Marcel Bigeard, né le à Toul et mort le dans la même ville, est un général et homme politique français.
Résistant, son nom reste associé à la guerre d'Indochine et à celle d'Algérie.
Le , le président de la République lui remet les insignes de grand-croix de la Légion d'honneur alors qu'il est toujours en service actif., distinction que seuls deux autres généraux de recrutement interne ont reçue en deuxième section, les généraux Paul Gandoët et Alain Le Ray..
Après sa carrière dans l'armée, il est secrétaire d'État à la Défense nationale (1975-1976) et député de Meurthe-et-Moselle (1978-1988). Une fondation portant son nom est créée en 2011.
Son retrait de la vie publique a été marqué par des accusations d'usage de la torture pendant la guerre d'Algérie, ce qu'il a constamment démenti. Aujourd'hui, ces accusations n'ont pas été prouvées de manière formelle.
Biographie Origines familiales et formation
Marcel-Maurice Bigeard est le fils de Charles Bigeard (1880-1948), aiguilleur à la compagnie des chemins de fer de l'Est, et de Marie-Sophie Ponsot (1880-1964). À l'issue de ses études à l'École supérieure de Toul, il obtient son brevet d'études élémentaires..
Le , il épouse à Nice son amie d’enfance, Gabrielle Grandemange (Toul, - Décès de la veuve du général Bigeard, AFP/Le Figaro, 5 juillet 2011.). Ils se marient pendant la guerre après l’évasion de Marcel Bigeard d’Allemagne et avant son départ pour être parachuté dans le maquis. Dans chacun de ses discours ou de ses livres, Marcel Bigeard citait régulièrement « Gaby, son grand et seul amour ». Leur unique enfant, Marie-France, naît le . Gaby Bigeard meurt le à Toul des suites d'une longue maladie.
Carrière militaire Avant-guerre
Après avoir travaillé six ans à la succursale de Toul de la Société générale dans laquelle il gravit les échelons (coursier en 1930, puis service des portefeuilles, service des coupons, service des titres, le jeune homme se destinant à devenir directeur d'agence bancaire), Marcel Bigeard effectue son service militaire à Haguenau au sein du d'infanterie de forteresse. Incorporé comme soldat de deuxième classe en , il pratique la boxe« Le général Bigeard passe l’arme à gauche », Libération, 19 juin 2010. et se distingue pour le service dans les troupes d’intervalle qui assurent la sécurité des ouvrages en surface. Caporal-chef, il est libéré de ses obligations militaires avec le grade de sergent de réserve en .
Seconde Guerre mondiale Six mois après sa libération, devant l'imminence du conflit, il est rappelé le au sein du d'infanterie de forteresse et est promu au grade de sergent.
En , grâce à l'arrivée de réservistes, les bataillons du servent chacun de noyau à la création de nouveaux régiments d'infanterie de forteresse « de mobilisation »Il s'agit des RIF, RIF, RIF et RIF.. Bigeard est affecté au d'infanterie de forteresse dans le sous-secteur fortifié de Hoffen de la ligne MaginotIn Bigeard, page 58.. Volontaire pour les corps francs, il prend la tête d'un groupe de combat à Trimbach en Alsace et devient rapidement sergent-chef puis adjudant à l'âge de .
Le , il est fait prisonnier et passe de captivité au Stalag 12A à Limbourg, en Allemagne. C'est à sa troisième tentative, le Les dates des deux autres tentatives d'évasion sont le 14 juillet et le 22 septembre 1941., qu'il parvient à s'évader et à rejoindre la zone libre.
Volontaire pour l'AOF, il est affecté en au camp de Bandia, près de Thiès au Sénégal, dans un régiment de tirailleurs sénégalais de l'Armée d'armistice. Nommé sous-lieutenant en , il est dirigé avec son régiment sur Meknès au Maroc.
