vignette|redresse=1.4|Relief trouvé à Karnak représentant au début de son règne - Neues Museum (Berlin). vignette|redresse=1.4|Relief représentant Akhenaton après l'an de son règne - Neues Museum (Berlin).

(né probablement entre 1371/1365 av. J.-C. et mort vers 1338/1337 av. J.-C., Titulature utilisée par les égyptologues français, abandonnée par la communauté scientifique car résultant d'une mauvaise transcription du hiéroglyphique en grec par Manéthon. en grec ancien, d'après le nom donné par Manéthon à son prédécesseur ; Manéthon ne le nomme pas explicitement), ou Akhenaton (ou plus rarement Khounaton), est le dixième pharaon de la . Son règne se situe entre 1355/1353 et 1338/1337 av. J.-C.Selon Jaromír Málek, Jürgen von Beckerath, Nicolas Grimal, Rolf Krauss, William Joseph Murnane. La date de son avènement ne fait pas l'unanimité : selon l'existence, ou non, d'une corégence avec son père. Autres avis de spécialistes : -1397 à -1387 (Claude Vandersleyen), -1372 à -1355 (Donald Bruce Redford), -1367 à -1350 (Alan Henderson Gardiner), -1366 à -1349 (Richard Anthony Parker), -1364 à -1348 (Dieter Arnold), -1364 à -1347 (Erik Hornung), -1360 à -1343 (Aidan Mark Dodson), -1358 à -1340 (Cyril Aldred), -1356 à -1340 (Kenneth Anderson Kitchen), -1392 à -1354 (Jürgen von Beckerath), -1352 à -1336 (Ian Shaw), -1350 à -1336 (Edward Frank Wente), -1340 à -1324 (Hans Wolfgang Helck)..

Il est le fils de la reine Tiyi et du roi . Figure controversée, considéré parfois comme l’un des grands mystiques de l’Histoire, il bouleverse, le temps d'un règne, l’histoire de l'Égypte antique en accélérant l'évolution théologique commencée par son prédécesseur. Il impose le culte exclusif de Rê-Horakhty « qui est dans Aton »Le nom du disque solaire, itn, figure déjà dans les textes des pyramides () sans connotation religieuse. Au Moyen Empire, dans le Conte de Sinouhé, il est attesté avec le déterminatif des divinités : il s'agit ici du dieu Aton., dont il est à la fois le prophète et l’incarnation.

Parallèlement à la réforme religieuse, son règne voit l'émergence d'une nouvelle esthétique à la fois baroque et naturaliste : l'art amarnien. L'imagerie royale est la première concernée par ce mouvement qui rompt avec la tradition et représente le pharaon et sa famille dans leur intimité.

Sur le plan politique, les choix d'Akhenaton conduisent à la première grande crise du Nouvel Empire tant sur le plan économique qu'international. Avec ce pharaon considéré comme hérétique, la touche bientôt à sa fin.

Généalogie

Règne Premières années

Une corégence du jeune avec son père reste incertaine. Certains spécialistes la font débuter vers l'an 28 / 29 d', d'autres en 37 / 39N. Grimal, .. Un bas-relief du troisième pylône du temple d'Amon-Rê représente le père et le fils couronnés, participant aux fêtes jubilaires.

La distance prise entre le roi et le clergé d'Amon est déjà attestée sous . La place de Rê, l'influence de la théologie solaire héliopolitaine et les mentions à Aton sont davantage présentes dans les hymnes et dans les titulatures royales.

Vers -1355 / -1353, , couronné sous le nom de Néferkhéperouré , Ouâenrê , alors âgé de moins de seize ansdix ans au plus, selon Marc Gabolde., monte sur le trône d'Égypte.

Avant l'an 4, il est déjà marié à Néfertiti , aux origines incertaines.

Durant les trois premières années de son règne, s'inscrit en continuateur, bien que modéré et déjà novateur, de l'œuvre de son père. Ses constructions à Karnak attestent de cette double tendance. Il ajoute au troisième pylône de Karnak un « vestibule » sur la paroi duquel apparaît une scène de l'imagerie traditionnelle.

