thumb|right|alt=Vue du château depuis les jardins par ciel bleu.|Le château. Façade ouest.

thumb|right|Le Petit Trianon. Vue aérienne.

Le Petit Trianon est un domaine du parc du château de Versailles, dans les Yvelines, en France, créé entre 1762 et 1768, comportant un château entouré de jardins de styles variés.

Dans les prairies et les bosquets à l'est du Grand Trianon, Louis XV, à l'instigation de Madame de Pompadour, confie en 1750 à Claude Richard, assisté dix ans plus tard de Bernard de Jussieu, l'aménagement d'un « jardin de plantes » qui traduit son intérêt passionné pour les expériences botaniques. L'architecte Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi depuis 1742, l'agrémente d'un jardin à la française et d'une ménagerie pour animaux ordinaires, à l'inverse de la proche Ménagerie royale, plus exotique, de Louis XIV. Il édifie aussi au milieu des allées de verdure deux fabriques d'agrément et de détente, le Pavillon français et le Salon frais.

En 1762, le Roi demande à son Premier architecte de construire un château d'un genre nouveau, qui dispense une vue sur les différents jardins. Reconnu comme un chef-d'œuvre d'architecture du néo-classicisme naissant, cet édifice de plan carré, simple et épuré, aux quatre façades différentes, celle sur le Jardin français étant décorée de colonnes d'ordre corinthien, conjugue les talents de Gabriel, du sculpteur Guibert et de décorateurs qui apportent à l'intérieur le dernier goût, plus raffiné que riche, dans lequel une place privilégiée est réservée à la nature et à l'atmosphère champêtre. Le rez-de-chaussée est destiné au service, l'« étage noble » comprend les pièces de réception avec trois salles entresolées à l'usage de la Reine et l'attique est formé des « appartements des seigneurs ». La comtesse Du Barry, qui succède comme favorite de Louis XV à la marquise de Pompadour, inaugure le château en 1769.

À la mort de son grand-père, Louis XVI offre le Petit Trianon à sa jeune épouse Marie-Antoinette, qui crée un univers personnel et intime, loin des fastes de la cour. Elle fait élever un théâtre de société, puis sacrifie la botanique et fait aménager un jardin à l'anglaise, en contraste avec la monotonie du reste du parc. Richard Mique érige plusieurs fabriques, entre 1777 et 1782, dans les contours d'allées et d'une rivière sinueuses : un temple dédié à l'Amour, un « jardin alpin » avec son belvédère et un jeu de bagues. Dans un style plus rustique, un hameau d'agrément vient compléter l'ensemble, selon l'inspiration rousseauiste du peintre Hubert Robert.

Trianon est la partie du domaine de Versailles qui souffre le plus de la Révolution française, le château est vidé de son mobilier avant d'être aménagé en auberge, les jardins sont transformés en bal public, les fabriques du parc sont pillées ou laissées à l'abandon.

Toponymie

Le domaine tire son nom de l'ancien village de Trianon, acquis en 1668 par Louis XIV avec le projet de l'inclure dans le parc du château de Versailles. En parallèle avec le Trianon de marbre, construit en 1687, le lieu a d'abord été appelé la Ménagerie de Trianon ou lErmitage de Trianon, avant que la coutume ne lui attribue son nom définitif de Petit Trianon, en 1759.

Histoire Du potager au jardin botanique Dès 1749, sous l'impulsion de sa favorite Madame de Pompadour qui entend le soustraire de sa sujétion à l'ennui, Louis XV crée un nouveau lieu de plaisir à Trianon. Dans cette perspective, et inspiré par la doctrine du docteur Quesnay, il fait installer un petit potager avec des serres permettant de cultiver des espèces jusqu'alors inconnues et d'expérimenter de nouvelles méthodes. Le Roi apprécie le Trianon d'Hardouin-Mansart, même s'il commence à s'y ennuyer, malgré les nouveaux aménagements qui y sont entrepris dès 1747 pour redonner au lieu le caractère d'intimité de cette qui existait du temps de son illustre arrière-grand-père Louis XIV. On utilise, pour ne pas s'en éloigner, le terrain qui fait face, au nord-est, une vaste prairie traversée par quelques allées et plantée de bosquets d'arbres, en deçà du bois des Onze-ArpentsC'est à l'est de ce boqueteau que sera plus tard construit le hameau de la Reine.. Une pépinière existe alors en cet endroitOn l'aperçoit sur le plan de Delagrive de 1746., aménagée entre 1693 et 1730 pour fleurir les jardins de Trianon, à côté de quelques logements, de deux glacières et du bassin du Trèfle, réservoir creusé au pour alimenter les jeux d'eau de Trianon..

