Lomé est la capitale et la principale ville du Togo. Elle se situe dans l'extrême sud-ouest du pays, le long du littoral du golfe de Guinée. Officiellement, la ville compte (dans le grand Lomé) d'après le cinquième recensement général de la population et de l'habitat (RGPH5), effectué en 2023, dont et .
Son agglomération se développe jusqu'à la frontière avec le Ghana au sud-ouest et vers Davié, touchant presque Tsévié au Nord. Les nouveaux quartiers se créent très vite ce qui démontre le degré d'expansion de la ville et de sa population.
Lomé n'est pas une ville « coloniale » construite et établie par les puissances coloniales ni une « ville traditionnelle », dont les racines villageoises seraient encore inscrites dans les structures et les processus urbains. Elle a été fondée par les Éwé à la fin du pour le commerce.
Lomé mêle la tradition avec l'animisme (comme avec le marché des féticheurs) et les religions importées (christianisme, islam) et la modernité, illustrée par les maisons et hôtels de luxe, les institutions et des bâtiments bancaires.
En tant que capitale du pays, Lomé abrite la résidence officielle du président de la République togolaise.
Histoire Peuplement La ville fut fondée par les Ewes au . Son nom viendrait de Alo(ti)mé ou Alomé qui en langue éwé signifie littéralement « dans les arbres d'alo », ou « au sein des arbres alo », pour désigner une forêt d'alo.
Alo-ti ou alo, de nom binomial Sorindeia warneckei, est un arbuste de la famille des Anacardiacées dont le bois sert à fabriquer de petites bûchettes très populaires qui s'utilisent traditionnellement comme cure-dents, particulièrement à Lomé et dans le sud du pays. Il a presque disparu des environs de Lomé, menacé par l'urbanisation..
Selon la tradition, un chasseur, nommé Dzitri, a été le premier à élire domicile au sein de cette forêt d'alo et a alors déclenché d'autres arrivées humaines et le peuplement du site. La tradition reconnaît ainsi Dzitri comme le fondateur du site de Lomé. Cependant, d'autres sources distinguent entre d'une part cet habitat originel de Dzitri et d'autre part la véritable naissance d'une ville.
À la fin du , les taxes douanières britanniques sur les produits importés (surtout sur les alcools et le tabac) pesant très lourd, les commerçants (essentiellement des Éwés maritimes ou Anlo de la zone entre Aflao et Keta dans l'est de colonie britannique de Gold Coast) recherchent alors une alternative, un lieu où débarquer les marchandises tout en étant hors d’atteinte des douaniers britanniques. Ils ciblent tout naturellement le site côtier de Lomé, tout proche. Cette dynamique commerciale de contournement douanier et d'évasion fiscale favorise alors l'expansion de Lomé vers 1880. Le littoral loméen jusqu'alors calme et peu habité commence à se peupler rapidement.
Les Ewes sont rapidement rejoints par des compagnies européennes, britanniques et notamment allemandes, ainsi que par des marchands itinérants de l’intérieur des terres, comme les caravanes Haoussa venues des routes de la cola.
Beaucoup de personnes furent attirées par le nouveau pôle économique que représentait Lomé. La croissance rapide de la ville s'en trouva renforcée et Lomé eut rapidement la réputation d'un lieu où on fait de bonnes affaires.
Période coloniale thumb|Chargement de balles de coton (1885).
Ce furent les menaces des Britanniques présents dans la Côte de l'Or voisine (actuel Ghana) afin de mettre fin à la concurrence insupportable que provoquait la ville de Lomé sur leur colonie qui provoquèrent l’appel à la protection de l’Allemagne, et donc la naissance du Togoland en tant qu’entité de droit international au sein de l'Empire colonial allemand, le , par le traité de Togoville signé par Gustav Nachtigal et le roi Mlapa III.
