vignette|260px|Deux trappistes de Westvleteren en Belgique (au milieu, en blanc). Le moine de gauche porte la coule (sorte d'aube aux longues manches) de ceux qui sont définitivement engagés, et sa croix indique que c'est le père abbé ; celui de droite porte une chape, ce qui signifie qu'il n'est engagé que par des vœux temporaires.
L'ordre cistercien de la Stricte Observance (en , en abrégé OCSO), dont les membres sont familièrement appelés trappistes, est un ordre monastique catholique contemplatif issu d'une réforme de l'ordre cistercien au . Il forme, avec l'ordre cistercien (en latin , en abrégé OCist) et les moniales bernardines, la Famille cistercienne ou Familia Cisterciensis vivant selon la règle de saint Benoît et les textes fondateurs de l'ordre.
L'ordre cistercien de la Stricte Observance rassemble en 2023 1500 moines et 1400 monialeshttps://ocso.org/monasteres/current-statistics/?lang=fr, répartis respectivement dans 103 et 72 abbayes ou prieurés.
Historique Aux origines : l'étroite observance de l'ordre de Cîteaux vignette|200px|alt=Armand-Jean de Rancé|Armand Jean Le Bouthillier de Rancé (1626-1700), abbé de la Trappe.
L'ordre cistercien est né en 1098 avec la fondation de l'abbaye de Cîteaux, qui fondera ou incorporera très vite de très nombreux monastères: dès le début du , ils s'organiseront selon des principes codifiés dans la Charte de charité. Pourtant, malgré le succès, et en dépit des rappels à l'ordre du chapitre général, dès la fin de ce de nombreuses abbayes s'éloignent de l'idéal cistercien primitif, en particulier en acceptant d'autres revenus que le travail des frères et en faisant exploiter leurs domaines par des fermiers ou salariés. Avec les années, au fil de diverses calamités comme la peste noire et la guerre de Cent Ans, l'observance des monastères s'était encore plus relâchée. En réaction, dès la fin du , l'esprit de réforme du concile de Trente se fait sentir dans plusieurs monastères cisterciens. Par exemple, Jean de La Barrière, abbé de l'abbaye de Feuillant, réforme sa communauté et crée une congrégation réformée: les Feuillants, approuvée par le pape en 1586; au début du , un mouvement de réforme naît à l'abbaye de la Charmoye, au diocèse de Châlons-en-Champagne. Son abbé, Octave Arnolfini, abbé initialement commendataire avant de devenir abbé régulier (comme plus tard Rancé), gagne à son projet d'autres abbayes de l'ordre, d'abord Clairvaux, puis Châtillon (1605). La même année, indépendamment, Bernard de Montgaillard, un ancien feuillant, rétablit l'observance dans son abbaye d'Orval. En 1616, l'influence de la réforme naissante s'étend à l'ensemble de la filiation de Clairvaux ; chaque communauté garde la liberté d'y adhérer ou nonJean de la Croix Bouton, Histoire de l'ordre [cistercien de la Stricte Observance], cisterciennes, fiche 84, ..
À partir de 1618, la réforme s'étend dans l'ordre, qui se divise peu à peu en deux mouvements : celui de « l'étroite observance » (en référence à l'observance de la règle de saint Benoît et des statuts, constitutions et décrets des chapitres généraux de l'ordre cistercien) et celui de la « commune observance »Naissance de l’étroite Observance, dossier préparé par Sœur Marie-Paule Bart, Peruwelz.L'ordre cistercien sur le site Architecture religieuse en Occident.. La réforme touche de plus en plus d'abbayes, comme Sept-Fons ou le Val-Richer. Ces monastères dépendent de l'ordre cistercien, dont une partie est fortement hostile à la réformeJean de la Croix Bouton, Histoire de l'ordre cistercien de la Stricte Observance, cisterciennes, fiche 85-86..
