Jean Daniélou, né le à Neuilly-sur-Seine (France) et mort le dans le de Paris, est un prêtre jésuite français, théologien de renom et membre de l'Académie françaiseJean Daniélou, S. J., Théologie du Judéo-Christianisme (Bibliothèque de Théologie. Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée). Vincent Albert. Revue des Sciences Religieuses, Année 1961/35-1, . Persée (portail)..
Il reçoit la consécration épiscopale le , avec le titre d'évêque titulaire de , et est créé cardinal par Paul VI le suivant.
Les circonstances particulières de sa mort ont donné, en français, un deuxième sens à la notion d’épectase, faisant ainsi du cardinal un des rares Français du XXe siècle ayant généré un vocabulaire nouveau.
Biographie Jeunesse et famille
Jean Guénolé Louis Marie Daniélou. est le fils de Charles Daniélou, homme politique breton, maire de Locronan, député du Finistère et plusieurs fois ministre, plutôt anticlérical, et de Madeleine Clamorgan, fondatrice de la communauté apostolique Saint-François-Xavier, des institutions Sainte-Marie et d'une université libre de jeunes filles. Il a pour frère cadet l'indianiste Alain Daniélou (1907-1994).
Jésuite et prêtre Élève au lycée Sainte-Croix de Neuilly, Jean Daniélou poursuit des études de lettres et de philosophie à la Sorbonne. Il est agrégé de grammaire en 1927. Parallèlement, il s'engage auprès de la Conférence Olivaint. Il entre ensuite chez les jésuites en 1929 et se consacre à l'enseignement, d'abord dans un collège de garçons à Poitiers. Il suit des études de théologie à la faculté catholique de Lyon, alors l'une des plus réputées au monde, et il est ordonné prêtre le même jour que l'abbé Pierre en 1938..
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé dans l'armée de l'air jusqu'en 1940. Revenu à la vie civile, il achève son doctorat de théologie en 1942 et devient aumônier de l'École normale supérieure de jeunes filles, à Sèvres. Il fonde la collection « Sources chrétiennes » en collaboration avec Henri de Lubac, inaugurant ainsi le renouveau de la patristique catholique...
En 1943, il soutient sa thèse « Platonisme et théologie mystique : essai sur la doctrine spirituelle de saint Grégoire de Nysse »..
Il devient rédacteur aux Études en 1944 (jusqu'en 1969), fonde le Cercle Saint-Jean-Baptiste en 1944 et participe avec Marcel Moré à la revue Dieu vivant de 1945 à 1956.
Il se voit attribuer en 1944 une chaire d'histoire du christianisme ancien à l'Institut catholique de Paris, dont il devient le doyen en 1962. À la demande du pape Jean XXIII, il participe comme expert (peritus) au concile Vatican II.
En 1967, il est, avec André Chouraqui, à l'initiative de la création de l'association Fraternité d'Abraham, qui promeut le dialogue interreligieux..
Cardinal En 1969, Jean Daniélou est nommé « évêque titulaire » de et consacré par François Marty avec comme co-consécrateurs Julien Gouet et Daniel Pézeril. Il est fait cardinal par le pape Paul VI lors du consistoire du .
Il est élu à l'Académie française en , succédant au cardinal Eugène Tisserant..
En , il dénonce avec force la crise des ordres religieux, qu'il attribue à trois facteurs : d'abord, une tendance à vouloir se fondre dans la vie séculière ; ensuite, la dépréciation des constitutions et des règles au profit de la spontanéité et de l'improvisation, au nom d'une liberté mal comprise ; et enfin la mise en cause de la permanence des fondements des ordres religieux. Son appel à revenir à ce qu'il considère comme les véritables orientations du concile Vatican II est perçu comme une attaque contre la politique du supérieur général des jésuites Pedro Arrupe, qui préside alors en outre l'Union des supérieurs généraux d’ordres religieux. Dès lors, Jean Daniélou est en froid avec ses confrères jésuites de Paris, notamment Bruno RibesBruno Ribes-Revue Études., directeur de la revue Études.
Décès thumb|285px|Tombe de Jean Daniélou, d'Henri de Lubac et de Bertrand de Margerie au cimetière de Vaugirard (division 6). vignette|Jean Daniélou. Représentation monochrome. Sa mort subite, en , suscite beaucoup de commentaires et de sarcasmes. Il meurt d'un infarctus chez Gilberte Santoni, une prostituée parisienne de 24 ans surnommée « Mimi », au 56 de la..... Selon la version retenue, il était venu apporter de l'argent à cette femme pour lui permettre de payer un avocat capable de faire sortir de prison son mari Charles Santoni. Une enquête est ouverte par la Compagnie de Jésus pour établir ce qui s’est effectivement passé.
