vignette|redresse=1.6|Frontispice et page de titre du Bail des gabelles (1687).
La gabelle est un impôt sur le sel ayant existé au Moyen Âge et à l'époque moderne en France, en Suisse, en Savoie et en Lorraine. Des taxes similaires étaient également perçues en Chine, au Japon et en Inde britannique.
C'était alors en France l'une des aides ou taxes indirectes. Les gabelous se chargeaient de la récolte de la gabelle..
Étymologie Le substantif féminin (consulté le 6 mars 2016). (consulté le 6 mars 2016).Entrée dans .. gabelle a été emprunté à l'italien , qui aurait été lui-même emprunté à l'arabe (« impôt sur certaines denrées »)D'autres étymologies ont aussi été données :* Gilles Ménage, dans Les origines de la langue française, répertorie les différentes origines possibles du mot ;* Guichard le fait dériver du mot hébreu gab qui désigne une redevance,* Charles du Fresne, sieur du Cange, le rapproche du mot gablum, du saxon gabel qui signifie tribut* Eugène-Pierre Beaulieu rapproche le mot gabelle du latin gabella ayant donné par contraction gablium, gaulum, puis gablagium, gablaigium, gabalum, gabulum, gavelum, gavulum, hagabulum qui ont le sens général de « redevance ».. Le mot désignait à l'origine un impôt indirect, prélevé notamment sur des articles de la production industrielle ou agricole en France durant le Moyen Âge et l'Ancien Régime (gabelle des vins, des draps, du blé)Définition, TLFI, Le Trésor de la Langue Française informatisé (1971-1994).. À partir de 1342, le terme est réservé au sel..
Principe thumb|Guipry : la plaque de rue de la Rue des Gabelous (ancienne caserne des Gabelous). Le principe général est le suivant : le sel fait l'objet d'un monopole royal. Il est entreposé dans des greniers à sel, où la population l'achète taxé et au détail. La gabelle représente, à l'époque moderne, environ 6 % des revenus royaux.
Le sel fut longtemps le seul moyen de conserver les aliments et était donc une denrée de première nécessité. Avec le sel, on fabriquait des salaisons et l'on séchait poissons et viandes. Il était également un élément nutritif indispensable pour le bétail. Enfin, il fut sous l'Ancien Régime utilisé comme monnaie d'échange et il possédait même une fonction de salaire, dont on retrouve le sens étymologique dans salarium en latin qui signifiait « ration de sel » puis, par extension, la pratique du traitement, du salaire à l'époque romaine.
Histoire France Cette redevance existait à l'époque romaine. Elle semble n'être apparue dans le royaume de France que sous les Capétiens. On trouve une première mention sous le règne de , en 1246, dans les privilèges et coutumes qu'il donne à Aigues-Mortes : . confirme ce privilège de non-imposition du sel à Aigues-Mortes dans des lettres de . On peut en déduire que cet impôt était alors connu. Charles d'Anjou, frère de avait établi une gabelle sur le sel dans ses domaines d'outre-Rhône, en terre d'EmpireJacques de Romefort, L'ancêtre de la gabelle : le monopole du sel de Charles d'Anjou, dans Revue historique de droit français et étranger, 1954, ., mais Charles d'Anjou n'a fait que reprendre des dispositions adoptées par les comtes de Provence de la maison de Barcelone qui s'étaient attribué le monopole du commerce du selJacques de Romefort, Aux origines provençales de la gabelle. Le monopole du sel à Tarascon en 1150, dans Provence historique, 1956, numéro spécial, (lire en ligne).Alain Venturini, « Le sel de Camargue au Moyen Âge », dans sous la direction de Jean-Claude Hocquet, Jean-Luc Sarrazin, Le sel de la baie, Presses universitaires de Rennes, , Rennes, 2006, , (lire en ligne).. Le roi de France, avant l'établissement de la gabelle du sel, possédait le salin de Carcassonne et avait acheté le salin bien plus important de Peccais près d'Aigues-MortesEdmond Meynial, Études sur la gabelle du sel avant le en France, dans Tijdschrift voor Rechtsgeschiedenis. Revue d'histoire du droit, 1922, volume 3, , ..
