Jean-Bedel BokassaÉgalement orthographié « Jean-Bédel »., né le à Bobangui. (village de la préfecture de la Lobaye) et mort le à Bangui, est un militaire, homme d'État et monarque franco-centrafricain. Il est président de la République centrafricaine à partir du , à la suite du coup d'État de la Saint-Sylvestre, avant de se proclamer empereur de Centrafrique le sous le nom de .
Son titre complet est alors « empereur de Centrafrique par la volonté du peuple centrafricain, uni au sein du parti politique national », le Mouvement d'évolution sociale de l'Afrique noire (MESAN).. Sa tenue et la cérémonie de son couronnement sont largement inspirés du sacre de . Bokassa met en place une politique autoritaire et répressive dans l'ensemble du pays.
Le , l', organisée par la France, renverse Bokassa, tandis que l' remet au pouvoir son propre cousin, l'ancien président David Dacko, qu'il avait lui-même renversé dans la nuit du au , ce qui aboutit à la fin de l'Empire centrafricainVGE, Ibid., 319-325.. Bokassa est alors à Tripoli en Libye auprès de Mouammar Kadhafi, et dès le lendemain il atterrit dans son avion avec sa suite en France, dont il a la nationalité, reste cinquante-six heures sur le tarmac, puis repart pour Abidjan.
Le , l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné révèle l'affaire des diamants, ce qui contribue à la défaite de Valéry Giscard d'Estaing lors de l'élection présidentielle de 1981. Bokassa revient sur cette affaire dans un livre., au milieu des années 1980, au cours de son exil en France. Empereur déchu, il s'était en effet réfugié, après un passage de quatre ans à Abidjan en Côte d'Ivoire, dans son château d'Hardricourt situé dans les Yvelines, pour finalement retourner à Bangui en , bien qu'il y eût été condamné à mort par contumace. Il est arrêté et jugé pour trahison, meurtre, cannibalisme et détournement de fonds.
Le , Bokassa est acquitté des accusations de cannibalisme, mais reconnu coupable de tous les autres chefs d'accusation. Le , le dictateur Kolingba manifeste son opposition à la peine capitale en annulant la peine de mort contre Bokassa et commue sa peine en prison à vie en isolement cellulaire, et, l'année suivante, réduit la peine à vingt ans de détention.. Libéré en 1993, l'ex-empereur meurt à son domicile de Bangui à l'âge de en 1996.
Naissance et enfance Jean-Bedel (de la contraction de Jean-Baptiste de La Salle ou du nom de Jean Bedel, auteur d'une grammaire pour enfants.) Bokassa naît dans un petit village situé à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Bangui en Centrafrique. Il perd ses parents à l'âge de six ans : son père, Mindogon Mgboundoulou, chef de village devant dresser des listes de recrues pour travailler pour la Compagnie forestière Sangha-Oubangui (CFSO, appelée la Forestière), finit par se rebeller contre les brutalités de l'administration coloniale française, le travail forcé et les milices des sociétés coloniales. Il libère des prisonniers qui servaient de main-d'œuvre corvéable dans des plantations de coton. Arrêté, emmené enchaîné à Mbaïki où il est jugé sommairement et condamné à la peine de mort, il est exécuté en public par des agents coloniaux sur la place du village, juste en dehors du bureau de la préfecture, le ..
Marie Yokowo, la mère du jeune Bokassa, se suicide une semaine après l'exécution de son mari. C’est alors que Mbalanga, son grand-père, l'élève et prend en main son éducation.
Carrière militaire vignette|gauche|redresse|Bokassa alors qu'il servait dans les troupes coloniales. Les missionnaires des écoles qu'il fréquente veulent en faire un prêtre mais il s'engage finalement dans la ColonialeAprès sa carrière militaire, il s'écriait en présence de ses compagnons d'armes. de l'armée française en . Il est par la suite sergent des Forces françaises libres (au bataillon de marche ) et participe au débarquement de Provence et à la bataille du Rhin. Après la guerre, il devient élève du Prytanée militaire de Saint-Louis au Sénégal puis à Châlons-sur-Marne. Il combat ensuite en Indochine et en Algérie, obtient la Légion d'honneur et la croix de guerre. Il est sous les ordres du général Marcel Bigeard lorsque celui-ci est en garnison en Afrique.. Il termine sa carrière dans l'armée française avec le grade de capitaineJean-Pierre Bat, « Bokassa, dernier empereur d'Afrique », L'Histoire, décembre 2013, , ..
