Roberto Matta, né le , à Santiago du Chili et mort à Civitavecchia (Italie), le , à l'âge de 91 ans, est un artiste peintre surréaliste chilien, naturalisé français en 1979. Il est aussi graveur, sculpteur, architecte et poète.

Biographie Roberto Antonio Sebástian Matta-Echaurren. commence des études d'architecture à Santiago du Chili. En 1933, il abandonne sa carrière pour s'installer en France. Il travaille un premier temps dans l'atelier de Le CorbusierMatta relate cette période dans Gespräch mit Matta, entretien avec K. V. Waberer et C.A. Haenlein, in Matta, Kestner-Gesellschaft Hannover, . (Le texte est en anglais.) puis voyage en Espagne, où il se lie avec les poètes Rafael Alberti et Federico Garcia Lorca. Il voyage également en Scandinavie, où il rencontre Alvar Aalto, et à Londres, où il fait la connaissance de Henry Moore, Roland Penrose et René Magritte.

À la demande de Salvador Dalí, il va voir André Breton qui l'adopte aussitôt. "Ils me dirent : « Tu es surréaliste !» Je ne savais même pas ce que cela voulait dire..." Musée national d'art moderne (France). .

Dans la revue surréaliste Minotaure, Matta écrit des textes sur l'architecture qui s'opposent au rationalisme du CorbusierMatta, Mathématique sensible, architecture du temps, adaptation de Georges Hugnet, in Minotaure, , série III, Genève, Albert Skira, printemps 1938, .. Une étape importante pour Matta intervient cependant durant l’été 1939 lorsque, accompagné d’Esteban Francès et de Gordon Onslow-Ford, il séjourne au château de Chemillieu. Ils sont rejoints par André Breton et sa famille, Yves Tanguy et Kay SageSur cette période, voir Gordon Onslow-Ford, Towards a New Subject in Paintings, avec une préface de Richard B. Freeman, exposition du 9 novembre au 12 décembre 1948, San Francisco, San Francisco Museum of Art, 1948, . Événement rapporté aussi par Paul Haim, Matta, agiter l’œil avant de voir, errances, souvenirs et autres divagations, Éditions Séguier, Paris, 2001, .. Il semble que la présence d’Yves Tanguy soit particulièrement importante dans la formation de Matta à ce momentFabrice Flahutez, Nouveau Monde et Nouveau Mythe. Mutations du surréalisme de l'exil américain à l'écart absolu 1941-1965, Dijon, Les presses du réel, 2007. À la même époque, il peint une série de tableaux pour laquelle il expérimente une technique nouvelle : avec un chiffon, il étale la couleur sur la toile, qui, ainsi étalée, décide du tracé ultérieur du pinceau. Il se rapproche du procédé d'écriture automatique. Il appelle cette série « Morphologies psychologiques ».

thumb|left|220px|Roberto Matta, There Figures, 1958c, Centre M.T. Abraham.Il part à New York à la demande de Marcel Duchamp pour fuir la guerre. Six mois après son arrivée, il expose pour la première fois aux États-Unis à la galerie Julien Levy, spécialisée dans le surréalisme. Matta commence à travailler avec des pigments phosphorescents pour donner la possibilité à ses toiles de produire des images qui varieront selon la longueur d'onde de l'éclairage. Il s'inspire de la presse scientifiqueFabrice Flahutez, « Biologie cellulaire et fonctions mathématiques dans l’œuvre de Roberto Matta », Art Présence, , septembre 2004, . et se passionne pour la physique relativiste et les théories liées à la quatrième dimensionFabrice Flahutez, La Peinture de Roberto Matta entre cellule eucaryote et singularité de Schwarzschild, op. cit., .. Il illustre également d'une gueule de lamproie la couverture du de la revue surréaliste VVV en Fabrice Flahutez, Nouveau Monde et Nouveau Mythe, op. cit., .. Il donne des conférences à la New School of Social Research et reçoit beaucoup de jeunes Américains dans son atelier, dont Jackson Pollock.

Il illustre les Lettres sur la bombe atomique de Denis de Rougemont, qui paraissent à New York, chez Brentano, en 1946.

