Une réforme de l'orthographe française est un changement de la manière d'écrire le français décrété par une autorité publique, généralement chargée de l'enseignement.

L'origine de ces réformes remonte au , lorsque des nécessités administratives ont demandé une codification du français. La question de la codification et des réformes apportées à l'orthographe s'est posée de plus belle avec l'imprimerie.

En 1635, Richelieu fonde l'Académie française avec la mission pour ses membres de normaliser la langue française.

La dernière réforme de l'orthographe date de 1990 et a fait l'objet de plusieurs circulaires en France, en Belgique, en Suisse ou encore au Canada.

Historique Les réformes orthographiques du français ont toujours été étroitement associées à la politique.

Ancien français (~ - ) vignette|gauche|250px|Derniers vers de la Chanson de Roland. L'orthographe de l'ancien français rend compte de la prononciation de l'époque, contrairement à celle du français moderne.

Au Moyen Âge, aux -s, l'écriture n'est encore qu'une sorte d'aide-mémoire, plus ou moins instable, dans une civilisation essentiellement orale. Ses bases sont essentiellement phonologiques, avec des insuffisances et des contradictions..

L'adoption du français comme langue royale, en remplacement du latin. a déclenché chez les clercs une réaction qui s'est traduite par la mise en place d'une orthographe raisonnée du moyen français se référant aux origines latines de la langue...

Tout commence au avec l'adoption, par le gouvernement royal, du français en tant que langue administrative. Avec l'avènement de au trône, l'usage du français s'élève à 80 % des chartes.

Moyen français (~ milieu - début )

Après une brève interruption et un retour au latin durant le règne de (1350-1364), le français redevient majoritaire dès les . Cependant, l'Église, mais surtout les clercs et les juristes chargés d'enregistrer les actes royaux, constituent un bastion de résistance à l'usage du français. Si les bénéficiaires laïcs des chartes du roi de France soutiennent l'usage du français, la caste des clercs, qui considère l'aspect historique de la langue s'accroche en revanche à l'usage du latin : au fur et à mesure qu'ils ont été forcés d'abandonner le latin pour le français, les officiers ministériels se sont donc rattrapés en se mettant à en conserver les marques de latinisation de l'orthographe.

L'adoption du français comme langue royale se traduit par une rationalisation et une unification de l'orthographe jusqu'ici chaotique de l'ancien français (pour « cœur » par exemple, on trouve les graphies , et ). Alors que la graphie originelle du français est davantage conforme à la phonétique (celle supposée de l'époque puisque les preuves ne sont pas patentes) et parfois arbitraire, elle est progressivement latinisée dans une tentative d'aboutir à une « orthographe étymologique ». fige ensuite définitivement cette nouvelle norme graphique qu'elle appelle « orthographe ancienne » puisque procédant du latin classique, sans tenir compte du fait que la Chanson de Roland, qui est le plus vieux texte littéraire complet du français, a une orthographe totalement différente ni du fait que le latin employait une orthographe phonétique. Sont ajoutées alors des lettres ne se prononçant pas devant les consonnes : là où l'ancien français écrivait tens, le moyen français crée « temps », le p rappelant son étymon latin tempus ; à partir de pois, le moyen français crée « poids », le d rappelant la forme latine pondus, ce qui constitue une erreur d'étymologie puisque le français « poids » procède du gallo-roman *PESU (< latin pensum, italien peso « poids »), d'où « peser » et non pas de *PONDU., mais elle distingue entre tous les homophones (ex : pois, poix) ; puis devient en moyen français « puits », le t évoquant la forme latine puteus, ce qui n'est pas tout à fait l'étymon, mais n'est, dans ce cas, pas contraire à l'attraction qu'a exercé le vieux bas francique *putti, phonétiquement proche. L'immense majorité des singularités orthographiques du français moderne est étymologiquement justifiée et se rapproche partiellement du latin classique à l'origine du latin vulgaire dont descend le français. On trouve d'autres exemples qui montrent les limites d'une orthographe étymologique. Ainsi, sçavoir (saver en ancien français) était censé se rattacher au latin scire jusqu'à ce qu'on s'aperçoive qu'il était issu du bas-latin sapere ( italien sapere) et qu'on enlève, tardivement, le ç parasiteVoir et .. Un autre exemple est fourni par le mot « homme » écrit souvent sans h- en ancien français ( italien uomo), on restitue systématiquement h- étymologique, conformément à l'étymologie du terme, à savoir le latin homo, en revanche, le pronom personnel indéfini « on » qui procède du même étymon latin homo, forme atone, se voit privé de son h- initial tel qu'il apparaît dans certains textes d'ancien français..

Avec l'développement de l'imprimerie, un mouvement de simplification, reposant sur l'idée d'une fidélité à la prononciation des mots, est lancé par les imprimeurs au et appuyé par des auteurs comme Ronsard. Ce mouvement échoue en grande partie parce que les plus novateurs sont soupçonnés de protestantisme et forcés de s'expatrier, notamment en Hollande. En 2016, Danièle Sallenave mentionne néanmoins aussi que .

vignette|right|240px|L'ordonnance de Villers-Cotterêts. L'orthographe a été rendue étymologique.

Un tournant majeur a lieu au milieu du , avec les progrès de la centralisation politique et l'arrivée au pouvoir de . À ce moment-là, la France est de fait bilingue : la grande masse de la population parle un français vernaculaire, tandis que les actes administratifs sont rédigés en latin. L'extension de l'usage du français est indispensable à l'établissement et au progrès de l'administration et de la justice royales dans le pays. Une ordonnance promulguée sous le règne de en 1454 au château de Montils-lès-Tours puis surtout l'ordonnance de Villers-Cotterêts signée par en donnent à la langue française une assise juridique. La reconnaissance du français, langue du roi et langue du droit, comme langue officielle se trouve appuyée, sur le plan littéraire, par la Défense et illustration de la langue française, que Joachim du Bellay publie dix ans plus tard, en 1549.

