Charles, comte de Rémusat, né à Paris le Archives en ligne de Paris, actes de l'état civil reconstitué, cote 5Mi1 97, vues 44-48/51 et mort à Paris le , est un homme politique, écrivain, philosophe et mémorialiste français.

Grandi sous les fastes de l'Empire, journaliste libéral sous la Restauration, défenseur d'un vrai régime parlementaire sous Louis-Philippe, opposant sous le Second Empire, deux fois ministre d’Adolphe Thiers dont il est politiquement proche (à l'Intérieur en 1840 et aux Affaires étrangères en 1871-1873), élu huit fois député sous la monarchie de Juillet et la Troisième République, membre de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, Revue d'histoire contemporaine, avril-juin 1958..

Installé au cœur des événements, au milieu de la société intellectuelle et mondaine, il a écrit, avec une étonnante liberté de critique et un don remarquable d'observation et de clairvoyance, d'importants Mémoires - 150 cahiers de 75 feuillets serrés chacun - qui racontent les événements auxquels il a participé de près, restituent les portraits de toute une galerie de personnages qu'il a fréquenté, de Talleyrand à La Fayette, de Thiers à Tocqueville et de Lamartine à Louis-Napoléon et en font Revue Historique, PUF, T.238, Fasc.2(1967), (Pierre Guiral).

L'historien François Furet l’a qualifié de François Furet, Histoire de la Révolution française 1770-1880, ..

En philosophie, Charles de Rémusat fut un spiritualiste de l'école de Victor Cousin ; en politique, ce fut un doctrinaire, ami de Royer-Collard, Thiers et Guizot. Le monde anglophone le connaît pour une seule citation où il dit que l'unanimité est presque toujours la marque de la servitude.

Biographie Enfance et jeunesse Son père, Auguste de Rémusat, appartient à une famille de Provence de la petite noblesse (voir Famille Rémusat). Avocat général à la Cour des Aides d'Aix-en-Provence jusqu'en 1789, il épouse en 1796 Claire Élisabeth de Vergennes, fille d'un conseiller au Parlement de Bourgogne, guillotiné en 1793, et petite-nièce du ministre de Louis XVI. , écrit Charles, Charles de Rémusat,Mémoires de ma vie, Plon, 1958, T.1, ..

Claire de Rémusat a la chance d'être choisie, en 1802, à 22 ans, par Madame Bonaparte, femme du Premier Consul qui connait sa mère, comme dame d'honneur au palais des Tuileries. Pour ne pas séparer les jeunes époux, Auguste est nommé préfet du palais.

Charles rencontre une fois le Premier Consul dans le salon de Madame Bonaparte : Mémoires de ma vie, T.1, ..

thumb|Auguste de Rémusat est représenté sur le tableau du "Sacre de Napoléon" de Jacques-Louis David ( en partant de la gauche, rang du haut)

Sous l'Empire, les charges des deux époux vont s'accroître, l'une devenant dame du palais de l'Impératrice, l'autre premier chambellan de l'Empereur (sous le grand chambellan Talleyrand dont il devient le protégé) et surintendant des Théâtres impériaux. Mémoires de ma vie, T.1, .. Auguste est fait comte de l'Empire en 1808. Il achète en 1809 le château de Laffitte qui avait appartenu à la famille de sa femme. Leurs appointements leur permettent de mener grand train et d'avoir une maison ouverte aux gens de lettres et aux artistes. Cela convient à la femme d'esprit qu'est de Rémusat, que l'on appelle Clari à la cour (voir le portrait que trace d'elle en 1811 Talleyrand pendant une séance de scrutin au sénat qu’il préside en qualité de vice-grand électeur) et dont Sainte-Beuve écrira qu'Sainte-Beuve, Écrivains moralistes de la France - de Rémusat, Revue des Deux-Mondes, juin 1842..

Charles est éduqué par sa mère jusqu'à l'âge de dix ans où il devient interne au lycée Napoléon (actuel lycée Henri-IV). Il y reste jusqu'en 1814, apprenant . L'étude de la philosophie, étude facultative qu'il aborde en seconde en 1812, le passionne :

Vers 1812, ses parents sont à peu près disgraciés, l’étoile des protecteurs Talleyrand et Joséphine ayant pâli, et se rallient aux Bourbons à la Restauration. En 1815, grâce à Talleyrand qui est président du Conseil des ministres, Auguste devient préfet de la Haute-Garonne, puis du Nord pendant la Restauration libérale. Il est limogé en 1822 lorsque les ultras arrivent au pouvoir.

