vignette|Mezouzah karaïte à Ramla Le karaïsme (en hébreu : qaraout ; pouvant s'écrire caraïsme, qaraïsme ou charaïsme) est un courant du judaïsme scripturaliste, car fondé sur la seule Miqra, c'est-à-dire la Bible hébraïque et le refus de la Loi orale. Il est donc en opposition au judaïsme rabbinique. Ses adhérents sont appelés les « juifs karaïtes » (hébreu : bnei haMiqra, « fils de la Miqra »), historiquement aussi orthographié « qaraïtes » ou « caraïtes », et forment une communauté ethnique et religieuse.
Les premières mentions des Karaïtes remontent au et font référence au mouvement fondé en Babylonie par Anan ben David un siècle plus tôt, bien que des mouvements karaïtes moins importants aient pu le précéder. Le karaïsme connaît un âge d'or du au et aurait, selon certaines sources, été adopté par 40 % de la population juive mondiale, aussi bien en Europe que dans le monde arabe. Son influence décline ensuite progressivement mais des communautés se maintiennent au Caire, en Crimée, en Lituanie et ailleurs.
Aujourd’hui, il y a Karaïtes dans le monde et environ à en Israël.
Les Samaritains (le samaritanisme est apparenté au judaïsme), qui se réclament des Samaritains du Ier siècle, refusent quant à eux la centralité de Jérusalem. Ils ne sont plus que quelques centaines. Fondements vignette|upright=1.5|Synagogue karaïte à JérusalemÀ la base du karaïsme se trouve l'adhésion à la seule loi religieuse écrite (Bible hébraïque), et non à la tradition orale héritée.
Le mot « karaïsme » est construit sur le verbe kara, signifiant autant en hébreu qu’en arabe « lire, réciter les Écritures Saintes ». Il s'agit de ne croire qu’en la Torah écritehttps://www.cahiers-lituaniens.org/VITUREAU-les-Karaimes-peuple-de-Lituanie-n-8-2007.pdf.
Les karaïtes ne rejettent pas tant les Talmuds (corpus consignant la tradition orale juiveLes interprétations rabbiniques peuvent être acceptées, mais seulement comme une interprétation humaine susceptible d'erreur. Voir par exemple un point de vue en français sur le site de l'association Karaite jews of America : Corrections d’un Article Contenant des Erreurs et des Préjugés sur la Communauté Juive Karaïte. [PDF] (consulté le 07/09/2007) : .) et les rabbins que la nature supposée révélée par Dieu du Talmud et le monopole des rabbins en matière de halakha et d'exégèse des textes saints.
La version de la loi religieuse écrite reconnue par les karaïtes est strictement identique à celle des rabbanites : c'est le tanakh hébraïque tel que fixé par les massorètes. Selon le site internet de l'association des karaïtes américains (Karaite Jews of America), Karaite jews of America : Corrections d’un article contenant des erreurs et des préjugés sur la communauté juive karaïte [PDF] (consulté le 07/09/2007)..
Dans d'autres domaines, comme la théologie, existent généralement de fortes similitudes, même si certains groupes européens ont développé des innovations.
Enfin, des détails rituels séparent les deux groupes, mais aussi les communautés karaïtes entre elles. En effet, eu égard au principe fondamental de l'interprétation personnelle des textes saints, les principes et rituels du karaïsme peuvent varier d'un groupe à un autre, voire entre personnes, au moins dans une certaine mesure. Le karaïsme est donc un mouvement religieux bien moins homogène que le judaïsme rabbinique auquel il s'oppose, et c'est ce rejet du rabbinisme qui le fédère.
