L'hôpital de Sant Pau (en ) est un ancien hôpital de Barcelone, en Espagne. Situé dans le quartier de El Guinardó, il est depuis 1997 inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco, conjointement avec le palais de la musique catalane.
L'hôpital a été dessiné en 1901 par l'architecte catalan Lluís Domènech i Montaner et il a été terminé en 1930. Le fils de l'architecte, Pere Domènech i Roura, y travailla également. L'hôpital est orné de sculptures d'Eusebi Arnau.
Histoire
Dans son testament, Pau Gil i Serra, un banquier barcelonais établi à Paris, où il meurt célibataire en 1896, décide de consacrer la moitié du produit de la liquidation de sa banque à la construction d'un «nouvel hôpital» à Barcelone, que l'on baptiserait Sant Pau, voué à l'assistance aux pauvres, et qui devrait être géré par une institution de prestige reconnu.. Projeté par l'architecte Lluís Domènech i Montaner, il est construit en deux phases : la première, mise en œuvre par lui-même entre 1902 et 1913, qui comprend treize édifices modernistes ; et la seconde, réalisée par son fils Pere Domènech i Roura à partir de 1920, qui comporte six autres bâtiments d'un modernisme plus modéré, ainsi que d'autres constructions ultérieures. Il reprend les matériaux et la décoration propres à un modernisme d'inspiration néogothique et se distingue par la profusion de céramiques aux fonctions prophylactiques et décoratives, par des structures en briques apparentes et des sculptures recouvrant une vaste iconographie correspondant à la vision religieuse et historiciste de l'auteur. De par la quantité des édifices qu'il englobe, sa richesse ornementale et son niveau de conservation, il s'agit là du plus grand ensemble architectural du modernisme catalan.
L'hôpital remplace l'hôpital de la Sainte-Croix (hospital de la Santa Creu, aujourd'hui bibliothèque de Catalogne), situé dans le Raval et datant du , peu adapté à la croissance de la ville au .
Entre 2003 et 2009, l'hôpital déménage dans de nouveaux locaux. En 1991, il reçoit la Creu de Sant Jordi, distinction décernée par la Généralité de Catalogne.
Aménagement de l'espace vignette|centre|Ébauche originale de Domènech publiée dans l'Annuaire du , de 1914.
Le terrain occupait une superficie totale de , l'équivalent de neuf blocs du plan Cerdà.
Domènech i Montaner jouit d'une liberté absolue quant à la conception, la construction et la décoration de l'hôpital, ce qui lui permet de mettre largement à profit toutes les connaissances qu'il a accumulées sur le chantier du château des Trois Dragons, créé après l'Exposition universelle de Barcelone de 1888, où il a travaillé avec des artisans disposés à collaborer avec lui sur le chantier de l'hôpital de Sant Pau, comme Eusebi Arnau ou les établissements Pujol i Bausis. Il avait eu l'occasion de développer des conceptions et des techniques applicables à un établissement de santé à l', de Reus, qu'il vient construire. Il étudie également différentes solutions appliquées en Europe (hôpital Lariboisière à Paris, St.Thomas à Londres, Brugmann à Laeken, en Belgique, hôpital militaire de Toul), enfin, il conçoit un programme d'architecture hygiéniste reliant entre eux des pavillons isolés par un passage souterrain, solution éminemment innovante.
Le terrain choisi répond à des critères sanitaires importants qui ne sont plus guère pris en compte aujourd'hui, comme l'« emplacement au pied de la montagne dans une zone à l'écart de la ville et avec vue sur la mer », tandis que d'autres seraient encore valables de nos jours, comme le fait de disposer de grands espaces extérieurs aménagés, où les malades et les visiteurs peuvent se promener et se reposer à l'air libre, se sentant plus dans un sanatorium que dans un hôpital fermé. Tout cela est rendu possible par la conception urbanistique adoptée par Domènech, qui oriente le centre hospitalier selon un axe nord-sud, ce qui permet de faire profiter les façades principales d'un rayonnement solaire maximal. La vision novatrice de l'architecte confère à l'ensemble une personnalité propre, abandonnant le concept de «palais-hôpital» pour se rapprocher de celui d'une « cité-jardin », une petite ville insérée dans l'espace urbain, un ensemble fonctionnel, esthétique, humain et moderne. vignette|Plan d'élévation d'un pavillon d'infirmerie Par cette orientation et la distribution intérieure du complexe, l'architecte manifeste par ailleurs son opposition au design urbaniste retenu pour l'Eixample par le plan Cerdà..
