Jean-Honoré Fragonard, né le à Grasse et mort le à Paris, est un peintre français.
Il est l'un des principaux représentants du style rococo français.
Peintre d'histoire, de genre et de paysages, il se spécialise assez rapidement dans le genre libertin et les scènes galantes, comme le montre son célèbre tableau Le Verrou.
Biographie Jean-Honoré est fils de François Fragonard, garçon gantier, et de Françoise Petit. Après la mort, à dix mois, de son petit frère Joseph, il reste enfant unique. Il quitte sa ville natale à l'âge de six ans pour s'installer avec sa famille à Paris, où se déroule la plus grande partie de sa carrière..
Les dispositions artistiques de Fragonard sont précoces et c'est le notaire chez qui il devient clerc à treize ans qui remarque ses dons artistiques. Après avoir quelque temps travaillé avec Jean Siméon Chardin, il entre comme apprenti, à l'âge de quatorze ans, dans l'atelier de François Boucher. C'est grâce à lui que le jeune Fragonard affirme ses dons et apprend à copier les maîtres. Boucher le présente bientôt au prestigieux grand prix de peinture de l'Académie royale qu'il remporta en 1752 grâce à son tableau Jéroboam sacrifiant aux idoles.. Une carrière dans la peinture d'histoire lui semble alors toute tracée. Il entre ainsi durant trois années à l'École royale des élèves protégés alors dirigée par le peintre Charles van Loo. Fragonard effectue son Grand Tour et part en 1756 pour l'Académie de France à Rome en compagnie de son ami Hubert Robert et l'architecte Victor Louis. Il y résidera jusqu'au mois d' et y est notamment influencé par le peintre Giambattista Tiepolo et le style baroque de Pierre de Cortone, mais il s'épuise à pasticher les grands maîtres selon un style encore académique. Jean-Claude Richard de Saint-Non devient, à cette époque, son protecteur et principal commanditaire. Il quitte dès lors la Ville éternelle pour la France après avoir achevé en septembre un long périple qui l'a vu traverser les villes de Florence, Bologne et Venise notamment« Jean Honoré Fragonard », sur peintre-analyse.com.. gauche|vignette|Jean-Honoré Fragonard, Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé (1765). Paris, musée du Louvre. Il obtient un atelier au palais du Louvre où il vit et est chargé de décorer la galerie d'Apollon.. En 1765, son tableau Corésus et Callirhoé, commandé pour la manufacture des Gobelins pour la tenture des amours des dieux, le fait entrer à l'Académie et remporte un grand succès au SalonLe grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé (notice du musée du Louvre).. Mais, désespérant d'atteindre le premier rang dans ce genre classique, il le quitte pour des scènes de genre érotiques qui obtiennent le plus grand succès auprès de la Cour de Louis XV. Il devient bientôt le peintre à la mode, peint des paysages illusionnistes et des portraits puis des tableaux de cabinets. En 1769, il épouse une peintre en miniature également originaire de Grasse, Marie-Anne Gérard, sœur de Marguerite Gérard. La même année naît leur première fille Rosalie (1769-1788).
En 1773, après un voyage en Flandre pendant l'été, le fermier général Pierre Jacques Onésyme Bergeret de Grancourt lui propose d'être son guide pour un voyage en Italie, puis en Europe centrale, qui débutera en octobre. Bergeret de Grandcourt était comte de Nègrepelisse, et l'itinéraire du voyage, à l'aller, passe par cette localité, où la petite troupe de voyageurs séjourne une quinzaine de jours. Fragonard y dessine le château, propriété de BergeretEn souvenir de cet arrêt, un collège de cette ville porte le nom de Fragonard.. Le voyage prend fin en après les visites successives de Vienne, Prague, Dresde, Francfort et enfin Strasbourg.
vignette|redresse|Autoportrait (vers 1800-1806), Paris, musée du Louvre.
En 1780, le couple Fragonard donne naissance à un nouvel enfant, Alexandre-Évariste Fragonard, qui deviendra lui aussi artiste. En 1788, leur fille Rosalie meurt au château de Cassan à L'Isle-Adam, en région parisienne. Durant la Révolution, il séjourne à Grasse (1790-1791) chez son cousin Alexandre MaubertCette bastide est devenue la villa-musée Jean-Honoré Fragonard en 1977... Fragonard devient membre de la Commune des Arts. en 1793. Par la suite, il est nommé l'un des conservateurs du musée du Louvre par l'Assemblée nationale à la suite de l'intervention de Jacques-Louis David.