En , sa première exposition monographique parisienne est organisée. Le catalogue de l'exposition reprend un texte de Breton écrit en 1944 : « La perle est gâtée à mes yeux... »

Roberto Matta fonde avec Patricia Kane Matta (1923-1972) (qui deviendra la femme de Pierre Matisse) la revue Instead<ref>Fabrice Flahutez, Lecture labyrinthe et espaces spiralés : la revue Instead, op. cit., .</ref> qui comprend sept numéros dont un double (-6) et consiste en un feuillet de 56 × , plié en trois et imprimé recto-verso. Instead paraît de janvier à avec une contribution de Stéphane Hessel.

En , il est exclu du groupe surréaliste. Breton le soupçonne d'une liaison avec la femme du peintre Arshile Gorky, cause de son suicideGérard de Cortanze, Le Monde du surréalisme, Éditions complexe, Bruxelles, 2005, & Jean-Paul Clébert, Dictionnaire du surréalisme, Le Seuil. Matta retourne alors au Chili. Il publie un texte insistant sur le « rôle de l'artiste révolutionnaire, qui doit redécouvrir de nouvelles relations affectives entre les hommes. » Ensuite, il revient en Europe et s'installe en Italie, d'abord à Ischia (où il se lie d'amitié avec Leonardo Cremonini) puis à Panarea (où la femme de Leonardo Cremonini, Giovanna Madonia fait acheter à Malitte Matta une maison), sa complicité avec Leonardo Cremonini durera jusqu'à son décès.

En 1952, le procès de Julius et Ethel Rosenberg lui inspire Les Rosenbelles.

En 1958, après la lecture du livre d'Henri Alleg La Question, relatant les tortures subies pendant la guerre d'Algérie, il peint La Question, grand tableau en camaïeu de gris puis La Question, Djamila qui sera montré à la deuxième Documenta de Kassel en 1959. En 1962, La Question, Djamila lui vaut le prix international Marzotto en Italie et la toile est exposée successivement à Eindhoven, Baden Baden, Londres et Paris. A cette occasion, Matta remet publiquement le montant de son prix aux représentants du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

En 1964, pour rendre hommage au dirigeant communiste Julian Grimau, exécuté en Espagne l'année précédente, il peint Les Puissances du désordre, une composition de de longueur.Burn, baby burn (1965-1967) est une stigmatisation de la guerre du Viêt-Nam.

Matta est tout à fait à l'aise dans les très grands formats ; ses toiles font souvent plusieurs mètres de long, voire et parfois davantage. En 1968, il réalise des environnements en couvrant les murs et les plafonds du musée d'Art moderne de la Ville de Paris avec ses toiles. La même année, en janvier, Matta participe au premier congrès culturel de La Havane, à Cuba. En France, il prend une part active aux événements de mai.

Après le coup d'État du général Pinochet au Chili du , il coupe tout lien avec son pays natal : « C'est cet exil qui a déterminé toute ma vie, entre deux cultures. Mon travail est un travail de séparation. [...] De l'exil, je suis passé à l'"Ex-il", quelque part entre le connu et l'inconnu, entre la réalité et l'imaginaire. Là où commence la poésie. »

En 1979, Roberto Matta obtient la nationalité française. Il se marie avec Germana Ferrari en 1980. En 1984, la Galerie Samy Kinge organise l'exposition Matta. Point d’appui. Roberto Matta a produit avec son fils Ramuntcho une dizaine de courts métrages pour la télévision française. Un an plus tard, un importante partie de son œuvre est exposée au Musée national d'art moderne (France).

Lors de ses dernières années, il reçoit des distinctions importantes telles que la Médaille d'or du mérite des beaux-arts, décernée par le Ministère de l'Éducation, de la Culture et des Sports d'Espagne en 1985., le prix national d'Art du Chili en 1990 et le Praemium Imperiale, décerné par la famille impériale du Japon, en 1995.

Descendance Matta est le père des jumeaux Gordon Matta-Clark (1943-1978) et John Sebastian Matta dit Batan (1943-1976) ; de Pablo Echaurren né en 1951, de Federica Matta, née en 1955, de Ramuntcho Matta, né en 1960 et d'Alisée Matta, née en 1969.

