Le Lierre ou Lierre grimpant (Hedera helix L.) est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Araliaceae. C'est une liane arbustive à feuilles persistantes. L'espèce est spontanée dans la zone tempérée eurasiatique de l'hémisphère nord. Elle est également cultivée comme plante ornementale.
Phytonymie Le nom scientifique Hedera est issu du latin hedera, (de haerere « être attaché »). Hedera a d'abord abouti au très ancien français edre (), iedre () puis à iere en ancien français, du genre masculin. Ce dernier, agglutiné avec l'article défini, a donné lierre dès 1372, avec l'ajout d'un r graphique supplémentaire.. L'épithète spécifique Helix (de elein, « s'enrouler ») suggère un enroulement en vrille, et désignait sans doute en grec une liane volubile, donc une espèce différente..
Le Lierre grimpant porte de nombreux noms vernaculaires : « drienne », « lierre des poètes », « lierret », « rondelette », « rondette », « rondote », « herbe de Bacchus », « herbe de saint Jean » (référence à la période de récolte), « herbe à cors » ou « herbe à dents » (en raison de son usage médicinal traditionnel). L’appellation « bourreau des arbres » serait à éviter car elle prêterait à confusion avec la Periploca graeca..
Description Appareil végétatif C'est une liane arborescente, dont l'ancêtre est probablement d'origine tropicale, ce qui explique en partie que sa croissance est stimulée par des étés chauds et humides.. C'est une des rares lianes que l'on trouve en Europe et en Asie Mineure (avec la clématite, le houblon, la vigne, la salsepareille ou le chèvrefeuille) qui forme des tiges ligneuses rampantes ou grimpantes de taille indéfinie (il atteint facilement de long et en hauteur, avec une croissance annuelle de 0,5 à un mètre.). Ce lierre vit habituellement une centaine d'années., pouvant atteindre si le support s’y prête..
Les feuilles du Lierre sont alternes, à limbe assez coriace, vert foncé ou légèrement blanchi sur les contours du limbe. Les feuilles juvéniles sont en forme d'étoile, les feuilles adultes présentent deux formes différentes selon leur fonction (phénomène de dimorphisme foliaire ou hétérophyllie. : les feuilles caulinaires sont palmatinervées à 5 lobes plus ou moins profonds (parfois 3) — rameau A sur l'illustration ci-dessous ; celles des tiges florifères (ayant accès à la lumière) sont ovales, à sommet aigu — rameau B. Ces feuilles sont persistantes et tombent au cours de leur sixième année.
L'existence de feuilles juvéniles et adultes de forme différente a conduit les naturalistes du à distinguer à tort deux espèces, le lierre rampant, appelé Lierre stérile, et le « Lierre en arbre » (Hedera arborea)..
Cuticule : Elle est cireuse et contient des acides gras libres, des alcools primaires, des aldéhydes et des alcanes en quantité variable selon la quantité et la composition de la cire, et selon la température : à 18 °C, le rendement total de cire par unité de surface augmentait avec l'âge des feuilles, mais la cire s'altère par la formation rapide d'aldéhydes). Quand la feuille se développe, des quantités croissantes d'homologues supérieurs apparaissent dans la cuticule, dans les fractions d'alcools primaires, d'aldéhydes et d'alcanes ; à 28 °C, le rendement total de cire par unité de surface est bien moindre (et diminue légèrement avec l'âge des feuilles) et sa composition chimique est très différente (notamment il n'y a plus d'aldéhydes).
Rameaux : ceux qui sont grimpants sont partiellement ornés de poils étoilés grisâtres à 5-6 rayons. Ils portent au milieu des entrenœuds des crampons parfois difficiles à enlever à mains nues, qui sont des racines adventives transformées en crampons émettant de nombreux poils ventouses qui s'accrochent à un support (mur, arbre, arbuste, etc.). Ces racines modifiées n'ont aucune fonction absorbante : le lierre n'est pas une plante parasite (à la différence du gui par exemple), et il se nourrit uniquement avec son système racinaire souterrain..