Dans la mouvance de l'étroite observance, à l'abbaye Notre-Dame de la Trappe à Soligny-la-Trappe, l'abbé de Rancé rétablit également l'observance cistercienne primitive à partir de 1662. L'objectif était de revenir à une vie monastique « authentique » en retrouvant la simplicité et l'austérité originelles de la vie cistercienne, fondées sur la règle de saint Benoît, qui met en avant le travail manuel ainsi que la prière liturgique et personnelle et le silence; mais Rancé augmente considérablement la rigueur des austérités et développe une culture de la mortification. D'autres abbayes suivent un mouvement semblable, comme celle d'Orval, qui devient une des plus importantes d'Europe sous l'impulsion de l'abbé Charles de Bentzeradt - mais qui est plus mesuré que Rancé.
La Révolution française amena la fermeture de toutes les maisons religieuses et donc des monastères cisterciens de France et des régions occupées par elle, comme la Belgique, et la dispersion forcée des moines. Avec la fermeture de Cîteaux, l'ordre cistercien perdait son chef naturel, et, le chapitre général ne se réunissant plus, l'ordre comme tel disparut, même si plusieurs monastères subsistaient hors de France - mais la plupart de la commune observance. Avant la dispersion de sa communauté, dom Augustin de Lestrange, maître des novices à l'abbaye de la Trappe, organisa l'émigration d'une partie des moines vers la Suisse. Des moines d'autres communautés et des moniales y rejoignirent le groupe, lequel fut appelé par la suite les . Les moines s'installèrent à la chartreuse de La Valsainte, les moniales à Sembrancher, où Lestrange établit des règlements minutieux, et qui renchérissaient encore sur les mortifications de Rancé. La guerre et de nombreuses difficultés obligèrent ces moines et moniales à un long voyage à travers la Suisse, l'Europe centrale, la Russie. Ils essaimèrent un peu partout en Europe (Westmalle en Belgique, Lulworth en Angleterre, Darfeld en Westphalie, notamment) et même au Nouveau Monde (États-Unis, Canada). Après l'abdication de et sous la Restauration, des cisterciens de cette filiation se réinstallèrent en France.
1892 : la constitution de l'ordre vignette|gauche|<center>Funérailles d'un trappiste, 1860-1873Constantin MeunierMusée des Beaux-Arts de Gand Partout en Europe, les abbayes disparues se relevaient. En 1836, une congrégation belge se détache des abbayes françaises. En 1847, l'abbaye de Sept-Fons forma une seconde congrégation française, à côté de celle de La Trappe. À la demande du Saint-Siège, les diverses congrégations "trappistes" se réunirent en 1892, prenant le nom d’ordre des Cisterciens réformés de Notre-Dame de la Trappe, élisant un abbé général. Il s'agissait donc, de fait, d'une séparation juridique de l'ordre de Cîteaux, qui avait de facto cessé d'exister avec la suppression par la révolution française de très nombreux monastères et de l'abbaye de Cîteaux, chef d'ordre. Puisque les monastères héritiers de la commune observance avaient de leur côté formé en 1891 le Saint ordre de Cîteaux (O. Cist), il y avait désormais deux ordres cisterciens. En 1899, l'ordre des Cisterciens réformés put racheter Cîteaux et y recréer une communauté. L'abbaye de la Trappe, qui avait donné son nom aux cisterciens trappistes, lui céda donc le rang de tête de l'ordre. Cet ordre s'appelle désormais ordre cistercien de la Stricte Observance (constitution apostolique Haud mediocri, ), dont l'abréviation est OCSO..
Évolution aux En 1903, lors de l'expulsion des congrégations l'ordre cistercien de la stricte observance fut un des seuls à être autorisé à continuer à exister sur le territoire français, en raison de sa contribution à l'agriculture française et de sa non-immixtion dans les affaires politiques.
Au , l'Ordre s'est considérablement développé en fondant des maisons en Europe (Italie, Norvège, Royaume-Uni…) et hors d'Europe: en Amérique du Nord (Canada et États-Unis), du sud (Argentine, Chili), en Asie (Israël, Chine, Japon, Philippines), en Afrique (Madagascar, Maghreb, Nigeria, Rwanda…). Alors qu'il était très majoritairement francophone, et même français, il est désormais « globalisé ».