Projet original Le projet original comprenait 48 pavillons construits selon un plan bien défini et distribués autour de deux axes principaux (sud-nord et est-ouest) de 50 m de largeur, coupés par des allées de 30 m de largeur. Ces deux axes principaux, formant les diagonales du terrain, constituent une croix, symbole omniprésent dans l'hôpital, faisant référence à son prédécesseur. 25 pavillons devaient être d'un étage, 11 de deux étages et 12 autres devaient être destinés à des services divers. Ils comportaient tous un sous-sol et étaient reliés par des galeries souterraines de façon que le personnel et les malades pussent s'y déplacer sans sortir à l'extérieur. Ces galeries abritaient également les installations et conduits externes aux pavillons, ce qui devait en faciliter la maintenance. vignette|Salle d'un pavillon de chirurgie peu après l'inauguration de l'hôpital. Les différences de hauteur devaient amortir l'effet visuel résultant de la pente du terrain. Les seuls bâtiments se distinguant en forme et en hauteur étaient ceux de l'administration (édifice principal), celui de la communauté religieuse qui assurait les services – au milieu de la croix – et celui abritant les salles d'opération, à mi-chemin entre les deux.
Les pavillons consacrés aux malades comprenaient une salle d'hospitalisation rectangulaire de grandes dimensions, dont la structure modulaire était composée de huit arcs légèrement brisés et sept voûtes intermédiaires soutenues par des piliers placés entre les fenêtres. À l'une des extrémités de la nef centrale, Domènech ajouta deux éléments cylindriques : un réservoir d'eau et un espace de service qui comprenait une salle ronde, près de l'entrée, servant de « salle de jour » pour les malades et leurs familles. Chaque étage comportait un espace indépendant pour le personnel sanitaire.
La porte d'entrée, sur la façade principale de chaque pavillon, est richement ornementée, avec encadrement en pierre et décoration florale. C'est immédiatement au-dessus de la porte que se trouve la partie décorative la plus riche, symbolique par rapport à l'identité du pavillon : y apparaît le saint patron ou la sainte patronne dans une niche flanquée de deux pinacles coiffés d'ornements en céramique vitrifiée. Dans certains cas, l'ensemble est complété, à côté de la niche, par des figures d'anges tenant un phylactère.
Domènech a tenu, dans le dossier des termes de l'ouvrage, à décrire d'une manière détaillée les matériaux à utiliser. Y sont précisées les qualités, les dimensions, les épaisseurs, les couleurs et les finitions. Les principaux matériaux sont la brique, la pierre de Montjuïc pour les sculptures, les frises et les éléments décoratifs, le marbre de Macael pour les escaliers du pavillon d'administration, la pierre nummulitique de Gérone, les tuiles arabes vitrifiées monochromes de différentes couleurs pour la décoration des toits, la mosaïque en céramique, les carreaux ciment, le bois de pin de Russie et de Suède.
Entre les pavillons étaient aménagés des espaces verts pour offrir aux malades un environnement sain, calme et agréable en toute saison. on y planta des maronniers, des érables, des arbres de Judée, des cèdres, des cyprès, des ifs, des sapins blancs etc.
Les pavillons étaient séparés entre hommes et femmes. Ceux des hommes, à l'est, portaient des noms de saints protecteurs masculins et ceux des femmes, à l'ouest, étaient dédiés à des saintes ou à la Vierge Marie. L'architecte avait pris soin de séparer les pavillons de chirurgie de ceux réservés aux maladies contagieuses ou infectieuses, et à l'intérieur de ces derniers, il avait prévu des petits pavillons de quarantaine, qui ne furent finalement pas construits.
