Tintin en Amérique (initialement Les aventures de Tintin, reporter du « Petit Vingtième », en Amérique) est le troisième album de la série de bande dessinée Les Aventures de Tintin, créée et dessinée par Hergé.

D'abord pré-publié en noir et blanc du au dans les pages du Petit Vingtième, supplément du journal Le Vingtième Siècle, l'album est publié pour la première fois en 1932. La version couleur et actuelle de l'album est parue en . C'est l'album des Aventures de Tintin le plus vendu dans le monde..

L'histoire Synopsis upright|vignette|gauche|Al Capone vignette|Une Bugatti Type 37 similaire à celle avec laquelle s'enfuit Smiles.

La trame de l’histoire se déroule aux États-Unis à Chicago, pendant la Prohibition, où le reporter Tintin et son chien Milou luttent contre les gangsters de la ville.

Après avoir démantelé un trafic de diamants organisé par Al Capone dans l'album Tintin au Congo, Tintin arrive à Chicago. Son arrivée est attendue de pied ferme par les gangsters, qui l'enlèvent dès sa descente du train.. Il s'évade néanmoins puis perd la piste des bandits dans un accident de voiture.. À sa sortie d'hôpital, Al Capone le kidnappe à son tour mais Milou intervient et Tintin peut capturer toute la troupe.. Malgré cet exploit, la police ne le croit pas et Al Capone s'échappe.. Un chef rival, Bobby Smiles, décide alors de recruter Tintin pour qu'il élimine Al Capone.. Devant son refus, Smiles tente de le tuer à deux reprises, sans succès., et est ensuite forcé de s'enfuir après l'arrestation de sa bande..

Tintin décide de poursuivre le criminel, ce qui l'amène chez les Amérindiens que Bobby Smiles monte contre lui.. Capturé, Tintin se joue d'eux et s'échappe., mais se retrouve coincé dans une grotte.. Il s'en sort en faisant exploser le rocher qui le retient prisonnier, découvrant du même coup un gisement de pétrole. dans la Réserve. La spéculation foncière des colons qui en résulte immédiatement et l'intervention de l'armée qui en découle font référence à la déportation des Amérindiens. On voit une ville entière se construire sur les terres pétrolifères indiennes, en une nuit seulement. Reprenant sa route, Tintin est confondu avec un voleur et évite de peu la pendaison.. Il retrouve fortuitement Bobby Smiles qui le laisse pour mort., mais c'est bien Tintin qui l'arrête enfin dans une cabane en montagne..

De retour à Chicago, Tintin affronte un gangster spécialisé dans les enlèvements. qui réussit à capturer Milou.. Le reporter arrête sa bande, puis échappe miraculeusement à une tentative d'assassinat dans une usine de conserves Slift.. Tous les bandits de la ville s'unissent pour mettre Tintin hors d'état de nuire., ce qui n'empêche pas celui-ci de les arrêter. Son voyage aux États-Unis se clôt par un défilé triomphal..

Personnages Tintin Milou, un fox-terrier à poil dur, est le chien de Tintin. Il est doué de la parole, même si son maître est le seul à pouvoir le comprendre. Ses traits humains sont d'ailleurs exagérés : dans l'album, il sirote notamment le verre de Tintin avec une paille. Al Capone : apparaît aux pages 1, 5 et 7. C’est le chef des bandits de Chicago. Le seul personnage réel qui apparaît dans Les Aventures de Tintin. Piétro : apparaît à la page 5. Il travaille pour Al Capone. Bobby Smiles : apparaît à la page 12. Gangster qui veut se débarrasser d’Al Capone et de Tintin. D’autres gangsters non nommés. Puissant Sachem, la Taupe-au-regard-perçant : apparaît à la page 19. C’est le chef des Peaux-Rouges. les Amérindiens, notamment Bison-flegmatique, Oeil-de-Boeuf et Canard-Enroué. Pedro Ramona : braqueur de banque apparaît à la page 34. le shériff apparaît à la page 36. Mike Mac Adam : apparaît à la page 45. Détective privé. Tom Hawake : apparaît à la page 53. Responsable des usines Slift. Maxi : apparaît à la page 50. Chef de gangsters. Hippolyte Bolivar : apparaît à la page 60. Il est champion d’haltérophilie (en bois).

