteinte des résultats.

En outre, un facteur de succès attesté est la capacité des membres du collectif de déduire les états mentaux d'autrui, tels que les croyances ou les sentiments, à partir d'indices subtils. Tant dans le cadre d'études en laboratoire et d’investigations sur le terrain, les chercheurs ont constaté qu'une plus grande participation et une participation plus égale entre les membres sont associées à une intelligence collective plus élevéeWoolley AW, Aggarwal I, Malone TW. Collective intelligence and group performance. Curr Dir Psychol Sci. 2015;24(6):420-424.. L’inscription de l’équipe dans une culture de communication non violente favorise une collaboration efficace.

Selon plusieurs études, l'intelligence collective d'un collectif augmente avec la proportion de femmes, bien que l’optimum implique de conserver un minimum d'hommes.. Ce résultat s'explique par le fait que les femmes facilitent davantage l’échange d’idées et les processus collectifs : en effet, la sensibilité sociale, qui constitue l'un des facteurs déterminants pour l'intelligence sociale d'un groupe, est en moyenne plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Par ailleurs, l'intelligence sociale d'un groupe n’est que faiblement corrélée aux quotients intellectuels de chacun des membres.

James Surowiecki, propose quant à lui une méthode d'intelligence collective autour de quatre facteurs clefs : Diversité d'opinions : plus les approches sont diverses, plus il est probable qu'une bonne ou meilleure solution émerge. Indépendance d'esprit : les opinions de chacun ne doivent pas dépendre des opinions des autres. Le peu d’intelligence des foules serait le résultat du trop peu d’indépendance d’esprit dans ce contexte. Décentralisation : pour assurer un équilibre entre le global et le local, les individus apportent chacun leur savoir spécialisé, tiré d'une connaissance intime d'un aspect du problème à résoudre. Agrégation : un mécanisme de compte objectif, pour réunir les jugements des personnes en un jugement final. (ex: vote à la majorité, estimation de probabilité sur un marché prédictif).

Parmi les méthodes d'intelligence collective, on peut citer la prise de décision par consentement, développée par la sociocratie et reprise par l'holacratie, la méthode des six chapeaux, la théorie U. Une meilleure connaissance du processus créatif, par exemple dans l’alternance des phases de divergence et de convergence, est utile. Elle permet par exemple de mieux alterner les moments de travail individuel et de travail collectif, en faisant aussi varier la composition du groupe.

Afin d'anticiper les risques et menaces à un projet, la méthode du pré-mortem permet de minimiser les biais de conformité et donc de récolter des avis souvent plus honnêtes et divers que les méthodes traditionnelles de prospective. Inspirée des théories systémiques et proposée par le psychologue américain , cette méthode demande à un groupe de se projeter dans un futur proche où le projet a échoué. Leur objectif est de fournir les causes possibles de cet échec. En demandant au groupe d'être critique ensemble, et en employant le parti pris de l'échec, on minimise la tendance des individus à l'autocensure et à la "Pensée de groupe", nocive à la bonne prise de décision. Daniel Kahneman décrit le pré-mortem comme une technique de "debiasing" particulièrement efficace du fait qu'elle encourage l'indépendance d'esprit.

Facteur C Pierre-Marie Lledo, neurobiologiste et directeur du laboratoire « Gènes et cognition » au CNRS popularise dans les années 2020 le « facteur C » mesurant la performance d’intelligence collective d’un groupe, sur le modèle du QI individuelhttps://formation.lefebvre-dalloz.fr/actualite/intelligence-collective-comment-structurer-son-developpement-en-entreprise. Ce concept démontre qu' un groupe est plus intelligent que la somme des individus qui le composent. Ce facteur est amélioré par l’accroissement des interactions et la diversification des profils. Il s'appuie sur les travaux de Anita Woolley publiés en 2011. Ses travaux identifient trois facteurs clés qui favorisent l’intelligence collective : La sensibilité sociale des membres du groupe, une distribution équitable de la prise de parole, la proportion de femmes dans le groupe (plus il y a de femmes, plus le groupe est intelligent collectivement). L'informaticien Alex "Sandy" Pentlanda a mené des expériences qui confirment ces données.

L'intelligence collective comme ingénierie Le centre d'intelligence collective du a pour objectif d'aider les organisations à devenir plus intelligentes collectivement et à prendre de meilleures décisions de groupe. Pour ce faire, les chercheurs partent d'une séquence de phases théoriques de la décision, qui débute par l'identification des objectifs pour aller vers la génération d'idées et l'évaluation, puis cherchent à voir comment chaque étape peut être optimisée pour tirer le meilleur parti des compétences de l'équipe et au-delà.

Le centre d'intelligence collective du Massachusetts Institute of Technology rassemble des scientifiques pour trouver comment des personnes et les dispositifs informatiques peuvent travailler ensemble de manière plus intelligente, et pour aborder des questions scientifiques sous-jacentes à cette question.. Pour ce faire, les membres se centrent sur plusieurs objectifs : concevoir des systèmes collaboratifs intelligents, étudier l’intelligence collective dans des organisations existantes, concevoir des théories autour de l’intelligence collective.

Intelligence collective et outils numériques