La Croatie, en forme longue la république de Croatie, et , est un pays d'Europe centrale et du Sud. Sa capitale est Zagreb, la ville la plus peuplée du pays. Comptant environ quatre millions d'habitants, la Croatie est membre de l'Union européenne (UE) depuis le ., de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis 2000. et de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) depuis 2009. Elle intègre la zone euro et l'espace Schengen le et pleinement l'Espace économique européen (EEE) le .

Le pays s'étend depuis les confins de l'extrémité orientale des Alpes au nord-ouest et depuis les plaines pannoniennes au nord-est, jusqu'au littoral de la mer Adriatique au sud-sud-ouest, en passant par le massif montagneux des Alpes dinariques au centre.

La Croatie est entourée par la Slovénie au nord-ouest, la Hongrie au nord-est, la Serbie à l'est, la Bosnie-Herzégovine au sud-est et le Monténégro à l'extrême sud-est. De plus, elle partage une frontière maritime avec l'Italie dans la mer Adriatique à l'ouest et au sud-ouest.

Au fil des siècles, le territoire correspondant à la Croatie moderne a été le théâtre de l'influence de divers États. Il a connu la présence et l'influence de l'Empire romain, de l'Empire byzantin, de l'Empire carolingien, du Saint-Empire romain germanique, du royaume de Hongrie, de la république de Venise, de l'Empire ottoman, des Provinces illyriennes du Premier Empire français, de l'empire d'Autriche, de l'Autriche-Hongrie et finalement de la Yougoslavie.

En octobre 1918, les Croates ont participé à la fondation du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui fut ultérieurement rebaptisé le royaume de Yougoslavie à partir de 1929. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'État indépendant de Croatie a été établi par les envahisseurs et confié au mouvement indépendantiste et fasciste des Oustachis, dirigés par Ante Pavelić, en tant qu'État satellite de l'Italie et de l'Allemagne nazie. En 1945, la Croatie est devenue l'un des membres fondateurs de la république fédérative socialiste de Yougoslavie. Au début de son existence, cet État était allié au bloc de l'Est, dominé par l'Union soviétique, bien qu'il n'ait pas rejoint le pacte de Varsovie. En 1961, la Yougoslavie est devenue l'un des fondateurs du mouvement des non-alignés.

En 1991, à la suite de l'introduction du multipartisme et de la démocratie, la Croatie (ainsi que la Slovénie) a déclaré son indépendance vis-à-vis de la Yougoslavie, devenant ainsi un État souverain indépendant. Le gouvernement fédéral yougoslave a refusé de reconnaître cette déclaration et a mené une guerre au nom de la préservation de l'État fédéral et de la minorité serbe en Croatie. Cette guerre impliquait l'armée yougoslave ainsi que des groupes paramilitaires serbes. Finalement, le , la Croatie a été reconnue internationalement. En 1995, la Croatie a récupéré la majeure partie des territoires occupés par les Serbes rebelles, puis en 1998, avec le soutien des Nations unies, elle a achevé la transition des zones restantes, précédemment sous contrôle serbe, pour les intégrer à sa souveraineté.

Après avoir obtenu le statut de candidat à l'adhésion à l'Union européenne en 2004, la Croatie a entamé les négociations avec l'UE dès 2005. Ces négociations ont finalement abouti à la signature du traité d'adhésion en 2011. En 2013, elle est devenue membre de l'Union européenne.

Histoire

Antiquité La Croatie fut, tout au long de son histoire, au carrefour de quatre grands espaces culturels, ce qui confère une richesse à son patrimoine, tant architectural qu'artistique.

Moyen Âge Outre le caractère slave de ses habitants qui remonte à la fin du , la Croatie a subi les influences vénitiennes sur la côte dalmate d'une part, et les influences austro-hongroises dans les plaines du Nord de Slavonie et dans le bassin du Danube d'autre part. Cet héritage vient se superposer à celui préroman — romain et byzantin — plus diffus mais auquel elle doit sa tradition chrétienne.

Temps modernes À la suite de la défaite des Hongrois face aux Turcs à Mohacs en 1526, la Croatie est démembrée. Le Sud devient ottoman jusqu'en 1699 (traité de Karlowitz). Le voisinage immédiat de l'Empire ottoman, du au , dont l'expansion s'est arrêtée en terre croate, a également eu son importance. Premier peuple slave christianisé, dès le début du , les Croates sont encore aujourd'hui très majoritairement catholiques.

400px|centré|vignette|Charge de Nikola Šubić Zrinski lors du siège de Szigetvár en 1566.

Époque contemporaine La Croatie contemporaine est également l'héritière du royaume croate médiéval, d'abord indépendant puis associé en 1102 à la couronne hongroise puis intégré, en 1527, aux terres des Habsbourg, devenues l'Autriche-Hongrie de 1867 à 1918. Au début du , la province côtière de Dalmatie devint vénitienne durant quatre siècles, puis française de 1809 à 1814, au sein des Provinces illyriennes qui mirent fin à la république de Raguse. Les Croates aspirèrent à la formation d'un royaume de Croatie-Slavonie-Dalmatie, dans le cadre de la monarchie austro-hongroise, mais l'accord austro-hongrois de 1867 laissa le royaume de Dalmatie à l'Autriche, tandis que le royaume de Croatie-Slavonie demeura en union personnelle avec la Hongrie, relation spécifique respectant les subjectivités politiques des deux royaumes, et comparable au lien unissant l'Écosse et l'Angleterre. La côte adriatique a longtemps été peuplée de colons italiens qui érigeront des villes en républiques indépendantes avant de se soumettre à Venise. Néanmoins, ces Latins resteront principalement sur les côtes, s'aventurant peu à l'intérieur des terres peuplées de Slaves.