Rejet de la Torah orale
La Bible témoigne dès l'époque de Néhémie du recours constant à l'exégèse du Texte afin de restaurer des rites « oubliés » - Néhémie 8:13-17.. On discerne aussi depuis le avant l'ère commune au moinsLe premier Sage nommément cité dans la Mishna est Siméon le Juste, parfois identifié à Simon I (310-291 ou 300-270 AEC). une tendance de certains à se fier à la Torah orale, une tradition exégétique orale, source de traditions et de commandements non inclus de façon explicite dans la Torah écrite, bien que remontant selon ses partisans à Moïse sur le Sinaï - Pirke Avot 1:1.. Cette tendance s'exprimait au avant l'ère commune à travers le mouvement pharisien, auquel s'opposait vigoureusement le parti sadducéen, dont les rangs étaient formés par la noblesse sacerdotale. Les Sadducéens (dont certains karaïtes, mais pas tous, considèrent être les successeurs), n'accordaient aucun crédit à toute source autre que la Torah écrite (Pentateuque) pour déterminer la loi religieuseLes Sadducéens ne rejetaient pas seulement la Torah orale mais aussi certains livres de la Bible hébraïque (dont le canon n'était pas encore fixé), livres que les karaïtes acceptent : les livres des prophètes et quelques autres écrits.. L'affrontement entre pharisiens, précurseurs du judaïsme orthodoxe actuel, et sadducéens tourna brutalement à l'avantage des premiers à la chute du Second Temple de Jérusalem en 70 EC. En effet, les sadducéens étaient un groupe sacerdotal lié au Temple de Jérusalem, tandis que la doctrine des pharisiens permettait de faire reposer le culte non seulement sur le Temple, mais aussi sur la prière et l'étude. Il n'est cependant pas impossible que des factions sadducéennes isolées et minoritaires aient subsisté.
Complément à la Torah écrite, la Torah orale fit pendant longtemps l'objet d'une interdiction de mise par écritGuittin 60b ; Josy Eisenberg, Une histoire des Juifs, p. 178., destinée à la maintenir dynamique. Mais de peur qu'elle soit perdue (la Michna), elle fut consignée par écrit en plusieurs étapes. La première consista au de l'ère commune à rédiger la Mishna et la Tosefta - soit avant la rédaction du Talmud. La Mishna « se présente comme un code de loi, en quelque sorte les décrets d'application de la législation bibliqueJosy Eisenberg, Une histoire des Juifs, p. 178. », et la Tosefta en représente un premier commentaire. À ces deux textes se rajoute la Baraïta, qui demeura orale et regroupa les traditions non-compilées dans la Mishna. Chaque article de la Michna fut lui-même l'objet de commentaires oraux entre le et le , qui furent compilés dans la GuemaraJosy Eisenberg, Une histoire des Juifs, p. 179.. Josy Eisenberg, Une histoire des Juifs, P. 180..
Cependant, si le pharisaïsme avait été établi en norme après la destruction du Second Temple de Jérusalem, le principe sur lequel il reposait, à savoir la validité de la loi orale, était loin de faire l'unanimité. Outre les sadducéens, pour lesquels la Torah orale compilait des traditions populaires sans valeur religieuse, il existait d'autres courants scripturalistes non-sadducéensL'existence de l'un de ces courants à l'époque de Hillel Hazaken est évoquée dans le Talmud (T.B Shabbat 31a) et a été mise en évidence par Martin S. Jaffee -- http://www.maqom.com/journal/paper19.pdf qui constituent sans doute le soubassement historique du karaïsme. Des recherches récentes, fondées sur les témoignages d'auteurs anciens non-juifs relatifs au judaïsme, en particulier Juvénal étudié par P. NahonVoir Peter Nahon, « Idées neuves sur un vieux texte : Juvénal, Saturae, 6, 542-547 », dans Revue des études latines 92, 2014, p. 1-6., ont montré que le judaïsme occidental des premiers siècles de l'ère chrétienne reposait sur une tradition distincte et indépendante des courants interprétatifs orientaux qui ont donné naissance aux Talmuds. De ce fait, les Karaïtes furent non des dissidents, mais des Juifs attachés à leur tradition ancienne et qui ont refusé les innovations que les rabbins babyloniens talmudistes sont venus apporter dans l'Antiquité tardivevoir Peter Nahon, ibid...
