La chenillette L3 est une série de chenillettes italiennes en usage avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Elles furent développées à partir du Carden-Loyd Mark VI britannique. D'un équipage de deux hommes, sa masse est de avec un blindage de 6 à (à l'avant). Son armement de base est composé de deux mitrailleuses de .

Développement La série des chenillettes L3 fut développée à partir des quatre chenillettes Carden Loyd Mark VI importées du Royaume-Uni en 1929. La firme Ansaldo commença en 1930 à produire une série de prototypes, utilisant encore la caisse des Carden Loyd. Ceux-ci aboutirent à une présérie, dénommée C.V.21. Le premier véhicule de série produit par les Italiens à partir de ces chenillettes fut le C.V.29, soit "Carro Veloce 1929" ou char rapide année 1929. Seules furent construites, vues par les Italiens comme des chars légers, maniables, aptes au combat dans les régions montagneuses.

En , un nouveau modèle fut mis au point conjointement par Fiat à Turin et Ansaldo à Gênes. Il s'agit de la chenillette Fiat-Ansaldo C.V.33 modèle 1933. L'année suivante, quelques modifications apportées à l'armement et à d'autres parties du véhicule furent à l'origine de la C.V.33 modèle 1934. Au total, quelque de la C.V.33 furent construits.

En , un modèle légèrement amélioré de la C.V.33 fut produit, sous le nom de C.V.35. Les principales différences résident dans le fait que le blindage est vissé plutôt que riveté, et que l'unique mitrailleuse de est remplacée par deux mitrailleuses Breda jumelées de calibre . De nombreuses C.V.33 furent rappelées afin d'être converties en C.V.35. En , ces deux véhicules prirent pour nouvelles dénominations L3/33 et L3/35, le L désignant un char léger (L pour Leggero).

En , une nouvelle version de la L3 fut conçue, désignée non officiellement sous le nom de C.V.38 puis L3/38, les modifications portant sur les suspensions et les chenilles. Il semblerait que peu de ces chenillettes entrèrent en service ou même furent construites. Elles possédaient des suspensions à barre de torsion et une mitrailleuse Madsen de .

thumb|left|250px|Une C.V.35 avec son blindage riveté. La L3/35, comme les autres blindés L3, était considérée comme un char léger par l'état-major italien. Toutefois, ce type de blindé est davantage apparenté aux chenillettes, et considéré comme tel par les historiens.

Sauf dans le cas de certaines de ses variantes (cf. infra), la L3 était donc un véhicule légèrement blindé, servi par deux hommes d'équipage, armée le plus souvent de deux mitrailleuses jumelées. Outre le nombre et le calibre des mitrailleuses embarquées, les différences avec entre la L3/33 et la L3/35 étaient réduites. Dans les deux cas, le chef de char / tireur était à gauche, et le pilote à droite. Le moteur était disposé transversalement, à l'arrière de la caisse. Un radiateur circulaire se trouvait à l'arrière du bloc moteur, la transmission agissait sur les barbotins (roues d'entraînement) situés à l'avant. Afin d'assurer le roulement, deux boggies à trois roues montés sur ressorts à lames et une roue non suspendue à l'arrière se trouvaient de chaque côté. En haut, les chenilles passaient sur des rails en bois d'acacia.