Sous Philippe le Bel (1268-1314) le sel se vendait librement à Paris. Il en est de même sous Louis le Hutin (1289-1316) comme le montre une ordonnance datée du qui tente de lutter contre la hausse des prix du sel. L'ordonnance autorise certains représentants du roi à perquisitionner les lieux privés et à mettre en vente le sel accumulé au juste prix. Herbert S. Foxwell suppose que cette possibilité de s'enrichir par la vente du sel a donné au roi l'idée de faire la vente du sel à son profit car dans son ordonnance du Encyclopédie méthodique., Philippe V le Long déclare que cette imposition de gabelle « moult déplaisant au peuple » ne serait pas perpétuelle. Du Cange écrit dans son article Gabella salis que, dans une ordonnance de Philippe VI de 1331, il est écrit que pour subvenir aux frais de la guerre, il établit dans tout le royaume des greniers à sel dont les juges sont nommés souverains-commissaires, conducteurs et exécuteurs des greniers et gabelles.
L'ordonnance de du reprend les termes de celle de 1318 et peut être considérée comme un renouvellement. Les guerres continuelles soutenues par l'ont amené à augmenter cette imposition. C'est ce qu'il exprime dans l'ordonnance du .. Cette ordonnance prévoit un premier établissement de greniers et une ébauche d'administration financière spéciale aux gabelles et aux greniers. Cet impôt ne change alors rien à la liberté de commerce du sel, ce que confirme le règlement pour la police générale du royaume fait par le dans lequel le sel est soumis aux mêmes lois que les autres denrées. Pour soutenir la guerre contre les Anglais, le roi fait réunir les États de langue d'oïl et coutumiers en 1355. Une ordonnance du arrête que, pour soutenir les frais de l'armée, il est imposé dans tout le pays coutumier, sur le sel, une gabelle levée suivant certaines instructions dressées à ce sujet. En , le roi rend une ordonnance indiquant qu'après avoir réuni les États de langue d'oïl, du pays coutumier et deçà de la rivière de Dordogne pour avoir conseil sur le fait des guerres et des mises nécessaires, la majorité des personnes des trois États avaient accepté une imposition de huit deniers pour livre et la gabelle du sel, mais si ces aides étaient insuffisantes et désagréables au peuple, les États avaient décidé de se réunir en . Ayant constaté que ces aides n'étaient pas suffisantes et la gabelle n'était pas agréable, ils ont accepté d'accorder une aide au roi mais en supprimant la gabelle. Cependant, pendant l'emprisonnement du roi à Londres, les États se sont réunis à Compiègne en et ont voté une seconde augmentation du prix du sel. Il est alors décidé que des greniers doivent être établis dans les bonnes villes du royaume, que le roi achète le sel aux marchands et que les grenetiers le revendent pour le compte du roi un cinquième de plus. Les lettres patentes de , alors régent du royaume, du confirment l'établissement de ces greniers à sel et la levée de la gabelle du sel. L'ordonnance d' fixe le prix du sel. Les États des sénéchaussées de Beaucaire et de Nîmes ont accordé au roi un droit de gabelle qui devait finir en , mais le , le roi a pris une ordonnance pour continuer à percevoir cette gabelle. Le droit de gabelle n'est payé qu'une seule fois, on est ensuite libre de vendre le sel. Ceux qui avaient payé la gabelle recevaient une quittance pour en attester. Face aux plaintes exprimées par les États tenus à Compiègne en 1366 ou 1367, le roi rend une déclaration le réduisant de moitié la gabelle. La gabelle est établie en Languedoc en 1367 mais pas en Dauphiné. Pour réprimer les fraudes qui en résultaient, donne des lettres patentes le imposant la gabelle au sel qui sort du Dauphiné. Bien que la gabelle du sel n'ait été prévue que pour un temps, elle a continué à être prélevée.