thumb|left|upright=0.6|alt=Tableau d'une femme en robe printanière, avec chapeau et bouquet à la main.|Madame de Pompadour en Belle Jardinière.Charles André van Loo, 1754-1755.

Le Roi fait édifier par son Premier architecte Ange-Jacques Gabriel une nouvelle « ménagerie », qui abrite des animaux de basse-cour et comprend une étable, une bergerie et une laiterie. Il fait aussi restaurer les deux glacières de Louis XIV et édifier la maison du jardinier Richard. Le mur d'enceinte construit en 1668 lors de l'annexion du village de Trianon est démoli en cet endroitGabriel, 11 septembre 1751. Archives nationales, O/1/1874..

Pour agrémenter les environs de la ménagerie, Gabriel entreprend, vers 1750, la création d'un petit jardin à la française au sud de celle-ci, nommé durant une dizaine d'années « Nouveau Jardin du Roi ». Les deux axes perpendiculaires sont décorés de quatre bassins ornés de statues d'enfants. Il fait aussi construire deux nouveaux bâtiments : le Pavillon français, pour les jeux, les collations ou les concerts intimes, et le Salon frais, dont l'unique pièce sert de salle à manger d'été. Les bosquets sont réalisés et entretenus par Jean-Baptiste Belleville., le jardinier du Grand Trianon. Un portique de treillage, ouvrage de Langelin et sur lequel doivent s'enrouler des plantes grimpantes, est monté à la bordure orientale du potager, en guise d'entrée.

thumb|right|upright=1.2|alt=Gouache jaunie représentant le roi en premier plan regardant les jardins avec le pavillon au centre.|Louis XV observant les jardins de Trianon.Gouache attribuée à Jacques-André Portail, vers 1750.

Durant près de dix ans, le jardin fruitier et potager est en permanente évolution, selon les intérêts du Roi, qui fait appel dès 1750 à Claude Richard dont il a admiré le talent à Saint-Germain, un élève de Lemonnier. qui lui a été recommandé par le duc de Noailles.. On y fait pousser des plantes étrangères encore peu connues comme l'ananas, le café, l'abricot, la cerise, la prune ou la pêche. Une figuerie est installée à proximité du Pavillon frais et, pour conserver tout son charme aux promenades, on garnit les bords des allées de petits orangers en pots de fer. Le Roi apprécie de se promener dans ce jardin et d'en goûter ou d'en offrir les fruits. ; les fraises, dont Antoine Nicolas Duchesne cultive toutes les sortes existant en Europe pour permettre de multiples greffons, deviennent d'ailleurs l'une des fiertés de Louis XV.

thumb|upright=0.8|left|alt=Plan du domaine en couleur.|Plan du « Nouveau Trianon » planté par Louis XV.Anonyme, vers 1774.

En 1759, le Roi décide de joindre à ses potagers un jardin botanique dont il confie la destinée à Bernard de Jussieu, qui a acquis au Jardin royal des plantes médicinales (l'actuel jardin des plantes de Paris) une grande renommée parmi les naturalistes de son temps et qui, sous la direction de Claude Richard, enrichit considérablement la collection, offrant une quinzaine d'années plus tard près de quatre mille variétés de plantes. On agrandit alors le jardin fleuriste, qui a été créé au côté du potager et qui fournit déjà, au gré des saisons, cierges, aloès, géraniums, jonquilles ou siliquastrum. Le précédent jardin potager est détruit et remplacé par des parterres de fleurs et des serres, chaudes ou sans feu, qui s'étendent à l'avant de la maison du jardinier et à l'est du domaine. On rapporte des expéditions lointaines des plantes exotiques dont la culture est expérimentée dans le jardin, des tulipiers de Virginie, des végétaux de l'île Rodrigue, de Cayenne, de Chine ou des Indes, mais aussi des espèces d'Espagne, du Portugal, de Gibraltar et d'Afrique du Nord. Des reines-marguerites, apportées de Chine et améliorées par Claude Richard, sont plantées en référence à Marguerite de Provence, auquel le Roi souhaite rendre hommage. On y étudie aussi le blé, afin d'en découvrir des espèces capables de mieux résister aux maladies, de produire plusieurs récoltes annuelles et d'ainsi lutter contre la famine« Sciences et curiosités à la cour de Versailles », exposition à Versailles, Françoise Chauvin, avril 2011..