En 1805, tous les artistes résidents, dont Fragonard, sont expulsés du Louvre par un décret impérial consécutif à la réorganisation de l'édifice en musée Napoléon. La disparition de l'aristocratie commanditaire lui fait perdre sa grande fortune. Il s'installe alors chez son ami Veri, au Palais-Royal. L'année suivante, il meurt, apparemment terrassé par une congestion cérébrale dans son nouveau logement situé aux galeries du Palais-Royal, dans l'indifférence quasi-totale de ses contemporains.. Les funérailles sont célébrées à l'église Saint-Roch. Il est inhumé à Paris dans l'ancien cimetière de Montmartre, où sa tombe remplacée a disparu vers le milieu du , une plaque cénotaphe en marbre étant apposée sur le mur de l'emplacement où se trouvait sa sépulture...
Famille La famille de Fragonard comprenait plusieurs artistes : Marguerite Gérard, sa belle-sœur et élève peintre intimiste ; Marie-Anne Gérard, son épouse, miniaturiste ; Alexandre-Évariste Fragonard, son fils ; Théophile Fragonard, son petit-fils, fils d'Alexandre.
Son cousin, Honoré Fragonard, est un anatomiste célèbre dont les écorchés sont conservés à Maisons-Alfort au musée Fragonard de l'École nationale vétérinaire.
Œuvre
À l'instar de François Boucher, Fragonard est considéré comme le peintre de la frivolité, du rococo, bien qu'il ait peint dans de nombreux autres registres : grands paysages inspirés de peintres hollandais, peintures religieuses ou mythologiques, ou scène de bonheur familial notamment.
vignette|redresse|Le Chat angora (vers 1783-1785), Cologne, Wallraf-Richartz Museum.
D'un trait virtuose, Fragonard savait montrer le tourbillonnement du monde par des gestes expressifs et gracieux ou des drapés pleins de vigueur. Fragonard est le dernier peintre d'une époque sur le déclin, ses scènes de genre seront bientôt rendues obsolètes par la rigueur néo-classique de David, par les évènements de la Révolution et ceux de l'Empire.
Les scènes de genre de Fragonard sont volontiers érotiques, comme Les Hasards heureux de l'escarpolette, fantasme d'un commanditaire (, receveur général des biens du clergé) qui donna à l'artiste des conseils de mise en scène : ..
Mais même ces scènes effectivement frivoles peuvent être lues à un niveau différent, on peut y voir percer, souvent, une inquiétude, un sentiment de fin de fête parfois (et cela rappelle Antoine Watteau ou encore le roman Point de lendemain de Vivant Denon), ou encore une menace diffuse : les couples dans l'intimité, les belles qui s'épouillent, les endormies, tout ce petit monde de grâce et de sympathie est observé par un peintre qui nous rappelle que la jeunesse ne dure pas et que les moments de tendresse lascive sont fugaces et rares.
Fragonard avait travaillé notamment avec Hubert Robert (1733-1808), leur collaboration fit l'objet d'une exposition à Rome à la villa Médicis..
Le Verrou
vignette|redresse|Le Verrou (vers 1774-1778), Paris, musée du Louvre.
Cette œuvre majeure de Fragonard est une huile sur toile datant de 1777, mesurant .
Malgré les multiples analyses effectuées sur ce tableau, conservé à Paris au musée du Louvre, il n'y a pas eu une seule explication mais plusieurs, concernant sa signification. Il peut évoquer un viol ou une scène d'amour.
Cette scène représente en effet un couple dans une chambre, la femme essayant en vain de résister aux avances de l'homme, qui verrouille la porte. La chambre est déjà en désordre et les draps du lit sont défaits, ce qui pourrait signifier qu'un rapport sexuel a déjà eu lieu.
