William Smith, dit Strata Smith, ( - ) est un géologue britannique. Son travail le plus connu est , une carte géologique détaillée de l'Angleterre, du Pays de Galles et d'une partie de l'Écosse.
Smith est le créateur de la première carte géologique de la Grande-Bretagne et le , titre que lui donne Adam Sedgwick. Toutefois, la reconnaissance unanime de ses pairs est longue à venir. Son travail est plagié, il est ruiné et passe du temps en prison pour dettes. Issu d'un milieu modeste, ses travaux peinent à s'imposer, en partie par la faute des fondateurs des sociétés savantes de géologie qui le dédaignent, en partie par sa propre faute car il publie peu. Ce n'est que dans la dernière partie de sa vie qu'il est récompensé pour ses efforts.
Il fait deux apports importants à la géologie, la découverte des fossiles stratigraphiques, base de la biostratigraphie, parfois appelé principe de succession faunal ou principe de succession faunistique, et l'extension des régularités de la disposition des strates entre elles du niveau local au niveau régional, national et au-delà.
Biographie Jeunesse Smith naît à Churchill dans l'Oxfordshire. Ses ancêtres sont des fermiers établis dans l'Oxfordshire et le Gloucestershire depuis plusieurs générations. Son père est forgeron et William le décrit comme étant « un mécanicien très ingénieux ». Son père meurt alors qu'il n'a que huit ans et la famille se retrouve démunie. Après le remariage de sa mère deux ans plus tard, c'est son oncle qui s'occupe de lui. C'est à la ferme de son oncle qu'il a un premier contact avec la géologie, dans cette partie du comté d'Oxford, les poids utilisés pour peser le lait sont fréquemment des fossiles d'oursins. Il reçoit une éducation rudimentaire, éducation perturbée pas ses habitudes de vagabonder mais obtient des résultats honorables. La parcimonie de son oncle, qui ne voit pas d'un bon œil son engouement pour des matières qu'il juge inutiles, lui cause quelques problèmes, il est obligé de lui demander une avance sur son héritage pour s'acheter les livres dont il a besoin. D'un esprit curieux de tout, il prend des notes sur ce qu'il observe, plusieurs voyages à Londres lui donnent une meilleure ouverture d'esprit que la plupart des gens sans éducation formelle. À dix-huit ans, bien que sans réelle formation professionnelle, il a acquis les bases du dessin et de la géométrie, matière encore suffisante à l'époque pour espérer devenir ingénieur.
Automne 1787 - 5 juin 1799 À l'automne 1787 il devient assistant d'Edward Webb qu'il rencontre par hasard à Churchill où ce géomètre travaille pour faire les plans de l'enclosure des terres. Smith devient l'ami de Webb et de sa famille et en 1788 il emménage dans leur maison à Stow-on-the-Wold. À cette époque les géomètres-experts sont très demandés en Grande-Bretagne pour l'exploitation minière, l'enclosure et le percement d'un réseau de navigation par canal en vue d'abaisser les coûts de transports. Il étudie rapidement et devient qualifié dans ce travail, au printemps 1788 il commence des levés topographiques seul. Pour son travail il visite l'Oxfordshire, le Gloucestershire et le Warwickshire, il effectue des relevés dans le tunnel Salperton sur le Thames and Severn Canal en 1788. En 1790 il effectue avec Webb un forage à la recherche de charbon dans la New Forest.
En 1791, Webb envoie Smith faire le levé d'un domaine dans le Somerset, à Stowey, appartenant à Elizabeth Jones qui possède aussi des mines de charbon dans la région qui lui ont été léguées par son mari. Il continue ensuite à travailler pour Jones, il tente d'obtenir la direction d'une de ses principales mines mais n'obtient qu'un poste de directeur dans une des mines les plus anciennes, la Mearns Pit à High Littleton. C'est dans cette mine qu'il réalise que les différentes couches de charbon sont toujours dans le même ordre et que d'un puits à l'autre on retrouve la même organisation générale, d'abord en surface des couches de calcaire légèrement inclinées vers l'est, en dessous des couches très déformées dans lesquelles on trouve les veines de charbon. Dans ce fouillis de couches, souvent disposées presque verticalement, Smith voit un ordre, telle ou telle veine est systématiquement rencontrée avant tel ou tel type de strates.
Dans les papiers de Smith on peut trouver un mémorandum du , comportant entre autres les indications suivantes « Faire un modèle des strates à High Littleton dans l'ordre où on les trouve et avec les mêmes matériaux qui les composent […] faire le modèle bien proportionné verticalement et horizontalement ». C'est aussi à cette époque qu'il commence à utiliser les fossiles pour reconnaître les couches identiques dans des puits différents. Il arrive donc à étayer son opinion qu'au moins localement des régularités peuvent être observées mais il s'interroge sur la validité de ses observations à l'échelle d'un pays ou d'un continent.