Un autre aspect du design initial résolument innovant concernait l'usage des nouvelles technologies tant pour le confort, comme le chauffage et la lumière électrique, que pour les techniques médicales ; l'électricité était générée sur place et une section importante de pharmacie fut mise en place, comportant des activités de recherche propres d'une université.
Architecture
Pavillons de Domènech i Montaner ÉdificeDescriptionImagePavillon de l'administrationÉdifice principal et façade officielle de l'hôpital
1902-1911 - Bon état
Trois corps de bâtiment : un central à structure néogothique avec imposante tour à l'horloge et riche décoration iconographique ; deux corps latéraux d'une facture plus conventionnelle, bien que comportant de nombreux éléments décoratifs modernistes.130x130pxPavillon d'opérationAu centre de l'allée principale
1902-1911 - Bon état
Bâtiment de trois étages et demi-souterrain. Ses saints patrons sont Côme et Damien, patrons des médecins et pharmaciens. Le programme iconographique ne se limite pas à ceux-ci, mais comporte de nombreuses autres sculptures et céramiques.130x130pxSant Salvador et Sant LeopoldPremier et deuxième pavillons à l'est après l'entrée
1902-1911 - Bon état
Pavillons édifiés en l'honneur de Leopold Gil i Lleopart, neveu du mécène, que représente la sculpture.130x130pxLa Puríssima; Mare de Déu del Carme; Mare de Déu de la Mercè; Mare de Déu de MontserratQuatre premiers pavillons à l'ouest après l'entrée
1902-1911 - Bon état
Pavillons jumeaux, si l'on fait abstraction des transformations et extensions ultérieures.130x130pxSant Jordi et Santa Apol·lòniaDe chaque côté du pavillon de l'administration
1902-1911 - Restaurés en 2014
Deux petits pavillons isolés où étaient détectés les cas potentiellement infectieux.130x130pxSant RafaelTroisième pavillon à l'est après l'entrée 1914-1918 - Restauré en 2014
Ce fut le premier pavillon à ne pas avoir été construit sous le mécénat de Pau Gil. Il a été financé par Rafael Rabell et sa fille Concepció. L'initiale «R» se répète dans la décoration, sur les mosaïques intérieures, sur le remplage extérieur ; elle se réfère au mécène et se substitue au «G» omniprésent dans les pavillons précédents.130x130px
Pavillons de Domènech i Roura ÉdificeDescriptionImageSant Manuel et L'Assumpció1922 - Bon état
Toujours dans le style moderniste, le pavillon de Saint- Manuel a été financé par les frères Mariné Molins. Celui de l'Assomption a été réalisé en collaboration avec Lluïsa Rabell i Patxot, en mémoire de sa mère Assumpció. Ce dernier est adossé au bâtiment de la fondation Puigvert et a subi de nombreuses altérations.130x130pxÉgliseAv. Sant Antoni Ma. Claret
1922-25 - Bon état
Elle est constituée d'une nef centrale et de deux latérales avec abside et déambulatoire ; le clocher repose sur la coupole de la croisée du transept.130x130pxBâtiment du couventAu fond de la grande allée
- Bon état
Composé de trois bâtiments. L'édifice central abritait le couvent des sœurs qui travaillaient à l'hôpital. Dans le bâtiment à l'ouest se trouvait la pharmacie. Le troisième, à l'est, était occupé par les cuisines ; plus tard, la cafétéria s'y installa ; son entrée, côté est, arbore la façade de l'église baroque de Santa Marta, rasée lors de la construction de la Via Laietana et transférée ici en 1928.130x130pxSanta VictòriaAv. Sant Antoni Ma. Claret
1926 - Bon état
Ce bâtiment a été construit en collaboration avec Elvira et Emília Llagostera, qui l'avaient donné au pape Benoît XV, lequel le légua à l'hôpital ; y participa également Francesca Prat, veuve Barbey.130x130pxSant Frederic et Sagrat Cor (Sacré Cœur, détruit)1926 - Bon état