En plus d'être pour le Roi un passe-temps et une fantaisie apparemment futiles, le jardin de Louis XV devient la plus grande collection botanique d'Europe. Joyau vanté dans toutes les cours et loué par tous les milieux scientifiques, c'est un véritable laboratoire d'expérimentation.

Le château intime de deux favorites

thumb|alt=Photographie depuis la place avec la grille d'entrée et le château au fond.|Le château. Façade sud et chapelle.

Afin de réduire les allées et venues avec le château de Versailles et de préserver l'intimité de sa favorite Madame de Pompadour, Louis XV envisage dès 1758 la construction d'un petit château à proximité des nouveaux jardins. Le projet initial prévoit de supprimer le bâtiment des officiers et d'agrandir le jardinet adjacent, mais l'on s'en tient finalement à déplacer volières et poulaillers près de la vacherie et à remodeler les potagers en bosquets. Le portique de treillage est démonté et le jardin botanique est transféré sur de nouvelles terres plus à l'est pour permettre d'ériger, à cet endroit, la nouvelle construction. Une partie des collections potagères de Richard est aussi réimplantée sur de vastes terrains situés au nord du bassin du Trèfle.

Le chantier, confié à Ange-Jacques Gabriel, dure six ans, de 1762 à 1768, retardé par la guerre de Sept Ans. De forme carrée de Douze toises correspondent à environ ., le nouvel édifice possède quatre façades différentes, mais qui ont en commun de comprendre chacune cinq croisées. Son architecture est emblématique de la nouvelle inspiration tournée vers l'antique et l'influence « à la grecque » des sculptures d'Honoré Guibert, beau-frère du peintre Vernet et auteur de l'ensemble des sculptures du château, apporte une finition d'exécution qui le fait alors qualifier de « chef-d'œuvre ». Un jeu subtil de perrons permet de rattraper les différences de niveauBéatrix Saule, « Introduction – Château du Petit Trianon », sur le site Versailles, décor sculpté extérieur, 2005. et la forte déclivité du terrain d'ouest en est autorise la création d'un rez-de-chaussée accessible sur deux côtés.

Le coût total s'élève à , dont près d'un tiers pour les seules menuiseries. Le marquis de MarignyIl est le frère de Madame de Pompadour., directeur des Bâtiments du Roi, commande en 1768 à quatorze peintres les toiles qui doivent orner les murs ou les dessus-de-porte et dont les thèmes, inventés par Charles-Nicolas Cochin, sont approuvés par le Roi« Chronique des arts et de la curiosité », Gazette des beaux-arts, 1862, .. Presque tous ces artistes sont issus de la dernière génération de ceux de Louis XIV, Marigny ayant souhaité maintenir une certaine tradition classique rompant avec le style rocaille, dans la lignée de son oncle et prédécesseur à cette fonction, Le Normant de Tournehem.

thumb|left|alt=Vue aérienne montrant le Temple de l'Amour au fond.|Le château. Vue aérienne. Façades nord et ouest.

Mais Madame de Pompadour, à qui est destiné le château, meurt le , sans pouvoir assister à l'achèvement de son œuvre. C'est donc avec sa nouvelle favorite, Madame Du Barry, que Louis XV inaugure le Petit Trianon en 1768. Ce n'est cependant que le qu'il couche pour la première fois dans le nouvel édifice. Le Grand Trianon devient dès lors en grande partie abandonné au bénéfice de ce nouveau château sur lequel se concentrent tous les regards.