vignette|Proche-Orient et Asie centrale, vers l'an 400

Les origines de l'islam et la naissance du Coran prennent principalement place dans le contexte de l'ArabieHawting rappelle que le terme "Arabie" peut avoir désigné des entités différentes selon la période et dépasse la définition actuelle la limitant à la péninsule arabique Hawting, EQ préislamique. Or celle-ci se trouve au carrefour de plusieurs cultures et traditions religieuses et est en cela G. Dye, M. Amir-Moezzi, « Introduction générale », Le Coran des historiens, Paris, 2020, et suiv.. Il serait erroné de voir la naissance de l'islam sous l'influence d'une seule communauté ou dans un monde fermé aux influences extérieures.

Le Coran et l'islam naissent dans un contexte incluant à la fois des particularités propres provenant de ses origines arabes mais appartenant à un contexte de productions littéraires et intellectuels commun avec le monde méditerranéen. Pour désigner ce contexte et cette zone caractérisée par des échanges importants, les islamologues utilisent le terme d'« Antiquité tardive ». Il est donc nécessaire pour étudier le contexte d'apparition du Coran de prendre en compte ce double héritage, celui de l'Antiquité tardive et celui d'une Arabie possédant des particularités.

La recherche scientifique sur les origines de l'islam nait principalement au , en particulier des recherches de l'orientaliste allemand Theodor Nöldeke (1836 - 1930). Elle s'appuie alors sur les sciences historiques dont la philologie, servant à la même époque aux recherches bibliques. Elles s'est développée jusqu'aux années 1970, période à laquelle la crédibilité des sources musulmanes anciennes a commencé à être interrogéeM. Amir-Moezzi, G. Dye, "Introduction générale", Le Coran des Historiens, 2019, Paris, et suiv.. À la démarche philologique se sont alors ajoutées d'autres approches, comme la méthode historique et l'archéologie. Cette connaissance des origines de l'islam est encore peu connue du grand public. L'exégèse historico-critique du Coran a acquis une renommée auprès des non-spécialistes à la suite de différentes affaires comme celles du Coran de Sana'a, de l'affaire Anton Spitaler et de la publication de l'ouvrage de Christoph Luxenberg : Die Syro-Aramäische Lesart des Koran: Ein Beitrag zur Entschlüsselung der KoranspracheTraduction du titre : "Lecture syro-araméenne du Coran. Contribution pour décoder la langue coranique"..

Racines et naissance de l'islam selon la tradition musulmane

Récits traditionnels Selon les récits traditionnels sur les origines de l'islam, la ville de La Mecque appartenait à la tribu des Quraysh à laquelle appartenait Mahomet. Cette ville n'était pas une oasis et donc pas une ville agricole. Sa richesse proviendrait de son emplacement sur les voies commerciales et de la présence de la Kaaba. La ville de La Mecque était déjà un centre religieux, pour certains des polythéistes arabes. La sîra présente La Mecque comme un environnement principalement païen. À l'inverse, Médine est une ville décrite comme plus cosmopolite avec la présence de plusieurs clans juifsFr. Donner, "The historical context", The cambridge companion to the Qur'an, Cambridge, 2007, et suiv..

Selon la tradition islamique, Mahomet serait né vers 570 à La Mecque. Il devient orphelin dès son jeune âge et fut élevé par son grand-père puis par son oncle. Il entre alors au service d'une riche veuve Khadija qui organisait des caravanes marchandes. C'est en 610 que, pour la première fois, l'archange Gabriel (Jibrîl) lui serait apparu dans la grotte « Hirâ' », où il avait coutume de se recueillir, et lui transmet la révélation, la parole de Dieu. Mahomet fonde alors un groupe de croyants qui s'appelleront les musulmans : nommés ainsi en référence au prophète Abraham (Ibrāhīm). Musulman désigne celui qui se donne, qui se soumet volontairement à Allah, « Dieu ». Mahomet et ses compagnons auraient alors été persécutés par les Mecquois. L'ordre est donné aux musulmans mecquois d'émigrer à Yathrib (Médine) en 622. En 624, a lieu la bataille de Badr. Les Mecquois prendront leur revanche lors de la bataille de Uhud, en 625.. Mahomet retournera à Médine, où il décéderait en 632 âgé de soixante-trois ans après une courte maladieAbdul-Rahman Arabi, L'Islam et la guerre à l'époque du prophète Mahomet, éd. Les Presses de Savoie, 1954, . Peu après, l'islam se serait diffusé grâce à des victoires militaires.

