Une bande dessinée en ligne ( en anglais) est une bande dessinée proposée sur Internet. Les bandes dessinées en ligne sont comparables aux bandes dessinées auto-éditées, dans la mesure où quiconque peut en créer et en publier une. Les bandes dessinées en lignes étant parfois structurées comme un blog, il est possible de rencontrer l'expression « blog BD » pour les désigner.
Précurseurs anglophones La première bande dessinée accessible via un réseau informatique est d'Eric Millikin diffusée en 1985 via Compuserve. Viennent ensuitePage "webcomics" sur Wikipedia en anglais T.H.E. Fox (1986), Where the Buffalo Roam (1991), Netboy (1993), Docteur Fun (1993), NetComics Weekly (1994, poursuivi jusqu'en 1999 en anglais et jusque 2001 en finnois). En 1995, Argon Zark! et Kevin & Kell font leur apparition. Les parutions de ces deux webcomics se poursuivent en 2007.
Argon Zark! de Charley Parker est sans conteste la première bande dessinée créée spécifiquement pour paraitre sur InternetPage "Argon Zark!" sur Wikipedia en anglais : le récit s'organise sous forme de feuilleton à parution régulière ; les planches ont un format horizontal ; les couleurs sont choisies volontairement parmi la gamme de couleurs non-imprimables que seul un moniteur d'ordinateur peut afficher ; tout est réalisé par infographie avec une tablette graphique, certains décors intègrent des graphismes 3D ; l'interactivité et l'animation sont mises à contribution à travers l'usage de gif animés, de JavaScript, d'HTML dynamique, d'image map et plus récemment de Macromedia Flash ; en 1997 les 50 premiers épisodes ont été portés sur papier, dans une édition relevant du produit dérivé.
Tous ces caractères désignent Argon Zark! comme le maitre-étalon des bandes dessinées en ligne en ultérieures.
Les bandes dessinées en ligne sont à l'origine souvent liées à l'esprit libertaire qui a inspiré les premiers pas de l'Internet, et donc au partage gratuit. La question de la rentabilité, et donc d'un marché pour ce type de bande dessinée, est complexe.
Débuts hésitants sur le web francophone Enthousiasme tardif et de courte durée
En 1997, la bande dessinée interactive fait ses premiers pasPremiers pas de la BD interactive, Le Monde, 20 janvier 1997.. Après des tentatives coûteuses de réalisation du CD-rom, c'est Internet qui accueille la bande dessinée qui s'y trouve à son aise alors que la technologie laisse encore peu de place à l'animation ou au son et privilégie les images légères à télécharger. Le festival d'Angoulême consacre des conférences à cette union, ainsi que 8 postes informatiques en accès librePremiers pas de la BD interactive - Au Festival d'Angoulême., Le Monde, 20 janvier 1997. La même année, Luz fait figure de précurseur avec Ramon et PedroL'éléphant contre la souris., Le Monde, 20 janvier 1997 : produite par Multimania et publiée par Wanadoo, cette série intégrait du son, de l'animation et de l'interactivité ; hormis les 5 premiers épisodes, les suivants étaient réservés aux abonnés de Wanadoo.
Dès 1998, certains auteurs de Fluide glacial publient dans la rubrique @Fluide du site du magazine, qui a donné naissance au webzine @Fluidz en 2000. C'est aussi cette année-là que naît la première communauté d'auteurs de bande dessinée amateurs : BDAmateur.
En 1999 le site de publication Coconino WorldCoconino, les bulles crèvent l'écran, Sud Ouest dimanche, 14 décembre 2003 ouvre ses portes pour publier aussi bien de jeunes auteurs issus des formations de bande dessinée d'Angoulême, que des trésors du patrimoine de la bande dessinée et de l'image narrative.
En 2000, un annuaire ouvre ses pages pour référencer la production en ligne francophone, c'est le futur Abdel-INNNeuvième art, Le Figaro – Planète web, 12 juin 2000. C'est cette même année que fleurissent les bandes dessinées interactives, propulsées par des startups Internet : notamment John LecrocheurSélection digitale. L'an II de la techno-fiction., Libération, 10 mars 2000. en France ou L'Oreille coupée au CanadaLe tueur avait-il l'oreille coupée ?, Le Monde des livres, 23 janvier 2004..