Recruté comme parachutiste de l'armée française de la Libération, il effectue une formation, avec les commandos britanniques, au « Club des Pins » près d'Alger durant trois mois puis est affecté avec le grade « fictif » de chef de bataillon à la Direction générale des services spéciauxIn Pour une parcelle de gloire, page 33.. Avec le titre de « délégué militaire départemental », le « commandant Aube » est parachuté dans l'Ariège le avec trois camaradesMajor Bill Probert (Anglais), John Deller (Canadien - radio) et Casanova (Français ariégeois - guide). afin d'encadrer l'action de la Résistance intérieure française. Lors de la libération du département le , les pertes franco-espagnoles sont de et blessés alors que les pertes allemandes comptent et et blessésIn Pour une parcelle de gloire, page 42..
Au début de l'année 1945, Bigeard crée puis dirige pendant un semestre l'école régionale des cadres du Pyla, près de Bordeaux, destinée à former des officiers issus des Forces françaises de l'intérieur. Décoré de la Légion d'honneur et du Distinguished Service Order britannique pour ses actions en Ariège, Bigeard est nommé capitaine d'active en .
Guerre d'Indochine left|vignette|Briquet à essence d'officier du bataillon thaï en Indochine française produit en 1949 par S.T. Dupont en exclusivité pour la maison Drago. Au milieu de l'année 1945, le capitaine Bigeard est chargé du commandement de la compagnie du d'infanterie coloniale compagnie, bataillon du régiment d'infanterie coloniale. à Villingen, en Allemagne. Désigné pour participer au corps expéditionnaire en Indochine, le régiment débarque à Saïgon le et prend part, jusqu'en , aux opérations de pacification en Cochinchine.
C'est à cette époque que l'on commence à lui donner le surnom de « Bruno », qui est son indicatif radioBruno..
Le , un détachement de la et un de la , dont fait partie le , débarquent à Haiphong, au TonkinIn Bigeard, page 149.. vignette|Fanion de la compagnie, musée de l'Armée, don de sa fille. Le , Bigeard quitte le RIC et forme à Thuan Chau, au sud-est de Dien Bien Phu, une unité constituée de quatre commandos de 25 volontaires chacun au sein du bataillon autonome thaï du lieutenant-colonel QuilichiniIn Bigeard, page 173.. Au retour de ses hommes en métropole, mi-, il prend le commandement de la , constituée de environ. Il quitte l'Indochine le et atterrit, trois jours plus tard, à OrlyIn Pour une parcelle de gloire, page 72..
Volontaire pour un second séjour en Indochine, Bigeard est affecté, le , au colonial de commandos parachutistes, sous les ordres du commandant Ayrolles, à Saint-Brieuc, et prend le commandement du groupement de commandos parachutistes . Quand le para débarque à Saïgon en , Bigeard, qui ne s'entend pas avec son supérieur, parvient à faire détacher son groupement au détachement Amarante du commandant Romain-Desfossé à Haïphong.
Le , Bigeard met sur pied à Son La le bataillon thaï, comprenant répartis en cinq compagnies régulières et neuf compagnies de gardes civils et de supplétifs militairesIn Bigeard, page 232.. Relevé de son commandement à la suite d'un différend avec l'administrateur de la province (affaire dite du « trafic de piastres »), Bigeard est muté à Haïduong et prend, le , le commandement du bataillon de marche indochinois qui reçoit, en août, le drapeau du de tirailleurs tonkinois décoré de la croix de guerre avec palme. Le , Bigeard embarque à Saïgon sur le paquebot La Marseillaise et quitte une nouvelle fois l'Indochine.
Au printemps 1951, Bigeard est affecté à Vannes à la demi-brigade coloniale du colonel Gilles et se voit confier le bataillon de passage. En , il obtient le commandement du de parachutistes coloniaux à Saint-Brieuc. Il a le grade de chef de bataillon en .
Le , Bigeard, à la tête du BPC, débarque à Haïphong pour un troisième séjour en Indochine et prend ses quartiers à Hanoï. Le , le bataillon est parachuté sur Tu LêIn Bigeard, page 273. et affronte, durant huit jours, les régiments des divisions Viet Minh 308 et 312. L'unité se distingue à nouveau lors de la bataille de Na San (parachutage dans la cuvette de Ban Som, le ), lors de l'opération « Hirondelle » sur Lang Son, le , et lors de l'opération Castor sur Dien Bien Phu, le .
Le , il prend le commandement du GAP In Bigeard, page 330., constitué du II/ RCP et du BPC, et intervient au Moyen-Laos entre Thakhek et Savannakhet vers lesquelles deux divisions Viet Minh se dirigent.
