Le Doubs (prononcé Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, .) est une rivière française et suisse traversant trois départements de la région Bourgogne-Franche-Comté : le Doubs auquel il a donné son nom, le Jura et la Saône-et-Loire, ainsi que les cantons suisses de Neuchâtel et du Jura. C'est le principal affluent de la Saône et par conséquent un sous-affluent du Rhône.
Sa longueur totale est de , dont sur le territoire français et sur le territoire suisseLe résultat de l'addition des longueurs sur le territoire français et le territoire suisse est supérieur à la longueur totale dans la mesure où la partie du tracé constituant la frontière compte pour les deux pays., une partie de son tracé faisant office de frontière entre les deux États. Il constitue le dixième cours d'eau français par sa longueur et la quatrième rivière française après la Marne, le Lot et la Saône, ainsi que le neuvième cours d'eau suisse par sa longueur.
Il prend sa source dans une cavité du massif du Jura située sur la commune française de Mouthe à d'altitude et s'écoule d'abord principalement vers le nord-est. Après être remonté jusqu'à la trouée de Belfort, il s'écoule ensuite dans une direction opposée à celle de la première partie de son cours, se dirigeant vers le sud-ouest jusqu'à son confluent. Il se jette dans la Saône à Verdun-sur-le-Doubs, à d'altitude.
Les eaux du Doubs, jusqu'à la Méditerranée via la Saône (de Verdun-sur-le-Doubs à Lyon) puis le Rhône (de Lyon à la Méditerranée), réalisent un parcours fluvial de 1032 km, dont 999 km en territoire français, soit le plus long parcours fluvial du bassin du Rhône.
Hydronymie Le Doubs est mentionné anciennement sous la forme Dubis, qui vient du celtique (gaulois) dub qui signifie « noir »Voir l'étymologie sur le dictionnaire irlandais-anglais .. La première mention écrite apparaît dans les Commentaires sur la Guerre des Gaules de Jules César : « […] propterea quod flumen [alduas] Dubis ut circino circumductum paene totum oppidum cingit […] ». C'est un nom féminin à l'origine *dubui > dubi(s), comme la plupart des noms de rivière antiques. On retrouve plusieurs noms de rivière analogues en Grande-Bretagne du type Dove, d'une forme en -ā (dubuā) et des noms dérivés en France (la Dhuine, la Dheune ou la Deûle).
La racine celtique ancienne dubu- est prolongée par le vieux gallois dub-, gallois, breton du et l'irlandais dub, signifiants « noir », de même dans des termes dialectaux régionaux, par exemple dans sapin double, compris comme « double », mais à l'origine doube, c'est-à-dire noir. De même, le suisse allemand a conservé le mot, figé dans les toponymes du type Tobwald, Toppwald, mais encore vivant au Moyen Âge comme le montre la mention latine de 1299 : « Silvas nigras que theotonice vulgo topwelde appellantur. »Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions errance 1994. .Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance 2003.
Hydrographie
Vue d'ensemble thumb|450px|Le Doubs et les principaux cours d'eau de son bassin (carte interactive). D'une longueur de ., le Doubs a globalement la forme d'un M avec des jambes très allongées : ainsi, la distance à vol d'oiseau entre sa source et son confluent n'est que de . Il s'écoule d'abord vers le nord-est, puis, après une courte remontée en direction du nord en amont de Montbéliard (qu'il n'arrose pas), il s'écoule en direction du sud-ouest jusqu'à son confluent avec la Saône à Verdun-sur-le-Doubs (Saône-et-Loire).
Au Miocène, l'ur-AarEn allemand, le préfixe ur- signifie ancien. En anglais, ce préfixe allemand est aussi utilisé (cf. English words prefixed with ur- sur le Wiktionnaire). se jette dans le Danube. Au Pliocène moyen, l'ur-Aar se jette dans le Rhône au travers du Doubs (voir Aar-Doubs). Ce n'est qu'à la fin du Pliocène, quand la barrière formée par le Kaiserstuhl saute, que l'Aar rejoint le RhinDeutschlands Süden de Joachim Eberle, Bernhard Eitel, Wolf Dieter Blümel et Peter Wittmann. Editions Springer, édition. ..
