vignette|Rassemblement à Kiel (Allemagne de l'Ouest) en 1968 : |320x320px Le communisme de conseils ou conseillisme est un courant du mouvement ouvrier révolutionnaire se réclamant du socialisme et/ou du marxisme (mais qui est opposé au courant « léniniste » du marxisme). L'objectif est la prise du pouvoir révolutionnaire par la classe prolétarienne à travers des conseils ouvriers (aussi nommés « conseils de travailleurs »). Cette idée est généralement l'objectif proclamé par le mouvement communiste, mais les conseillistes reprochent aux léninistes (marxistes-léninistes, staliniens, trotskistes, maoïstes...) d'être porteurs d'un « communisme de parti », dans lequel un parti d'avant-garde confisque le pouvoir au détriment de l'auto-organisation ouvrière (substitutisme).
Les conseils de travailleurs fonctionnent selon les principes de la démocratie directe. Ils peuvent rassembler l'ensemble des travailleurs dans des assemblées de base. Si ces conseils comportent des élus, alors ces assemblées sont mandatés via un mandat impératif, doivent rendre compte de leurs activités devant l'assemblée, et sont révocables à tout moment par l'assemblée. Ces conseils incarnent une forme de démocratie au sein de la sphère productive économique et politique, où les producteurs ont saisi les moyens de productions. Pour le communisme de conseils, ces conseils ouvriers révolutionnaires sont des moyens et des outils qui contribuent à mettre fin au mode de production capitaliste, à la fin de la société de classes et qui contribuent aussi au dépérissement de l’État.
Parmi ses principales références et inspirations historiques, on peut y retrouver par exemple la Commune de Paris (1871), des idées du luxemburgisme en Allemagne, des idées de la « gauche communiste germano-hollandaise », les conseils ouvriers (ou « soviets ») et paysans en Russie en 1905 et 1917 (et notamment les comités d'usines), la tentative de république des conseils d'Alsace-Lorraine en 1918, l'expérience des conseils de travailleurs de Turin et en Italie du nord en 1919-1920 (Biennio rosso), les conseils de travailleurs lors de la révolution allemande en 1918-1919 (notamment dans la république des conseils de Bavière), la révolution sociale espagnole de 1936, les conseils en Hongrie en 1956, les formes de conseils de travailleurs durant le Printemps de Prague (1968) en TchécoslovaquieR. Morder, Tchécoslovaquie 1968 : le printemps des conseils de travailleurs ., ou encore la révolte sociale de Mai 68 en France.
Parmi les théoriciens et partisans les plus connus du communisme de conseils, il y a des penseurs marxistes tels que Anton Pannekoek, Karl Korsch, Herman Gorter, Otto Rühle, Paul MattickRomaric Godin, Penser l'émancipation autrement : 8 marxistes hétérodoxes, Smolny, 2026 et Charles Reeve. En France, des personnalités comme le marxologue Maximilien Rubel, le théoricien Guy Debord, le résistant et militant marxiste Henri Simon et le philosophe Cornelius Castoriadis se sont également réclamés du communisme de conseils. Des anarchistes comme Gustav Landauer et Erich Mühsam, qui ont l'un et l'autre participé à la république des conseils de Bavière en 1919, se sont également déclarés partisans des conseils ouvriers.
La question de l'organisation révolutionnaire diffère selon les courants, mouvements et auteurs du communisme de conseils, certains étant plutôt fortement dans le spontanéisme, d'autres plutôt « pro-parti » politique structuré. L'histoire du conseillisme étant fortement collective (notamment en terme de pratiques collectives, inspirations et références historiques, de la diversité des théoriciens etc...) que différentes tendances et divergences d'opinions peuvent s'y trouver sur quelques sujets, notamment dans le domaine de la stratégie révolutionnaire. Cependant, l'objectif général reste similaire : le rejet du parlementarisme et de l'électoralisme, la critique de la bureaucratie, et l'idée que la révolution socialiste doit être menée et coordonnée principalement par les conseils de travailleurs démocratiques.
Idées et positions politiques vignette|Karl Marx, théoricien du communisme, du socialisme scientifique et militant politique en faveur du potentiel d'auto-émancipation et de l'auto-organisation du prolétariat. Les partisans du conseillisme sont logiquement dans la tradition internationaliste et de l'anti-impérialisme, et se caractérisent donc par un rejet du parlementarisme, du nationalisme, et ont une méfiance vis-à-vis des structures hiérarchiques et bureaucratiques comme les syndicats et partis politiques traditionnels.. Ils affirment et constatent que les conseils surgissant à la base, lors d'une lutte de classes révolutionnaire face au mode de production capitaliste, constituent une forme politique ou plutôt « habituelle » de démocratie socialiste radicale et qu'ils sont la seule voie vers l'émancipation collective et le communisme.
Le communisme de conseils désigne une théorie et une pratique adoptées et propagées par divers courants marxistes révolutionnaires qui ont rompu avec la social-démocratie, puis avec le communisme officiel (marxiste-léniniste), peu après le début du XXe siècle. Ce courant trouve son origine notamment dans les mouvements de grèves de masse apparus au cours de la première décennie du XXe siècle, notamment lors de la première révolution russe de 1905. Parmi ses premiers théoriciens, nous pouvons trouver Henriette Roland-Holst aux Pays-Bas. On peut également citer l’astronome communiste Anton Pannekoek, dans un ouvrage « Différences tactiques dans le mouvement ouvrier » (1909). Ces grèves de masse étaient intrinsèquement politiques. Les grèves de masse soulevaient la question du pouvoir du prolétariat, et donc aussi de la question vis-à-vis de la destruction de l'État de classe.
