vignette|upright=1.5|Cour intérieure de l'hôtel-Dieu de Beaune.
Un hôtel-Dieu, parfois orthographié Hostel Dieu, est un hôpital de fondation ancienne dans certaines villes, qui recevait les orphelins, indigents et pèlerins et qui était administré par l'Église catholique. Le terme « hôtel-Dieu » ne paraît pas constituer une catégorie d'établissement différente de celle de l'hôpital, et on doit le considérer comme une simple appellation, contraction du mot « hôtel », dérivé du latin hospes, hospitis (« celui qui donne l’hospitalité »), et de Dieu.
Histoire
Origine et période médiévale En Europe occidentale, après la désagrégation au de l'Empire romain d'Occident, seuls l'Église catholique et ses évêques peuvent constituer une administration stable des populations déplacées par de grandes invasions successives ; d'où l'apparition de structure de secours et d'accueil (protection, hébergement, soins…) dans les villes auprès de l'évêque, dans les campagnes auprès des monastères.
Ces établissements sont un moyen d'évangélisation et un moyen de démonstration de piété charitable pour les puissants et les riches (fondations et legs). Par exemple, au milieu du , sainte Radegonde fonda un hospice à Saix aujourd'hui dans la Vienne. Vers 650, Landry, évêque de Paris, fonde sur l'île de la Cité un bâtiment consacré à l'accueil des malades et des pauvres qui sera à l'origine de l'hôtel-Dieu de Paris..
Fondés le plus souvent par une reine ou un roi, par un évêque, par un noble ou de riches bourgeois locaux, les hôtels-Dieu sont placés sous le signe de la foi chrétienne. Ils sont souvent administrés par des ordres religieux au service des nécessiteux, en premier lieu les pauvres et les pèlerins. Ils accueillaient souvent des apothicaireries et parfois des jardins botaniques (plantes médicinales). À la suite des Croisades, le nombre d'hôpitaux augmente, sous l'impulsion des ordres hospitaliers (comme ceux de Saint-Jean-de-Jérusalem) et des souverains (comme Louis IX). Ces établissements charitables ont su s'adapter aux fonctions soignantes et sociales de leur temps.
Période classique vignette|upright=1.5|Une salle de l'hôtel-Dieu de Paris vers 1500. À droite, les sœurs servent les repas aux malades. À gauche, au premier plan, deux sœurs cousent les linceuls des morts, devant le lit des mourants où un prêtre administre les derniers sacrements.
À partir du , la pauvreté apparaît comme dévalorisante (crise urbaine, précarité rurale, pression démographique, guerres de religion…). Le pauvre n'est plus une représentation du Christ, il devient menace sociale. Le pouvoir royal prend le pas sur l'autorité de l'évêque. Les hôtels-Dieu se dégradent ; de tailles très diverses, implantés au hasard de la volonté des donateurs, ils répondent de moins en moins aux besoins, et commencent à être critiqués.
En 1662, un édit de Louis XIV ordonne la création d'un hôpital dans chaque ville et gros bourg du royaume « pour y loger, enfermer et nourrir les pauvres mendiants invalides, natifs des lieux ou qui auront demeuré pendant un an, comme aussi les enfants orphelins ou nés de parents mendiants ». Chaque hôpital dispose d'une police privée qui fait la chasse aux gueux pour les amener à l'hôpital. La charité ne se manifeste plus par l'accueil, mais plutôt par l'enfermement, censé résoudre le problème de la pauvreté : les pauvres sont soignés mais aussi encadrés et mis au travail dans des ateliers hospitaliers. La Vieille Charité de Marseille en est un exemple type.
Au siècle des Lumières, l'hôtel-Dieu tend à s'ouvrir et se médicalise, affaiblissant la présence religieuse. Cependant, la situation est devenue critique : les hôtels-Dieu se retrouvent dans un réseau disparate composé des nouveaux hôpitaux généraux (hôpitaux de charité) et de multiples fondations privées ou communautaires. L'ensemble du système craque sous la pauvreté, la surpopulation, et l'absence d'hygiène. L'État multiplie les enquêtes et dresse des états des lieux. En 1777, le ministre Necker nomme une commission : les premiers chiffres avancés sont dans le Royaume, dont ou vieillards, trouvés, et , auxquels il faut ajouter dans les hôpitaux militaires.
