right|upright=1.5|thumb| La laïcité est le « principe de séparation, dans l'État, de la société civile et de la société religieuse » et « d'impartialité ou de neutralité de l'État à l'égard des confessions religieuses ».. L'adjectif "laïque" qualifie par extension des « institutions, publiques ou privées, qui sont indépendantes du clergé et des Églises ».
La laïcité s'oppose à la reconnaissance d'une religion d'État. Le principe de séparation entre l'État et les religions peut trouver des applications différentes selon les pays.
Définitions Pour le Larousse, la laïcité se définit comme : . ; ou : .
Pour le TLFi : . ; ou : .
En revanche, pour l’Encyclopédie philosophique universelle, la laïcité peut prendre un sens distinct, plus large que le sens juridique. : . Cité et synthétisé par ..
La confusion entre ce sens philosophique et le sens juridique est à l’origine de nombreux débats politiques.
, peuvent désigner une institution ou un organisme qui est indépendant des conceptions religieuses ou du clergé ou neutre vis-à-vis des confessions religieuses : on parle de , .
Étymologie Le mot « laïc », apparu au et d'usage rare jusqu'au , désigne les personnes (et les choses) qui ne sont pas de condition religieuse (prêtres, religieux), de la même manière que le mot civil désigne ceux qui ne sont pas de condition militaire.
Ce terme est issu du latin « commun, du peuple () », terme ecclésiastique repris au grec d'église , , « commun, du peuple (Laos) »ou encore « non clerc, illettré » et spécialement « non militaire », « non séculier », « vulgaire »., par opposition à , (clerc)Alain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1998, ., désignant les institutions proprement religieuses. Le terme est utilisé dans le vocabulaire des églises chrétiennes dès l'Antiquité tardive pour désigner toute personne de la communauté qui n’est ni clerc, ni religieux c'est-à-dire profane en matière de théologie. Cependant, elle appartient bien à l'Église, dans le sens qu'elle en suit le culte (l'incroyance étant alors inconcevable à l'époque) ; et peut même y exercer des fonctions importantes. L'abstrait désignant cette position a donné en français le terme « laïcat »Yves Congar, Sacerdoce et laïcat, 1962..
Au Moyen Âge, le mot « laïc » distingue l'homme commun, qui doit être enseigné, de l'individu « instruit » consacré par son état religieux..
Laïcité et sécularisation vignette|Bande dessinée pédagogique libre de droits pour la jeunesse, illustrant la différence méthodologique entre la création d'un récit et la démarche scientifique. C'est aussi sur cette différence que s'appuie la notion juridique de laïcité. On distingue le caractère séculier d'une société (la population manifeste une certaine indifférence religieuse) de la laïcité proprement dite (les institutions d'État ne sont soumises à aucune contrainte ni même ne relèvent d'aucune justification de nature religieuse, spirituelle ou théologique).
Jean Baubérot propose ainsi une définition des processus de sécularisation et laïcisation : Jean Baubérot, Laïcité 1905-2005, Entre passion et raison, Seuil 2004, ..
Ferdinand Buisson, un des inspirateurs des lois laïques de la Troisième République française, définit plus la laïcité comme de la sécularisation des institutions politiques d'un État, à savoir que cet État ne s'adosse à aucune religion officielle, ni ne suppose quelque onction divine. Le principe de séparation des pouvoirs politique et administratif de l’État du pouvoir religieux en est une applicationExtrait de l'article « Laïcité » - Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire - F Buisson - Hachette 1888 - Fac similé Gallica..
Histoire Le concept de laïcité trouve ses racines dans les écrits des philosophes grecs et romains, tels qu'ÉpicureÉpicure: Lettre à Ménécée. Chap. in Lettres, maximes, sentences, . Paris : Le livre de poche, 2009, . ou Marc AurèleMarc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Flammarion, coll. GF, 1984, traduit et préfacé par Mario Meunier ., ceux des penseurs des Lumières comme Locke, Bayle, Diderot, Voltaire, les pères fondateurs des États-Unis tels James Madison, Thomas Jefferson, et Thomas Paine, en France à travers les lois de Jules Ferry.