La question de l'organisation et du parti diffère selon les courants et penseurs. Dans les années 1920, des personnalités politiques de la gauche communiste germano-hollandaise comme Herman Gorter ne sont pas contre la forme-parti et l'idée d'une sorte d'avant-garde révolutionnaire, similairement au luxemburgisme. Mais le rôle du parti communiste est ici relégué à celui d'un outil pour l'auto-éducation du prolétariat révolutionnaire et aussi ayant pour but de maintenir un programme d'orientation communiste clair et indépendant des autres organisations politiques. Le parti n’est pas une fin en soi; reprenant la conception de Rosa Luxemburg, les théoriciens hollandais affirment que les communistes « travaillent à la préparation de leur propre déclin » dans la société communiste. Le parti communiste ne pouvait être qu’un produit et une arme de la révolution. Le Parti représente un programme, une volonté d'action et une fonction active de propagande et d’agitation. Même si les masses prolétariennes agissaient spontanément, le parti ne tombait pas dans le spontanéisme, comme forme de suivisme de l’action de ces masses. Dans les années 1930 et plus tard, des courants se réclamant du communisme de conseils seront davantage dans le spontanéisme ou dans une logique anti-parti, tels que des penseurs comme Otto Rühle. Certains penseurs font ainsi la distinction entre "communisme de conseils" (issu de la gauche communiste germano-hollandaise traditionnelle des années 1920, et en faveur de la forme-parti) et le "conseillisme" (qui serait un variant de ce courant mais en plus spontanéiste, post-années 1930).
Inspirations de la pensée communiste de Marx et Engels Les communistes de conseils reprennent les idées en lien avec l'auto-organisation et l'auto-émancipation des travailleurs pensées par Karl Marx. Le prolétariat devait, selon Marx, autogérer leurs luttes. C’est un thème constant qui affleure, à intervalles, dans ses écrits et dans ses actes. Par exemple, en 1848 dans le Manifeste communiste Marx dit ceci : « le mouvement prolétarien est le mouvement autonome de l’immense majorité » ; en 1864, « l’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » ; en 1866 dans les Statuts de l’Association internationale des travailleurs « l’œuvre de l’Association internationale est de généraliser et d’unifier les mouvements spontanés de la classe ouvrière, mais non de leur prescrire ou de leur imposer un système doctrinaire quel qu’il soit » ; en 1868 « l’Association internationale des travailleurs (...) n’est fille ni d’une secte ni d’une théorie. Elle est le produit spontané du mouvement prolétaire »Révolutions du premier congrès de l’A.I.T., Genève, 1866 (Pléiade, t. 1, ). En 1871, après la Commune de Paris, Marx dit ceci « ce serait méconnaître complètement la nature de l’Internationale que de parler d’instructions secrètes venant de Londres (...) de quelque centre pontifical de domination et d’intrigue (...). De fait, l’Internationale n’est nullement le gouvernement de la classe ouvrière, c’est un lien, ce n’est pas un pouvoir ». Également, le , dans une lettre de Marx à destination de August Bebel :
Karl Marx et Friedrich Engels étaient ainsi également contre certaines écoles socialistes, par exemple le blanquisme, qui prônaient qu'une « minorité » révolutionnaire devait mener à bien la transition socialiste. Selon Marx et Engels, le risque d'une soumission progressive du prolétariat par une dictature « d'une ou de plusieurs personnes » avec ces méthodes (notamment blanquistes) étaient possibles. Également, Engels reproche en particulier aux blanquistes de vouloir décréter la révolution plutôt que de la construireTexte intégral du Programme des émigrés blanquistes de la Commune, sur le Marxists Internet Archive.. Le conseilliste Maximilien Rubel reproche à Lénine d'avoir des aspects blanquistes dans sa stratégie révolutionnaire. vignette|Dessin glorifiant la Commune de Paris de 1871, une expérience révolutionnaire ayant inspiré Karl Marx et les communistes de conseils. Certaines réflexions autour des coopératives ouvrières par Marx ont également pu inspirer certains communistes de conseils et la réflexion autour des conseils ouvriers et d'une organisation prolétarienne révolutionnaire « par le bas ». Karl Marx s'est intéressé au mouvement coopératif ouvrier, y voyant une potentielle brèche destructive à l'intérieur du système capitaliste, remettant en cause en parti ce mode de production (car : « Son grand mérite [au mouvement coopératif] est de montrer pratiquement que le système actuel de subordination du travail au capital, despotique et paupérisateur, peut être supplanté par le régime républicain et fécond de l'association de producteurs libres et égaux. »). Le capitalisme produit donc indirectement des brèches potentiellement anticapitalistes. Les coopératives peuvent être un point d'appui pour la révolution communiste, à condition également que le mouvement ouvrier ait une conscience révolutionnaire plus large et radicale. Puisque les limites des coopératives ouvrières sous le capitalisme, selon Marx, est que « les ouvriers y sont eux-mêmes capitalistes et y appliquent les moyens de production à la mise en valeur de leur propre capital », donc gardent certains rapports socio-économiques marchands et capitalistes. Le communiste de conseils Maximilien Rubel considère ainsi que Marx est confiant vis-à-vis du mouvement réel des ouvriers, soulignait l’importance des syndicats, des coopératives et des organisations politiques en tant que créations « de bas en haut »Maximilien Rubel, Marx, théoricien de l'anarchisme, 1973 .
Aussi, les écrits de Marx et Engels sur l'expérience révolutionnaire et démocratique de la Commune de Paris de 1871 ont pu également influencer et inspirer les communistes de conseils, notamment sur la question du mandat impératif (où les élus sont révocables). La Commune de Paris annonce les prémices de l'autogestion et du contrôle ouvrier sur leur travail. Dans les entreprises, un conseil de direction est élu tous les par l'atelier et un ouvrier est chargé de transmettre les réclamations.