En 1788, Jacques Tenon publie ses conclusions dans ses Mémoires sur les hôpitaux de Paris, le tableau est catastrophique, en particulier la situation scandaleuse de l'hôtel-Dieu de Paris, mal situé, resserré, surchargé, dangereux, insalubre et mortel : « Il n'est pas dans l'univers, de maison de malades qui, aussi importante par sa destination, soit cependant par ses résultats, aussi funeste à la société. » Tenon formule plusieurs principes et propositions qui seront adoptés au siècle suivant.
Période contemporaine Après la Révolution, l'hôtel-Dieu doit s'adapter aux besoins d'une médecine moderne de plus en plus complexe, ce qui devient de plus en plus difficile pour ces structures anciennes. Au , dans les années 1960, la concentration des services médicaux conduit à la création de centres hospitaliers (CH) et aussi universitaires (CHU). Depuis, du fait de leur ancienneté, de leur position centrale dans les villes, du coût excessif de leurs mises aux normes, les hôtels-Dieu n'ont pu être maintenus dans leur vocation initiale. Ils ont été transformés, soit en autre bâtiment public (en particulier musées et centres culturels), soit en établissement commercial (en particulier hôtels de luxe, résidences de tourisme, ou maisons de retraite). Certains sont toutefois toujours utilisés par les hôpitaux, souvent comme bâtiments administratifs. De nombreux bâtiments, bien qu'ils ne soient plus gérés par des religieux, ont toutefois conservé leur nom historique. Certains possèdent des salles patrimoniales contenant des œuvres artistiques importantes (tableaux, sculptures) qui proviennent de dons consentis par de grands personnagesAinsi, en 1168, à l'instigation de leur évêque Maurice de Sully, les chanoines décident qu'eux et leurs successeurs laissent, à leur mort ou à leur départ, leur literie (lit mais aussi mobilier de la chambre) à l'hôtel-Dieu de Paris. Cf ..
Architecture Moyen Âge Un hôtel-Dieu s'implante de préférence à proximité de l'évêché ou de la cathédrale, près d'un cours d'eau (pour lavage, blanchissage, moulin...) ou mieux encore près d'une rivière navigable (transport de vivres, de bois de chauffage...). Ceux qui sont situés sur les routes de pèlerinage peuvent enjamber la chaussée par des porches en voûte d'ogives (hôpital des pèlerins de Pons)). On peut trouver des hôtels-Dieu dans des villes sans évêché, et des hôpitaux d'évêché qui ne s'appellent pas hôtel-Dieu. vignette|gauche|Salle des malades de l'hôtel-Dieu de Tonnerre, avec sa charpente en carène de de long. L'architecture médiévale d'un hôtel-Dieu a pour fonction de sauver les âmes. Elle est centrée sur une chapelle en prolongement direct de la salle des malades, afin que ces derniers puissent entendre la messe de leurs lits. Tout autour s'organisent des bâtiments de dépendance (cuisine, fournil, magasins, réserves, logements du personnel) et un jardin de plantes médicinales.
La salle des malades est le plus souvent un vaisseau rectangulaire unique, parfois divisé en une ou deux files de colonnes. Elle peut être entièrement voûtée et plus souvent charpentée. Une des charpentes les plus vastes d'Europe et toujours conservée, est celle en carène de bateau renversé de l'hôtel-Dieu de Tonnerre en Bourgogne ( de long sur de large). La plus célèbre est celle de l'hospice de Beaune.
Il existait aussi de très nombreux hospices ou refuges de taille réduite (maison-Dieu), comme à Charlieu (à l'origine : salle de 12 lits, entourée d'une galerie et de 3 chambres à 2 lits, évoluant en hôtel-Dieu, aujourd'hui musée hospitalier). À Grenoble, un banquier de Florence offrait le rez-de-chaussée de sa demeure comme refuge d'accueil. Ces petites structures, du moins celles qui n'ont pas été agrandies en hôtel-Dieu, ont disparu à la Révolution.
