Debian (ou Debian GNU/Linux) est une distribution Linux, composée presque exclusivement de logiciels libres (en effet, la plupart des microcodes et des firmwares, ainsi que la partie non-free des dépôts, ne sont pas libres).

Elle est développée par le « Debian Project », une organisation communautaire fondée le par Ian Murdock. La plupart des décisions sont prises par résolution générale ou par vote. Le DPL (« Debian Project Leader », responsable de projet) actuel est Sruthi Chandran, élue en . Elle succède à Andreas Tille, qui occupait ce poste depuis .

En date de , la communauté Debian comptait plus de 1 400 contributeurs actifs au cours de la dernière année, résultant en plus de gratuits. que les contributeurs maintiennent, documentent et soutiennent.

La première version stable (1.1, nom de code : « Buzz ») a été publiée le et l'actuelle (13.0, nom de code : « Trixie »), le .

Debian est aussi utilisée en tant que base de nombreuses autres distributions, comme Linux Mint ou Ubuntu.

Philosophie du projet Debian Debian se distingue de la plupart des distributions Linux par son caractère non commercial et par le mode de gouvernance coopératif de l'association qui gère la distribution.

Par « constituer une distribution » on entend « choisir et assembler les logiciels qui composent la distribution » : le noyau du système d'exploitation, le programme d'installation de la distribution, les logiciels et pilotes pour assurer les fonctions réseau ou ceux pour gérer une ou plusieurs imprimantes ; enfin, d'autres logiciels, dits « basiques » (dont la plupart des utilisateurs auront besoin), tels qu'un lecteur multimédia, un navigateur web Les distributions dites « commerciales » proposent généralement des versions gratuites, mais cela n'en fait pas des distributions « libres », ni même « open source », puisque l'objectif est de réaliser du profit par la vente de services liés à l'utilisation de leur distribution (support, développement…) ou encore, par la vente d'un code permettant d'activer une partie bridée de celle-ci (comme Freemium). Ainsi, Ubuntu est une distribution commerciale car elle est fabriquée par la société commerciale Canonical. Debian, en revanche, est une distribution libre, car elle est développée par une organisation à but non lucratif : (Software in the Public Interest, que l'on peut traduire par « Logiciel dans l'intérêt général »).

La distinction entre distribution non commerciale et commerciale est importante, car les choix en matière de technologie ou de marketing ne sont pas fondés sur les mêmes critères, selon qu'ils sont faits par des bénévoles organisés en démocratie directe, ou par le(s) propriétaire(s) d'une société commerciale.

Historique vignette|Ian Murdock en 2008.

Naissance du projet (1993 - 1998) Debian a été créée en par Ian Murdock, alors étudiant à l'université Purdue. Elle est soutenue par le projet GNU de la (FSF), de à .

Les versions 0.01 jusqu'à 0.90 de Debian sont produites entre août et ; Ian Murdock écrit alors :

La version 0.91 de Debian sortit en . Elle avait un système de gestion de paquets primitif qui permettait aux utilisateurs de manipuler les paquets mais n'autorisait pas grand-chose d'autre (il ne possédait certainement pas de dépendances ou d'options analogues). À partir de ce moment-là, quelques douzaines de personnes travaillaient sur Debian, alors que je devais toujours assembler les versions moi-même. La version 0.91 fut la dernière version faite de cette manière. […]

Une grande partie de l'année 1994 fut consacrée à organiser le projet Debian de façon que les autres puissent plus directement contribuer, comme pour la réalisation de Dpkg (Ian Jackson fut très largement responsable de cette dernière). Si je me souviens bien, il n'y eut pas de version officielle en 1994, bien que nous en eûmes un certain nombre en interne, à chaque fois que nous progressions dans l'avancement de la distribution. […]

La Debian 0.93, en version 5, sortie en , fut la première version « moderne » de Debian : il n'y avait jamais eu autant de développeurs (bien que je ne puisse me rappeler combien), chacun avait maintenant ses propres paquets et Dpkg fut utilisé pour installer et entretenir tous ces paquets après l'installation du système de base. […]