Au , les plaintes commencent, elles ne cesseront plus. « En ce mois de , dit le continuateur de Nangis, notre roy Philippe mit sur le sel une exaction dite gabelle, d’où il acquit la male grâce du peuple ». À la même époque (1342), sont créés les Greniers à sel, tribunaux chargés de juger toutes les contraventions relatives à la gabelle et dont les appels, plus tard, durent être portés devant la cour des aides. En 1343, par ordonnance du roi, le sel devient un monopole d'État. Taxe modeste d'abord, de deux deniers par minot, elle est déjà de huit sous pendant le règne de et l’impôt, malgré de solennelles promesses, devient permanent.
L'histoire de la gabelle jusqu'en 1661 a été divisée en trois étapes par Eugène-Pierre Beaulieu : de 1342 à 1547 : le sel est soumis à une taxe, variant dans le temps et les provinces, mais son commerce est libre, au moins en principe. La vente en gros est monopolisée par le roi. Les vendeurs au détail, ou regrattiers, doivent le lui acheter. Après la mort de , l'organisation qu'il a réussi à mettre dans les revenus de la couronne va disparaître, entre 1383 et 1435. a remis en place l'organisation de la gabelle, de la taille et des aides ; par les lettres patentes du , l'État se réserve le monopole de la vente du sel dans des greniers, mais n'exerce pas lui-même la vente, il s'en dessaisit au profit de marchands adjudicataires qui la prennent à bail après enchères. Les baux sont consentis pour dix ans pour au moins un grenier et au plus trois. Cela concerne l'outre-Seine et la Bourgogne. Rien n'est modifié dans le Midi. Pour l'ouest et le sud-ouest, et vont y introduire progressivement la gabelle au prix de révoltes réprimées durement, comme la jacquerie des Pitauds. Dès 1559, les marchands adjudicataires vont tenter de se réunir. Cela aboutit en 1578 avec la ferme générale des droits de gabelle ; vers 1598 s'ouvre la troisième période, Sully va opérer la réunion des droits de gabelle et de « fournissement des greniers » qui est un monopole. Ils sont affermés dans les pays de gabelles. La ferme générale des grandes gabelles est cédée par le bail du à la compagnie dont Claude Josse est le prête-nom.
La gabelle est abolie par l'Assemblée nationale constituante le Françoise Deshairs et Véronique Faucher, Briançon, ville forte du Dauphiné, livre + CD-ROM, La Maison d'à-côté et Fortimédia, , 2006, sur le CD-ROM., c'est Prieur de la Marne qui présente le rapport de suppression. Mais l’impôt sur le sel réapparut néanmoins en 1806, sous . Sous la République, le gouvernement provisoire supprime l'impôt sur le sel par un décret du . Mais, par la loi du , l'Assemblée nationale abroge le décret avant qu'il n'entre en vigueur. Le Second Empire puis la le maintiennent. Sous la , l'Assemblée constituante le supprime par la loi du Jean Chazelas, La suppression de la gabelle du sel en 1945 - Le rôle du sel dans l'histoire : travaux préparés sous la direction de Michel Mollat du Jourdin (Presses universitaires de France, 1968), .https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000692898..
Au , le sel est soumis à la même taxe sur la valeur ajoutée que la plupart des autres produits alimentaires, au taux de 5,5 %https://www.svp.com/note-expert/gestion-financiere-admin-fiscale/fiscalite-et-comptabilite-des-entreprises/quel-est-le-taux-de-tva-applicable-aux-additifs-alimentaires-aromes-colorants-antioxydants-epaississants.
Autres pays Le monopole du sel, la gabelle ou des institutions très proches ont existé en Chine, au Japon, dans les Indes britanniques, dans le duché de Lorraine, les États de Savoie et en Suisse.
Voir aussi : Histoire du sel#Taxations, traités et guerres du sel
Recouvrement Affermage Comme pour beaucoup de taxes et impôts royaux, la gabelle est souvent « affermée », c'est-à-dire confiée à des intermédiaires (les fermiers) qui avancent son produit au roi, à charge pour eux de recouvrer les sommes dues par la population.
En 1653, six fermes subsistaient : gabelles de France, gabelles de Languedoc et Lyonnais, gabelles de Dauphiné, Provence et douane de Valence, gabelles de Lorraine, gabelle des trente-cinq sols de Brouage et gabelle des crues d'Iguerande.