La source gauche|vignette|La source du Doubs en hiver. Le Doubs prend sa source au cœur du massif du Jura à d'altitude., sur le territoire de la commune française de Mouthe (département du Doubs), à environ cinq kilomètres de la frontière franco-suisse.. Les eaux du Doubs surgissent d'une cavité constituée de roches calcaires du Portlandien, située au pied du mont Risoux et de la forêt du Noirmont. La température de l'eau y est comprise toute l'année entre et . Des explorations spéléologiques ont permis de découvrir l'existence d'une succession de siphons juste en amont de l'exsurgence dont le troisième plonge verticalement jusqu'à plus de de profondeur. Le débit moyen à la source est de /s.. Juste après la source, la rivière prend la direction de l'ouest et traverse des zones humides, dont les tourbières du Moutat. Après environ deux kilomètres, à l'entrée du village du Mouthe, le Doubs reçoit les eaux d'un premier affluent, le Cébriot, et prend alors la direction du nord-est dans le val de Mouthe-Métabief.
La Haute Vallée du Doubs vignette|Carte et coupes géologiques du massif du Jura. Le Doubs adopte un tracé en baïonnette en amont de Morteau. Sur les premiers kilomètres de son parcours, le Doubs adopte un tracé singulier en forme de baïonnettes, faisant se succéder tantôt un écoulement dans de larges dépressions synclinales dénommées vals (vals de Mouthe, du lac de Saint-Point, de la plaine de l'Arlier, du Saugeais et de Morteau), tantôt des passages dans des gorges étroites découpant les anticlinaux et appelées cluses. Ainsi, après avoir atteint la commune de Rochejean, il prend la direction nord-ouest en passant par la cluse de Fourperet, qui draine les eaux de la rivière du val de Mouthe vers le val de Saint-Point. Vingt-deux kilomètres en aval de la source, il reprend une direction nord-est et forme alors un vaste lac naturel, le lac de Saint-Point, de près de de longueur et de largeur. Le passage d'une nouvelle cluse au pied du fort de Joux permet au cours d'eau d'atteindre Pontarlier, première ville d'importance à être traversée. Il reçoit un de ses principaux affluents, le Drugeon, avant de s'écouler dans le val du Saugeais. Il s'insère ensuite dans une série de gorges escarpées, le défilé d'Entre-Roches et le défilé du Coin de la Roche, débouchant sur le val de Morteau.
Dans cette zone en aval de Pontarlier, des pertes du Doubs vont alimenter au moins en partie la résurgence qui constitue la source de la Loue. Ce phénomène karstique a été découvert en août 1901 lorsque les usines Pernod de Pontarlier brûlèrent après avoir été frappées par la foudre le . Ces usines fabriquant de l'absinthe hautement inflammable, les pompiers déversèrent dans un puits perdu du spiritueux. Le surlendemain, on retrouva des traces d'absinthe et de colorant jaune doré aux reflets verts dans la Loue, comme le rapporta André Berthelot, Sur les origines de la source de la Loue, observations de M. André Berthelot, pages 394-397.. Cela fut confirmé par les savants spéléologues Édouard-Alfred Martel et Eugène Fournier qui, ayant remarqué une faille sur le cours du Doubs en aval de Pontarlier, y jetèrent un puissant colorant vert (fluorescéine).. Quelques jours plus tard, la Loue était colorée de ce même vertL'épisode est évoqué dans le roman Naissance d'un pont de Maylis de Kerangal, éd. Verticales 2010, ..
