Gélase , né à Rome ou en Afrique romaine et mort à Rome le , est un ecclésiastique chrétien élu évêque de Rome le .

Malgré la brièveté de son pontificat à une époque où l'Italie dominée par le patrice Odoacre se distancie de l'empire romain où la crise acacienne divise la chrétienté, sa contribution aux rapports entre Église et État et au concept même de papauté est importante.

Selon le comput de la tradition catholique, qui le célèbre comme saint le , il est le .

Biographie La biographie de Gélase n'est connue que par quelques passages du Liber pontificalis — qui en fait le fils d'un certain Valérius — et par une notice de Denys le Petit. Selon le Liber pontificalis, Gélase était originaire d'Afrique (Gelasius, natione Afer Liber pontificalis : LI. Gelasius, sur le site thelatinlibrary.com.) mais dans un document adressé à l'empereur byzantin , il se décrit lui-même comme « né romain » (Romanus natusGélase, Épître à Anastase, 12.1.). Ces indications font généralement pencher la recherche pour une naissance à Rome dans une famille d'ascendance africaine. quoique certains chercheurs optent pour une possible naissance en province romaine d'Afrique, un territoire impérial avant qu'il passe sous contrôle vandale.. En tout état de cause, il devait résider à Rome depuis un certain temps au moment de son accession au siège épiscopal romain.

Si sa biographie est peu connue, les traités et nombreuses lettres qu'il a laissés permettent d'appréhender une partie de son action politique et pastoraleManfred Heim, pour comprendre l'Église, éd. Albin Michel, 2010, p. 102-103..

Il possède une très forte personnalité qu'il met au service de Félix III (II) dont il est le principal collaborateur et dont il rédige les lettres. La succession du défunt pape ne pose d'ailleurs aucun problème puisque Gélase est élu le — c'est-à-dire le jour même du décès de son prédécesseur.

Évêque de Rome Depuis 476, la péninsule italienne est dominée par les « Barbares » d'Odoacre. Le patriarche Acace de Constantinople (472–489) se considère dès lors comme le « premier des évêques pour l'Église de l'empereur chrétien »Charles Pietri, cité par .. En 482, à l'instigation de l'évêque de Constantinople Acace et dans le but de pacifier les querelles qui déchirent les églises chrétiennes, l'empereur d'Orient ZénonPierre Thomas Camelot, « Gélase », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007. promulgue lHénotique (« édit d'union »), un formulaire qui passe le credo de Chalcédoine sous silence., ne faisant pas état de la controverse sur la nature ou les deux natures de Jésus afin de répondre aux vœux du parti chalcédonien modéré et des monophysites, mais finalement personne n'est satisfait et les partis s'excommunient réciproquement. Cette rupture, connue sous le nom de schisme acacien, va durer trente-cinq ans, jusqu'à l'arrivée au pouvoir de l'empereur d'Orient .

À la suite de Félix III (II), Gélase défend vigoureusement la primauté de Rome contre le schisme d'Acace et poursuit la politique d'indépendance de l'Église romaine, entamée par son prédécesseur, en particulier vis-à-vis de la cour de Byzance et du nouvel empereur d'Orient Anastase toujours favorable au monophysisme. C'est dans le cadre de ces querelles théologico-politiques qu'on lui doit des traités théologiques, dont le livre Des deux natures en Jésus-Christ, contre Eutychès et NestoriusDepuis le concile de Nicée, les pro-nicéens définissent Jésus comme étant tout à fait homme et tout à fait Dieu.. Gélase lutte également avec acharnement contre le pélagianisme, qui relève provisoirement la tête.

C'est durant son pontificat, à partir de 493, que l'arien Théodoric le Grand, à la tête des Ostrogoths, prend le pouvoir en Italie. espère que Théodoric va pouvoir amener Gélase à composer avec l'Orient, mais ce dernier demeure d'une inflexible intransigeance, étant certain des « privilèges du Saint-Siège ». Il fait parvenir à l'empereur d'Orient, en 494, une lettre, où il formule avec clarté le principe qui, selon lui, doit inspirer les relations entre la papauté et l'empire :

Autonomie du spirituel Le pape Gélase réaffirme ainsi avec vigueur la doctrine traditionnelle de l'autonomie de la juridiction ecclésiastique vis-à-vis du pouvoir politique, affirmant la supériorité du spirituel sur le temporel : l'empereur n'est qu'un fils de l'Église, comme tout chrétien, et non pas un prêtre. Si les empereurs peuvent apporter le soutien de leur autorité temporelle aux évêques, ils devraient rester soumis à ces derniers dans toutes les matières de foi, chacun des deux ordres demeurant ainsi compétent en son domaine propreJean Gouillard, article « Césaropapisme », Encyclopædia Universalis, DVD, 2007..