Lomé continua librement de prospérer comme centre d’importation, devenant ainsi la principale porte du Nord, dont l’axe de pénétration majeur était alors la vallée de la Volta ; c’est pour y accéder que fut entreprise la construction de la première vraie route du pays, Lomé-Kpalimé, à partir de 1892).
C’est ce rôle économique majeur qui amena l’administration allemande à y transférer la capitale du territoire togolais, le , dans une ville qui avait déjà plus de . thumb|Allée menant au Palais du Gouverneur (1904).
Lomé bénéficia à partir de 1904 d’un port qui en faisait l’unique point de contact maritime du Togo, ruinant sans recours la ville rivale du littoral, Aného, jusque-là beaucoup plus importante. thumb|left|Timbre de la colonie allemande Togogebiet oblitéré à Lomé en 1902.
À partir du quai, on put déployer un réseau de voies ferrées : jusqu’à Aného en 1905, à Kpalimé en 1907, à Atakpamé en 1909.
Tout le se trouvait désormais organisé en entonnoir autour de Lomé, dont la prépondérance sur le réseau urbain togolais était définitivement établie et la croissance assurée ; la ville atteint les en 1914.
Mais, si les infrastructures mises en place par les Allemands (une poste dès 1890, le téléphone dès 1894, la cathédrale en 1904, une banque en 1906, le télégraphe intercontinental en 1913...) pouvaient profiter à tous, un système de patentes et de licences discriminatoires évinça progressivement les commerçants africains des activités les plus lucratives, c’est-à-dire l’import-export.
Hormis le riche Octaviano Olympio, fort de sa grande cocoteraie, la première de la ville, de ses troupeaux, de sa briqueterie et de son entreprise de construction, la plupart des négociants togolais avaient dû, les uns après les autres, se mettre au service des firmes étrangères comme responsables de leurs agences dans les autres villes, ou jouissant de davantage d’autonomie comme acheteurs des produits agricoles d’exportation dans l’intérieur.
Les plus modestes avaient été engagés en grand nombre comme commis des factoreries (siège des bureaux d'une compagnie de commerce à l'étranger) principales.
Les firmes des autres territoires africains regardaient avec envie le Togo qui disposait d’une main-d’œuvre qualifiée abondante, alors qu’ailleurs, il fallait confier tous les postes à des expatriés, beaucoup plus onéreux pour l’employeur.
La Première Guerre mondiale épargna totalement la ville, mais elle entraîna, en 1916, l’éviction des compagnies allemandes, remplacées par des firmes britanniques et françaises.Beaucoup de commerçants togolais revinrent à Lomé.
Leurs affaires florissantes, leurs vastes cocoteraies, leurs patrimoines fonciers en firent une bourgeoisie avec laquelle les nouvelles autorités coloniales françaises devaient compter, c’était le sens du conseil des notables créé en 1922 (électif à partir de 1925), qui donna à Lomé une vie politique remarquablement précoce en Afrique francophone.
Il est de même tout à fait exceptionnel qu’une capitale africaine ait été marquée à ce point par sa bourgeoisie autochtone (originaire du pays), tant dans les pratiques de production de l’espace urbain, si originales à Lomé, que dans les singularités de son architecture populaire.
Les Français renouvelèrent les infrastructures laissées par les Allemands (réfection des voies ferrées, multiplication des routes, construction d’un nouveau quai...). Ils y ajoutèrent l’électrification (1926) et l’adduction d’eau potable (1940), que leurs prédécesseurs n’avaient pu réaliser. Cependant, ils mirent des années à combler le vide laissé dans les écoles par les missionnaires verbistes allemands à leur départ. Le niveau d'élèves scolarisés en 1945, à la mort de Jean-Marie Cessou bâtisseur d'écoles, atteint celui de 1914.
Dans les années 1920, une politique de faible taxation systématique permit une longue prospérité. En , une révolte des femmes a lieu contre l'arrestation de deux dirigeants du Duawo et permet leur libération..