Contrairement aux idées reçues, le concept de laïcité a été développé par des penseurs d'obédiences variées. Ainsi, Averroès, philosophe et théologien musulman andalou de langue arabe du , est également considéré comme l'un des pères fondateurs de la pensée laïque.
Christianisme D'après les Évangiles, Jésus de Nazareth, reconnu par les chrétiens comme le Messie, dit cette phrase : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »Évangile selon Luc, 20:25..
René Rémond pense qu'il faut se garder d'affirmer péremptoirement que l'idée de la séparation des deux pouvoirs était déjà présente dans le texte évangélique. Selon lui, on fait peut-être dire plus à ce verset sur la distinction entre César et Dieu que ce qui était dans l'esprit de Jésus, ou dans la façon dont le rédacteur a voulu transmettre son message. Comment ceux qui vivaient alors dans l'univers complètement religieux de l'Antiquité auraient-ils pu avoir une quelconque idée de la laïcité telle que nous la concevons au ? Il faut se garder des anachronismesRené Rémond, Le Nouvel Antichristianisme, Desclée de Brouwer, 2005, p. 118..
Antiquité Dans l’Antiquité, avant l’arrivée du christianisme, il n'y avait aucune séparation entre les cultes et l’État. Dans les monarchies chrétiennes et musulmanes, le roi était également le plus haut chef religieux et parfois, il était considéré comme divin. Dans les régimes républicains, les religieux étaient nommés fonctionnaires, comme les personnalités politiques. Dans d'autres cas, une autorité religieuse était également l’autorité civile suprême, comme c'était le cas de la théocratie judéenne sous domination étrangère.
Dans la Rome antique, les empereurs étaient parfois considérés comme des êtres divins (la plupart du temps ils étaient divinisés après leur mort) et occupaient la plus haute fonction religieuse, celle de Pontifex maximus. Les chrétiens ont d'ailleurs contesté ce système, en reconnaissant l'autorité politique de l'empereur mais en refusant de s'impliquer dans une religion de l'État, et de reconnaître la divinité de l'empereur. De ce fait, les chrétiens ont été jugés ennemis de l’État et la conversion au christianisme était punissable de la mort (voir par exemple, martyre de Justin sous le règne de Marcus Aurelius). Cette situation a entraîné de violentes persécutions jusqu'en 313, année qui vit la signature de l'édit de Milan par et Licinius. L'Empire romain est véritablement devenu chrétien avec l'édit de en 390. Les enseignements de Jésus lui-même sont parfois cités comme exemple du principe de la séparation de l’Église et de l’État (par exemple dans l'Évangile selon Marc, 12:17 : « Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »). André Gounelle rappelle que lors des discussions sur la loi de séparation des Églises et de l'État, Aristide Briand se référa plusieurs fois à ce passage de l'évangile de Luc et il estime que certains chrétiens, avec les stoïciens, ont été parmi les premiers à nier Le religieux dans une société laïque, andregounelle.fr..
Selon Henri Peña-Ruiz, dans la cité grecque (et dans la cité latine pré-chrétienne postérieurement) la religion organise le lien social. Puis, la cité se faisant intégrante, des croyances multiples cohabitèrent. Chaque citoyen a ses dieux personnels, dans une cité qui a les siens propres (les dieux poliades) et dont la vocation est de préserver le salut commun. Progressivement, le conformisme religieux laisse la place à des lois communes, afin de favoriser la coexistence de tous. La religion de la cité aura alors une fonction civique dépourvue de dogmatisme théologique ; on admettra progressivement que la conscience reste maîtresse d’elle-même. Le droit romain développera cette distinction entre lois communes et pouvoir religieux en distinguant la (la « chose publique ») de la chose privée. Ainsi sont réunies les composantes de la laïcité contemporaine : le respect de la conscience individuelle, la recherche de l’intérêt général, la primauté de la loi sur les dogmes..