Dans les années 60, le concile Vatican II a suscité un aggiornamento (« mise à jour »), qui était pour une bonne part un retour à la tradition authentique, et qui a eu un impact important dans la vie concrète des monastères. La division des communautés entre religieux et religieuses de chœur et frères ou sœurs converses a été abolie par le décret d'unification de 1963. La liturgie a été profondément transformée, passant, au prix d'un important travail de création, du latin aux langues locales, et du grégorien à des compositions diverses; les messes "privées" ont été remplacées par une concélébration. De façon général, la rigueur et l'uniformité des observances ont été assouplies, avec un recentrement sur les fondamentaux: prière, travail, vie fraternelle: l'alimentation a intégré les œufs et le poisson; un peu partout, on est passé du dortoir commun aux cellules individuelles; et la règle du silence perpétuel et le langage des signes ont fait place à la possibilité des échanges quand ils sont utiles ou nécessaires.
Les communautés ont eu une plus grande latitude pour aménager leur mode de vie concret en l'adaptant à leur contexte particulier - mais toujours en concertation avec l'ensemble de l'ordre. Ce contexte n'est pas étranger à la modification des constitutions, qui a fait progresser l'unité de l'ordre en instaurant un seul et unique chapitre général commun aux moines et moniales, et la parité entre moines et moniales dans le conseil de l'abbé général, la commission centrale et les commissions régionales.
Mais dans le dernier quart du , après une croissance continue, ses effectifs ont nettement diminué en Europe et en Amérique du Nord: de 2000 moines et 1730 moniales en 2010, ils sont passés à 1500 moines et 1400 moniales en 2023, avec une moyenne d'âge en hausse. Plusieurs maisons ont déjà dû être fermées, et le nombre de moines ou moniales par maison a fortement diminué, passant d'une moyenne de plus de 50 au milieu du à une moyenne de 15 - ce qui transforme profondément le sens des relations fraternelles, désormais plus proches.
Organisation de l'ordre vignette|Chili, 2024: autour de l'abbé général Bernardus Peeters, la commission centrale Dans ses grandes lignes, l'organisation de l'ordre cistercien de la stricte observance (OCSO) est conforme à ce qui avait été mis en place par la première génération cistercienne, notamment dans le texte fondateur qu'est la Charte de charité (Carta caritatis). Par le vœu de stabilité, un moine ou une moniale appartient de façon exclusive et définitive à sa communauté, où, après le temps de postulat et de noviciat, il ou elle est admis à la profession de ses vœux (temporaires, puis définitifs) sur vote du chapitre ; chaque communauté est autonome, dirigée par l'abbé qu'elle élit, qui se fait aider d'un conseil et soumet les décisions à prendre à l'avis du chapitre qui réunit tous les moines profès. Mais les communautés s'entraident les unes les autres. D'une part, chaque abbaye est confiée à la vigilance d'une autre - normalement celle qui l'a fondée, abbaye-mère, dont l'abbé (appelé en cette fonction le "père immédiat") y accomplit chaque année la visite régulière; d'autre part, toutes les affaires communes à tous et les difficultés sont traitées par le chapitre général qui réunit (tous les deux ans) les abbés et représentants de tous les monastères, sous la présidence d'un abbé général qui, avec son conseil et une "commission centrale", assure le relai entre les sessions du chapitre général. En raison de la mondialisation de l'ordre, des "réunions régionales" sont désormais organisées.
Une caractéristique remarquable de l'Ordre cistercien de la stricte observance, presque unique dans l'Église catholique, est qu'il réunit dans un seul ordre aussi bien monastères de moines que monastères de moniales; abbés et abbesses sont au même titre membres du chapitre général commun; et désormais les abbesses peuvent exercer la fonction de "père immédiat", y compris à l'égard des monastères de moines.
Spiritualité et théologie vignette|160px|droite|Novice cistercien priant.