Le karaïsme ne reconnaît quÉlohim comme dieu, les prophètes du Tanakh (Bible hébraïque) comme Ses seuls envoyés, et leurs paroles comme la seule parole de Dieu. Il conteste la Torah orale car elle se présente comme révélée, donc d'autorité équivalente. Il n'est ni interdit, ni même forcément déconseillé de la suivre (sauf pour les passages que les karaïtes considèrent en contradiction avec le texte écrit), mais ne pas la présenter comme d'origine humaine mettrait gravement en danger la primauté de la parole divine, et serait en contravention au précepte édicté dans le Deutéronome de ne rien ajouter ni retrancher à la LoiDeutéronome 4:1-2..
Arguments des karaïtes contre la Torah orale Controverses autour de la Torah orale Les karaïtes notent qu'il n'existe pas une seule mention incontestable de la Torah orale dans le pechat de la Miqra (le texte de la Bible dans son sens le plus évident). Au contraire, les karaïtes considèrent que des indices militent contre l'hypothèse d'une Torah orale donnée par Dieu en même temps qu'il donnait la Torah écrite : Dieu recommande expressément dans le Deutéronome de ne rien ajouter ni retrancher à la Torah ; le livre de l'Exode 24:12Exode 24:12. mentionne « Je veux te donner les tables de pierre, la Torah et la Mitzvah que J'ai écrites ».
Dans le même ordre d'idées, les karaïtes considèrent que la Torah orale contredit en de nombreux endroits la Torah écrite, ce qui serait impossible si elles étaient issues de la même source divine.
De façon plus indirecte, les karaïtes ne peuvent admettre qu'une tradition reçue de Dieu puisse faire l'objet de tant de variations et de disputes. Les nombreux commentaires, parfois divergents, que suscite la Torah orale ou ses rapports avec la Torah écrite leur semblent un indice d'imperfection, contradictoire avec l'origine divine de la loi orale.
Enfin, la Torah orale s'enrichit continuellement de nombreux commentaires, lesquels se basent sur des commentaires plus anciens, mais pas directement sur la Torah écrite telle qu'elle a été donnée. L'homme étant sujet à l'erreur, les commentaires des rabbins actuels pourraient se baser sur des erreurs, qui iraient alors en s'accumulant.
Herméneutique halakhique Le karaïsme, refusant l’exégèse talmudique du judaïsme rabbinique, a développé sa propre démarche. Il s’appuie sur trois piliers exégétiques afin de déterminer la halakha (lois et prescriptions religieuses) :
La Miqra elle-même, c’est-à-dire l’ensemble des mitzvot, positives et négatives, que Moïse reçut sur le Sinaï, et consigna dans la Torah écrite, est la source de prédilection. Elle a valeur d’étalon absolu et aucune loi ne peut être édictée qui contredirait son sens apparent, l’interprétation duquel est laissé à la libre appréciation de chacun.
Le Heqech (déduction), c’est-à-dire l’herméneutique karaïte, analogue au midrach halakha rabbanite, est utilisé par les Posqim (décisionnaires) karaïtes pour fixer la Halakha (loi religieuse) dans les cas non décrits clairement dans la Torah. Ces déductions peuvent être linguistiques ou logiques. Anan ben David utilisait les treize principes de Rabbi Ichmaël, auxquelles il reconnaissait une valeur logique mais non révélée.
Le Sevel HaYeroucha (Fardeau de l’Héritage) est un ensemble de règles et de coutumes pour lesquelles il n’existe pas de description précise dans la Bible hébraïque, comme la brit milah ou la chehita. Transmises oralement de génération en génération, parfois même supposée dater d’avant le don de la Torah à Moïse (la circoncision remonte selon la Bible à Abraham, et donc préexiste à Moïse), ces règles sont observées, à condition de ne pas contredire la Torah écrite et d’être le prolongement de celle-ci (par exemple, la chehita s’appuie sur l’interdiction de consommer du sang). Souvent assez semblables aux rites décrits dans le Talmud, les karaïtes ne confèrent cependant pas à ces traditions le statut de mitzvot d’origine divine, contrairement aux rabbanites.
Exégèse personnelle