Il ne quitte pas l'armée française, mais est détaché comme conseiller militaire technique de l'armée pour la création, la formation et l'encadrement de l'armée centrafricaine naissante. C'est par la suite qu'il demande son départ de l'armée française pour être incorporé comme officier supérieur dans l'armée centrafricaine.
Carrière politique
Les débuts politiques en Centrafrique
Le cousin germain de Bokassa, David Dacko, devient le premier président de la République centrafricaine fraîchement indépendante. Ce dernier fait appel aux services de son cousin pour réorganiser l'armée du pays et le nomme colonel, conseiller militaire, puis chef d'état-major en 1964. Le gouvernement de David Dacko est confronté à plusieurs problèmes lors des années 1964 et 1965. L'économie stagne, l'administration commence à se déliter et les frontières du pays sont constamment franchies par les partisans de Patrice Lumumba au sud et par les rebelles de l'Armée de libération populaire soudanaise à l'est. Sous la pression des membres les plus radicaux du MESAN, dans le but de diversifier ses soutiens et d'affirmer son indépendance en matière de politique étrangère, Dacko établit des relations diplomatiques avec la Chine en 1964. Un autre problème qui mine le pays est la corruption généralisée. Bokassa en vient à penser qu'il doit renverser le gouvernement pour repousser l'influence du communisme et résoudre les problèmes du pays.
En , David Dacko envoie Bokassa à Paris pour qu'il participe à la délégation présente au défilé du 14 juillet. Le , après avoir assisté à la cérémonie de fermeture de l'école d'entraînement des officiers qu'il a fréquentée quelques décennies plus tôt, Bokassa planifie son retour en Centrafrique. Toutefois, Dacko le lui interdit et Bokassa passe les mois suivants à essayer d'obtenir le soutien d'amis qu'il connaît dans les forces armées françaises et centrafricaines. Finalement, Dacko cède à la pression et permet à Bokassa de revenir en octobre. Les tensions entre le président et son chef d'état-major continuent de s'accroître dans les semaines qui suivent. En décembre, Dacko approuve une hausse du budget pour la gendarmerie mais rejette la proposition de budget pour l'armée de Bokassa. Celui-ci fait alors part à ses amis de sa lassitude envers l'attitude de Dacko et qu'il s'apprête à le renverser. Dans le même temps, Dacko prévoit de remplacer Bokassa par Izamo pour le poste de conseiller militaire. En outre, il veut promouvoir des officiers de l'armée loyaux à son égard et congédier Bokassa et ses partisans. En aucun cas il ne cherche à camoufler ses intentions. Il en fait d'ailleurs part aux anciens du village de Bobangui qui informent Bokassa. Ce dernier réalise qu'il doit agir rapidement. Il craint que ses cinq cents hommes ne fassent pas le poids contre la gendarmerie et la garde présidentielle. De plus, il s'inquiète d'une intervention française en soutien à Dacko. En effet, le à l'occasion de la tentative de coup d'état au Gabon contre Léon Mba, des parachutistes se sont interposés et ont permis au président en place de ne pas être renversé.