La Debian 0.93, en version 6, sortie en , fut la dernière version au format a.out. Il y avait environ pour entretenir les paquets de la version 0.93R6. Si je me souviens bien, dselect fit son apparition dans cette version qui fut ma version favorite de Debian. […]

Murdock cesse de travailler activement sur le projet en , durant la préproduction de Debian 1.0. Cette dernière est renommée « 1.1 » pour éviter toute confusion avec une version précédente qui avait été nommée par erreur « 1.0 » par un fabricant de disque compact ; cet incident mena au concept d'images ISO « officielles », de façon à éviter ce genre de bévues à l'avenir.

Durant le mois d' (entre les versions 0.93R5 et 0.93R6), Hartmnut Koptein commence le premier portage de Debian pour l'architecture m68k (Motorola). Il raconte :

Dès lors, le projet Debian s'est développé en incluant de nombreux portages vers d'autres architectures, dont le micro-noyau GNU Mach, qui mènera au développement de Debian Hurd, projet fondé en par Marcus Brinkmann, avec l'aide de Gordon Matzigkeit (employé de la FSF à l'époque).

Un des tout premiers membres du projet, Bill Mitchell, se rappelle, au sujet du noyau Linux :

On devait être entre la version 0.99r8 et 0.99r15 lorsque l'on a débuté. Pendant très longtemps, je fus capable de compiler un noyau en moins de sur une machine dotée d'un 386 à , et j'étais ainsi capable d'installer une Debian dans le même temps avec moins de d'espace disque. […]

Je me souviens que l'équipe initiale comprenait Ian Murdock, moi-même, Ian Jackson, un autre Ian dont je ne me souviens pas le nom de famille, Dan Quinlan, et quelques autres personnes dont je ne me souviens pas des noms. Matt Welsh faisait aussi partie du groupe initial, ou l'a rejoint à ses tout débuts (il a depuis quitté le projet…). Quelqu'un créa une liste de discussions et nous nous mîmes au travail. […]

Si je me souviens bien, nous ne partîmes pas d'un plan défini, et nous ne partîmes pas sur le fait de créer ensemble un plan avec une approche très organisée. Dès le début, si je ne me trompe pas, nous rassemblâmes aléatoirement les sources d'un certain nombre de paquets. Avec le temps, nous finîmes par finaliser une collection d'articles qui seraient nécessaires au cœur de la distribution : le noyau, un shell, update, getty, de nombreux autres programmes et de fichiers de configuration requis pour initialiser le système ainsi que tout un jeu d'utilitaires.

vignette|Ian Jackson.

Démocratie croissante et début de la maturité (1998 - 2002)

Lorsque Ian Murdock quitte Debian, il nomme Bruce Perens comme successeur. Il raconte :

Perens lance un certain nombre d'éléments importants du projet, incluant la coordination des efforts dans l'écriture des principes du logiciel libre selon Debian et du Contrat Social de Debian, ainsi que le démarrage de l'« ». Pendant la durée de ses fonctions en tant que DPL, Debian a gagné des « parts de marché », ainsi qu'une réputation de plate-forme pour utilisateurs de Linux sérieux et compétents.

Dans le même temps, Bruce Perens chapeauta la création de la société . Destinée à l'origine à fournir un cadre légal permettant l'acceptation de donations, elle devint rapidement une entité soutenant des projets de logiciels libres en dehors de Debian.

Les noms de code des distributions sont (à la suite d'une décision de Bruce Perens, qui travaillait pour Pixar à la même époque), choisis parmi les noms des personnages du film « Toy Story ». :

Après Buzz (version 1.1, sortie le ), Rex (version 1.2, sortie le ) et Bo (version 1.3, sortie le ), sort le , la version 2.0 de Debian, elle porte le nom de code : Hamm.