Dans le même temps, il fait construire, en dehors de l'enceinte du temple, un sanctuaire dédié à Aton, le Gempaaten ou Gematon . Sur les murs de ses constructions, il continue à inscrire son nom, Amenhotep. Dans le domaine artistique, ses portraits évoluent déjà vers les canons particuliers de l'art amarnien C. Lalouette, ..

En l'an 4 de son règne, Akhenaton prend une décision surprenante : il fait célébrer sa première fête-Sed, rituel jubilaire de régénération, qui marque traditionnellement les trente années de règne d'un souverain. Le roi était-il faible ou souffrant ? Il est plus concevable d'y voir plutôt une étape de sa réforme religieuse : les célébrations ont lieu dans le Gematon, à l'est de Karnak, et Néfertiti y occupe avec son époux le rôle central.

Le contexte dans lequel le roi marque sa profonde , entre l'an 4 et l'an 6, demeure mal connu.

Révolution religieuse

Le jeune souverain impose progressivement d'abord, puis plus brutalement ensuite, une religion que certains qualifient d'hénothéiste et d'autres, de premier monothéisme exclusif (à l'instar des religions abrahamiques : sans nulle dénomination au pluriel de la divinité)Erik Hornung, Les dieux de l'Égypte, l'un et le multiple, Flammarion. connu de l'histoire, privilégiant le culte du disque solaire Aton.

Pour des raisons encore mal connues, vraisemblablement en réaction au conservatisme et à l'hostilité du clergé thébain, Akhenaton abandonne le culte du dieu dynastique Amon, le . Ce monothéisme s'accompagne de l'interdiction, à l'exception de celles du dieu Aton et de la famille royale, des idoles et des images, y compris des images d'animaux. Selon les égyptologues Damien Agut et Juan-Carlos Moreno-Garcia, cette interdiction marque la grande originalité de la révolution atonienne. Ces deux caractéristiques sont reprises par le Deuxième Commandement biblique ().

En l'an 4 de son règne, il fait sa première visite à l'endroit où sera fondée sa future capitale, une cité vierge de la présence du dieu thébain. Il choisit un lieu désertique en Moyenne-Égypte, sur la rive orientale du Nil, à quelque au nord de Thèbes. Il y fait construire la cité d'Akhetaton , l'actuelle Amarna. Les travaux distraient une grande partie des revenus affectés à Thèbes.

En l'an 6, il change de titulature, prend le nom d'Akhenaton, , et quitte la ville d’Amon, Thèbes. La grande épouse Néfertiti porte le nom de Néfernéferouaton, . Toute la cour et l'administration royales déménagent pour la nouvelle résidence, encore inachevée et dont les temples, dédiés au dieu unique Aton, sont construits à ciel ouvert pour permettre à ses rayons bienfaisants d'y pénétrer.

Cette révolution culturelle et religieuse est souvent attribuée au seul Akhenaton. Il semble avoir poursuivi la tendance apparue durant le règne de son père, . Nicolas Grimal parle d'une des principaux dieux sous ce roi. Le culte exclusif du disque solaire en serait un aboutissement logiqueN. Grimal, ..

Avant Akhenaton, Aton était un dieu mineur dont l'existence est attestée dès le Moyen Empire. Au Nouvel Empire, s'est placé sous sa protection et , dont l'une des épithètes était , a encouragé le culte du dieu.

En l'an 9 de son règne, Akhenaton va plus loin, en radicalisant sa réforme atonienne : il ordonne de détruire, dans les principales régions névralgiques du royaume, les images de culte des anciennes divinitésC. Lalouette, ., à l'exception notable de Rê. Afin de mener à bien son magique, il efface l'expression des anciens principes pour faire place à la fonction nouvelle qu'il incarne. En martelant les noms des dieux, dans un système de croyances où le Verbe est créateur, il annule leur faculté à s'incarner et occulte leur influence. Il fait ainsi du disque solaire le dieu universel, l'Unique , le démiurge qui répète son acte créateur à chaque lever du soleil. Pour souligner la royauté céleste d'Aton, le nom du dieu est inscrit dans des cartouches : il est , . Il s'agit d'une forme de monothéisme, grande révolution religieuse dans l'Antiquité.

Le roi est l'image terrestre d'Aton, son ; avec la grande épouse royale, Néfertiti, il est le seul intermédiaire entre la divinité et les humains. À l'instar de la triade Amon – Mout – Khonsou, le couple royal forme avec Aton une triade divine adorée dans les demeures des hauts dignitaires. Le peuple, quant à lui, perpétue dans une grande majorité les cultes privés traditionnels.