À Rome, où la liturgie chrétienne s'empare peu à peu des rues de l'Urbs, les processions pontificales se rendent successivement dans chacune des églises titulaires où l'évêque de Rome célèbre les offices pour marquer l'unité de la communauté, entouré du clergé et des fidèles. Dans son diocèse suburbicaire, il s'attache à la résolution des problèmes disciplinaires et veille au comportement et au recrutement des clercs. Il fait dresser un polyptyque qui relève les rentes des propriétés de l'Église dont, avec l'argent des donateurs, il répartit les revenus en quatre quarts, entre l'évêque de Rome, les clercs, les nécessiteux et un fonds pour la construction et l'entretien des bâtiments du culte.

Dans le traité Tomus de anathematis uinculo, il réaffirme avec force le primat romain, affirmant que c'est le successeur de Pierre qui lie et délie. Néanmoins l'autorité de l'évêque de Rome n'est pas toujours comprise, et ses directions et instructions peuvent susciter l'étonnement chez ses pairs, à l'instar de l'évêque Honorius de SaloneJacques Zeiller, Les Origines chrétiennes dans la province romaine de Dalmatie, édition L'Erma di Bretschneider, 1967, p. 138, extrait en ligne..

Sacramentaire gélasien et Décret de Gélase On lui attribue faussement un Sacramentaire gélasien (Liber sacramentorum Romanae ecclesiae), une compilation du qui institue les rituels des sacrements et les usages liturgiques de l'Église de Rome. On lui a également attribué un texte de la même époque, De libris recipiendis et non recipiendis, désormais connu sous le nom de Décret de Gélase, listant les textes reçus par Rome et les apocryphes, dans lequel certains contemporains ont pu voir un ancêtre de lIndex librorum prohibitorum. Il s'agit en fait d'une compilation faite en Gaule méridionale à partir de matériaux d'origine romaine, notamment les actes du synode romain de 382 tenu sous le pontificat de Clavis Patrum latinorum ..

Postérité Gélase meurt le . Même si les positions fermes qu'il soutient dans la défense de la primauté du siège romain avaient déjà trouvé précédemment des défenseurs comme Ambroise de Milan ou , c'est Gélase que le Moyen Âge retiendra et dans ses textes que Grégoire VII puisera les arguments en faveur d'une théocratie pontificale qu'il appelle de ses vœux. Considéré comme saint par l'Église catholique, qui le fête le jour anniversaire de sa mort., c'est avec et Miltiade, l'un des trois papes issus de la province romaine d'Afrique..

Une tradition souvent reprise attribue erronément à Gélase la suppression des Lupercales. et leur remplacement par l'institution de processions aux chandelles pour célébrer la présentation de Jésus au Temple de Jérusalem, qui aurait donné naissance à la fête de la ChandeleurCrêpes à la Chandeleur : pourquoi cette tradition ?, La Croix, 29 janvier 2022., une fête pourtant attestée à Jérusalem dès la fin du et dont la procession romaine n'est attestée que sous le pontificat de à la fin du ..

Notes et références

Bibliographie . . . . . . Das Decretum Gelasianum de libris recipiendis et non recipiendis, éd. Ernst von Dobschütz, Leipzig, Hinrichs, 1912.

Articles connexes

Antiquité tardive Sacramentaire gélasien Décret de Gélase

Liens externes

Saint Gélase (pape), et 1149 du Dictionnaire hagiographique par l'abbé Pétin, (, 1850) dans Catholic Encyclopedia The Development of the Canon : Decretum Gelasianum fournit la liste complète, y compris les apocryphes Decretum Gelasianum : sur le site The Latin Library Decretum Gelasianum : en français Compte rendu d'Ernst von Dobschütz, Das Decretum Gelasianum de libris recipiendis et non recipiendis in kritischem Text, Leipzig, 1912, : F. C. Burkitt, dans Journal of Theological Studies 14, (1913),

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