Création de l'œuvre Contexte d'écriture thumb|Policiers de Chicago vers 1920 Depuis 1925, Georges Remi — qui signe son travail sous le pseudonyme Hergé — est employé au Vingtième Siècle, un journal bruxellois résolument catholique et conservateur. À cette époque, le quotidien est proche de l'idéologie fasciste incarnée en Italie par Benito Mussolini, que le rédacteur en chef, l'abbé Norbert Wallez, tient en haute estime. Le Vingtième Siècle se définit d'ailleurs comme un .

Depuis la fin de l'année 1928, Hergé dirige son supplément pour la jeunesse, Le Petit Vingtième. Tout en poursuivant ses travaux publicitaires., il s'investit corps et âme dans ce supplément : il en sélectionne les articles et assure leur mise en page, mais il illustre également les titres de rubriques et divers récits. Surtout, il y développe Les Aventures de Tintin, avec les récits Tintin au pays des Soviets, de à , et Tintin au Congo, de à , qui rencontrent un large succès. À partir de , il y publie également la série humoristique Quick et Flupke. Il rencontre également en Alain Saint-Ogan, l'un de ses modèles déclarés, et reçoit ses encouragements à persévérer dans le métier de la bande dessinée..

Afin de réduire la charge de travail qui s'accumule, il est accompagné par Eugène Van Nyverseel et Paul Jamin, deux assistants embauchés par son rédacteur en chef Norbert Wallez respectivement en 1930 et 1931.. Il travaille également avec Germaine Kieckens, la secrétaire de Wallez, dont il est amoureux.. En 1930, pendant la publication de Tintin au Congo, il multiplie les approches, en vain, car elle préfèrerait un mari plus âgé. Devant sa persévérance et vu le soutien de l'abbé pour leur union., Germaine se décide en à l'épouser.. Leurs fiançailles se déroulent le avant leur mariage le .. Pendant et après cette période, Hergé couche souvent Germaine et leur vie quotidienne sur le papier, au crayon ou au pinceau. Ces croquis montrent l'émergence du futur style de dessin de l'auteur, la célèbre « ligne claire. ». Auparavant, Hergé avait mis en scène un héros belge en Amérique avec Les Aventures de Totor, C. P. des Hannetons, publié en 1926 dans Le Boy-scout belge et dans laquelle Totor rencontre des Amérindiens, qui fascinent l'auteur. Hergé voulait envoyer Tintin en Amérique dès la fin de l'excursion en Russie mais l'abbé Wallez lui imposa la destination africaine pour faire l'apologie de la colonisation belge ; en outre, le rédacteur en chef ne voyait pas d'un bon œil les États-Unis réputés protestants et où la société serait infectée par l'argent facile d’un soi-disant capitalisme « judéo-américain ».

Sources et documentation vignette|Photographie de statue publicitaire publiée dans Le Crapouillot d'octobre 1930. Pour ce nouveau récit, Hergé rassemble une documentation plus large que pour les deux précédentes aventures. et s'appuie principalement sur un article de Claude Blanchard dans le numéro d' du Crapouillot, intitulé « L'Amérique et les Américains », qui lui fournit divers éléments comme le gigantisme des gratte-ciel, le grand banditisme à Chicago ou l'automatisation des usines.. Dans son article, Blanchard décrit la ville de Chicago comme . Plusieurs éléments précis sont repris par Hergé, comme l'idée de la fusillade d'un immeuble à l'autre, ou la description du gangster Bugs Moran qui lui inspire le personnage de Bobby Smiles. Il y puise en outre des informations sur le mode de vie, les mœurs et la culture des Indiens, mais cette partie de l'histoire repose également sur le livre Mœurs et histoire des Indiens Peaux-Rouges de René Thévenin et Paul Coze, paru en 1928.

