William Henry Harrison (Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API.), né le à la plantation de Berkeley (colonie de Virginie) et mort le à Washington, D.C., est un militaire et homme d'État américain. Membre du Parti whig, il est le président des États-Unis, en fonction du jusqu'à sa mort, un mois plus tard, devenant ainsi le premier président à mourir en exercice et celui au mandat le plus court de l'histoire américaine. Sa disparition soudaine, provoque une brève crise constitutionnelle et établit un précédent décisif en matière de succession présidentielle.
Originaire d'une famille aisée de Virginie, Harrison étudie brièvement la médecine avant d'intégrer l'armée. Il commence sa carrière militaire à la fin des années 1790 dans le territoire du Nord-Ouest, où il participe aux campagnes contre les nations amérindiennes. De 1798 à 1799, il est secrétaire du territoire, puis premier délégué au Congrès de 1799 à 1800. En 1801, il est nommé gouverneur du territoire de l'Indiana, poste qu'il occupe pendant douze ans.
Il se distingue en 1811 à la bataille de Tippecanoe, remportée contre la confédération amérindienne menée par Tecumseh, ce qui lui vaut le surnom de Old Tippecanoe (« le Vieux Tippecanoe »). Pendant la Guerre anglo-américaine de 1812, il commande les troupes américaines dans le Nord-Ouest et obtient une victoire décisive à la bataille de la rivière Thames (1813), qui met fin à la résistance britannique et amérindienne dans la région des Grands Lacs.
Après la guerre, Harrison s'installe dans l'Ohio, où il devient représentant fédéral en 1816, puis sénateur en 1824. Nommé ministre plénipotentiaire en Grande Colombie en 1828, il rencontre Simón Bolívar et défend auprès de lui les principes du gouvernement représentatif. Bien qu'il s'installe dans un État libre, Harrison ne remet jamais en cause le principe de l'esclavage. Durant son mandat de gouverneur du territoire de l'Indiana, il plaide à plusieurs reprises pour l'introduction de cette institution dans la région, estimant qu'elle favoriserait son développement économique. Retiré ensuite dans sa ferme de North Bend, il y mène une vie d'agriculteur, avant de revenir sur le devant de la scène politique à la faveur de l'élection présidentielle de 1836, où il échoue, puis de l'élection de 1840, qu'il remporte largement sous la bannière du Parti whig.
Son décès, survenu un mois seulement après son entrée en fonction et dû à une pneumonie contractée peu après son discours d'investiture, marque la création d'un précédent constitutionnel : la Constitution ne précisait pas alors si le vice-président devait devenir président à part entière ou simplement assurer l'intérim. Son vice-président, John Tyler, se rend à la Maison-Blanche, prête serment comme président et revendique pleinement le titre ainsi que les pouvoirs de la fonction, ce que le Congrès reconnaît quelques semaines plus tard. Ce principe, qui définira la gestion des futures successions, ne sera formalisé qu'avec l'adoption du amendement en 1967.
Jeunesse Enfance et éducation William Henry Harrison naît le à la plantation de Berkeley, dans le comté de Charles City, dans la colonie de Virginie, alors en Amérique britannique. Il est le plus jeune fils d'une fratrie de sept enfants et ses parents, Elizabeth Bassett et Benjamin Harrison V, appartiennent à une influente famille de planteurs. Harrison est le dernier président américain né sujet britannique avant l'indépendance des États-Unis. Son père fut délégué au Congrès continental de 1774 à 1777 et il signa la Déclaration d'indépendance avant de devenir gouverneur de Virginie de 1781 à 1784. Le frère aîné de William, Carter Bassett Harrison, fut élu à la Chambre des représentants..
En 1787, alors âgé de , Harrison entra à l'école presbytérienne de Hampden Sydney. où il apprit le latin et le français. Il y resta jusqu'en 1790 avant d'y être retiré par son père épiscopalien, peut-être du fait d'un renouveau religieux ayant lieu à l'école. Il étudia brièvement dans le comté de Southampton et il se serait alors peut-être rapproché des quakers et des méthodistes abolitionnistes de l'école. Furieux, son père, qui était favorable à l'esclavage, l'envoya à Philadelphie chez le commerçant Robert Morris, probablement du fait des études de médecine dispensées dans la ville. Harrison entra à l'université de Pennsylvanie en 1790 où il étudia la médecine avec Benjamin Rush même si, comme il l'expliqua à son biographe, cela ne l'intéressait pas vraiment. À la mort de son père en 1791, Harrison n'avait plus d'argent pour financer ses études et il fut laissé sous la garde de Morris.
Engagement dans l'armée Le gouverneur Henry Lee de Virginie, un ami du père de Harrison fut informé de sa situation de pauvreté et le persuada de s'engager dans l'armée. Harrison fut enrôlé en tant qu'aspirant dans le d'infanterie de l'armée américaine et fut envoyé à Cincinnati dans le territoire du nord-ouest où l'unité était engagée dans la guerre amérindienne du Nord-Ouest.
Le général « Mad Anthony » Wayne prit le commandement de l'armée occidentale en 1792 en remplacement d'Arthur St. Clair après la catastrophique bataille de la Wabash. Harrison fut promu lieutenant durant l'été grâce à son respect strict de la hiérarchie et l'année suivante, il servit comme aide de camp. C'est sous l'influence de Wayne qu'Harrison apprit à commander une armée sur la « Frontière ». Harrison participa à la victoire décisive de Wayne lors de la bataille de Fallen Timbers en qui mit fin au conflit. Après la guerre, Harrison fut l'un des signataires du traité de Greenville de 1795 qui ouvrait l'Ohio à la colonisation.