Au niveau de Villers-le-Lac, il forme le lac de Chaillexon (appellation française) ou lac des Brenets (appellation suisse) se composant de trois bassins dont les deux derniers forment les gorges du Doubs. Il se termine par un entonnoir débouchant sur une chute de de hauteur, le Saut du Doubs. De Villers-le-Lac à Indevillers, le Doubs constitue une frontière naturelle entre la France et la Suisse sur une cinquantaine de kilomètres, sous forme d'un profond canyon dominé par des corniches et encaissé par endroits de près de . Cette partie frontalière du cours d'eau, de par sa morphologie, est très sauvage : seuls deux ponts permettent de le traverser et une seule zone habitée s'est établie sur ses berges, le village transfrontalier de Goumois. Peu après, il pénètre franchement sur le territoire suisse en se dirigeant vers l'est jusqu'à la localité de Saint-Ursanne où il forme une épingle pour repartir en direction de l'ouest : cette région enserrée par la rivière est appelée le Clos du Doubs. Son cours entre à nouveau en France, reçoit les eaux du Dessoubre à Saint-Hippolyte, et à partir de ce point met le cap vers le nord. Il franchit par une cluse la chaîne plissée du Lomont avant d'arroser la ville de Pont-de-Roide et remonte vers le bas pays en direction de la trouée de Belfort. Il atteint une zone très urbanisée, l'agglomération de Montbéliard, à travers laquelle il forme une vaste boucle pour bifurquer à nouveau vers l'ouest..
La moyenne vallée du Doubs Après son passage à deux kilomètres au sud de Montbéliard, le Doubs reçoit à Voujeaucourt son deuxième affluent le plus important, l'AllanLes crues du Doubs., et s'oriente définitivement vers le sud-ouest, en longeant les premiers contreforts du massif du Jura. Son altitude passe alors sous la barre des avant de s'engouffrer une fois de plus, par la cluse de Clerval qui coupe la Chaîne d'Armont, dans une vallée encaissée de plusieurs centaines de mètres bordée par les deux chaînons boisés du Faisceau bisontin dont les méandres anciens ou actuels, font ressortir les formes structurales tantôt en mettant au jour les surfaces calcaires, tantôt en les tranchant en cluses (ex : cluse fossile de la Malcombe et cluses actives de Rivotte et de Tarragnoz à Besançon, double cluse d'Avanne-Aveney, de Thoraise) ou demi-cluses (ex : demi-cluse de Souvance à Laissey).. Le Doubs atteint la plus grande ville établie sur son cours, Besançon, où il forme un méandre parfaitement dessiné dénommé la Boucle. Il quitte finalement les formes jurassiennes au niveau de la localité d'Osselle.
La Basse Vallée du Doubs Le Doubs arrive dans le département du Jura où ses eaux serpentent alors dans une plaine alluviale peu profonde insérée entre la forêt de Chaux au sud et le bas plateau de la forêt d'Arne au nord. Après avoir traversé Dole, point à partir duquel il passe en dessous d'une altitude de , il entame la dernière partie de son parcours en divaguant dans la plaine de la Saône par une succession de méandres et de bras-morts jusqu'à son confluent. Il reçoit la Loue, son principal affluent, puis l'Orain. Il se jette dans la Saône à Verdun-sur-le-Doubs (Saône-et-Loire) : au confluent, le Doubs a un débit moyen (/s à la station de Neublans-Abergement) plus important que celui la Saône (/s à Lechâtelet).
Principaux affluents Le tableau suivant récapitule les principaux affluents du Doubs, d'amont en aval, dont la longueur dépasse dix kilomètres : Affluent Situation du confluent Doubs Nom Longueur (km) Bassin (km) Débit (m/s) Longueur à l'aval (km) Altitude (m) Rive Commune (Département) Coordonnées Longueur amont (km) Bassin (km) Débit (m/s) 432 850 Gauche Labergement-Sainte-Marie (Doubs) 21 414 821 Droite Pontarlier (Doubs) 39 408 Gauche Arçon (Doubs) 45 368 752 Droite Villers-le-Lac (Doubs) 85 268 Gauche Saint-Hippolyte (Doubs) 185 261 354 Gauche Dampjoux (Doubs) 192 240 325 Droite Audincourt (Doubs) 213 231 310 Droite Voujeaucourt (Doubs) 222 177 265 Gauche Baume-les-Dames (Doubs) 276 84 Gauche Orchamps (Jura) 369 78 206 Droit Audelange (Jura) 375 54 192 Gauche Gevry (Jura) 399 53 Gauche Parcey (Jura) 400 41 184 Gauche Longwy-sur-le-Doubs (Jura) 412 26 178 Droite Lays-sur-le-Doubs (Saône-et-Loire) 427 13 176 Gauche Navilly (Saône-et-Loire) 440