La version originale du Verrou a été acquisePour du marchand François Heim qui l'avait acheté aux enchères environ, la majeure partie de la somme provenant d'une subvention exceptionnelle du ministère des Finances, alors dirigé par Valéry Giscard d'Estaing. Celui-ci, devenu candidat à la présidence de la République, n'apprécia pas vraiment d'être traité par Le Canard enchaîné de , du nom de la rue où se trouvait alors le ministère. par le musée du Louvre en 1974. Elle fut conçue par le peintre comme pendant à l'Adoration des bergers, offerte au Louvre en 1988 par et La société d'investissement fondée par Roberto Polo ayant fait faillite, ses créanciers essayèrent, vainement, de faire annuler ses donations, un diadème de l'impératrice Eugénie avait été aussi offert.. Sont ainsi opposés l'amour sacré et l'amour profane.
Le Verrou, qui avait fait l'objet en 1933 d'une vente aux enchères avec la seule indication « attribué à Fragonard », a fait l'objet, une fois son auteur déterminé avec certitude, d'un arrêt classique de la première chambre civile de la Cour de cassation du , qui a fait jurisprudence sur la théorie de l'erreur en droit des obligations français..
Les Progrès de l'amour dans le cœur d'une jeune fille Ce projet fut commencé en 1771 à la suite d'une commande de Madame du Barry, la dernière maîtresse de Louis XV.. Il consistait en une série cohérente de quatre tableaux intitulés La Poursuite, La Surprise (ou La Rencontre), L'Amant couronné et La Lettre d'amour, destinés à être installés au pavillon de Louveciennes dans un salon de forme demi-circulaireÀ l'opposé du salon ovale appelé aujourd'hui le salon Fragonard, selon le conservateur de la Frick Collection (vidéo Colin B. Bailey presents Fragonard's 'Progress of Love, consultée le ).. Mais, quelque temps après l'installation, les tableaux furent rejetés car ils ne s'accordaient pas avec le style d'architecture néoclassique du pavillon.
Ainsi, Fragonard conserva tous les tableaux dans son atelier et les apporta avec lui quand il retourna à Grasse, sa ville natale. Il décida alors de les installer dans l'un des salons de la villa de son cousin, mais les murs restant encore vides après cette installation, Fragonard décida de peindre dix tableaux supplémentaires afin de meubler l'espace.
Les panneaux qui sont aujourd'hui conservés à Grasse dans la villa, qui est devenue le musée Jean-Honoré Fragonard, sont des copies réalisées par Auguste de La Brély, avant la vente des originaux au collectionneur américain Pierpont-Morgan (ensuite achetés par Frick en 1915, ils sont aujourd'hui conservés à la collection Frick de New York)..
Cela fait au total quatorze tableaux que l'on peut diviser en trois groupes.
Six scènes d'amour : La Poursuite ; La Surprise ou La Rencontre ; L'Amant couronné ; La Lettre d'amour ; L'Abandonnée ; L'Amour triomphant.
Quatre allégories des amours : L'Amour en sentinelle ; L'Amour folie ; L'Amour poursuivant une colombe ; L'Amour assassin.
Quatre peintures décoratives.
Les Portraits de fantaisie Quatre portraits qualifiés par Fragonard « de fantaisie », exécutés en très peu de temps (fa' presto), une heure pour chacun, durant l'année 1769Pierre Cabanne, Fragonard, Paris, Somogy, 1987, . : François-Henri d'Harcourt, collection privée ; Anne-François d'Harcourt, vers 1770, huile sur toile, , Paris, musée du Louvre ; Inspiration, Paris, musée du Louvre ; Portrait d'un homme [anciennement Denis Diderot], Paris, musée du Louvre ; Portrait d'un homme dit Le Guerrier, Williamstown, Clark Art Institute..
Autres œuvres
Peinture vignette|redresse|L'Abreuvoir (vers 1765), musée des Beaux-Arts de Lyon. vignette|redresse|L'Adoration des bergers (1775), Paris, musée du Louvre. vignette|redresse|L'Armoire (1778), New York, Metropolitan Museum of Art. vignette|redresse|Le Serment d'amour (1780), villa Fragonard. Le Colin-Maillard, vers 1750-1752, huile sur toile, , Toledo (Ohio), Toledo Museum of Art, États-Unis. Renaud dans les jardins d'Armide, 1763, huile sur toile, , Paris, musée du Louvre.