Si les Croates ont toujours lutté, depuis la fin du , pour conserver leur autonomie, le sentiment panslave et yougoslave s'y développa à partir des années 1830. Le voit, pour la première fois, la Croatie unie à ses voisins slaves. De 1918 à 1941, c'est sous la forme d'un royaume centralisé sous le sceptre d'une dynastie serbe, au sein du royaume des Serbes, Croates et Slovènes, renommé royaume de Yougoslavie le Yougoslavie signifiant « Pays des Slaves du Sud ». Dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale, de 1918 à 1921, la Croatie est au bord de la révolution sociale : les grèves ouvrières se multiplient, des comités de déserteurs tiennent des régions entières de Dalmatie et de Slavonie, et le Parti communiste triomphe aux élections municipales de 1920, ce qui lui vaut d’être aussitôt interdit.. En 1941, après l'invasion de la Yougoslavie par les forces de l'Axe, l'État indépendant de Croatie est mis en place par les envahisseurs et confié au mouvement indépendantiste et fasciste des oustachis, dirigés par Ante Pavelić. Les collaborateurs mettent en place une politique de persécution des populations serbes et juives et des résistants antifascistes croates, qui causa des dizaines de milliers de morts. Par rapport à la Croatie actuelle, cet État était amputé d'une partie de la Dalmatie et de l'Istrie (annexées par l'Italie), mais englobait la quasi-totalité de la Bosnie-Herzégovine. Parallèlement, et à la suite de l'insurrection antifasciste du , a été mis en place un (ZAVNOH). Véritable gouvernement de la « Croatie libre » contrôlant de vastes portions de l'État indépendant de Croatie, il rassemble la résistance croate au sein des partisans de Josip Broz Tito. D'un point de vue ethnique, les Croates étaient les seconds contributeurs les plus importants au mouvement partisan après les Serbes. En termes de contribution par habitant, les Croates ont proportionnellement contribué selon leur population au sein de la Yougoslavie. En (selon Tito), les Croates représentaient 30 % de la composition ethnique des Partisans, bien qu'ils ne constituent que 22 % de la population du territoire yougoslave. Dès , les partisans annoncent que leur projet est l'instauration d'une nouvelle Yougoslavie qui serait fédérale. La république socialiste de Croatie devient un État fédéré au sein de la république fédérative populaire de Yougoslavie (de 1945 à 1963), puis de la république fédérative socialiste de Yougoslavie (de 1963 à 1990), composées de six républiques.

vignette|Korčula. vignette|Vlaho Bukovac.

Dans la foulée de la chute du mur de Berlin et de l'effondrement du bloc communiste, les premières élections multipartites de Croatie sont organisées en avril-. Elles voient la défaite de la Ligue des communistes de Croatie et la victoire du parti clandestin et nationaliste qu'est l'Union démocratique croate, emmenée par l'ancien-communisteEncyclopédie Universalis 2008 article Franjo tudjman, dissident et négationnisteL'inauguration d'un Musée de l'Holocauste à Washington Des personnalités juives dénoncent la présence du président croate Article paru dans l'édition du 23 avril 1993 LE MONDE, Franjo Tuđman. À partir d', une rébellion armée conduite par des citoyens yougoslaves majoritairement serbe éclate dans des régions yougoslaves majoritairement peuplé de Serbes : de vastes zones du territoire yougoslave sont soustraites au contrôle des séparatistes croates, avec l'appui de l'armée yougoslave qui s'interpose en protégeant les citoyens yougoslaves. Une république serbe de Krajina est proclamée le sur près d'un tiers du territoire yougoslave, et son maintien au sein de la Yougoslavie est proclamé le . Le , les premières rixes armées éclatent dans le parc national des lacs de Plitvice après son annexion par la Région autonome serbe de Krajina : deux citoyens yougoslaves et un séparatiste croate sont tués. Puis, lors de la bataille de Borovo Selo, douze séparatistes croates et trois soldats yougoslaves sont tués. Ce sont les premiers morts de la guerre qui va suivre. Le , le dernier président de la Yougoslavie, Stjepan Mesić, quitte ce poste pour prendre part à la présidence fédérale de la RFS Yougoslavie, en tant que vice-président.

Le plus de 94 % des Croates se prononcent par référendum en faveur de la transformation de la Yougoslavie en confédération d'États souverains (proposition slovéno-croate), ou, en cas de refus de Belgrade, de l'indépendance pure et simple de la Croatie. Belgrade ayant rapidement rejeté toute proposition visant à démocratiser la fédération yougoslave, la Croatie est amenée, tout comme la Slovénie, à déclarer son indépendance le . Le gouvernement fédéral yougoslave ne reconnut pas cette déclaration et, au nom de la préservation de l'État fédéral et de la minorité serbe de Croatie, mena une guerre avec l'armée yougoslave et des groupes paramilitaires serbes. La Croatie fut reconnue internationalement le . La nouvelle armée croate mena des opérations contre les forces de la république serbe de Krajina soutenues par l'Armée populaire yougoslave (JNA), notamment en 1995, quand les opérations Éclair (Operacija Bljesak) en Slavonie occidentale et l'opération Tempête (Operacija Oluja). visaient à reconquérir la république serbe de Krajina. Ces opérations militaires se sont accompagnées de l'exode de , principalement vers la Bosnie-Herzégovine et la Serbie, provoqué par l'évacuation forcée de la population civile ordonnée par les responsables séparatistes croates. La Slavonie orientale et la Syrmie occidentale furent rendues pacifiquement à la souveraineté croate en 1998.