Appareil floral Les fleurs, jaune verdâtre, portent cinq pétales. Elles sont regroupées en ombelles elles-mêmes disposées en grappes terminales. La floraison s'étale en septembre-octobre, et la fructification s'effectue vers la fin de l'hiver, début du printemps. Le lierre présente donc un cycle phénologique inversé par rapport aux plantes dont il se sert comme support. Ce sont parmi les dernières fleurs en saison à offrir du pollen aux abeilles. Une abeille solitaire est d'ailleurs inféodée au lierre : Colletes hederae (l'« abeille du lierre »).
Les fruits du lierre grimpant sont des baies (8 à 10 mm de diamètre) noir bleuté groupées en ombelles. Ils renfermant de 3 à 5 graines.
Plus encore que les autres parties de la plante, les fruits sont toxiques pour les mammifères et en particulier pour l'homme car contenant des saponosides partiellement hydrolysés en un composé hédérine (très toxique) si ingérés. Deux à trois baies ingérées donnent déjà des signes d'empoisonnement : brûlures dans la gorge, maux de tête, tachycardie, crampes, vomissements/diarrhées. Une consommation plus importante provoque spasmes musculaires, paralysie. Des cas d'empoisonnement chez les animaux (chiens, cerfs, bovins et moutons qui en consomment faute de pâturages) et les humains (effets émétiques et purgatifs, respiration difficile, convulsions et jusqu'à des comas chez des enfants) sont rapportés.. Certains mammifères carnivores en mangent tout de même en petite quantité.
Les fruits du Lierre sont riches en lipides (30 % dans la pulpe située entre les graines) et jouent ainsi un rôle important pour la survie de nombreux oiseaux à la fin de l'hiver, en particulier les passereaux (mésanges, pinsons, rouges-gorges, geais, merles, grives). Les passereaux sont alors de bons disperseurs des graines qu'ils ne digèrent pas, recrachées par le bec ou éjectées dans les fientes. Contrairement aux passereaux, les pigeons ramiers digèrent les graines. et ne sont donc pas vecteurs de la propagation des lierres.
C'est l'une des plantes qui, il y a plus d'un siècle (1879) fait l'objet d'études sur la capacité des feuilles à directement absorber l'eau de pluie et de la roséeHenslow, G. (1879). On the Absorption of Rain and Dew by the Green Parts of Plants*. Journal of the Linnean Society of London, Botany, 17(101), 313-327 |Url=https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1095-8339.1879.tb01235.x.
Écologie Cycle de développement vignette|Apparition de la germination épigée à deux cotylédons du lierre. La germination des graines du Lierre tombées au sol ou rejetées dans les excréments de passereaux frugivores (phénomène d'ornithochorie et d'endozoochorie) débute deux à trois semaines après leur dépôt dans le sol. Les jeunes plantules présentent d’abord deux cotylédons ovales entiers avant de développer les premières feuilles lobées puis des rameaux latéraux qui s'étalent au sol. La première vague de conquête des sous-bois correspond à la phase végétative juvénile sciaphile de la plante, le jeune lierre rampant vers la zone d'ombre (idéalement 3 à 5 % de lumière) créée par un grand arbre (processus de skototropismeDu grec skotos, « obscurité », et trópos, « tour, tourner, direction, avoir une affinité pour ». décrit pour les lianes tropicales). À l'automne, les feuilles se chargent de sucres et de protéines, ce qui contribue, avec leur épaisse cuticule., à une grande résistance au gel (jusqu'à - ).. Le cycle de vie du lierre présente une période d'activité végétative en hiver en raison de cette résistance.. Cette phase juvénile peut durer d'une à plusieurs dizaines d'années. Les tiges couchées radicantes sur le sol forment alors un tapis en sous-bois. Le stade adulte (seule phase susceptible de permettre au lierre de fleurir et de se reproduire) correspond à une phase héliophile de la liane : lorsque les tiges rampantes juvéniles rencontrent un support vertical (idéalement un gros arbre isolé, à l'écorce rugueuse, apportant 3 à 5 % de lumière), elles escaladent ce support, grimpant vers le soleil. La réaction de la plante en termes de photosynthèse et de croissance face à une irradiance donnée varie selon le cultivar.