Lomé atteignait les vers 1930. Mais la crise économique mondiale du début des années 1930 entraîna une récession brutale. De nombreuses firmes commerciales fermèrent, ou durent se regrouper.
Les investissements s’arrêtèrent, à l’image du chemin de fer du Nord, définitivement stoppé à Blitta en 1934.
Un projet de fort alourdissement fiscal (alors que les ressources de chacun chutaient) provoqua les émeutes populaires de , qui furent sans doute une coupure politique majeure dans l’histoire du Togo.
Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale, après une décennie de stagnation économique, que l’essor reprit à Lomé où tout bouillonnait de vitalité.
Indépendance
La population de la ville augmenta rapidement dans la seconde partie du . En effet si la ville ne comptait encore que habitants en 1950, on pouvait déjà dénombrer habitants en 1960 à l'indépendance du Togo, et habitants en 1970. thumb|Monument de l'Indépendance En à peine , la population de Lomé a été multipliée par sept.
À Lomé, comme dans tout le pays, les très hauts cours des produits d’exportation dopèrent les marchés, les investissements importants de l’administration coloniale (les plans "FIDES" créaient en grand nombre routes, ponts, écoles, hôpitaux...) assuraient le plein emploi. Les constructions s’étendaient rapidement aux dépens des anciennes cocoteraies, l’espoir animait chacun d’un décollage imminent.
À partir du milieu des années 1970, les investissements se firent de plus en plus gigantesques, mais pas toujours dans des domaines bien ciblés, le Togo, petit pays ouvert et plaque tournante du commerce entre ses puissants voisins, n’avait pas le marché protégé qu’il aurait fallu aux grandes industries qu’on lui construisait, ni le potentiel touristique stable pour les hôtels luxueux qui surgissaient Roman Adrian Cybriwsky, Capital Cities around the World: An Encyclopedia of Geography, History, and Culture, ABC-CLIO, USA, 2013, p. 162.
En même temps, on laissait les chemins de fer se dégrader, alors qu’ils avaient un rôle important, notamment pour la desserte des quartiers périphériques de la ville.
Mais l’activité économique d’une ville africaine ne se résume pas à une accumulation de grandes compagnies, de banques et d’usines.
Il y a aussi le très vaste champ de l’économie populaire, ces innombrables activités de production, d’échange, de service, de réparation, qui sont en fait le gagne-pain de la majorité de la population, et le seul moyen pour elle d’accéder à des services à la mesure de ses modestes ressources.
Difficile à saisir dans les outils statistiques des économistes, le secteur informel est pourtant de plus en plus la véritable vie économique des citadins togolais.
De plus, on peut noter le développement du maraîchage autour de la ville, stimulé par le chômage croissant, l'exode rural et la demande en légumes. Le maraichage, d'abord étendu au nord se trouve principalement sur la plage (le sable est très peu salé), en plantant des haies de protection.
Les diverses études du marché foncier de la ville indique que les quartiers sont relativement hétérogènes, mêlant villas cossues et habitat modeste, sans division sociale et spatiale de la ville. Cela s'explique par le fait que les Loméens sont très attachés à leur parcelle de terre et à ce qu'ils appellent leur (leur chez soi). Cela a donc conduit à un gel foncier. Cependant si la ville n'est pas une ville divisée socialement, il n'en reste pas moins que Lomé connaît de plus en plus de problèmes liés aux ramassage des ordures ménagères, la lutte contre l’insalubrité urbaine est devenue une des priorités de la ville et de ses habitants.
Géographie alt=Une plage de sable bordée de palmiers à Lomé, au Togo.|vignette|Une plage de Lomé, août 2016. vignette|Vue aérienne de Lomé. À son origine la commune de Lomé était coincée entre la lagune au nord, l'océan Atlantique au sud, le village de Bè à l'est et la frontière d'Aflao à l'ouest.