Production et exportation Entre furent construites, tous modèles et variantes confondus. De nombreux pays en acquirent dans ses différentes versions. Afghanistan : un nombre inconnu de C.V.35 entre 1937 et 1939. Albanie : six chenillettes en 1938. Autriche : 72 chenillettes, 36 C.V.33 série II (en 1935) et 36 C.V.35 série I (en 1937). Tous les exemplaires destinés à l'armée autrichienne furent réarmés avec une mitrailleuse Schwarzlose cal. . Bolivie : un certain nombre de chenillettes équipées de radios, entre 1937 et 1938. Brésil : 23 C.V.35 série II, dont cinq armées d'une mitrailleuse Breda de calibre et dix-huit de deux mitrailleuses Madsen calibre 7 Mauser jumelées. Les Brésiliens semblent avoir bénéficié de la livraison de quelques L3/38. Bulgarie : 10 C.V.33 sérieI armées de mitrailleuses Schwartzlose (1933). Chine : près d'une centaine de chenillettes L3/33 et L3.35, dont l'armement subit plusieurs modifications. La principale unité les utilisant est la . Espagne nationaliste : quelques exemplaires utilisés durant la guerre civile espagnole. Les chenillettes furent intégrées à l'armée de terre espagnole dès sa fin. Hongrie : un grand nombre mais imprécis de chenillettes C.V.35, assemblées en série avec des fusils-mitrailleurs Brno 26. Des photographies d'époque indiquent que les Hongrois apportèrent une modification à l'écoutille. Irak : quelques modèles vendus en 1938 aux forces armées irakiennes. D'autres furent encore vendues à la Grèce et au Paraguay, ces dernières ayant servi lors de la guerre du Chaco.

Utilisateurs Les L3 furent utilisées par tous ses acheteurs, mais son principal utilisateur fut l'Italie fasciste de Mussolini. Elles servirent également dans la Guardia Nazionale Repubblicana, lors de la constitution de la République sociale italienne en 1943.

Des L3 capturées furent également utilisées par les Grecs pendant la guerre italo-grecque de 1940-1941. Après l'invasion de la Yougoslavie et la bataille de Grèce (1941), les chenillettes L3 furent également utilisées par les partisans yougoslaves et la résistance grecque. À partir de 1941, quelques L3 furent confiées au gouvernement fantoche de l'état indépendant de Croatie (Nezavisna Država Hrvatska, or NDH) par les Allemands.

Quelques-unes de ces chenillettes restèrent en service en Italie durant l'immédiat après-guerre, dans le cadre de missions de police.

Au combat À partir de 1933, année de son entrée en service dans les rangs de l'armée italienne, les L3 prirent part à tous les faits de guerre impliquant l'Italie jusqu'en 1945.

Plébiscite de la Sarre : Entre décembre 1934 et janvier 1935 un escadron de chenillettes du régiment Cavallegeri Guide fait partie du contingent italien envoyé à Sarrebruck pour le maintien de l'ordre public. Guerre d'Éthiopie : Entre 1935 et 1936 de nombreux escadrons de chars légers (chenillettes) prennent part aux opérations militaires tout au long de cette conquête de l'Éthiopie par l'Italie mussolinienne. Guerre d'Espagne : Entre 1937 et 1939, un certain nombre de L3 (équivalent à environ un bataillon) fut encadré par les Tercios de la Légion espagnole, en appui des troupes franquistes. Employées, entre autres, lors des batailles de Guadalajara et de Santander, les L3 doivent, pour la première fois le , affronter des ennemis ayant une meilleure puissance de feu, comme le T-26 soviétique doté de canons de 37 et . Afin de surmonter cette difficulté, les chenillettes remorquaient souvent des canons antichars qui pouvaient alors être utilisés pour tendre des embuscades aux adversaires plus imposants. Guerre slovaquo-hongroise.

Durant l'entre-deux-guerres, l'expérience au combat des L3 ne fut pas concluante. Par deux fois au moins pendant l'attaque de l'Éthiopie, les L3 furent mises hors de combat lors d'attaques massives d'infanterie. En Espagne, les L3 étaient totalement surclassées par les chars soviétiques. Et heureusement pour les Hongrois, les L3 ne furent pas un argument de leur victoire durant leur brève guerre contre la Slovaquie.

La chenillette L3 fut employée sur tous les théâtres d'opération de la Seconde Guerre mondiale où furent engagées les troupes italiennes. Elle fut présente sur la frontière franco-italienne, en Afrique du Nord, en Afrique orientale italienne, dans les Balkans et sur le Front de l'Est.