Mutualisme entre lierre et arbre support La mauvaise réputation du lierre provient des auteurs antiques grecs et romains qui s'étonnent qu'on ait voué à Dionysos cette plante parasite. Théophraste affirme dans son Histoire des Plantes que le lierre tue les arbres qu’il a escaladés. Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle reprend ce thème : « Le lierre est nocif pour les arbres et les plantes, et réussit à s’insinuer dans les tombes et les murs ». S'il est vrai que cette plante ruine les vieux murs fissurés des maisons, ou soulève des pierres tombales dans les cimetières (sinistre réputation qui a perduré jusqu'au et lui a valu d'être régulièrement arraché ou sectionné à la tronçonneuse), elle est reconnue aujourd'hui comme un organisme doté d'un très grand mutualisme (et sans impact négatif sur les murs ou les arbres sains), ce qui explique son succès et sa répartition très commune..
Les véritables pelotes permanentes de lierre dans un arbre servent d'abri et de lieu d'hibernation à une faune nombreuse. Ainsi il permet d'accroître la quantité d'auxiliaires utiles (par exemple pour un verger) car il leur fournit un réservoir de proies supplémentaires. Il sert en particulier de lieu d'hibernation pour la forme adulte du papillon Citron (Gonepteryx rhamni) ou des coccinelles. Le Lierre ne fleurit que de fin septembre à octobre, voire novembre, c'est-à-dire après que la plupart des autres plantes ont terminé leur floraison, la concurrence pour la pollinisation des fleurs est alors moindre. C'est ainsi une source critique de nourriture pour les abeilles et autres insectes à une période où il y a peu de fleurs et où l'hiver arrive, et donc ensuite de fruits pour les oiseaux, en février, à une période où de même peu de fruits sont disponibles. Loin d'être un parasite, c'est à l'inverse un organisme mutualiste..
Le Lierre ne mérite donc pas son surnom de « bourreau des arbres ». On voit parfois des arbres morts recouverts de lierre mais cela ne signifie pas que ce dernier soit responsable de leur mort, Bocage Info : Chassez le naturel, la ronce et le lierre., qui ne lui sert que de support. Lors de promenades durant l'hiver, on pourrait croire que les arbres à feuilles caduques sont étouffés par le lierre, qui reste bien vert durant l'hiver, mais ce n'est qu'une fausse impression, donnée par la complémentarité des cycles de développement du lierre et de son support. Le lierre est aussi un des principaux dépolluants de l'atmosphère (principalement les particules de poussières.). De concert avec l'arbre, il participe à assainir l'air environnant, et donc l'air que nous respirons.
Parfois, les tiges du lierre finissent par enserrer complètement le tronc de l'arbre qui le supporte, mais même ces cas très rares ne posent généralement pas de problème. En effet, quand cela arrive, encore faudrait-il pour que l'arbre soit gêné que le lierre se soit enroulé autour tel un chèvrefeuille, ce qui est encore une fois peu commun, le lierre poussant surtout verticalement et de façon rectiligne sur son support sans gêner les flux de sève - à la différence d'une glycine ou d'un vieux chèvrefeuille qui causent des déformations et retards de croissance à leur arbre support.
Les tiges rampant sur le sol émettent, au niveau de leurs nœuds, des racines adventives qui permettent à la plante de se multiplier.
Les tiges enserrant un arbre peuvent également le protéger d'un feu courant, de la fracture par le gel, des animaux susceptibles d’endommager l'écorce.
Le lierre absorbe l'excès d'humidité, et a une action chimique inhibitrice sur les champignons, bactéries ou parasites pouvant s'attaquer à un arbre.