La carabine M1 est une carabine semi-automatique conçue entre 1940 et 1941 aux États-Unis par Winchester. Tirant la cartouche .30 Carbine, elle est également déclinée en une version permettant le tir automatique, désignée M2. Produites à plus de six millions d’exemplaires entre 1941 et 1945, la M1 et sa variante M2 sont les carabines les plus utilisées pendant la Seconde Guerre mondiale. Elles sont utilisées par les forces armées des États-Unis pour remplacer le pistolet Colt M1911 comme arme principale des troupes de soutien, ainsi que pour équiper les troupes parachutistes et les Marines. Elle a également été fournie en quantité aux alliés des États-Unis, notamment à la France libre.

Après la Seconde Guerre mondiale, elle se retrouve dans la plupart des conflits majeurs de la deuxième moitié du , utilisée par les Américains et leurs alliés pendant les guerres de Corée et du Viêt Nam ou encore par les Français en Indochine et en Algérie. Elle est aussi très utilisée par les forces de police de nombreux pays, utilisation qui se prolonge jusque dans les premières décennies du . Enfin, elle est très prisée des tireurs civils, notamment aux États-Unis. Cette large diffusion de la carabine M1 a incité plusieurs fabricants à en reprendre la production depuis les années 1950. Déclinée en des dizaines de variantes commémoratives ou utilisant d’autres cartouches, la M1 est toujours produite dans les années 2010.

Développement Contexte Au , la cavalerie et les artilleurs de l’armée américaine sont généralement équipés de carabines. Ces armes sont plus petites et maniables que le fusil d’infanterie, mais tirent le plus souvent la même cartouche. La doctrine change au début du avec l’introduction d’un fusil commun à l’ensemble des troupes, le Springfield M1903. Toutefois, pour les troupes de soutien qui doivent porter d’autres équipements, un fusil est une arme trop encombrante. Un certain nombre de ces troupes ne reçoivent donc que des pistolets Colt M1911 pour se défendre. L’introduction au début des années 1930 du M1 Garand, un fusil pesant plus de quatre kilogrammes à vide incite à réfléchir à la réintroduction de la carabine pour les troupes de soutien.

Lancement du projet Au début de l’année 1938, l’US Infantry Board émet une demande pour un fusil léger ou une carabine devant remplacer les pistolets et les révolvers. L’argument invoqué est que ceux-ci ne peuvent remplir le rôle d’arme principale d’un fantassin au combat. L’Ordnance Department s’y oppose toutefois, du fait qu’ajouter une arme en plus dans la dotation accroît la complexité de la logistique. Le projet progresse ainsi peu jusqu’au , lorsque le secrétaire à la Guerre ordonne de fournir un fusil léger de moins de pour les porteurs de munitions, les servants de mitrailleuses et de mortiers, ainsi que pour le personnel des transmissions et du train.

À l’automne 1940, Winchester Repeating Arms Company est chargée de concevoir la cartouche qui sera utilisée dans la nouvelle arme. Partant de la cartouche .32 Winchester Self-Loading, l’entreprise en produit à partir de une version d’un calibre légèrement plus faible, la .30 Self-Loading, rebaptisée ultérieurement .30 Carbine. Dans l’intervalle, en , un appel d’offres est lancé pour le développement de l’arme elle-même, avec une date limite de livraison du prototype fixée au . Il est en particulier attendu dans les spécifications que l’arme puisse tirer de manière semi-automatique et dotée d’une sécurité lui permettant d’être transportée de manière sûre avec une cartouche chambrée.

Adoption Neuf candidats répondent à l’appel d’offres, mais deux sont immédiatement éliminés car largement non conformes au cahier des charges et un ne parvient pas à rendre son prototype à temps. Les essais préliminaires se déroulent entre le et le et opposent Savage Arms Company, Woodhull Corporation, Harrington & Richardson Arms Company, Auto-Ordnance Company, Springfield Armory et Bendix Aviation Corporation. Aucun des prototypes n’est considéré satisfaisant, bien que ceux de Springfield, le seul dont la masse est sous le seuil fixé, et de Bendix surclassent les autres.

En , Winchester propose une adaptation du G30, alors chambré en .30-06 Springfield, mais que l’entreprise pense pouvoir convertir en 30 Carbine. Ayant reçu l’approbation du département de la Guerre, Winchester développe en treize jours un prototype en reprenant des pièces du Garand et de la Winchester modèle 1907. De nouveaux essais ont lieu à l’automne 1941 et opposent la carabine de Winchester aux propositions améliorées de Springfield, Bendix et Harrington & Richardson, ainsi qu’un nouveau modèle, le Turner Light Rifle. Le besoin d’une carabine devenant urgent, les tests sont réalisés selon une procédure accélérée. Winchester se place largement devant ses concurrents pendant les essais et leur proposition est recommandée pour l’adoption sous la désignation Carbine, Caliber .30, M1.

Développements ultérieurs Plusieurs améliorations sont demandées dès le début de l’année 1942. La première à être introduite en est une version à crosse pliante à destination des troupes parachutistes, désignée M1A1. Le lance-grenade M8, déjà utilisé sur le M1 Garand, est adapté pour la carabine et entre en service en . D’autres améliorations sont toutefois plus longues à apparaître, par exemple la possibilité de monter une baïonnette n’est introduite qu’à la fin de la production.

Le développement d’une version automatique, la M2, débute en , l’arme entrant en production entre 1944 et 1945. En parallèle, la M3, une variante pourvue d’une lunette à intensification de lumière, est développée à partir de , mais moins de deux mille exemplaires sont produits avant l’arrêt de la production à la fin de la guerre.