Une occasion se présente à lui lorsque le percement d'un canal est décidé dans le Somerset en 1793, il est embauché comme premier géomètre par la compagnie du Somerset Coal Canal. Smith accepte le travail car il est non seulement bien rémunéré mais à côté de son travail de topographie il va pouvoir étudier les sous-sols durant les travaux. Il travaille avec John Rennie qui a pris la direction des travaux et qui forme Smith durant quelques semaines. Après six mois de travail d'arpentage, Smith prend part à un voyage d'étude de quelques semaines avec deux autres personnes pour étudier les méthodes de constructions utilisées pour d'autres canaux, il profite du voyage pour collecter des données sur la géologie des comtés qu'ils traversent. En 1795, Smith déménage à Bath, où il habite pendant un an, puis pendant dix-huit mois à Dunkerton et enfin en il achète une petite propriété proche de Bath à Tucking Mill pour . Il ne réside pas pour de longues durées dans cette maison, il est fréquemment sur les routes, mais il s'en sert pour sa collection de fossiles qui commence à prendre de l'importance. Il existe une plaque commémorative sur une maison, d'abord apposée sur le moulin donnant son nom à Tucking Mill puis après sa destruction en 1927 la plaque a été replacée en 1932 sur une maison de style gothique. Il a été montré que cette maison n'est pas celle que Smith a achetée, celle-ci se situe un peu plus à l'est sur les terres de la paroisse de Monkton Combe. Stop 9. Tucking Mill, J.G.C.M. Fuller, 2006.
Durant les six ans pendant lesquels il travaille pour la compagnie, il a moins de temps qu'il ne l'espère pour faire connaître et publier ses découvertes mais il est d'ores et déjà persuadé de leur valeur. Durant cette période il ne peut que tester, affiner et confirmer son hypothèse sur l'utilisation des fossiles stratigraphiques comme marqueurs de strates. C'est durant cette époque qu'il raffine son propos. En 1795, il écrit que « chaque strate a été successivement le lit de la mer et contient des traces minérales des organismes alors existants » et « chaque strate contient des organismes particuliers et cela permet dans les cas douteux de reconnaître les strates en examinant leurs fossiles ».
Sa relative aisance financière et sa notoriété dans les questions portant sur les canaux, mais aussi le drainage des sols, lui permettent d'être admis dans une société savante locale en 1796, à Bath. Il s'y fait des contacts, des collectionneurs de fossiles et des agronomes publiant des cartes. C'est en examinant une carte coloriée publiée en 1798 par deux d'entre eux qu'il comprend que la colorisation est indispensable à l'établissement des cartes géologiques, avant cela il hésite entre la colorisation et des nuances de gris associées à des lignes hachurées.
Smith est licencié le pour des causes peu claires, John Phillips parle d'un malentendu, tandis que Simon Winchester évoque un désaccord sur l'installation d'un système de levage plutôt qu'une série d'écluses préférée par Smith et d'un conflit d'intérêts, dû à l'achat par Smith de terres proches du tracé du canal ; cette dernière thèse est préférée par Winchester. Smith doit quitter son travail sans aucune indemnité.
5 juin 1799 - août 1815
Les contacts que Smith a eus à Bath lui permettent d'exposer ses vues à des personnes ayant une meilleure culture scientifique que lui, en particulier aux révérends Joseph Townsend et Benjamin Richardson, tous deux férus de géologie. Les vues de Smith sur la stratigraphie surprennent les deux révérends mais Smith les convainc rapidement sur le terrain de la justesse de ses idées. Pendant un dîner, Smith dicte à Townsend un tableau décrivant l'ordre des strates et des fossiles associés dans les environs de Bath, selon la volonté de Smith chacun emporte une copie et est encouragé à la disséminer, une copie est envoyée à l'université d'OsloAlors appelée université de Christiania, d'autres circulent aussi loin que les Indes ou les Antilles. Townsend met Smith en contact avec James Anderson, Anderson accueille très favorablement les idées de Smith et le pousse à publier mais Smith hésite, il ne se sent pas de taille à écrire un livre.
Durant l'été 1799, Smith publie une carte géologique détaillée des environs de Bath, souvent créditée comme la première carte géologique coloriée bien qu'une carte antérieure de Peter Townson ait été publiée à Londres en 1797 dans Kazmer Miklos, An Early Wernerian in Hungary: The Englishman Robert Townson and his “Petrographic” Map of 1797..
Après la perte de son emploi pour le Somerset Coal Canal, Smith travaille comme expert en drainage et en irrigation, le travail est abondant et il peut se permettre d'augmenter ses tarifs d'une guinée par jour, approximativement ce qu'il était payé par la compagnie du canal, jusqu'à trois guinées par jour. Il reçoit aussi du parlement pour révéler son savoir-faire en matière de drainage. Ces rentrées d'argent auraient dû lui permettre d'être à l'abri financièrement mais le fait de travailler en indépendant lui permet de passer le temps qui lui plaît à parcourir la Grande-Bretagne pour amasser des données, ce qui mine ses finances. Smith décide de ne pas créer ses propres fonds de cartes mais d'utiliser les cartes de John Cary, cartographe très réputé à cette époque. Ces trois premiers essais datent de 1801, ils contiennent de nombreuses imperfections et sont seulement à une échelle de un centimètre pour trente kilomètres mais on y retrouve déjà les structures générales des cartes géologiques modernes d'Angleterre et du Pays de Galles. Durant la même année, Smith est mis en contact avec John Farey qui sera un de ses soutiens les plus inconditionnels, Joseph Banks, président de la Royal Society ainsi que le de Bedford. Toujours la même année il est prévenu par son ami Benjamin Richardson qu'il est plagié et qu'il risque de l'être plus encore, un nommé Warner utilise le tableau de 1799 de Smith, puis dix ans plus tard la carte de Bath. Smith ne réagit pas à l'encontre de Warner, il estime que ce plagiat propage ses idées. Il décide toutefois d'écrire un livre, dont il espère tirer de bénéfice mais il doit déchanter, la mort du de Bedford en 1802 qui le soutenait activement, puis les faillites de l'éditeur, John Debrett, en 1802 et 1804 marquent la fin cette tentative.
La Grande Carte