Cet article présente les faits saillants de l'histoire du Rwanda, pays enclavé d'Afrique de l'Est.
Époque précoloniale
Préhistoire Les premiers signes de présence humaine au Rwanda datent de -1000 (3000 ans AP). Des archéologues ont découvert les traces d'une civilisation maîtrisant le fer et la poterie, à la manière du site d'Urewe (Kenya) : .
Protohistoire Les Twa de la région des Grands Lacs sont parmi les plus anciens habitants connus, chasseurs-cueilleurs semi-nomades.
Au moins à partir du XIe siècle de notre ère, les Twa subissent la domination de peuples agriculteurs et éleveurs, Hutus, puis Tutsis au XVe.
Population de l'Afrique des Grands Lacs
Royaume du Rwanda (1300c-1961)
. Le Rwanda devient un royaume à la tête duquel 25 rois se succèdent entre 1081 et la colonisation.
Gouverné par le clan Tutsi Nyiginya, le royaume du Rwanda devient le royaume dominant à partir du milieu du . Il s'étend par un processus de conquête et d'assimilation et atteint son apogée sous le règne du roi Kigeli Rwabugiri (1853–1895). Rwabugiri étend le royaume à l'ouest et au nord, et lance des réformes administratives qui créent un fossé entre les populations hutu et tutsi. Celles-ci comprennent uburetwa, un système de travail forcé que les Hutus doivent accomplir pour retrouver l'accès aux terres qui leur avaient été confisquées, et ubuhake, en vertu duquel les patrons tutsis cèdent du bétail à des clients hutus ou tutsis en échange de services économiques et personnels.
Époque coloniale (1885-1959)
Lors de la colonisation, les ethnologues européens et les Missionnaires d'Afrique (Pères blancs) de l'Église catholique contribuent à diffuser une histoire du Rwanda, fortement discutable. Les premiers habitants auraient été des Pygmées, certainement des ancêtres des Twa actuels.
Pour les Pères Blancs, le Rwanda était divisé, jusqu'à l'arrivée des premiers colons, en quatre groupes : les chefs des milices, des Hutu ; les chefs de sol, principalement des Hutu ; les chefs de pâturages, des Tutsi ; les chefs des armées, également des Tutsi.
Cette conception ethniste est aujourd'hui remise en cause au profit de la conception socio-professionnelle. L'ensemble de la population partage la même langue, la même religion et la même culture, critères employés habituellement pour définir l'ethnie. Les catégories hutu (agriculteurs), tutsi (propriétaires de troupeaux), twa (ouvriers et artisans) n'étaient pas figées et il était fréquent de passer d'une classe à l'autre selon les mariages ou la richesse. En kinyarwanda, kwihutura signifie à la fois devenir tutsi et s'enrichir.
Les premiers Européens qui évoquent le Rwanda dans leurs récits indirects sont Richard Francis Burton (1821-1890) et John Hanning Speke (1827-1864), au milieu du . Le pays est également évoqué en 1885 lors de la conférence de Berlin par Henry Morton Stanley (1841-1904), lors du partage de l'Afrique. En 1890, le traité Heligoland-Zanzibar entre le Royaume-Uni et l'empire allemand laisse à ce dernier les mains libres pour se créer un domaine colonial, l'Afrique orientale allemande, essentiellement sur le Tanganyika, voisin du Rwanda et du Burundi.
Après la brève incursion de quatre jours en 1892 d'un explorateur autrichien, le comte allemand Gustav Adolf von Götzen (1866-1910) entre officiellement au Rwanda à la tête d'une troupe de 620 soldats en 1894. Le Rwanda est ainsi probablement le dernier pays découvert et colonisé en Afrique par les Européens, sous le règne de Kigeli IV (1853-1895). En 1896, se déroule le coup d'État de Rucunshu, avec l'assassinat de Mibambwe IV (1895-1896), puis l'intronisation de Yuhi V (roi de 1896 à 1931).