Production Historique de production Dès le début du mois d’, Winchester se rapproche d’Inland, une filiale de General Motors, afin que davantage de moyens puissent être consacrés à la production de la carabine M1. La première commande est attribuée à Winchester le , suivi le lendemain d’un contrat pour Inland. Les chaînes de production étant toutefois à mettre en place, le début de celle-ci est planifié pour , avec une production totale fixée à et étalée sur plusieurs années.

L’entrée en guerre des États-Unis en bouleverse ces plans et il apparaît rapidement que Winchester et Inland n’ont pas la capacité de produire les quantités requises dans le temps imparti. Par conséquent, le gouvernement élargi progressivement la production à d’autres fabricants : Underwood-Elliott-Fisher, Quality Harware and Machine Company et Irwin-Pederson Arms Company reçoivent leur premier contrat en , Rochester Defense Corporation, ultérieurement absorbé par National Postal Meter, en avril et Rock-Ola Manufacturing Corporation en juin. S’y ajoute Standard Products en août, puis International Business Machines Corporation en et enfin en Saginaw Steering Gear, une filiale de General Motors, en replacement d’Irwin-Pederson.

Une commission spéciale de coordination entre les industriels produisant la M1 est également fondée afin d’assurer une qualité de production uniforme malgré l’éparpillement des fabricants, qui n’ont pour la plupart pas d’expérience dans l’armement et recourent à la sous-traitance. Le manque de main d’œuvre qualifiée impose à l’Ordnance Department de détacher dans les usines son propre personnel afin de former les ouvriers et encadrer la production. Plusieurs usines connaissent néanmoins des difficultés : le contrat avec Irwin-Pederson est ainsi annulé avant d’arriver à terme en raison de problèmes de qualité récurrents, celui avec Rock-Ola n’est pas reconduit et il faut presque un an à Standard Product pour parvenir à débuter la production.

À partir de 1944, seuls Inland et Winchester produisent encore la carabine M1, puis la production est arrêtée à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les exemplaires restants sont mis à niveau avec les améliorations introduites en fin de production, puis stockés. Plusieurs entreprises reprennent néanmoins la fabrication à partir des années 1950, afin de répondre à une demande grandissante des armées étrangères et des civils. En dehors des États-Unis, ERMA en Allemagne et Howa Machinery au Japon en produisent plusieurs milliers au cours des années 1950 pour les armées de ces pays. Aux États-Unis, Bullseyes Gun Works commence à en produire en 1956 à destination du marché civil. Renommée par la suite Universal Firearms Corporation, l’entreprise en produit environ quarante mille exemplaires de la M1 par an, à laquelle s’ajoutent diverses variantes. D’autres entreprises font de même par la suite, les principaux étant Plainfield Machine Company, Iver Johnson Arms, qui produit notamment une variante commémorative du débarquement de Normandie pour le marché français, et National Ordnance. La carabine M1 dans sa forme originale ainsi que diverses variantes sont toujours produites au début des années 2010.

Chiffres de production Le coût d’une carabine M1 pour le gouvernement américain varie selon les producteurs. Winchester facture ainsi par exemplaire, Rochester Defense Corporation , Inland , Quality Hardware , Rock-Ola et IBM . De même, les chiffres de production diffèrent largement d’un producteur à l’autre. La productivité la plus élevée est atteinte par Underwood, qui parvient à produire un maximum de pendant un mois. Au total, un peu plus de six millions de carabines M1 et M2 sont produites entre 1942 et le milieu de l’année 1945, le plus gros producteur étant Inland avec plus de , suivi de Winchester, Underwood et Saginaw, qui ont produit chacun entre et .

Histoire opérationnelle Distribution dans les unités américaines vignette|Servants armés de M1 d’une batterie du sixième bataillon d’artillerie de campagne, 1943. La carabine M1 est principalement destinée aux troupes ayant été jusque là seulement armées d’un pistolet. Les unités de soutien sont particulièrement concernées, ce qui amène une division d’infanterie US de 1943 à compter M1 pour , celles-ci allant aux soldats affectés à la logistique, aux transmissions, aux servants des armes collectives, etc.. La proportion est encore plus forte dans les unités d’artillerie, un bataillon de canons de de 1943 comptant par exemple pour . Des unités combattantes sont toutefois également majoritairement équipées de la M1. C’est le cas notamment des parachutistes, un bataillon parachutiste de 1944 disposant par exemple de pour . Les Marines sont également un important utilisateur, une division de 1944 comprenant pour .

Utilisation militaire vignette|Servants d’une mitrailleuse de la 76e division d’infanterie armés de carabines M1, 1945. La carabine est utilisée pour la première fois au combat en en Afrique du Nord et la M1A1 à l’occasion de l’opération Husky en . L’arme est de manière générale bien accueillie par les troupes, notamment sur le théâtre du Pacifique où son petit gabarit la rend plus facile à porter dans la jungle que le M1 Garand. La critique la plus courante vise la faiblesse de sa cartouche en comparaison avec ce dernier, en omettant cependant que la carabine remplace le pistolet M1911 et non le Garand. En cela, la carabine M1 est davantage l’ancêtre des Personal defense weapon que des fusils d’assaut. Les versions M2 et M3 sont également utilisées et, malgré leur nombre moindre, se font remarquer pour leur efficacité. En particulier lors de l’invasion d’Okinawa, moins de cinq-cents M3 sont distribuées, mais se voient attribuer 30 % des pertes japonaises.