Ravages de la bulle Internet
En 2001, les éditions Dupuis investissent plus de 2 millions de francs dans I/O Interactifs, les créateurs de John Lecrocheur, afin d'en détenir 51 %Les Éditions Dupuis investissent dans un producteur de contenus en ligne., La Tribune, 6 février 2001.. Quelques années plus tard, I/O Interactifs disparaissent d'Internet, avec la série qui les avait fait connaitre et les premiers épisodes d'une nouvelle série dont la parution avait débuté. Cet exemple illustre l'impact de l'explosion de la bulle Internet sur les premières initiatives professionnelles en matière de bande dessinée en ligne.
À cette même période, tous les indicateurs sont au beau fixe pour la bande dessinée traditionnelle : chaque année la production et les ventes atteignent de nouveaux records, comme l'attestent les bilans de l'association des critiques de bande dessinée.. Les quelques auteurs professionnels qui s'intéressent alors à une création en lien avec Internet (à l'image d'Yslaire qui change d'éditeur pour se consacrer à ses activités multimédiaGUIDE - Sélection digitale. Strips à la mode.com. Les sites de BD pullulent sur l'Internet., Libération, 28 janvier 2000) s'en détournent progressivement. Les maisons d'édition adoptent une position attentiste, à la fois curieux de l'intérêt potentiel du public pour ce nouveau support et inquiets de la protection des droits d'auteursLa fin du livre ?, Trends/Tendances, .. Internet n'offre alors aucune opportunité de publication, c'est pourquoi l'essentiel de la production est l'œuvre d'auteurs amateurs. Ces derniers publient principalement des planches scannées, bien que quelques-uns s'emploient à explorer d'autres voies dans une démarche qualifiable d'underground.
En 2001, Lapin de Phiip marque l'avènement du premier webcomic quotidien francophone. Cette série est rejointe par plusieurs autres, autour d'une ligne éditoriale d'humour absurde, certaines sont traduites de l'anglais (Red Meat, Bigger than cheese, Oglaf, Les Céréales du dimanche matin…) et d'autres sont des créations francophones originales (Les philosophes, La Dissonance des corps…)La Toile fait des bulles., Le Figaro, 25 janvier 2005. Le webcomic Lapin présente d'ailleurs quelques originalités par rapport au modèle anglophone, notamment le fait qu'il soit en lecture verticale et qu'il soit fait en photomontage (les premières années, Lapin est aujourd'hui dessiné). La verticalité et le photomontage ont d'ailleurs influencé d'autres webcomics du portail Lapin, ainsi, il en est de même pour les philosophes qui existe depuis 2008 (une bande dessinée d'humour absurde autour de la philosophie).. Tout comme pour Lapin, la tendance semble d'aller du photomontage intégral au dessin sommaire.
En 2002, l'annuaire des BD en ligne devient Abdel-INN, se voulant une « auberge espagnole » de tous les récits graphiques en ligneL’auberge à bande dessinée, Le Monde Des Livres, 28 janvier 2005, il accorde une place importante aux commentaires et aux contributions du public.
En 2003 Magelis propose aux visiteurs de la Fête de l'Internet de créer et publier leur bande dessinée en ligneFête de l'Internet - un déluge d'initiatives., Le Figaro, 11 mars 2003.
En octobre de la même année démarre un des premiers projets de traduction informatisée de BD en ligne, avec Megatokyo., de Fred Gallagher.
Structuration du marché anglophone Dès la fin des années 1990, les webcomics se sont multipliés, conjointement à la démocratisation d'Internet dans les pays anglosaxons. Ce type de contenu a su prendre les devant sur d'autres multimédias (vidéo, jeu en ligne…), qui nécessitaient des réseaux plus véloces et s'avéraient donc plus onéreux à déployer dans les premières années de développement d'Internet.
