thumb|Relief Lenormant : trière athénienne à neuf rameurs, vers 410-400 av. J.-C., musée national archéologique d'Athènes.
En Grèce antique, la triérarchie ( / ) est une liturgie militaire, qui consiste à équiper une trière et à entretenir son équipage pendant un an. On la connaît notamment à Athènes : peut-être date-t-elle de la loi navale de Thémistocle en -483/-482, mais son fonctionnement ne nous est bien connu que pour le .
Description La cité fournit les agrès et la coque, à charge pour le triérarque de les entretenir pour les rendre en parfait état un an après. Ce dernier doit également engager l'équipage à même de manœuvrer le navire, et en assurer le commandement. Peut-être la construction des navires eux-mêmes se faisait-elle par l'intermédiaire des triérarques, mais il semble que ce n'était qu'à leur initiative pour démontrer leur attachement à la cité, de la même façon qu'ils pouvaient payer la solde de l'équipage, délivrer une prime aux rameurs ou fournir leurs propres agrèsClaude Vial, Lexique de la Grèce ancienne, Armand Colin, 2008, 225.
Le triérarque est choisi par l'un des stratèges (LXI, 1). parmi les plus riches citoyens., métèquesD. Whitehead, The Ideology of the Athenian Metic, Cambridge, 1977, p. 80-82. et archontesDémosthène, XX = Contre Leptine (27). exceptés. La personne retenue est ensuite exemptée de liturgies pendant les deux années qui suiventIsée, VII = Contre Apollodore (38).. Dans l'Athènes du , la cité a besoin chaque année de plusieurs centaines de triérarques pour maintenir sa flotte, 3-4 ; Gabrielsen, p. 176-179.. Au , on passe d'une centaine de triérarques en début de siècle à 400 à l'époque de DémosthèneMogens Herman Hansen, La démocratie athénienne à l'époque de Démosthène, Les Belles Lettres, 2003, p. 141. La triérarchie représente une charge financière très lourde, de l'ordre de à drachmesChrist, 148., d'autant qu'un triérarque jugé responsable de la perte du navire devait en outre, d'après une inscription de la fin du IG ii2 1629. 569-77a, verser une amende forfaitaire de drachmes, ce qui devait correspondre au coût moyen de construction du navire Jeremy Trevett, Apollodoros, The Son of Pasion, Oxford University Press, 1992, 24.. Le montant de la liturgie elle-même varie suivant l'état et l'âge du navire assigné, ainsi que de la durée de la campagne militaire. Dans Les Cavaliers d'Aristophane, l'un des personnages menace ainsi l'un de ses ennemis :
Les triérarchies se multipliant pendant la guerre du Péloponnèse, la cité introduit, après l'expédition de Sicile, le principe de la syntriérarchie : il s'agit de répartir la charge entre deux personnesDémosthène, XXI (Contre Midias, 154). La mesure étant encore insuffisante, la loi de Périandre applique en 357 av. J.-C. le système de l’eisphora à la triérarchie : elle crée 20 groupes ou symmories ( / ) de 60 personnes, qui se partagent la responsabilité d'une trière, sans qu'il y ait obligation de commandement comme auparavant. À l'initiative de Démosthène, ce système fut abandonné en -340 : on en revint à une prise en charge par un seul individu (parmi les 300 citoyens les plus riches) du coût d'entretien et du commandement d'une trirème.
Le seuil à partir duquel un Athénien peut être soumis à la triérarchie est inconnu. L'orateur Isée indique qu'un bien de cinq talents ( drachmes) est suffisantIsée, VII, 42 : ; cette déclaration a paru invraisemblable au vu de la ponction que cela représenterait. En effet, un tel patrimoine génère un revenu annuel de drachmes — le rendement moyen de la terre est de 8 % au Isée, XI, 42. — ce qui est insuffisant pour couvrir le coût d'une triérarchie et à peine suffisant pour une syntriérarchie. Il est possible qu'Isée ait volontairement exagéré pour accabler ses adversaires, ou que des citoyens, par désir de se mettre en avant, se soient proposés pour être triérarques avec des moyens financiers un peu justes. Inversement, les citoyens dont on sait qu'ils ont été triérarques possèdent des fortunes de l'ordre du double de ce que cite Isée : 8,5 talents au moins pour Critobule<ref>Xénophon, Économique, II, 2, 3-6.</ref>, 10 talents pour DémosthèneDémosthène : XXI, 80 et XXVII, 7-9. et plus de 16 talents pour DicéogénèsIsée, V, 11, 35.. Un capital de 10 talents paraît donc être un montant minimum vraisemblable, soit une ponction de 3,33 % sur la fortune totale pour une syntriérarchiePatrice Brun, Eisphora, syntaxis, stratiotika : recherches sur les finances militaires d'Athènes au , 1983, p. 18.. À l'époque hellénistique, la triérarchie se maintient dans de nombreuses cités, comme Priène ou, au encore, dans des cités libres comme Rhodes ou sujettes de Rome comme Milet.
Rome Sous l'Empire romain, le commandant d'un navire était appelé navis magister - ou navarque. Ces grades équivalent à celui de centurion mais ils sont socialement inférieurs. L'emploi du terme triérarque est peut-être lié aux contacts avec les flottes hellénistiques de l'époque antérieure à César. Il peut désigner le commandant d'un navire important ou le chef d'une petite division navale ou d'une escale permanente de la flotte de guerre (Tacite, Histoires, II, 16).
Notes et références
Bibliographie
Xénophon. Œuvres complètes, trad. Pierre Chambry, Garnier-Flammarion, 3 vols., 1967 : T. II : Anabase. - Banquet. - Économique. - De la chasse. - La République des Lacédémoniens. - La République des Athéniens.
Matthew R. Christ, « Liturgy Avoidance and Antidosis in Classical Athens » dans Transactions of the American Philological Association, vol. 120 (1990), .
Vincent Gabrielsen, Financing the Athenian Fleet: Public Taxation and Social Relations, Johns Hopkins University Press, Baltimore et Londres, 1994 P. J. Rhodes, « Problems in Athenian Eisphora and Liturgies » dans American Journal of Ancient History'' 7 (1982), .
Articles connexes Grades de l'armée romaine
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