À partir du Moyen Âge, l'architecture évolue par imbrication et superposition de bâtiments de toutes les époques. Une séparation plus rigoureuse des sexes (contre-réforme catholique) incite à deux salles de malades (bâtiment en étage en salle haute et basse, ou salle en forme de L, chapelle située dans l'angle).
Âge classique Un plan en croix grecque, avec chapelle placée à l'intersection de quatre salles de malades, serait apparu en Italie vers la fin du (Ospedale Maggiore de Milan), puis en Espagne (Santa Cruz de Tolède) et en Angleterre (Savoy de Londres, dont il ne reste que la chapelle). Il est adopté tardivement en France à partir du . Un des rares encore conservé est l'hôpital de Hautefort, alors que de l'hôtel-Dieu de Carcassonne, seule subsiste la chapelle Notre-Dame-de-Santé. vignette|Grille en fer forgé de l'hôtel-Dieu de Troyes. Le plan français courant reste la chapelle entre deux salles de malades, ou la cour carrée entre des bâtiments à deux étages avec galeries superposées, la chapelle dans un angle (composition asymétrique), comme à l'hôtel-Dieu de Dole. Pour les édifices monumentaux, le plan longitudinal est représenté par la façade (1741) de l'hôtel-Dieu de Lyon (deux bâtiments de deux étages, centrés sur une chapelle avec dôme) de de long.
Les éléments peuvent se combiner, plan en croix avec bâtiments à deux ou trois étages, dont les salles convergent vers le vide central de la chapelle, ou en damier avec autel à chaque intersection (Hôpital de la charité de Lyon ). La chapelle peut se retrouver isolée au centre d'une cour carrée (Vieille-Charité de Marseille). Les cours carrées ou rectangulaires peuvent s'ouvrir en cour d'honneur, entourée de 3 bâtiments. L'hôtel-dieu en espace ouvert peut avoir les fastes d'un palais : majesté de façade, frontons, grille en ferronnerie ouvragée clôturant la cour d'honneur (Sainte-Marthe d'Avignondevenu résidence de tourisme., hôtel-Dieu de Lons-le-Saunier, hôpital Saint-Jacques de Besançon, hôtel-Dieu de Troyes), ou encore escalier d'honneur (hôtel-Dieu de Carpentras, hôtel-Dieu de Marseille – aujourd'hui hôtel de luxe).
En 1772, dans la nuit du 29 au , un incendie spectaculaire détruit en grande partie l'hôtel-Dieu de Paris. Cet incendie peut représenter la fin des Hôpitaux conçus selon une architecture religieuse. Des dizaines de projets, dont les plans ont été conservés, sont proposés pour remplacer celui de Paris. Tous sont basés sur une architecture utopique, matérialisant les idées d'une médecine des Lumières, centrée non plus sur le salut, mais sur la guérison et l'hygiène (circulation de l'air), que Michel Foucault, reprenant la formule de Tenon, appelle « les machines à guérir ».
La Révolution interrompt ces projets qui seront abandonnés. Les nouvelles constructions hospitalières reprennent après 1830, il n'y aura plus de nouvelles appellations « hôtel-Dieu », sinon des aménagements, des agrandissements ou des reconstructions, dont les plus importants sont la reconstruction de l'hôtel-Dieu de Paris (1866-1877), de l'hôtel-Dieu d'Orléans (1844), et celui de Rennes (1854). L'hôtel-Dieu de Nantes (1863) a été détruit lors de bombardements en 1943. Ces hôtels-Dieu reconstruits au sont tous basés sur le principe de « l'aération naturelle »P-L. Laget, op. cit, ..
Organisations et soins Moyen Âge Le personnel En Europe occidentale, les moines du haut Moyen Âge faisaient office de médecins et d'infirmiers. Plus tard, dans les hôtels-Dieu, le personnel féminin joue un rôle prédominant. À l'hôtel-Dieu de Paris, le personnel soignant est représenté par les sœurs, vêtues de noir ; elles sont dirigées par une maîtresse (plus tard prieuse, puis prieure). Le personnel domestique, vêtu de gris, est formé des valets laïcs et des filles de chambre. Les novices, vêtues de blanc, sont de jeunes sœurs en formation sur le tas, à partir de l'âge de 16 ans, et encadrées par les plus anciennes (professes). On compte une sœur pour 2 à 3 malades.