Lorsque va promulguer sa célèbre ordonnance de Villers-Cotterêts en , c'est l'usage du « } » qu'il impose. L'invention de l'imprimerie, instrument de popularisation de l'écrit, ne contribuera pas non plus à restituer à la langue française sa graphie phonétique originelle ; au contraire, elle a suscité des inquiétudes concernant les éventuels « dangers » d'une dissémination incontrôlée du français à l'écrit. Par exemple, Henri Estienne, imprimeur, mais également philologue, et surtout helléniste, n'a pas caché son mépris pour ce qu'il nommait le puisque selon lui, le français ne descend même pas du latin, mais du grec : .

Les tentatives de l'auteur de la première grande grammaire du français (1550), Louis Meigret de simplifier l'orthographe française en favorisant une orthographe phonétique, ne purent réussir face aux polémiques soulevées par des opposants. Une fois imposé le principe d'une graphie censément étymologique, l'orthographe française n'a jamais cessé d'évoluer, suivant le principe que l'usage détermine la règle.

Les membres de la Pléiade s'affrontent vivement sur ce sujet : Guillaume Des Autels est partisan de l'orthographe étymologique, là où Jacques Peletier du Mans et Louis Meigret défendent une orthographe phonologique. De son côté, Rabelais crée son propre système graphique, intitulé, en 1552, censure antique, où, selon Mireille Huchon, .

Aux extrêmes se trouvent alors, d'un côté, le phonétisme absolu chez Louis Meigret et de l'autre, la latinisation et parfois même l'hellénisation chez Robert Estienne. Cette deuxième tendance a conduit à des formes comme « sçavoir » avec un ç, sur la base d'un rattachement erroné au latin au lieu de . Cette forme, qui sera enregistrée dans les deux première éditions du Dictionnaire de l'Académie française (1694 et 1718), sera remplacée dans sa troisième édition, en 1740, par la graphie actuelle « savoir ».

Pierre de La Ramée, dit Ramus, auteur d'une « » (Grammaire) qui paraît en 1562, . où il se montre partisan d'un phonétisme généralisé, pose la distinction I / J et U / V. mais aussi celle entre les trois e : e, é, è, , (lire en ligne) et (lire en ligne, consulté le 28 août 2015).. Les lettres J et U sont alors appelées « lettres ramistes ». Cependant, cette distinction apparaît plus tôt chez Clément Marot, en 1558, dans une édition de ses Œuvres à Lyon par Jean de Tournes. Pour l'espagnol, la même proposition se retrouve chez Antonio de Nebrija, dans sa de 1492. Giovanni Trissino recommande la même distinction pour l'italien dans son parue à Vicence en 1529, Contributions à l'histoire de la grammaire italienne, espagnole et française à l'époque de la Renaissance, Amsterdam, 1932, ..

Français moderne (depuis le )

Malgré l'ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, la langue n'est pas encore considérée comme fixée. L'Académie française est fondée en et officialisée en par le cardinal de Richelieu, qui propose à cette Académie .

Dans les années qui précèdent la publication de la première édition de ce qui sera alors titré Dictionnaire de l'Académie françoise (1694), l'Académie française se voit soumettre diverses propositions ou tentatives pour ce que Ménage, en 1639, nomme « la reformation de la langue françoise ». Ces questions agitent en effet la ville et la cour : vers 1660 est de nouveau apparue, comme à la Renaissance, l'idée d'une « ortographe simplifiée », soutenue par les Précieuses. On leur doit ainsi le remplacement d'« autheur » par « auteur » et de « respondre » par « répondre », deux exemples de simplifications qui seront actées dans la troisième édition du Dictionnaire de l'Académie française.

Corneille, membre de l'Académie française depuis 1647, répand l'usage des « lettres ramistes ». Corneille y ajoute la distinction entre « le simple, lé aigu et lè grave ».

En 1668, Louis de Lesclache propose, dans son ouvrage Les véritables règles de l'ortografe francéze ou L'art d'aprandre an peu de tams à écrire côrectement, une réforme phonétique, qui reste sans postérité. L'abbé Dangeau (1643-1723), membre de l'Académie, fit également des tentatives radicales pour simplifier l'orthographe, mais sans succèsNotamment dans une "Lettre sur l'ortografe" adressée au ministre Pontchartrain, ou dans Essais de grammaire contenus en trois lettres d'un académicien à un autre académicien (1694). Toutefois, quelques-unes de ses préconisations furent adoptées au cours du siècle suivant.

En 1673, l'Académie française demande donc à l'un de ses membres, François Eudes de Mézeray, d'établir des règles pour l'orthographe française. Pour Mézeray, l'Académie doit préférer « l'ancienne orthographe, qui distingue les gens de Lettres d'avec les Ignorants et les simples femmes ». Avec cette formule de Mézeray, l'Académie définit alors une position qui sera le point de départ d'une durable accusation de « conservatisme ».

Mais, pour certains, la publication du Dictionnaire de l'Académie française est marquée par d'intolérables retards. En 1680, Richelet publie son Dictionnaire françois avec un système complet d'orthographe simplifiée. Dans le même temps, et lui aussi agacé par les lenteurs de l'Académie, Furetière obtient du roi de publier son Dictionnaire, commencé dès le début des . Bien que cette décision lui ait valu d'être exclu (mais non remplacé) de l'Académie française, Furetière demeure très proche des académiciens dans le choix d'une orthographe « étymologisante », avec toutes les faiblesses d'une science encore très imprécise.

1694 : la du Dictionnaire de l'Académie française