En 2000 Scott McCloud a dressé le bilan du marché du comic anglosaxonMcCloud, Scott (2000). Réinventer la bande dessinée, Paris, Vertige Graphic, 2002 , traduit de l'anglais : Reinventing Comics, New York: Paradox Press. , suggérant que le webcomic était la solution à la crise traversée par son grand-frère. Depuis plusieurs années, le comic est fragilisé économiquement par une crise de son réseau de distribution et par une marginalisation de son publicComics : les superhéros américains assiégés, Le Figaro, 9 août 2005.. Le webcomic semble bel et bien avoir bénéficié de cette mauvaise santé, en servant de salut à des auteurs qui ne trouvaient aucun débouché pour leur création dans le secteur traditionnel. Des publics variés se sont tournés vers ce contenu en ligne, exempt de l'image puérile que véhicule le comic de super héros.
En 2001 parait When I am a king de Demian5Le tombeur pharaon., Liberation, 18 mai 2001. qui consacre les idées défendues par McCloud autour de ce qu'il appelle « infinite canvas » (traduit en « toile infinie ») : un récit en ligne peut s'étendre à l'horizontale et à la verticale dans des dimensions virtuellement infinies, contrairement à un récit limité par l'espace de la page de papier. Pour autant les théories de McCloud ne suffisent pas à couvrir tout l'éventail des possibles, puisqu'il élude notamment les apports possibles du son, de l'animation ou de l'interactivité, ainsi que celui de l'instantanéité offerte par la publication sur InternetDessin sur toile., Libération livres, 24 janvier 2002..
2005, année charnière Dans le monde En 2005, le constat est dressé : Internet s'est doté d'un système éditorial propre, pour l'édition de bandes dessinéesInternet, mobiles, consoles : la BD envahit l’univers numérique, Le Figaro, 10 août 2005. Les pays anglosaxons et asiatiques sont montrés du doigt.
Asie
Les Japonais et les Coréens lisent des e-manga et des e-manhwa. En Corée, la bande dessinée en ligne représente près d'un quart du marché de la bande dessinée. Ces populations lisent non seulement sur ordinateur, mais aussi sur téléphone mobile. La console de jeux vidéo PSP de Sony bénéficie également d'une offre de bande dessinée en téléchargement.
En Corée, le SICAF fait la part belle aux Digital cartoons à partir de 2006 avec plusieurs milliers d'euros de prix mis en jeux pour l'ensemble des récits récompensés.
Au Japon en 2009, le chiffre d'affaires annuel de vente de mangas numérisés atteint les 200 millions d'eurosLaBD s'installe sur Internet, Le Firago, 29 janvier 2010. Le manga sur téléphone mobile représente alors 10 % du marché des mangasLes bulles s'éclatent en ligne, Enjeux Les Echos, ..
Monde anglosaxon vignette|La bande dessinée XKCD. Le , lancé en 1998, vit des dons de ses lecteurs, de la publicité et de la vente de produits dérivés. Le portail de Joey Manley est rentable avec ses abonnés. Aux États-Unis, un représente les et récompense de Brian Fies.
Le webcomic se développe, porté par le succès de séries telles que PvP Online de Scott Kurtz, Penny Arcade ou Inverloch. Certains auteurs explorent la publication destinée aux consoles portables, avec des récits tels que NYC2123 conçu pour être lu sur PSPLa BD fait doucement son trou sur le web… mais par la bande, 24 heures, 14 octobre 2006.
L'éditeur DC Comics lance en 2007 un portail d'édition de webcomics afin de publier de nouveaux talents venus d'Internet : Zuda Comics, VNUNet France, 11 juillet 2007.. Le rééquilibrage progressif du marché des comics en direction des webcomics débouche sur un chiffre d'affaires de 300 millions de dollars pour le marché du comics numérique en 2009. Certains auteurs indépendants vivent de leur création : le webcomic XKCD, avec pages vues par jour fait vivre 3 personnesXKCD, une Case en plus, Libération, 21 novembre 2009.
Webcomics publié en livre Quelques exemples de webcomics publié sur papiers :