Moyen Âge Au Moyen Âge, dans les pays d'Europe de l'Ouest, la séparation de l’Église et de l’État se heurtait aux monarques, représentants de Dieu sur terre, qui héritaient leurs pouvoirs du droit divin et des autorités ecclésiastiques.
Dans l'Empire romain oriental, également connu sous le nom d'Empire byzantin, l'empereur disposait d'un pouvoir suprême, au-dessus de l’Église, et il contrôlait son plus haut représentant, le patriarche de Constantinople. L'orthodoxie était la religion d’État. Lorsque l'Empire ottoman a conquis Constantinople (qui sera renommé Istanbul en 1930), l'empereur a été tué. a alors été nommé patriarche de l'Église orthodoxe orientale par le sultan .
Au , le pape conçoit le premier dans une lettre à l'empereur Anastase, la distinction entre le pouvoir temporel (potestas) et de l’autorité spirituelle (auctoritas) Walter Ullmann, , 1965, et suivantes.. Cette lettre, préfigurant la doctrine médiévaleBulle pontificale de 1302. des deux glaivesGélase ne parlait que de deux « pouvoirs », , à l'empereur Anastase, édition Thiel., devient à fin du l’un des textes clefs invoqués pour soutenir la supériorité de l’autorité pontificale sur la potestas impériale. Mais l'usage qui en est fait alors, dans l'optique de la séparation du et du , provient de l’importance excessive accordée à ce qui est en fait une citation altérée de la lettre de Gélase, qui mentionnait « deux augustes impératrices gouvernant le monde »Mayke de Jong, et L’autorité religieuse royale sous les Carolingiens (790-840), in Annales 2003/6, , article en ligne ().. La distinction entre potestas et auctoritas tente d'établir une hiérarchie : le pouvoir politique serait moralement soumis à l'autorité. Cette dichotomie entraîne des réactions qui se traduisent notamment par la lutte du sacerdoce et de l'Empire ou par les mouvements hérétiques des qui contestent au clergé cette mainmise spirituelle.
Époques moderne et contemporaine Le concept moderne de séparation des Églises et de l'État est souvent attribué au philosophe anglais John Locke. Suivant son principe de contrat social, Locke affirme que l'État n'a pas de légitimité suffisante en ce qui relève de la conscience individuelle. Pour Locke, c'est l'origine d'un droit naturel de liberté de conscience qui, dit-il, doit être protégé des intrusions des gouvernements. Cette perception concernant la tolérance religieuse et l'importance de la conscience individuelle devint, avec la notion de contrat social, particulièrement influente dans les colonies américaines, et dans la rédaction consécutive de la Constitution des États-Unis.
Au siècle des Lumières, d'Alembert a vivement critiqué, dans le Discours préliminaire de l'Encyclopédie, sans la nommer, l'Inquisition, et déploré l'« abus de l'autorité spirituelle réunie à la temporelle ».
La notion moderne de laïcité, qui n'est plus hiérarchique, apparaît quand la théorie politique puis l'État deviennent capables d'une pensée autonome sur la question religieuseC. Lefort, Permanence du théologico-politique, Gallimard, 1981, , cité par .. Les termes « laïcité », « laïciser », « laïcisme », « laïcisation », ne sont attestés qu'à partir de la chute du Second Empire, en 1870 : le terme « laïcité » est contemporain de la Commune de Paris qui vote en 1871 un décret de séparation de l'Église et de l'État. Ils sont liés, sous la Troisième République, à la mise en place progressive d'un enseignement non religieux mais institué par l'État. Le substantif « la laïque », sans autre précision, désignait familièrement l'école républicaine. La laïcité sécularise alors la puissance publique et .