Sous la Restauration La Restauration libérale (1815-1820) thumb|Charles de Rémusat jeune. En , la famille s’installe à Toulouse, à la Préfecture, dans un contexte de Terreur blanche, difficile pour un préfet de Talleyrand qui a servi Bonaparte. Charles, qui a 18 ans, revient à Paris faire son droit qui ne l’absorbe guère. Il mène la vie d’étudiant et de jeune homme du monde, s’initiant aux sciences, absentes au lycée Napoléon. . Il fréquente les salons des amis de sa mère où il rencontre les plus hauts personnages de la monarchie constitutionnelle : le salon de Talleyrand, celui d'Amélie Suard, de de la Briche, belle-mère de Molé qui organise de mai à octobre des fêtes dans son château du Marais où les participants jouent les comédies des auteurs à succès du moment. Charles y donne la réplique à Césarine de Barante, dont il tombe platoniquement amoureux tout en se liant avec son mari, Prosper de Barante, qui . Mémoires de ma vie, T.1, .. Il habite faubourg Saint-Honoré chez sa tante, veuve du général Nansouty, qui est l’amie de Pasquier, garde des sceaux en 1817. Charles de Rémusat, Mémoires de ma vie, Plon, 1958, T.1, ..

Il se lie aussi avec Molé qui, ministre de la Marine en 1817, le fait entrer, à la demande de ses parents, dans la direction de M. Portal, aux colonies. Barante lui conseille plutôt le journalisme politique : Mémoires de ma vie, T.1, .. Un livre qui paraît en 1818 va jouer un rôle important dans la famille Rémusat, les Considérations sur la Révolution française de Mme de Staël : Mémoires de ma vie, .. Il le montre à Barante qui l’apprécie et le fait lire à Guizot qui le trouve « très remarquable (Mémoires de ma vie, T.1, ). et le publie en dans ses Archives philosophiques. C'est son premier article publié. Mémoires de ma vie, T.1, ..

Le voilà lancé au cœur de la bataille politique. Guizot est son patron, l'homme qui a sans doute exercé le plus d'influence sur lui et avec qui il sera intime jusqu'en 1828. Guizot le prend au ministère de l’Intérieur où il est directeur général des communes et départements et l'emploie comme rédacteur politique pour le seconder et même le suppléer. Il fait la connaissance des Broglie dont le salon, très animé, est fréquenté par Lafayette, Benjamin Constant, Lamartine . Il se range, au désarroi de ses parents, dans le groupe des doctrinaires, avant-garde libérale qui se forme dans la bataille contre la domination des ultras et qui a alors pour chef Royer-Collard, qui lui dit des mots encourageants. Il est reçu avocat mais, préférant l'écriture, il ne suit pas la carrière du barreau. Guizot lui demande d'écrire des brochures destinées aux Chambres qui sont remarquées et publiées (Sur la responsabilité des ministres, De la liberté de la presse).

En juin, les doctrinaires créent un journal, le CourrierLe titre donné par Guizot vient du journal anglais The Courier, alors important. Les fondateurs sont Royer-Collard, Guizot, Barante, Germain, Beugnot, Villemain et Rémuzat. qui va durer sept mois. Mémoires de ma vie, T.1, ..

L'assassinat du duc de Berry et la démission de Decazes mettent fin à la période libérale de la Restauration. Tous les doctrinaires sont écartés du pouvoir. Mémoires de ma vie, T.1, ..

La Restauration ultra-royaliste (1820-1830) Le , Rémusat perd sa mère, , assez brutalement, . Son père, destitué par Villèle en , meurt à son tour le , lui laissant la terre de Lafitte Mémoires de ma vie, T.2, ..

Il ne sous-estime pas ses capacités : , et a confiance dans l’avenir : Mémoires de ma vie, T.2, ..

