vignette|upright=1.5|Frise historique vignette|Le complexe funéraire de Gizeh, Ancien Empire égyptien, v. 2600-2500 vignette|Le « caillou Michaux », stèle babylonienne du inscrite en écriture cunéiforme. Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France. vignette|Détail du fût de la colonne Trajane, Rome, début .

L'Antiquité (du latin antiquus signifiant « antérieur, ancien ») est une époque de l'histoire. Classiquement, elle couvre la période allant de l'invention de l'écriture, vers 3400-3200 , jusqu'à la chute de l'Empire romain d'Occident, en 476. Elle couvre l'Europe, l'Asie occidentale et le nord de l'Afrique.

Par le développement ou l'adoption de l'écriture, l'Antiquité succède à la Préhistoire. Certaines civilisations de ces périodes charnières n'avaient pas d'écriture, mais sont mentionnées dans les écrits d'autres civilisations : on les place dans la Protohistoire. Le passage de la Préhistoire à l'Antiquité s'est donc produit à différentes périodes pour les différents peuples.

De la même manière, dans l'historiographie occidentale, l'Antiquité précède le Moyen Âge qui précède lui-même l'Époque moderne. Cette périodisation n'est pas forcément adaptée hors du monde occidental et vouloir l'appliquer nolens volens n'a pas grand sens.

La majorité des historiens estiment que l'Antiquité commence dans la seconde moitié du avant notre ère (v. 3500−3000 ) avec l'invention de l'écriture en Mésopotamie et en Égypte. Ces deux civilisations fondent les premiers États et les premières villes, puis développent des royaumes territoriaux de plus en plus stables et étendus, ces phases de croissance étant interrompues par des périodes de division et d'instabilité. L'Égypte antique se forge dès le début autour du principe idéal d'une monarchie unifiée, dominant toute la vallée du Nil et s'étendant au-delà pour obtenir les ressources dont elle a besoin.

Le premier développement de la Mésopotamie se fait en particulier autour de sa région la plus méridionale, le pays de Sumer, au , où se constituent notamment l'écriture cunéiforme qui sera reprise par de nombreux pays du Proche-Orient ancien, et une culture savante qui sert également de référence même longtemps après sa disparition en tant qu'entité culturelle (autour de la fin du même millénaire). Son héritage est préservé et prolongé au millénaire suivant par des peuples parlant une langue sémitique, l'akkadien, qui coexistaient avec elle jusque-là, finalement rassemblés autour de la monarchie de Babylone. Plus au nord émerge dans la seconde moitié du une autre puissance mésopotamienne, l'Assyrie. Aux marges de ce premier monde antique se trouvent la civilisation de l'Élam dans le sud-ouest de l'Iran, et celle des Hittites au cœur de l'Anatolie. À la même époque, le Nouvel Empire égyptien porte la puissance de ce pays à son apogée.

Après une phase de reflux marqué à la fin du , de nouvelles entités ethniques et culturelles se forment à partir du moule antérieur, en particulier en Syrie et au Levant (Araméens, Phéniciens, Philistins, Israélites). Au début du , l'Assyrie pose les bases d'un empire qui domine progressivement la majeure partie du Moyen-Orient. Lui succède à la fin du un empire de Babylone, dont la conquête par les Perses en 539 marque la fin de la domination mésopotamienne. L'Empire perse s'étend plus loin que ses prédécesseurs, intégrant notamment l'Égypte, qui n'était pas parvenue à restaurer sa puissance passée.

L'Antiquité classique, qui va d'environ 776 (date supposée des premiers Jeux olympiques) jusqu'à la crise de l'Empire romain du (au plus tard jusqu'en 284 avec l'avènement de Dioclétien), est traditionnellement la période de référence de l'Antiquité, celle des civilisations grecque et romaine classiques. Elle est en particulier marquée dans sa première partie par l'émergence de la civilisation grecque antique puis le rayonnement culturel d'Athènes, et sa rivalité avec Sparte, la résistance des deux aux tentatives d'hégémonie perse. Le rayonnement de la culture grecque s'étend avec la conquête de l'Empire perse par le roi macédonien Alexandre le Grand, qui marquent le début de la période hellénistique, durant laquelle des dynasties gréco-macédoniennes dominent les pays des plus anciennes civilisations antiques.

Dans l'ouest du monde méditerranéen, l'Italie passe au même moment sous le contrôle de la République romaine, qui étend ensuite sa domination sur toutes les rives de la Méditerranée, soumettant les royaumes hellénistiques, et s'imprégnant profondément de culture grecque. À la fin du , Rome devient une monarchie, l'Empire romain, qui connaît son apogée au (la pax romana), avant de connaître une période d'instabilité interne et de menaces extérieures au face à un nouvel Empire perse à l'est et aux raids de peuples « barbares » sur sa frontière nord.

La date de fin de l'Antiquité est débattue et imprécise. La déposition du dernier empereur romain d'Occident en 476 est un repère conventionnel pour l'Europe occidentale, mais d'autres bornes peuvent être significatives de la fin du monde antique. Mais la notion d'Antiquité tardive s'est imposée depuis les années 1970, définissant une période à cheval entre l'Antiquité et le haut Moyen Âge conventionnels, connaissant de profonds changements politiques, économiques et culturels, avec la christianisation, qui amène par exemple une redéfinition de l'héritage classique, et plus largement donne un poids croissant au fait religieux. Elle se prolonge au moins jusqu'à la conquête musulmane (au plus tard en 800).