Critique de la vision traditionnelle

Les nouvelles recherches permettent de renverser l'image préconçue et traditionnelle sur l'Arabie préislamique et les inscriptions permettent d'inscrire celle-ci dans le contexte de l'Antiquité tardiveChristian Robin, « L'Arabie préislamique », dans Le Coran des Historiens, t. 1, Editions du Cerf, 2019, et suiv... Ainsi, l'idée qui dominait dans la recherche jusqu'à une période récente était que la péninsule arabique aurait alors été essentiellement dominée par une société de type nomade. Cette hypothèse semble maintenant peu crédibleAlfred-Louis Premare, Les fondations de l'islam : entre écriture et histoire, Paris, Seuil, coll. « Entre écriture et histoire », 2002, 522 p. , « Les marchands », . Ainsi, pour Robin, contrairement à une sur-évaluation du rôle des nomadesL'auteur donne trois raisons à cette surévaluation des nomades : Elle "vient de la place importante qu'ils occupent dans la poésie préislamique, l'un des fondements de l'identité arabe; elle est due également au fait que les savants du Bas-Iraq, à l'époque abbasside, ont considéré les nomades comme des modèles, notamment en matière de langue et de généalogies. Chez les savants européens, elle est un héritage de la fascination que le désert et les bédouins ont exercée sur les explorateurs de l'époque coloniale", « il n'est guère douteux qu'au début du , les sédentaires sont beaucoup plus nombreux que les nomades »Chr. Robin, « La péninsule arabique à la veille de la prédication muhammadienne », Les débuts du monde musulman (- SIÈCLE), de Muhammad aux dynasties autonomes, PUF, 2012, .. De même, les savants musulmans rapportent que l'Arabie préislamique était polythéiste, point de vue surestimé par la sîra. Or le contexte du Coran est celui des débats des monothéismesIlkka Lindstedt, "Pre-Islamic Arabia and early Islam", dans Routledge Handbook on Early Islam, Routledge, 2017, et suiv... « L'image d'une Arabie à la veille de l'islam dominée par le paganisme n'a pas de véritable fondement historique »Le contexte d'apparition du Coran doit aussi intégrer son contexte de redaction, à savoir la vie de Mahomet, dont les sources ne permettent pas la rédaction d'une biographie historique et la période des premiers califes ayant fait l'objet d'une réécriture a posteriori. Voir les articles : Mahomet et Califes bien guidés..

De nombreuses recherches ont mis à mal la présentation traditionnelle des origines de l'islam, aussi bien dans ses origines que dans sa naissance et sa diffusion. Selon Prémare, Alfred-Louis de Prémare, Les Fondations de l'Islam : entre écriture et histoire, Seuil, Paris, 2002.. La recherche moderne s'est orientée vers l'étude du milieu d'émergence de l'islam et du texte coranique dans un contexte plus large : celui de l'Arabie appartenant à l'Antiquité tardive. « Les chercheurs doivent se pencher sur le contexte plus large de la religion proche-orientale de l’Antiquité tardive pour trouver le cadre historique et intellectuel du Coran, et pas seulement [sur] le contexte arabe ».

Les découvertes épigraphiques et archéologiques, ont permis de remettre en question les récits traditionnels, ces textes qui, s'ils pouvaient fournir des informations sur une ou deux générations avant Mahomet, ne pouvaient pas remonter au-delà. Aussi, les chercheurs soutiennent que ces récits ont été « triés et réinterprétés, dans un processus de reconstruction de la mémoire »Ch. Robin, "L'Arabie préislamique", Le Coran des historiens, 2019, et suiv.. Celles-ci, largement postérieures, de transmission orale, écrites par des auteurs extérieurs au contexte arabe, ont connu des manipulations et des inventions à des fins religieuses et politiques.