En 1823, il est présenté au financier Jacques Laffitte qui l’invite dans son hôtel de la Chaussée d’Antin aux bals qu’il donne pour faire connaître sa fille. Il y rencontre les trois filles d’un négociant de Grenoble, Augustin Perrier, frère de Casimir Perrier. Il tombe amoureux de l’aînée, Octavie, qui meurt en septembre, au moment où il va demander sa main. Il épouse, en , sa sœur Fanny qui décède de la tuberculose après quinze mois à peine de mariage. La troisième sœur, devait, à son tour, mourir en 1827.

thumb|Pauline de Lasteyrie du Saillant (1807- 1888), comtesse de Rémusat, petite fille de La Fayette par Ary Scheffer.

Veuf, il épouse en secondes noces le à Paris, Pauline de Lasteyrie du Saillant (1807-1882), petite fille de La Fayette, dont il a deux fils : Pierre (1829-1862) et Paul Louis Étienne (1831-1897). . Cela vaut aux lecteurs des Mémoires une foule de renseignements sur La Fayette : Mémoires de ma vie, T.2, ..

Rémusat traduit les œuvres dramatiques de Goethe, écrit des essais, des drames, des chansons (dont l'une, intitulée Lise ou la bouteille, est insérée en 1824 dans le Mercure du ), mais il se consacre surtout au journalisme et à la politique.

Il collabore aux Tablettes Universelles, journal politique d'opposition où il fait la connaissance d'Adolphe Thiers, qui l’apprécie : Mémoires de ma vie, T.2, ..

À partir de 1824, il devient un des collaborateurs assidus du Globe, et il donne des articles littéraires, politiques et philosophiques, où l'on sent l'influence de l'éclectisme de Victor Cousin. On suggère qu'il a inspiré à Balzac, le personnage d'Henri de MarsayBibliothèque de la Pléiade,t.XII, 1991, Index des personnages fictif et des personnes réelles, .

En 1827, il devient électeurL’âge légal est trente ans et le cens, 300 francs de contributions directes pour la première fois et participe activement aux élections parisiennes qui sont un triomphe pour l’opposition au ministère Villèle ( sur ).

Le récit, dans les Mémoires de ma vie, des Trois Glorieuses vécues par Rémusat (plus de 50 pages dans l’édition Pouthas) est un témoignage de premier ordre. Il détaille avec précision, en vrai journaliste, ce qu’il a fait, dit, vu, entendu pendant ces journées, de la Protestation des 44 journalistes du 26 juillet 1830 quand Thiers lui demande de signer le premier pour entraîner les hésitants, à son refuge dans une chambre de domestique du duc de Broglie rue de l’Université lorsqu’il est avisé que les signataires vont être arrêtés, à ses pérégrinations dans Paris pour rejoindre son domicile. Il est à la Chambre avec Casimir Perrier et Guizot et à l’Hôtel de Ville avec La Fayette le jeudi 29 et le vendredi 30. C’est lui qui tirant à part La Fayette et lui demandant ses intentions : obtient la célèbre réponse : Mémoires de ma vie, T.2, ..

Sous la monarchie de Juillet Après la révolution de juillet 1830, dans le premier ministère de Louis-Philippe, constitué le , Guizot, ministre de l’Intérieur, lui propose de venir avec lui, mais il refuse : Mémoires de ma vie, T.2, ..

À la faveur d’élections partielles en , il se fait élire, avec l’appui de Guizot et de La Fayette, député de la Haute-Garonne par le collège électoral de Muret et ne cessera d'en être le représentant jusqu'en 1848. Mémoires de ma vie, T.2, ..

Avec les doctrinaires Rémusat est pour la contre le selon le vocabulaire de l’époque, pensant qu'il faut Mémoires de ma vie, T.2, ..

Succédant à Jacques Laffitte, son oncle Casimir Perier, lui offre d’être sous-secrétaire d’État de l’Intérieur dans son gouvernement, mais il refuse. Il le regrette dans ses Mémoires, jugeant que la position qu’il aurait acquise aurait accéléré sa fortune politique . Il accepte cependant d'être le chef de cabinet officieux de Perier, s’occupant de la presse, du personnel, des visites et surtout des travaux politiques, écrivant les canevas des discours du président du Conseil (et celui du discours de la couronne de 1831). Mémoires de ma vie, T.2, ..

Après la mort de Perier, il participe activement aux négociations qui aboutissent à la formation du ministère Broglie, Guizot, Thiers sous la présidence du maréchal Soult. Mémoires de ma vie, T.3, ..