Parachuté le , alors que le sort de la bataille de Diên Biên Phu est scellé, le commandant Bigeard est nommé lieutenant-colonel lors des combats et devient l'un des héros de la cuvette en combattant avec son bataillon sur les points d'appui Éliane 1 et 4, mais surtout en codirigeant les troupes d'intervention du camp retranché avec le colonel Langlais.
Le lieutenant-colonel Marcel Bigeard est fait prisonnier le lors de la chute du camp. Libéré quatre mois plus tard, il quitte définitivement l'Indochine le .
Guerre d'Algérie vignette|160px|
Le , Bigeard débarque en Algérie et prend le commandement du BPC dans la région de Constantine.. Le , le bataillon, devenu entre-temps le RPC, réalise la première opération héliportée de l'histoire lors de lopération 744 en KabylieIn Bigeard page 390 et Pour une parcelle de gloire, page 236.. Cette méthode est à nouveau employée en pour la capture des déserteurs de la compagnie du RTA.
Le , dans les Nememchas, Bigeard, qui donne l'assaut aux indépendantistes, est grièvement blessé d'une balle au thorax. Rapatrié en métropole, il est décoré le par le président Coty et reçoit la plaque de grand officier de la Légion d'honneur. De retour en Algérie, il échappe le à un attentat et est blessé de deux balles dans l'humérus et une dans le foie.
Bataille d'Alger Au début de l'année 1957, le régiment participe au sein de la DP du général Massu à la bataille d'Alger. La mission des parachutistes est de ramener la sécurité dans la ville et de neutraliser les cellules du FLN de Larbi Ben M'hidiLarbi Ben M'hidi sera capturé le ., qui ont organisé plusieurs séries d'attentats à la bombe contre des civils dans divers lieux publics d'Alger entre l'automne 1956 et l'été 1957.
En , le RPC se rend dans les massifs au sud de Blida et participe aux opérations « Atlas » et « Agounnenda ». Durant l'été, le para arrête 90 % des combattants du FLNIn Pour une parcelle de gloire, page 305., dont Taleb Abderrahmane, le chimiste des attentats du Milk Bar, de la Cafétéria et de l'OtomaticIn Bigeard, page 444..
Le régiment relève le RCP en à Alger. La capture de Hassène Guandriche dit « Zerrouk », adjoint chef de la région II de la Zone autonome d'Alger retourné par le GRE, aboutit à la neutralisation des deux responsables de la Zone 2, Mourad et Ramel, mais surtout à celle d'Ali la Pointe et à la capture de Yacef Saadi, chef militaire FLN de l'ensemble zone autonome d'Alger.
Nommé colonel en , il dirige le RPC qui, avec d'autres, participe à la « bataille des Frontières » (janvier-juin). Le , le colonel Trinquier le remplace à la tête du RPC. Il rejoint Paris où Chaban-Delmas, ministre des Armées, lui demande de créer le Centre d'instruction à la pacification et à la contre-guérilla, qui voit le jour fin avril près de Philippeville. Bigeard ne participe pas aux événements du 13 mai 1958 mais, dans une interview à Paris-Presse, il confie ses états d'âme à Jean Lartéguy, ce qui lui vaut le courroux du général Salan et son retour en métropole.
Après quatre mois passés à Toul, Bigeard repart pour l'Algérie et prend le commandement du secteur de Saida en Oranie, le Au départ, Bigeard devait prendre le poste d'adjoint au général Ducournau à la tête de la DP, In Bigeard, page 486.. Il a sous ses ordres environ répartis dans le RIM, le BTA, le RSM, un groupe de DCA, un régiment d'artillerie, deux groupes mobiles de supplétifs, quelques avions de reconnaissance et deux hélicoptères régiment d'infanterie motorisée - bataillon de tirailleurs algériens - régiment de spahis marocains, In Pour une parcelle de gloire, page 370.. C'est durant cette période que le commando Georges, un « commando de chasse » composé en partie de harkis, est constitué par le lieutenant Georges Grillot sous l'égide de Bigeard, Lieutenant-colonel Armand Bénésis de Rotrou, Les hommes du commando Georges, Historia , novembre 2010..