D'après Sigmund Freud, le culte du dieu Aton est l'une des premières manifestations de la notion d'infini(1939) Sigmund Freud, , éd. Suhrkamp Verlag, Frankfurt am Main - 1964 Traduit de l’allemand par Anne Berman sous le titre Moïse et le monothéisme et consultable en ligne dans la bibliothèque numérique les Classiques des sciences sociales de l'Université du Québec à Montréal..

Selon les égyptologues contemporains, la notion d'infini est déjà comprise dans l'Ouroboros, le serpent qui se mord la queue, symbole du monde non manifesté, qui pouvait aussi entourer le dieu Soleil, Rê.

Selon certains auteurs, l'innovation d'Akhenaton consiste à imposer sa logique unilatérale et dogmatique, refusant tout pluriel dans la notion de divinité. Elle se manifeste par l'intolérance envers les autres divinités, que le pharaon considère comme néfastes à sa doctrine personnelle. Or l'univers religieux égyptien traditionnel exclut que la destruction ou la dévalorisation d'une divinité ou de l'ensemble des divinités défende l'approche de la réalité du sacré. Au contraire, il y voit une forme de tyrannie religieuse. Dès la mort d'Akhenaton, il s'empressera de faire oublier son nom et prendra soin de rétablir le polythéisme hénothéiste traditionnel. Pour les prêtres égyptiens, la réalité du sacré est un ensemble complexe, compréhensible seulement à partir de nombreuses échelles, qui entraînent des correspondances physiques et métaphysiques.

Révolution artistique vignette|Buste de NéfertitiCalcaire peint. H 48 cmMusée égyptien de Berlin.

L'art amarnien se caractérise par un style naturaliste où abondent les plantes, les fleurs et les oiseaux, ainsi que, dans des cas extrêmes, par un (Jean Leclant) qui pousse jusqu'à la caricature. Ainsi, les statues colossales découvertes dans le temple d'Aton à Karnak sont à l’opposé de l’art classique idéalisant : elles montrent le roi avec un corps androgyne, aux hanches exagérément larges, le ventre proéminent, le cou allongé, la tête dolichocéphale et les lèvres charnues.. D’autres statues le montrent presque nu et asexué. Sur un bas-relief conservé au Neues Museum de Berlin, Néfertiti et les jeunes princesses sont représentées avec le même visage étiré en longueur, en tout point identique à celui d'Akhenaton qui leur fait face.

Certains archéologues estiment par conséquent que l’iconographie d'Amarna se conforme à une exigence de pharaon, qui voulait que fût mis en évidence le lien exclusif unissant la famille royale au dieu unique, créateur de toute vie. En effet, l'art amarnien est un art de cour qui, tout comme l'art traditionnel et ses conventions figuratives, respecte les normes qu’impose une perspective hiérarchique.

Il se peut qu’Akhenaton ait eu un physique très ingrat, voire un handicap. L'historien de la médecine a ainsi avancé l'hypothèse selon laquelle le roi aurait été atteint d'un trouble endocrinien complexe ou d'une maladie génétique rare et transmissible à sa descendance : le syndrome de Marfan ou de Prune Belly. Il a proposé aussi d'autres pathologies : syndrome paranéoplasique, syndrome de Klinefelter.. Marc Gabolde évoque le syndrome de Barraquer-Simons (lipodystrophie rare et acquise, d'étiologie inconnue).. Des études récentes avancent l'hypothèse qu'il était atteint d'un trouble métabolique, l'homocystinurieHomocystinuria, a Possible Solution of the Akhenaten’s Mystery.. La représentation artistique de certains membres de la cour amarnienne disposant, dans de moindres mesures, des mêmes déformations rend cette théorie peu plausible. Des historiens mentionnent que le roi aurait été atteint d'épilepsie, provoquant chez lui de longues crises hallucinatoires et douloureuses.

Ce roi mystique serait doté de talents de poète, s'il est vrai qu'il a lui-même composé le grand hymne à Aton gravé dans la tombe d'Aÿ.

Cœur du règne vignette|Buste d'Akhenaton. Calcaire autrefois peint (Louvre, E11076).