L'usine Swift a réellement existé, possédant un immense abattoir à Chicago et fournissant de la viande à d'autres grandes villesCe même Claude Blanchard disait « Si les abattoirs de Chicago n'existaient pas, il faudrait les inventer puisque, sans eux, New York et Boston ne mangeraient de la viande qu'une fois par semaine », bien que l'auteur ait pris quelques libertés — notamment avec le procédé de recyclage des carcasses d'automobile pour fabriquer les boîtes de conserves, qui étaient elles aussi réutilisées pour fabriquer des voitures (ce qui est exagéré). Pour représenter cette usine, Hergé se base sur des photos des usines Ford publiées par ce même journal.. Une page du Crapouillot, consacrée à des statues publicitaires californiennes, mais insérée au milieu du reportage sur les abattoirs de Chicago, l'inspire également : la statue équestre des conserves « Le Chevalier », dans la ville fictive de Silvermount, ressemble ainsi à une statue équestre de Jeanne d'Arc érigée pour promouvoir l' de Los AngelesLe Crapouillot, numéro spécial d'octobre 1930, (consultable en ligne sur retronews)..

L'ouvrage de Georges Duhamel publié en 1930 Scènes de la vie future l'influence aussi beaucoup, tant la critique des États-Unis y est rude : Duhamel est horrifié par la société de consommation, dénuée pour lui d'âme et d'attraits, où l'argent, le gain de temps, la production de masse et la publicité paraissent devenus les fondements de la nation américaine.. La narration dans cette troisième aventure de Tintin s'en ressentira.

L'architecture joue un rôle important dans les décors. En particulier les gratte-ciel, qui se sont fortement développés dans cette ville depuis sa reconstruction, faisant suite au grand incendie de 1871, devenant ainsi pionnière de ce nouveau style d'immeubles. Pour les représenter, Hergé s'est en particulier inspiré de ceux figurant sur les photos du Crapouillot dans différentes villes américaines — San Francisco, par exemple, pour représenter la façade de l'hôtel que longe Tintin pour passer d'une fenêtre à l'autre. Il transpose notamment un chapitre d'une vingtaine de pages, intitulé « Le Royaume de la Mort », dans lequel l'auteur décrit la rapidité d'exécution des bêtes conduites aux abattoirs..

L'auteur s'est aussi documenté sur la criminalité américaine pour représenter les bandits et leurs méfaits. Ainsi, la scène du rapt de Milou est probablement inspirée de l'affaire du bébé Lindbergh... L'enlèvement du fils du célèbre aviateur Charles Lindbergh, qui a lieu en 1932, la même année que l'écriture de cette aventure, fait pendant des mois les titres des actualités américaine et européenne, avant l'arrestation puis l'exécution d'un suspect, Bruno Hauptmann. Il inspire aussi Agatha Christie pour l'intrigue de son roman Le Crime de l'Orient-Express, en 1934. Quant à Bobby Smiles, du Gangster's Syndicate of Chicago, il a peut-être pour modèle Bugs Moran, membre du Gang de North Side (North Side Gang). Lui aussi fut un important rival d'Al Capone, qui tenta de le faire tuer lors du massacre de la Saint-Valentin, en 1929. L'essayiste Jean-Marie Apostolidès note également l'influence du film Les Nuits de Chicago de Josef von Sternberg, sorti en 1927, l'un des premiers à ériger la figure du gangster en héros.

Bien que la Prohibition ne soit jamais évoquée, celle-ci transparaît à plusieurs reprises dans l'histoire. D'abord lorsque les autorités utilisent une fausse cargaison secrète d'alcool pour appâter la bande de Bobby Smiles, prétendument attendue par une bande rivale. Plus explicitement, le Volstead Act, texte législatif renforçant l'interdiction, est cité sur le panneau... devant lequel s'écroule le shérif ivre.

La locomotive qu'emprunte Tintin à la poursuite de Bobby Smiles est une Pacific 231..

À la fin de l'aventure, après que Tintin a permis l'arrestation de , une est offerte en son honneur dans les rues de New York. Pour son dessin, Hergé semble s'être appuyé sur des photographies parues dans le magazine Vu de l'accueil des aviateurs français Dieudonné Costes et Maurice Bellonte dans la même ville le , après leur succès dans la première traversée de l'Atlantique d'est en ouest.

Autres versions de l’album thumb|L'actrice Mary Pickford en 1931.