Contours et définitions La notion d'« Antiquité » vignette|Statue en bronze du Dieu de l'Artémision, v. 460 av. J.-C. Musée national archéologique d'Athènes. vignette|Fantassins perses, détail de la « frise des archers » du palais de Darius à Suse (Iran). V. 510 , musée du Louvre.

La notion d'une époque historique désignée comme l'Antiquité a des racines anciennes. Durant le Haut Moyen Âge, les mots latins antiquus ou antiquitas peuvent désigner la période gréco-romaine. Parmi les auteurs italiens de la fin du Moyen-Âge, Dante emploie le terme antico en 1303-1308 pour désigner les périodes pré-chrétiennes, et Boccace utilise antichità comme d'une période historique. L'émergence de cette notion s'accompagne de celle des grandes autres périodes historiques, le Moyen Âge et l'époque moderne. La division tripartite ancien-médiéval-moderne est déjà visible à la Renaissance (Leonardo Bruni, Flavio Biondo) et à la fin du chez Christoph Cellarius (Christoph Martin Keller). Ce dernier publie en 1685 une Historia antiqua en latin (suivie par une Historia medii aevi et une Historia nova, ensuite réunies dans une Historia universalis), et situe la transition vers l'époque médiévale durant la période qui va de Constantin à la fin de l'Empire romain d'Occident. En français, le terme « antiquité » désigne certes une période historique chez Montaigne (v. 1580). Mais les termes d'« antiques » et d'« antiquités » sont alors avant tout employés à propos d'œuvres d'art anciennes, dignes d'être collectées et imitées, le cadre chronologique et culturel n'étant affiné que progressivement. L'antiquaire français Bernard de Montfaucon publie en 1719 L'antiquité expliquée et représentée en figures qui prend pour objet les œuvres d'art grecques et romaines jusqu'à la fin du . En allemand coexistent deux termes pouvant servir à désigner une période « antique », Altertum et Antike. Au , les travaux fondateurs de Johann Joachim Winckelmann sont décisifs pour l'histoire de l'art antique, avec une approche historique reposant sur l'étude des styles, et Auguste et Friedrich Schlegel étendent son approche à la littérature. Se répand dès lors le concept d'une période « antique », par opposition à une époque « moderne », qui en vient finalement à désigner la culture antique (et plus particulièrement sa littérature), puis la période des civilisations grecque et romaine, souvent sous la forme de la paire « Antiquité classique » (allemand klassisches Altertum, anglais Classical Antiquity). Friedrich August Wolf oppose cette Antiquité classique à l'Antiquité « orientale », qu'il juge inférieure, et forge le concept de « sciences de l'Antiquité » (Altertumswissensschaft). La notion d'Antiquité en tant qu'époque historique s'impose progressivement au , d'abord chez les historiens de l'art, puis en histoire littéraire et enfin dans les études historiques en général. L'idée d'« Antiquité » en tant que période historique est bien établie au début du , au moins à partir des années 1920.

Cette périodisation de l'histoire qui se met en place en Europe après la fin de l'époque médiévale repose souvent sur des critères moraux. Ceux-ci conduisent progressivement à l'idéalisation de l'Antiquité gréco-romaine, par contraste avec le « Moyen Âge » perçu sous un jour négatif, comme une période intermédiaire et obscure marquée par la décadence et le déclin des connaissances. Nouveau contraste, le début de l'époque moderne marque une « Renaissance », portée par la redécouverte des savoirs de la période antique. Cette opposition résulte en bonne partie de l'approche des Humanistes de la première modernité qui se considéraient comme les artisans de la revivification des arts et des sciences. Ce découpage est désormais critiqué par son approche du Moyen Âge, défini par la négative et vu comme une période intermédiaire, une sorte d'« Âge sombre » de la civilisation, qui n'est plus vraiment opératoire au regard des évolutions de la recherche historique.. L'émergence de la notion d'« Antiquité tardive » est en partie destinée à résoudre ce problème en constituant une périodisation plus pertinente réunissant la fin de l'Antiquité et le début du Moyen Âge, notamment sur des critères politiques et culturels.

L'étude de l'Antiquité

L'histoire de l'Antiquité européenne s'appuie traditionnellement sur l'exploitation des textes hérités de l'Antiquité, en premier lieu ceux des historiens antiques (Hérodote, Thucydide, Tite-Live, Polybe, etc.), et plus largement toute la littérature grecque et latine qui a continué à être recopiée, donc le champ des « études classiques », qui prend en particulier son essor à partir de la Renaissance. Comme pour les autres périodes de l'histoire, l'histoire antique se constitue progressivement en champ d'étude autonome à partir de la fin du et au , avec la création de chaires académiques, de revues et séries de livres spécialisés, etc. tout en adoptant les principes de la discipline historique « scientifique » qui se mettent alors en place Christopher Stray, « The History of the Discipline », dans ...