En 1916, pendant la Première Guerre mondiale, dans le cadre de la liquidation de l'Empire colonial allemand, les Belges chassent les Allemands du Rwanda ou Ruanda-Urundi, et occupent à leur tour le pays. En 1919, le Traité de Versailles attribue le Rwanda à la Belgique, en 1922 la Belgique instaure un protectorat, qui s'appuie sur la minorité Tutsi, la classe dominante traditionnelle. En 1924, la Société des Nations confie à la Belgique un mandat de tutelle. Le gouvernement colonial s'appuie sur les autorités locales en place, le Mwami Yuhi Musinga et l'aristocratie tutsi.
En 1931, le roi Yuhi Musinga, qui refuse de se faire baptiser, est obligé de partir en exil au Congo belge (actuelle république démocratique du Congo). La Belgique confie le pouvoir à son fils le Mwami Mutara Rudahigwa, converti au catholicisme. La carte d'identité ethnique est instituée.
Les missions catholiques prennent de plus en plus d'importance dans le pays. Elles se chargent de l'éducation sur tout le territoire.
En 1956, Mutara Rudahigwa commence à revendiquer l'indépendance du pays auprès de l'ONU.
Dans les années 1950, la société rwandaise a largement assimilé une idéologie raciale issue de la pensée européenne du (portée notamment par Arthur de Gobineau, Georges Vacher de Lapouge). L'administration coloniale et les missions catholiques ont largement contribué à la diffusion de celle-ci, s'appuyant notamment sur l'hypothèse hamitique, aujourd'hui réfutée. Durant les années qui précèdent l'indépendance, après avoir longtemps œuvré à mettre en place et justifier la supériorité des Tutsi, l'Église et les politiques changent de discours et encouragent la majorité Hutu à se libérer de son « oppression »https://www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2016-2-page-93.htm...
Révolution rwandaise et indépendance (1959-1961) Révolution rwandaise Le , Mutara Rudahigwa meurt dans des conditions mystérieuses. Kigeli V Ndahindurwa (1936-2016) est alors placé au pouvoir par les conseillers de Mutara Rudahigwa. Avec le soutien de l'Église, les Hutu refusent cette succession. Ils veulent être intégrés au nouveau gouvernement. Des manifestations dégénèrent en révoltes après la rumeur de l'assassinat d'un homme politique hutu. Les Tutsis étant minoritaires, ils sont pourchassés et massacrés, le pays plonge alors en pleine guerre civile.
En 1960, l'ancien gouvernement de Kigeli Ndahindurwa quitte le pays pour l'Ouganda, ainsi que plus de Tutsi.
En septembre 1961, un référendum est organisé et 80 % des votants se prononcent pour la mise en place d'une république. Le parti politique hutu Parmehutu, obtient 78 % des sièges à l'Assemblée nationale du Rwanda. Le 26 octobre, Grégoire Kayibanda devient président de la République du Rwanda.
Le Conseil de tutelle des Nations unies insiste pour que la Belgique accorde l'indépendance au Rwanda. C'est chose faite le 1962Voir aussi Jours fériés au Rwanda. .
Première République (1963)
1961-1973 : présidences Grégoire Kayibanda (1924-1976)
En décembre 1963, les Tutsis exilés essaient de revenir sur le territoire rwandais par la force : ils échouent. Lors des tentatives de retour par la force des Tutsi exilés, des massacres sont commis contre des Tutsi vivant au RwandaLe Monde, 4 février 1964Mission d'information sur le Rwanda, La complexité des relations interrégionales/La récurrence des massacres. Jusqu'en 1967, environ Tutsis sont tués et autres prennent le chemin de l'exilHRW, FIDH, Aucun témoin ne doit survivre, le génocide au Rwanda, Karthala (1999), p.53Gérard Prunier, Rwanda, 1959-1996, Histoire d'un génocide, Dagorno (1997).