À la mort de sa mère en 1793, Harrison hérita d'une portion de la propriété familiale incluant environ de terres et plusieurs esclaves. Comme il était toujours dans l'armée à ce moment, Harrison vendit ses terres à son frère.
Mariage et famille vignette|redresse|alt=Portrait d'une femme vêtue de noire et portant un foulard sur la tête|Anna Harrison En 1795, Harrison rencontra Anna Symmes originaire de North Bend dans l'Ohio. Elle était la fille du juge John Cleves Symmes, une figure importante dans l'État et un ancien représentant au Congrès de la Confédération. Harrison demanda la main de sa fille au juge qui lui refusa. Harrison attendit que Symmes soit en déplacement et Anna et lui s'enfuirent et se marièrent le . Inquiet de la capacité financière de Harrison à soutenir sa famille, Symmes vendit de terres à North Bend au jeune couple. Ils eurent dix enfants dont neuf arrivèrent à l'âge adulte. Anna était fréquemment malade du fait de ses nombreuses grossesses mais elle survécut à son mari et mourut le à l'âge de .
Les historiens considèrent également qu'Harrison eut six enfants avec une esclave appelée Dilsia. Durant sa campagne présidentielle, il ne voulut pas avoir d' autour de lui et il en confia quatre à son frère qui les vendit à un planteur de Géorgie. Harrison est ainsi l'arrière-grand-père de Walter White, un militant des droits civiques qui fut président de la National Association for the Advancement of Colored People de 1931 à 1955..
Carrière politique Harrison quitta l'armée en 1797 et commença à faire campagne pour un poste au sein du gouvernement du territoire du Nord-Ouest. Avec l'aide de son ami, le secrétaire d'État Timothy Pickering, il fut recommandé pour remplacer le secrétaire sortant du territoire. Il fut nommé à ce poste, au cours duquel il agit en tant que gouverneur durant les fréquentes absences d'Arthur St. Clair
Membre du Congrès Harrison avait de nombreux amis dans les cercles supérieurs de la société et il se fit rapidement une réputation de chef. Le Congrès avait voté une législation qui augmentait le prix des terrains, une décision critiquée par de nombreux habitants du territoire et lorsque Harrison fit campagne pour le Congrès, il annonça qu'il allait modifier la situation pour encourager l'émigration dans le territoire. En 1799, Harrison, âgé de , battit le fils d'Arthur St. Clair et devint le premier délégué du territoire au Congrès. Son mandat dura du au . mais en tant que délégué d'un territoire et non d'un État, il n'avait pas le droit de vote même s'il pouvait participer aux comités, soumettre des textes de loi et débattre.
Il parvint ainsi à faire adopter le Harrison Land Act qui facilitait l'implantation des colons dans le territoire du Nord-Ouest en leur permettant d'acheter des terres en lots de petites superficies. La disponibilité de terres peu chères fut un facteur important dans la rapide croissance démographique du territoire. Il participa également à un comité chargé de définir les divisions administratives du territoire. Ce dernier recommanda de scinder le territoire en deux parties pour créer les territoires de l'Ohio et de l'Indiana. La loi fut adoptée et les deux nouveaux territoires furent officialisés en 1800.
Sans l'informer, le président John Adams nomma Harrison, gouverneur du nouveau territoire du fait de ses liens avec « l'Ouest » et de ses positions politiquement neutres. La décision fut confirmée par le Sénat le lendemain. Pris au dépourvu, Harrison n'accepta l'offre qu'après avoir reçu l'assurance du Parti républicain-démocrate qu'il ne serait pas remplacé à son poste si le parti remportait les élections ultérieures. Il démissionna alors du Congrès. Le territoire de l'Indiana regroupait les futurs États de l'Indiana, de l'Illinois, du Michigan, du Wisconsin et l'est du Minnesota.
Gouverneur vignette|gauche|alt=Maison à deux étages construite en briques.|Grouseland est aujourd'hui répertorié par la National Historic Landmark Harrison s'installa à Vincennes, la capitale du nouveau territoire de l'Indiana le . Sur place, il fit construire une plantation qu'il nomma Grouseland du fait des nombreux oiseaux qui s'y trouvaientGrouse signifie tétras en français.. Il s'agissait de l'une des premières structures en briques du territoire. Cette demeure, qui a été restaurée et est devenue une attraction touristique populaire, devint le centre de la vie politique et sociale du territoire. Il en construisit une autre près de Corydon, la seconde capitale, à Harrison Spring.
En tant que gouverneur, Harrison avait de larges pouvoirs dans le nouveau territoire et disposait de l'autorité pour nommer tous les officiers territoriaux et organiser la division du territoire en districts politiques. L'une de ses responsabilités fut d'obtenir des titres pour les terres amérindiennes ce qui permettrait d'attirer plus de colons et d'augmenter la population afin d'obtenir le statut d'État. Harrison était impatient d'étendre le territoire pour des raisons personnelles car son avenir politique dépendait de l'accession de l'Indiana au statut d'État. En 1803, le président Thomas Jefferson accorda à Harrison l'autorité pour négocier et conclure des traités avec les Amérindiens.
Harrison supervisa la signature de 13 traités qui permirent d'acquérir près de de terres amérindiennes principalement dans le sud de l'actuel Indiana. Le traité de Saint-Louis de 1804 avec le chef Quashquame avait entraîné la cession par les Sauks et les Mesquakies d'une grande partie de l'ouest de l'Illinois et de portions du Missouri. Ce traité et les pertes de territoires furent rejetées par de nombreux Sauks dont Black Hawk et fut l'une des raisons pour lesquelles ils s'allièrent avec les Britanniques lors de la guerre de 1812. Harrison pensait que le traité de Grouseland de 1805 permettrait d'apaiser les tensions mais celles-ci restèrent élevées sur la frontière.