Le journaliste italien Sandro Magister indique que . Le prêtre jésuite Xavier Tilliette, dans son éloge funèbreLe Figaro du 24 mai 1974., indique que c'est , employant ainsi un terme théologique, forgé par Grégoire de Nysse, qui désigne l'effort de l'âme vers la sainteté et que Jean Daniélou lui-même avait abondamment commenté dans Platonisme et théologie mystique (1944)C'est d'ailleurs pourquoi il figure dans le titre des mélanges in honorem offerts au théologien en 1972 : Epektasis : mélanges patristiques offerts au cardinal Jean Daniélou, publiés par J. Fontaine et Ch. Kannengiesser.. Ce terme hermétique d'« épectase » connait alors grâce aux journalistes du Canard enchaîné une notoriété humoristique et a depuis pris dans la langue courante un nouveau sensGoogle Livre Chronique des Mots Morts de Gérard-Fernand Bianchi édition Lulu Press, Incorporated 2018. ; le journal satirique Charlie Hebdo se moque de l'affaire sur la première page de son numéro 188 du ..
Selon le témoignage de Gilberte Santoni, il est arrivé très essoufflé, a demandé dès son arrivée à ce que la fenêtre soit ouverte, s'est assis sur le divan puis s'est écroulé sur le sol ; sa mort fut instantanéeAndré Burnat, Des inspecteurs racontent… La Brigade des mœurs, Presses de la Cité, Paris, 1975, page 77.Le Nouvel Observateur du 24 juin 1974..
Le cardinal Daniélou est enterré au cimetière de Vaugirard ()..
Œuvres Le Signe du temple ou De la présence de Dieu, Paris, Gallimard, 1942. Platonisme et théologie mystique : essai sur la doctrine spirituelle de saint Grégoire de Nysse, Paris, Aubier, 1944 [version remaniée de la thèse de doctorat ès lettres soutenue par l'auteur devant l'université de Paris. A fait l'objet en 1953 d'une édition revue et augmentée]. De l'enfant à l'homme : études et chroniques, Paris, Dumoulin, 1944 [réunit des textes de Jean Rimaud, André Piettre, Jean Daniélou, Maurice Brillant et Louis Barjon]. Le Mystère du salut des nations, Paris, Éd. du Seuil, 1946. Dialogues avec les marxistes, les existentialistes, les protestants, les juifs, l'hindouisme, Paris, Le Portulan, 1948. Le Mystère de l'Avent, Paris, Éd. du Seuil, 1948. Origène, Paris, La Table ronde, 1948. Sacramentum futuri : études sur les origines de la typologie biblique, Paris, Beauchesne, 1950. Les Anges et leur mission d'après les Pères de l'Église, Chevetogne, Éd. de Chevetogne, 1951 [réimprimé en 1953 avec un appendice : Le Problème du nationalisme dans le christianisme des premiers siècles, par Erik Peterson, traduction de Claire Champollion]. Bible et Liturgie : la Théologie biblique des sacrements et des fêtes d'après les Pères de l'Église, Paris, Éd. du Cerf, 1951. Essai sur le mystère de l'histoire, Paris, Éd. du Seuil, 1953. Sainteté et action temporelle, Paris, Desclée, 1955. Dieu et nous, Paris, Grasset, 1956. Les Saints « païens » de l'Ancien Testament, Paris, Éd. du Seuil, 1956. Les Manuscrits de la mer Morte et les origines du christianisme, Paris, Éd. de l'Orante, 1957 [ revue et augmentée : Paris, Éd. du Seuil, 1974]. , traduit du français, New York, , 1957. Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée. 1, Théologie du judéo-christianisme, Paris, Desclée, 1958 [réédition : texte établi sur l'édition italienne de 1974 par Marie-Odile Boulnois, revue et corrigée par Joseph Paramelle et Marie-Josèphe Rondeau, Paris, Desclée/Cerf]. Philon d'Alexandrie, Paris, Fayard, 1958. Le chrétien et le monde moderne, Paris, Desclée, 1959. The real meaning of NATO (en collaboration avec John J. Connolly), Montréal, International Publishers, 1959. Approches du Christ, Paris, Grasset, 1960. Le dialogue catholique-protestant (en collaboration avec Jean Bosc et Jean Guitton), Paris, La Palatine, 1960. Les Symboles chrétiens primitifs, Paris, Éd. du Seuil, 1961. Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée. 2, Message évangélique et culture hellénistique aux , Paris, Desclée, 1961. Scandaleuse vérité, Paris, Fayard, 1961. Dialogue avec Israël, Paris, La Palatine, 1963. Au commencement : Genèse 1-11, Paris, Éd. du Seuil, 1963. Nouvelle histoire de l'Église. 1, Des origines à saint Grégoire le Grand (en collaboration avec Henri-Irénée Marrou), Paris, Éd. du Seuil, 1963. Évangile et monde moderne : petit traité de morale à l'usage des laīcs, Tournai, Desclée, 1964. Jean-Baptiste, témoin de l'Agneau, Paris, Éd. du Seuil, 1964. L'oraison, problème politique, Paris, Fayard, 1965. L'Église face au monde (en collaboration avec Jean Bosc), Paris, La Palatine, 1966. Études d'exégèse judéo-chrétienne : (les Testimonia), Paris, Beauchesne, 1966. Les Juifs : dialogue entre Jean Daniélou et André Chouraqui, Paris, Beauchesne, 1966. Mythes païens, mystère chrétien, Paris, Fayard, 1966. L'entrée dans l'histoire du salut : baptême et confirmation, Paris, Éd. du Cerf, 1967. Les Évangiles de l'enfance, Paris, Éd. du Seuil, 1967. L'avenir de la religion, Paris, Fayard, 1968. La catéchèse aux premiers siècles, cours rédigé par Régine du Charlat, Paris, Fayard, 1968. La Trinité et le mystère de l'existence, Paris, Desclée de Brouwer, 1968. Tests, Paris, Beauchesne, 1968 [recueil d'articles publiés en 1967-1968 dans La Croix et L'Osservatore romano. Titre de couverture : Protestation, attestation, contestation, détestation]. Autorité et contestation dans l'Église, Genève, Martingay, 1969. La crise actuelle de l'intelligence, Paris, Apostolat des éditions, 1969. La foi de toujours et l'homme d'aujourd'hui, Paris, Beauchesne, 1969. La résurrection, Paris, Éd. du Seuil, 1969. L'Église des apôtres, Paris, Éd. du Seuil, 1970. L'être et le temps chez Grégoire de Nysse, Leyde, Brill, 1970. Nouveaux tests, Paris, Beauchesne, 1970. 1971: Jésus (en collaboration avec Robert Aron, François Refoulé, Louis Leprince-Ringuet, Georges Casalis,Jacques Madaule, Jean Guitton, Étienne Borne et Ambroise-Marie Carré, Hachette, collection Génies et Réalités, 272p. 1971 La culture trahie par les siens, Paris, Épi, 1972. Pourquoi l'Église ?, Paris, Fayard, 1972. Le catholicisme : hier, demain (en collaboration avec Jean Honoré et Paul Poupard), Paris, Buchet-Chastel, 1974. Et qui est mon prochain ? : mémoires, Paris, Stock, 1974 [propos recueillis par Françoise Verny]. Contemplation, croissance de l'Église, Paris, Fayard, 1977. Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée. 3, Les origines du christianisme latin, Paris, Éd. du Cerf, 1978. Carnets spirituels, texte édité par Marie-Josèphe Rondeau, préface par Ambroise-Marie Carré, avant-propos par Xavier Tilliette, Paris, Éd. du Cerf, 1993.
Notes et références
Pour approfondir
Bibliographie Auteur
Divers
Paul Lebeau, Jean Daniélou, Paris, Éd. Fleurus, 1967. Jacques Chancel, Radioscopie, volume 2, Paris, Robert Laffont, 1970, 177-194. Jean Daniélou : 1905-1974, ouvrage collectif publié par la Société des amis du cardinal Daniélou, Paris, Éd. du Cerf, 1975. Françoise Jacquin, Histoire du Cercle Saint-Jean-Baptiste : l'enseignement du Père Daniélou, préface de Marie-Josèphe Rondeau, Paris, Beauchesne, 1987. Emmanuelle de Boysson, Le cardinal et l'hindouiste : le mystère des frères Daniélou, Paris, Albin Michel, 1999. Actualité de Jean Daniélou, sous la direction de Jacques Fontaine, Paris, Éd. du Cerf, 2006 [actes d'un colloque tenu à l'Institut de France le . Les contiennent une bio-bibliographie de Jean Daniélou : Les étapes d'une vie et d'une œuvre].
Articles connexes
Liens externes