Coup d'État
Bokassa est soutenu par le capitaine Alexandre Banza, qui a dirigé la base de Camp Kassaï au nord-est de Bangui et est aussi un ancien membre de l'armée française. C'est un homme intelligent, compétent et ambitieux, qui a joué un rôle central dans la planification du putsch. En décembre, de nombreuses personnes anticipent un coup d'État à venir et les perturbations susceptibles d'advenir. Les conseillers de Dacko le préviennent que Bokassa présente des signes d'instabilité mentale et doit être arrêté avant de pouvoir menacer le gouvernement. Néanmoins, Dacko ne tient pas compte de ces avertissements. À la fin de l'année 1965, Banza tente un coup d'État contre David Dacko et envoie également des gendarmes pour tenter d'arrêter Bokassa. Peu après minuit, dès les premières minutes de l'année 1966, Bokassa et Banza réunissent leurs forces et leur font part de leur plan de renverser le gouvernement. Bokassa affirme que Dacko a démissionné de la présidence et a confié le poste à son proche conseiller, Jean Izamo. Ensuite, il dit à ses hommes que la gendarmerie s'apprête à soumettre l'armée qui doit agir immédiatement pour l'éviter. Par la suite, il demande à ses troupes si elles sont d'accord avec l'évolution de la situation et ceux qui refusent sont enfermés. À 0h30, Bokassa et ses partisans quittent Camp de Roux pour s'emparer de la capitale. Ils rencontrent peu de résistance dans leur entreprise. Bokassa et Banza peuvent se lancer à l'assaut du palais de la Renaissance, où ils essaient de capturer Dacko, qui s'avère pourtant introuvable. Bokassa commence à paniquer car il craint que le président n'ait été informé à l'avance de ses intentions. De ce fait, il ordonne à ses hommes de le rechercher dans les environs de Bangui jusqu'à sa capture.
Toutefois, Dacko n'est pas conscient des événements qui ont lieu dans la capitale. Après avoir quitté la propriété de son ministre vers minuit, il se dirige vers la maison de Simon Samba pour demander au chef des Akas de conduire un rituel de fin d'année. Il reste une heure avant d'être informé du putsch. Selon Titley, Dacko se dirige tout de suite vers la capitale, dans l'espoir de s'opposer au coup d'État avec l'aide des membres loyaux de la gendarmerie et des parachutistes français. D'autres comme Thomas E. Toole, professeur de sociologie et d'anthropologie à l'université d'État de Saint Cloud, pensent que Dacko n'essaie pas de résister et programme sa démission au profit de Jean Izamo. Dans tous les cas, il est finalement arrêté par des soldats patrouillant au carrefour de Pétévo, à la limite ouest de la capitale. Il est alors ramené dans le palais présidentiel où Bokassa l'accueille et lui dit : . Le président Dacko est emmené à la prison Ngaragba, à l'est de Bangui, vers deux heures du matin. Bokassa, dans un geste qu'il espère bénéfique pour sa popularité, ordonne au directeur de la prison de libérer tous les prisonniers. Retournant la situation à son profit, Bokassa neutralise la gendarmerie et renverse Dacko à son propre avantage.
Les années de pouvoir
Début de la présidence Après la démission de David Dacko, un nouveau gouvernement est formé comportant trois ministres du cabinet précédent et six nouveaux titulaires dont trois officiersDocuments Diplomatiques Français: 1966 Tome II ( juin-31 juin, Volume 30), , Éditeur PIE Peter Lang, 2006 . Bokassa accède ainsi au pouvoir le soir du et devient officiellement le président de la République centrafricaine le lendemain..
Par la suite, les officiers de Bokassa parcourent le pays et arrêtent les alliés politiques et les proches de Dacko, dont Simon Samba, Jean-Paul Douate et plus de soixante membres de la garde présidentielle, tous incarcérés dans la prison de Ngaragba. Prosper Mounoumbaye, le chef de la sécurité présidentielle fuit le pays. Quelques semaines plus tard, il est emprisonné par les Congolais et extradé en Centrafrique le . À Camp Kassaï, il est battu à mort en présence de Bokassa, Banza et Dacko. Jean Izamo subit un sort similaire quand il est transféré à la prison de Ngaragba le . En revanche, Dacko est épargné car Bokassa recherche la reconnaissance internationale et l'aide de la France qui serait compromise en cas d'exécution de Dacko. Celui-ci est détenu dans une petite pièce à Camp Dacko où il est coupé du monde. Le , il est emmené à Camp de Roux où il reste à l'isolement.