À destination des architectures Intel x86 et Motorola m68k, cette version se caractérise par l'introduction d'une nouvelle version de la bibliothèque C du Projet GNU (la libc6, de la glibc). Au moment de sa sortie, il y a plus de entretenus par plus de .

Au début de l'année , Ian Jackson devient le DPL (responsable du Projet Debian) et, tout de suite après, le vice-président de la . Après la démission du trésorier (Tim Sailer), du président (Bruce Perens) et du secrétaire (Ian Murdock), il devient lui-même président et trois nouveaux membres sont choisis : Martin Schulze (vice-président), Dale Scheetz (secrétaire) et Nils Lohner (trésorier).

En , Wichert Akkerman succéde à Ian Jackson comme DPL et à partir de cette même année, le Responsable de Projet est élu annuellement.

Le sort la version 2.1 (Slink), après un retard d'une semaine, dû à des demandes de corrections de dernière minute. Cette version supporte officiellement deux nouvelles architectures : Alpha et Sparc. Les paquets contenant le système X Window sont profondément réorganisés par rapport aux précédentes versions ; elle inclut aussi APT, l'interface de gestion de paquets de la génération suivante. La version 2.0 est ainsi la première à nécessiter deux cédéroms pour le jeu de CD officiels, elle contient environ .

Le , Corel Corporation annonce son intention de développer une distribution GNU/Linux basée sur Debian, incluant l'environnement de bureau du projet KDE ; la première version stable est publiée le de cette même année. Durant l'hiver suivant, Storm Linux, une autre distribution (à destination de l'architecture i386), basée sur Debian mais commerciale, fait son apparition le , à un prix allant de pour la version minimum (un CD), jusqu'à pour une version « Deluxe » (cinq CD). Il y aura également, pour faire bonne mesure, une version « Free Edition », en téléchargement gratuit. ; mais, en raison d'une très mauvaise gestion du projet., le développement prend fin et la société Stormix ferme ses portes en .

Le projet Debian choisit alors un nouveau logo, créant à la fois une version officielle de celui-ci, destinée aux matériels utilisant Debian (comme les cédéroms ou les sites webs officiels du projet) et une version non officielle pour les utilisations dérivées de Debian (ou mentionnant seulement ce nom).

Un nouveau portage débute ensuite, avec l'architecture . Ce sera la première tentative d'utilisation d'un noyau non-linux, aboutissant à la distribution Debian GNU/Hurd, laquelle utilise GNU Hurd, un ensemble de programmes et de bibliothèques lui-même basé sur le micronoyau GNU Mach. La Debian 2.2 (Potato) sortira le . Cette version ajoute le support des architectures PowerPC et ARM. Wichert Akkerman devient le nouveau DPL. Elle compte maintenus par près de .

Croissance et stabilité (2002 - 2019) Le sort la version 3.0 (Woody), qui supporte toujours plus d'architectures, avec l'ajout de IA-64, HP PA-RISC, MIPS et S/390.

Le projet compte alors 900 développeurs et , dont, pour la première fois, l'ajout de l'environnement de bureau KDE (après résolution des conflits avec Troll Tech au sujet des divergences entre la de la GPL et la licence de la bibliothèque Qt.). Le sort la version 3.1 (Sarge), qui ne compte pas moins de et est maintenant proposée à destination de onze architectures.

vignette|Debian 4 (Etch) en français. Le sort la version 4.0 (Etch) ; et sa quatrième révision (4.0r4, nom de code : « Etch-and-a-half ») est publiée le . Outre les mises à jour de sécurité habituelles, cette version propose un nouveau noyau (2.6.24), des pilotes plus récents pour X.Org, ainsi que divers autres changements permettant de faire fonctionner Debian sur du matériel plus récent« Debian GNU/Linux 4.0 mise à jour et prise en charge de matériels récents ajoutée », sur debian.org, 26 juillet 2008..

Le , Debian peut même être installée sur le téléphone Neo FreeRunner., à la grande joie des développeurs et autres geeks, car cela en fait la plate-forme de développement idéale pour ce smartphone.