Expositions vignette|Mural 10 au Musée à ciel ouvert de Valparaíso (détail). 1957 : Henri Déchanet, Oscar Gauthier, Henri Goetz, Roberto Matta, Galerie Weiller, Paris, 1957. 1962 : Art latino-américain à Paris, Musée d'art moderne de la ville de Paris, avec notamment Jorge Camacho, Simona Ertan, Joaquin Ferrer, Eduardo Jonquieres, Wifredo Lam, Roberto Matta, Jesus Rafael Soto, Hervé Télémaque. 1974 : Aspects de l'imagerie critique, exposition collective à la Galerie 2016, Hauterive. 1975-1976 : Trente créateurs, exposition itinérante organisée en France par André Parinaud avec notamment Pierre Alechinsky, Olivier Debré, Hans Hartung, François Heaulmé, Roberto Matta, Zoran Mušič, Edouard Pignon, Pierre Soulages. 1985 : rétrospective au Musée national d'art moderne, Paris. 1999 : rétrospective au Musée Reine Sofia, MadridDu 21 avril au 21 juin, commissaire d'exposition Ana Beristain.. 2004 : Matta 1936-1944 : début d'un nouveau monde, galerie Malingue, Paris26 avenue Matignon, Paris . Du 19 mai au 16 juillet. Exposition Roberto Matta.. 2009 : El Quijote de Matta en diálogo con Gonzalo Rojas, dans le cadre du Congrès international de la langue espagnole à Valparaiso (Chili)D'avril 2009 à mars 2010. Exposition interrompue par le séisme du 27 février 2010. Commissaire d'exposition Inés Ortega-Márquez.. 2011 : Matta, centenario 11.11.11, rétrospective au Centro Cultural Palacio La Moneda, SantiagoDu 11 novembre au mars 2012, commissaire d'exposition Inés Ortega-Márquez.. 2011 : Matta 100, Musée National des Beaux Arts, SantiagoDu 9 novembre au 4 mars 2012, commissaire d'exposition Soledad Novoa.. 2013 : Matta, du surréalisme à l'Histoire, du au au Musée Cantini, Marseille (commissaires d'exposition Christine Poullain et Claude Miglietti). 2013 : Matta | Człowiek i Wszechświat | Man and Universe | L'Homme et l'Univers, Musée national de Cracoviedu 13 juillet au 31 octobre 2013, commissaires d'exposition : Marga Paz et Beata Foremna Information sur le portail onet.pl consulté le 31 octobre 2013 2024 : Roberto Matta, 24 February – 2 June 2024, Ingried Brugger (curator), Wien : Bank Austria Kunstforum, 2024.

Œuvres Huiles sur toile (sauf mention contraire)

Œuvres gravées Matta a produit près de 500 estampes entre 1943 et 1974. Ce corpus comprend des lithographies en noir et en couleurs, des taille-douces, des sérigraphies, et quelques gaufrages« Matta Sébastian Roberto », in: Janine Bailly-Herzberg, Dictionnaire de l'estampe en France (1830-1950), AMG-Flammarion, 1985, ..

Fresque El primer gol del pueblo chileno, avec la Brigade Ramona Parra, 1971

Notes et références

Annexes Bibliographie Fabrice Flahutez, Matta-Log, Morphology of desire, Exhibition cat. Bank Austria Kunstforum Wien, 24 February – 2 June 2024, translation Susan L Power, Ingried Brugger (foreword), Wien : Bank Austria Kunstforum, 2024, 180p.

Michel Fardoulis-Lagrange, Sur Roberto Matta, Belfond, 1970. Fabrice Flahutez, « Biologie cellulaire et fonctions mathématiques dans l’œuvre de Roberto Matta », in Art Présence, , , . Fabrice Flahutez, Nouveau Monde et Nouveau Mythe. Mutations du surréalisme de l'exil américain à l'écart absolu 1941-1965, Dijon, Les Presses du réel, 2007 . Fabrice Flahutez, « La peinture de Roberto Matta entre cellule eucaryote et singularité de Schwarzschild », in Mélusine , Cahiers du Centre de Recherche sur le Surréalisme, sous la direction d’Henri Béhar, Lausanne, Éditions L’Âge d’Homme, . Fabrice Flahutez, « Lecture labyrinthe et espaces spiralés : la revue Instead », in Les Revues d'art, direction R. Froissart Pezone et Y. Chevrefils-Desbioles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011 , . Matta Fiktionen, catalogue de l'exposition Bucerius Kunst forum, Hambourg (du au ), textes de Julia Drost, Fabrice Flahutez, Werner Hofmann, Alyce Mahon, Gavin Parkinson, Marga Paz, Evelyn Pechinger-Theuerkauf, Hrsg. Ortrud Westheider und Michael Philipp Sofort lieferbar, München, Hirmer Verlag GmbH, 2012 .