Invasion italienne de l'Albanie : Les chars rapides du (régiment de chars, constitué des et ) font partie du contingent qui va occuper, pratiquement sans rencontrer de résistance, la capitale Tirana. Bataille de France : Lors de l'entrée en guerre de l'Italie contre la France, quatre bataillons de chenillettes C.V.33/35 (plus tard rebaptisées L3/33 et L3/35) opérèrent contre les défenses françaises du secteur d'Aoste, obtenant peu de résultats et subissant de nombreuses pertes, notamment à cause des mines.

Le , lors de l'entrée de l'Italie dans la Seconde Guerre mondiale, l'Armée Royale italienne (Regio Esercito) ne disposait que d'une centaine de chars légers Fiat M11/39 répartis en deux bataillons de chars. Les chenillettes L3 équipaient toujours les trois divisions blindées italiennes, les bataillons de chars des divisions motorisées, les escadrons de chars légers de chaque division dite "rapide" (Celere), ainsi que de nombreux bataillons de chars indépendants.

Guerre italo-grecque : Entre 1940 et 1941 le de chars, au sein de la italienne Centauro, comprenant des bataillons de chenillettes et un de chars légers M11/39, opérait sur le cours de la Vojussa. Dans ces conditions de terrain, les chenillettes L3 se montrèrent incapables de prendre l'avantage du fait de leur obsolescence manifeste, ne parvenant pas à surmonter les pièges antichars tendus par les troupes grecques. Campagne des Balkans, Opération Marita et Invasion de la Yougoslavie : Les chenillettes du reggimento carristi de la italienne Littorio et celles du de la division Centauro sont employées en 1941 dans le cadre des opérations contre le royaume de Yougoslavie. À la fin de la campagne, certaines chenillettes L3 sont laissées sur place pour participer aux missions de police ou de lutte contre les partisans. Au , la majeure partie de ces chenillettes est capturée ou détruite, et quelques exemplaires furent utilisés par les unités de Tito.

Bien que nombreuses, les chenillettes italiennes se montrèrent rapidement presque inutiles. En de nombreux endroits, les L3 furent réduites à un usage de casemate mobile (ou immobile), reléguées à des emplois secondaires ou tout simplement abandonnées dès qu'elles fonctionnaient mal. Peu d'entre elles restèrent en service en première ligne après fin 1940.

Versions

C.V.33 série I : Première désignation de la chenillette Carro Veloce Ansaldo (char rapide Ansaldo, ). Elle est caractérisée par sa mitrailleuse FIAT Mod.14 de refroidie par air, et par son unique pièce supportant la roue tendeuse. Après quelques mois, la mitrailleuse fut remplacée par une arme de même type, adaptée au calibre . C.V.33 série II (Mod.34) : Apparue en 1934 mais distribuée en 1936, cette version introduit la double mitrailleuse jumelée, des FIAT Mod.14 de , et la séparation de la roue tendeuse d'avec la roue arrière. Les charnières de la trappe du pilote se trouvent à l'intérieur de la caisse, le remplacement des portières arrière par des trappes, la portière d'aération protégée par une plaque métallique et d'autres modifications d'accessoires extérieurs complètent la version. En 1938, ces exemplaires sont rebaptisés L3/33 puis L33 en 1940. C.V.35 série I : Variante de la série précédente. Sa distinction n'est pas aisée, les différences se réduisant à quelques plaques de tôle de la caisse soudées, plutôt que rivetées. Les armes initiales sont remplacées par des mitrailleuses FIAT Mod.35 ou Breda Mod.38. En 1938, cette série est rebaptisée L3/35 puis L35 en 1940. C.V.35 série II : Pratiquement la même que la précédente, modifiée au niveau des portillons et des meurtrières. L3/38 (également désignée de manière non officielle du nom de C.V.38) : Cette série fut testée en 1937. Le prototype disposait d'un nouveau train de roulement, avec un diamètre augmenté pour les couples de roues des quatre boggies et une nouvelle suspension. En outre, les deux mitrailleuses de furent remplacées par une Breda Mod.31 Tipo Marina de sur vingt-trois modèles commandés par le Brésil. À partir de 1940 ce modèle fut désigné sous le nom de L38.