Fin 1972 et début 1973, le pouvoir de Grégoire Kayibanda est menacé par des politiciens et des militaires issus du nord du pays qui lui reprochent une faible riposte envers les Tutsi de l'extérieur. Kayibanda tente en vain de créer une unité nationale tout en se voulant ouvert au dialogue avec les Tutsi exilés mais son pouvoir semble fortement affaibli par ses opposants. Les militaires nordistes commencent alors une campagne de diabolisation à son égard et profitent de la peur provoquée dans la population rwandaise par les massacres de Hutu qui ont eu lieu au Burundi voisin en 1972. En juillet 1973, à la suite d'une violente campagne anti-tutsi orchestrée par l'état major de l'armée rwandaise dans les institutions scolaires, une nouvelle vague de Tutsi prend le chemin de l'exil. Le 5 juillet, un coup d'État dirigé par le général major Juvénal Habyarimana, également ministre de la Défense, renverse le président Grégoire Kayibanda qui mourra en détention.
Seconde République (1973)
1973-1994 : présidences Juvénal Habyarimana (1937-1994)
Les années de séduction Après son coup d'État, le nouveau président et chef de l'armée Juvénal Habyarimana pratique une politique de discrimination ethnique en mettant en place un système de quotas. Seulement 10 % des places dans les écoles, les universités et les emplois sont accordés aux Tutsis ,et presque aucun n'accède à un poste de maire ou de préfet. Si quelques-uns réussissent à s'enrichir, comme Valens Kajeguhakwa (1942-) (ami du Général Bizimungu (1952-) qui va devenir membre de lAkazu), d'autres payent leur succès en subissant emprisonnements arbitraires et confiscation de leurs biens. Valens Kajeguhakwa finit par subir le même sort avant de s'enfuir rejoindre le FPR avec Pasteur Bizimungu en 1990.
En 1975, Juvénal Habyarimana fonde son parti, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND). En 1978, il change la Constitution et fait adopter un régime à parti unique.
Malgré sa dictatureEntre 1974 et 1977, 56 personnes, pour la plupart d’anciens dirigeants de la Première République, ont été assassinées par les services de la sécurité. Le premier Président rwandais, Grégoire Kayibanda, était mort en détention en 1976, probablement de faim. cf Mission d'information sur le Rwanda, Le contexte politique intérieur rwandais/Une difficile démocratisation (1990-1992)/Un régime affaibli., Juvénal Habyarimana séduit les démocraties occidentales et fait passer son pays pour la « Suisse de l'Afrique ». L'aide internationale au développement arrive. Même les journalistes qui l'avaient critiqué le plus violemment, lui deviennent plutôt favorables dans les années 1980. En 1998, Faustin Twagiramungu, opposant au président Habyarimana, Premier ministre de 1994 à 1995
Les travaux collectifs « umuganda », service civique imposé le samedi, sont utilisés pour stimuler des actions de développement. De nombreux projets de développement, facilités par des jumelages avec des collectivités locales européennes (Belgique, France, Allemagne, Suisse, etc.) soulignent ces bonnes relations entre l'Europe et le Rwanda.
Les Églises sont très actives aussi dans ces projets. Le pape se rend au Rwanda très catholique en septembre 1990.
Cependant la question des réfugiés Tutsi à l'étranger persiste. Environ Rwandais (Tutsis ou opposants Hutus) vivent en exil à la fin des années 1980Mission d'information sur le Rwanda, La complexité des relations interrégionales/Réfugiés et déplacés/Panorama de la population réfugiée/La guerre des nombres. Des milliers de réfugiés avaient été refoulés d'Ouganda au Rwanda en 1982, puis à nouveau expulsés du Rwanda peu après. En 1986, le gouvernement rwandais annonce que le pays est trop peuplé pour pouvoir accueillir les réfugiés. Ceux-ci revendiquent leur retour, au besoin par la force, et fondent en 1987 le Front patriotique rwandais.