Selon des études récentes sur l'origine de l'Islam, il convient de retenir deux idées clés : la première que l’islam serait né dans le cadre d’une diffusion du judéo-christianisme en Arabie ; la seconde que l’islam comme religion séparée aurait été instauré par les califes après la mort de Mahomet, dans le cadre de la mise en place d’un empire conquérant et d’un pouvoir califal théocratique.

Origines de l'islam et du Coran Il est courant d'assimiler les origines de l'islam aux origines du Coran. Pour Herbert Berg, cette approche suggère « une confusion des origines avec authenticité et originalité, mais souffre également d'une erreur génétique »Herbert Berg, "Islamic Origins and the Qur’an", The Oxford Handbook of Qur'anic Studies, 2020, et suiv.. Les hadiths et les siyar ont fourni un récit des origines et des débats existent entre chercheurs pour déterminer leur histoire. Si certains éléments paraissent anciens, d'autres sont des créations dans des buts théologiques ou politiques. De ce fait, un grand nombre de chercheurs ne considèrent comme historiques des éléments de sîra que lorsqu'ils sont confirmés par une source extérieure comme le Coran. Ainsi, certains chercheurs considèrent que le Coran est la seule source valable dans l'étude des origines de l'islamDans son article, Berg souligne les problématiques sémantiques et théoriques à utiliser les termes « origines » et « islamique » quelque peu inadaptés. alors que cette approche est questionnée par de nombreux autres qui pensent la reconstruction du contexte coranique à partir du Coran comme incertaine. Outre son opacité, ce texte contient, en effet, des éléments plus mythiques qu'historiquesHarry Munt, "The Arabian Context of the Qur’an: History and the Text", The Oxford Handbook of Qur'anic Studies, 2020, et suiv..

Cette approche repose sur une idée d'une « erreur génétique ». En effet, la doctrine salafiste considère que l'islam était déjà complet à l'époque de Mahomet. Pour Berg, il est erroné de croire que l'islam dans ses formes variées (celui « de Rābiʿa al- ʿAdawiyya, de Malcolm X, ou de l'étudiant musulman dans ma salle de classe ») peut s'expliquer par la seule étude des 50 premières années, qui serait celle d'un "authentique ou véritable islam".

Plusieurs approches ont pu être défendues selon un « continuum de scepticisme », entre acceptation du Coran et des siyar et leur rejet. L'acceptation du Coran et de la sîra est le point de vue majoritaire chez les musulmans et a été suivi par quelques chercheurs comme Montgomery Watt qui avait principalement une approche théologique et croyante. D'autres chercheurs, comme Donner, acceptent le Coran mais rejettent la sîra. Enfin d'autres rejettent l'historicité des deux. Quelle que soit l'approche, un fait largement accepté est la présence d'éléments juifs ou chrétiens dans le Coran ou de leurs influences sur l'islam naissant. « Tenter d'isoler les origines de l'islam de la culture qui l'a engendré inhibe notre compréhension. L'Islam n'était pas un culte isolé, comme en témoigne le Coran lui-même ».

Une multiplicité d'influences sur l'islam naissant et le Coran Le Moyen-Orient est un carrefour entre les régions d'Afrique, de Grèce, du Levant. Les savoirs et connaissances circulaient entre ces cultures. Outre la reprise de nombreux thèmes de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), le Coran renvoie à tout le corpus monothéiste comme des textes rabbiniques (la Mishna), le Talmud ()Geneviève Gobillot, L’abrogation (nâsihk et mansûhk) dans le Coran à la lumière d’une lecture interculturelle et intertextuelle., des apocryphes chrétiens (l’enfance de Jésus par exemple) et juifs (Testament de Moïse)Michel Cuypers, La sourate 81, « L’obscurcissement », et le chapitre 10 du Testament de Moïse.