Le Cid est une pièce de théâtre tragi-comiqueLa pièce du Cid fut publiée d'abord comme tragi-comédie et depuis elle est considérée comme telle. Cependant, lors de la publication des œuvres de l'auteur en 1648, et à partir de cette époque, cette pièce, qui avait été remaniée, portera le sous-titre de « tragédie ». en vers (alexandrins essentiellement) de Pierre Corneille dont la première représentation eut lieu le au théâtre du Marais« […] Depuis quinze jours, le public a été diverti du Cid et des deux Sosies à un point de satisfaction qui ne se peut exprimer » (Lettre de Jean Chapelain au comte de Belin, datée du , ce qui donne pour date de la première représentation le - si le chiffre est exact et non approximatif).

La pièce met en scène Don Diègue et Don Gomès (comte de Gormas) qui projettent d’unir leurs enfants Rodrigue et Chimène, qui s'aiment. Mais le comte, jaloux de se voir préférer le vieux Don Diègue pour le poste de précepteur du prince, offense ce dernier en lui donnant une gifle (un « soufflet » dans le langage de l'époque). Don Diègue, trop vieux pour se venger par lui-même, remet sa vengeance entre les mains de son fils Rodrigue qui, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue le père de Chimène en duel. Chimène essaie de renier son amour et le cache au roi, à qui elle demande la tête de Rodrigue. Mais l’attaque du royaume par les Maures donne à Rodrigue l’occasion de prouver sa valeur et d’obtenir le pardon du roi. Plus que jamais amoureuse de Rodrigue devenu un héros national, Chimène reste sur sa position et obtient du roi un duel entre don Sanche, qui l'aime aussi, et Rodrigue. Elle promet d’épouser le vainqueur. Rodrigue victorieux reçoit du roi la main de Chimène : le mariage sera célébré l'année suivante.

Origine et inspiration Selon une tradition peu convaincante. rapportée par l'historien du théâtre Pierre-François Godard de Beauchamps, un conseiller à la cour des comptes de Rouen, Rodrigue de Chalon, issu d'une famille espagnole, aurait initié Corneille à la langue et la littérature espagnoles et lui aurait suggéré la lecture d'une pièce de théâtre de Guillén de Castro (Les Enfances du Cid) parue en 1631 et qui aurait inspiré le dramaturge français.

L'influence de Rodrigue de Chalon est incertaine, mais il est attesté que Le Cid s'inspire fortement de la pièce de Guillén de Castro, au point que Jean Mairet, dans une épître en vers anonyme, l’« Auteur du vrai Cid espagnol », écrite au traducteur français de Guillén de Castro, accuse Corneille de plagiat en . :« Ingrat, rends-moi mon Cid jusques au dernier mot.

Après tu connaîtras, Corneille déplumée,

Que l'esprit le plus vain est souvent le plus sot.

Et qu'enfin tu me dois toute ma renommée. »

Jean Mairet et Georges de Scudéry accusent aussi Corneille de ne pas avoir respecté les règles du théâtre classique, d'avoir rédigé de mauvais vers et d'avoir plagié d'autres auteurs :« Le sujet n'en vaut rien du tout.

Il choque les principales règles du poème dramatique.

Il a beaucoup de méchants vers.

Presque tout ce qu'il a de beautés sont dérobées. »

Personnages thumb|300px|Arbre représentant les différentes relations entre les personnages du Cid. Don Fernand : premier roi de Castille. Doña Urraque (l’Infante) : Infante de CastilleEn Espagne, une infante est une fille puînée du roi., secrètement amoureuse de Don Rodrigue. Don Diègue [de Bivar] : père de Don Rodrigue. Don Gomès (le comte) : comte de Gormas et père de Chimène. Don Rodrigue (Rodrigue) : fils de Don Diègue et amantAu , un amant est un amoureux déclaré et qui n’a pas laissé insensible. de Chimène. Cid est un surnom de guerre qui ne sera rappelé qu’aux et et uniquement par le roi et l’Infante. Le personnage s'inspire de Rodrigo Díaz de Vivar. Don Sanche : amoureux de Chimène. Don Arias et Don Alonse : gentilshommes castillans. Chimène : fille de Don Gomès et maîtresseAu , une maîtresse est une fille ou une femme recherchée en mariage. de Don Sanche et de Don Rodrigue dont elle est aussi l’amante. Léonor : gouvernante de l'Infante. Elvire : suite de ChimèneElvire est d’abord qualifiée de « suivante » dans les premières éditions. Mais cet emploi fut critiqué par l’Académie comme faisant trop bourgeois. Le rôle est équivalent à la « duègne ».. Le Page de l'Infante.

Lors de la création, le rôle de Rodrigue était tenu par Montdory qui dirigeait la troupe du Marais. À quarante-six ans, il était considéré comme le plus grand acteur de son temps. Chimène était jouée par la Villiers, l’Infante par la Beauchasteau, don Sanche par le Montrouge. Le reste de la distribution est inconnu.

Résumé

vignette|Don Gomes souffletant Don Diègue Dans la scène qui ouvre la pièce, Chimène, fille du Comte de Gormas, est en pleine discussion avec sa gouvernante, Elvire. Cette dernière vient en effet de lui apprendre que Rodrigue, l’amant de Chimène, trouve parfaitement grâce aux yeux du Comte et paraît consentir au mariage de sa fille. Rapportant les paroles du père de Chimène, le discours d’Elvire met en exergue la valeur de Rodrigue, semblable à celle que posséda jadis son père. Néanmoins, la vieillesse de Don Diègue, le père de Rodrigue, est également mentionnée, comme une critique implicite. Alors qu’Elvire vient d’annoncer à Chimène que le roi s’apprête à nommer un gouverneur et que son père semble en bonne position pour obtenir ce rang, la jeune femme est prise d’une crainte soudaine, malgré les mots d’Elvire qui tente de la rassurer. (Scène 1)

La scène suivante a lieu chez la fille du roi, l’Infante. Alors que cette dernière vient d’envoyer son page quérir Chimène qu’elle doit manifestement rencontrer, elle révèle alors à Léonor, sa propre gouvernante, son amour irrépressible pour Rodrigue, malgré l’impossibilité d'une telle relation, due au rang de celui-ci, bien trop inférieur au sien (ce que ne manque pas de souligner Léonor). L’Infante révèle alors qu'elle est à l’origine de la rencontre entre Chimène et Rodrigue et qu’elle espère, par leur mariage, voir l’espoir irrépressible qui subsiste en elle disparaître définitivement et cesser d’aimer Rodrigue. La scène se termine avec l’annonce de l’arrivée de Chimène. (Scène 2)

La troisième scène de l'acte I se déroule à l’extérieur, dans la cour du palais royal. Le Comte de Gormas et Don Diègue sont en pleine discussion, et l'on apprend alors que le choix du roi pour être le gouverneur du prince de Castille s’est porté sur Don Diègue, ce que le Comte ne peut accepter. Laissant éclater sa rancœur et sa jalousie, le Comte se fend d’un discours méprisant et ironique à l’endroit de Don Diègue qui, essayant dans un premier temps de calmer la situation, finit par en prendre ombrage et réplique de manière cinglante au Comte. Ce dernier lui administre alors une gifle. Face à ce qu’il considère comme un affront, Don Diègue se saisit de son épée, mais son grand âge ne lui permet pas de soulever cette dernière, ce qui provoque l’hilarité du Comte qui quitte les lieux. (Scène 3). Resté seul, Don Diègue, dans un monologue de 24 vers, laisse éclater son désespoir et sa frustration de ne pouvoir se venger (Scène 4). Rodrigue arrive alors et Don Diègue lui confie la délicate tâche de défier le Comte en duel, nonobstant qu’il soit le père de Chimène. Avant même que Rodrigue ne puisse protester, son père lui rappelle ses devoirs en matière d’honneur qui priment selon lui sur toute autre considération. (Scène 5). Seul en scène, c’est au tour de Rodrigue de se lamenter sur son sort, dans un monologue de 60 vers, en stances, par lesquelles il exprime son déchirement entre devoir et amour. Au comble du désespoir, il choisit la voie de l’honneur. (Scène 6)

Le deuxième acte s’ouvre dans une salle du palais royal où le Comte s’entretient avec Don Arias, un gentilhomme castillan. Reconnaissant s’être emporté en giflant Don Diègue, le Comte de Gormas refuse cependant de calmer la situation en présentant des excuses à celui-ci, malgré l’insistance polie de Don Arias, qui lui restitue les volontés du roi lui-même – ce qui permet de mettre en exergue les désaccords entre le pouvoir royal et certaines franges de la Noblesse, avec les conséquences que l’on sait pour le Comte. (Scène 1). Alors qu’il vient de sortir du palais, le Comte est interpellé par Rodrigue qui le provoque en duel. Malgré les tentatives du Comte pour le dissuader d’une telle entreprise, les deux hommes quittent la scène pour leur combat. (Scène 2)

vignette|Rodrigue est choisi pour diriger l'armée contre les Maures

Pendant ce temps, chez l’Infante, Chimène et celle-ci discutent au sujet de la querelle entre le Comte et Don Diègue (dont elles ont visiblement été mises au courant entretemps). Alors que l’Infante essaie de modérer les craintes de Chimène, arguant qu'il ne s’agit que d’un différend passager, Chimène est plus pessimiste. Cette scène est douloureusement ironique pour le spectateur, qui comprend ainsi que, quoiqu’au courant de la querelle, les deux jeunes femmes ignorent que Don Diègue a chargé son fils de provoquer le Comte en duel. (Scène 3). Alors que le discours de l’Infante visant à tranquilliser Chimène est sur le point de faire son œuvre, le page vient les avertir du duel en cours entre Rodrigue et le Comte, ce qui provoque le départ précipité de Chimène (Scène 4). Restée seul avec Léonor, l'Infante, semblant anticiper le drame à venir, comprend que l’amour entre Chimène et Rodrigue risque d’être gravement compromis par ce duel et que son objectif de voir Rodrigue en épouser une autre pour qu’elle cesse de l’aimer risque d’échouer. (Scène 5)

La pièce se poursuit au palais royal où le roi, s'entretenant avec Don Arias, reproche au Comte sa désobéissance, bien que Don Arias tente d'apaiser son courroux. Coupant court aux arguments du gentilhomme, le roi lui annonce l’arrivée imminente dans la ville d’une flotte de Maures. Le roi prend néanmoins la décision de ne pas donner l’alerte, par crainte d’une panique générale. (Scène 6). À cet instant, Don Alonse, un autre gentilhomme, vient annoncer la mort du Comte et la victoire de Rodrigue. Il indique également l’arrivée prochaine de Chimène qui vient réclamer justice. Le roi paraît alors considérer que le Comte a mérité ce qui lui est arrivé. (Scène 7).

Chimène et Don Diègue arrivent alors simultanément, accompagné de Don Sanche, prétendant de Chimène. Dans un discours décousu, que l’une commence et que l’autre achève, Chimène et Don Diègue expliquent au roi leur point de vue et leurs demandes – contradictoires, naturellement. Suivant l’exemple d’une justice ordonnée, le roi donne la parole à Chimène puis à Don Diègue avant d’indiquer qu'il doit prendre le temps de la réflexion pour rendre sa décision. (Scène 8)