vignette|redresse=1.5|Coffret funéraire d'une adoratrice d'Anubis. Musée archéologique de Florence.|alt=photographie d'un coffret décoré par une image d'Anubis assis sur un trône.
Anubis (prononcé ) est un dieu funéraire de l'Égypte antique, maître des nécropoles et protecteur des embaumeurs, représenté comme un grand canidé noir couché sur le ventre, ou comme un homme à tête de canidéLa quasi-totalité des sources mentionnent le chacal, plus précisément le chacal doré (Canis aureus) comme animal ayant inspiré l'iconographie d'Anubis. Cependant, des études menées au milieu des années 2010 ont montré que les chacals dorés Nord-africains s'avéraient être une espèce distincte, proche du loup du nom de Canis lupaster. Il n'y a pas de population de chacals dorés en Afrique du Nord. Pour plus de détails, voir l'article loup doré africain. Les mentions de « chacals » ici sont conservées un temps, pour se conformer aux sources présentes.. La signification du mot Anubis, inpou en égyptien ancien, Anoub en copte, / Anoubis en grec ancien, demeure obscure : de nombreuses explications ont été avancées, mais il peut s'agir simplement d'une onomatopée traduisant le hurlement du chacal. La forme canine du dieu a peut-être été inspirée aux Anciens Égyptiens par le comportement des canidés, souvent charognards opportunistes errant la nuit dans les nécropoles à la recherche de cadavres.
Les principales épithètes du dieu Anubis mettent en avant ses liens avec les grandes nécropoles du pays et son rôle de divinité funéraire qu'il y exerce. Son culte est attesté à travers tout le territoire égyptien depuis le et a été intense durant plus de trois millénaires, pour ne s'éteindre qu'entre les de notre ère, à la suite de l'essor du christianisme. Si Anubis est une divinité nationale, il est toutefois régionalement très lié aux et de Haute-Égypte et plus particulièrement à la ville de Hardaï, plus connue sous le nom grec de Cynopolis, la « ville du chien ».
Les prêtres égyptiens sont à l'origine de multiples traditions relatives aux liens familiaux d'Anubis, en faisant de lui le fils de la vache primordiale Hésat ou le fils de Rê avec Nephtys. Une version, transmise par le grec Plutarque au de notre ère, fait de lui le fils adultérin de Nephtys avec Osiris. Quand ce dernier est assassiné et démembré par Seth, Anubis participe avec Isis et Nephtys à la reconstitution du corps d'Osiris, inaugurant par ce geste la pratique de la momification. Assigné à la surveillance du « Bel Occident » — un euphémisme pour le pays des morts —, Anubis accueille les défunts auprès de lui. Il momifie les corps afin de les rendre imputrescibles et éternels, il purifie les cœurs et les entrailles souillés par les turpitudes terrestres, il évalue les âmes lors de la pesée du cœur, puis accorde de nombreuses offrandes alimentaires aux défunts ayant accédé au rang de dignes ancêtres.
Dénomination Le dieu Anubis est l'une des plus anciennes divinités égyptiennes. La manière d'écrire son nom en caractères hiéroglyphiques a évolué au cours des époques, passant du symbole unique du chien couché à un groupe de signes phonétiques augmenté ou non du symbole canin. Malgré de nombreuses hypothèses, la signification du nom reste floue et non élucidée. La dernière en date propose d'y voir une onomatopée. Les différentes fonctions funéraires d'Anubis transparaissent dans ses cinq principales épithètes et font de lui le maître du domaine des morts.
Nom Hiéroglyphes
|+ |- ! scope="col" | Transcription ! scope="col" | Hiéroglyphe ! scope="col" | Traduction |- |align=center| inpou ||align=center|E15||align=center | Anubis |- |align=center| inpou ||align=center|E16||align=center | Anubis |- |align=center|inpou ||align=center|M17-N35:Q3||align=center | Anubis |- |align=center| inpou ||align=center|M17-N35:Q3-G43-E15-G7||align=center | Anubis |- |align=center|inpou ||align=center|M17-N35:Q3-C6 ||align=center | Anubis |- |align=center| sab ||align=center|S29-D58-E17||align=center | chacal |- |align=center| inp ||align=center|M17-N35:Q3*Aa2||align=center | décomposition |- |align=center| inpou ||align=center|M17-N35:Q3-G43-A42||align=center | enfant royal |- |align=center| inpou ||align=center|M17-N35:Q3-A18||align=center | enfant royal
Le théonyme Anubis provient de l'égyptien ancien inpou (Inpou, Anpou, Anoup, Anoupou) par l'intermédiaire de sa forme hellénisée (Anoubis)..
Le dieu Anubis, ou un dieu canidé du type d'Anubis, figure parmi les plus anciennes divinités de l'Égypte antique. Le hiéroglyphe du canidé couché (sur le sol ou sur une chapelle)Hiéroglyphes E15 et E16 de la classification des hiéroglyphes de Gardiner. est connu depuis la période prédynastique. Des fouilles archéologiques à Oumm el-Qa'ab, la nécropole royale de la cité d'Abydos, ont permis de découvrir des tessons de poterie et des plaquettes en ivoire où figure l'idéogramme du canidé couché, datés du roi Scorpion de la dynastie Zéro et du roi Den de la (entre 3200 et 3000 avant notre ère). Durant l'Ancien Empire, ce hiéroglyphe se rencontre fréquemment dans les textes des formules d'offrandes funéraires. Il est généralement interprété par les égyptologues comme étant Anubis. Il est cependant très difficile de l'attribuer à cette seule divinité, car le nom d'Anubis n'est pas écrit avec des hiéroglyphes phonétiques avant la , vers 2200 avant notre ère. Sur les monuments, l'idéogramme est le seul mode d'écriture durant les et s. La graphie phonétique, avec ou sans le déterminatif du canidé, apparaît occasionnellement à la fin de la , sous le règne de , et ne devient fréquente qu'à partir de la Première Période intermédiaire (entre 2180 et 2040 avant notre ère). Pour les temps les plus reculés, la lecture du hiéroglyphe du canidé couché en Inpou (Anubis) n'est donc pas garantie. Les autres possibilités de lecture sont relativement nombreuses : Khenty Imentyou (« Celui qui est à la tête des occidentaux »), Inpou Khenty Imentyou (« Anubis, celui qui est à la tête des occidentaux »), Sedi (« celui à la queue »), Oupiou (« celui qui ouvre (l'aîné) »), Meniou (« le gardien du troupeau »), Sheta (« le mystérieux ») et Sab, un terme générique servant à désigner les chacals et les chiens du désert.
Étymologie
La signification du nom inpou (Anubis) reste le sujet de nombreuses discussions entre spécialistes et aucun consensus ne s'est encore dégagé. La même situation s'applique à d'autres divinités importantes. Malgré maintes hypothèses, les théonymes Rê, Min, Ptah, Osiris, Seth et Anubis ne disposent pas d'étymologies scientifiquement satisfaisantes..
! hiéro. !! trans. !! symbole !! signification !! divinité |- | i || i || roseau || vent || Shou |- | n || n || vaguelette || eau || Osiris |- | p || p || natte, tabouret || désert || Anubis
La plus ancienne explication du nom d'Anubis remonte à la fin de l'époque ptolémaïque et apparaît dans le Papyrus Jumilhac (, 6-7). Cette monographie religieuse, traduite en 1961 par Jacques Vandier, expose les principaux mythes et rituels du nome cynopolite en Moyenne-Égypte. Il y est indiqué qu'Anubis a reçu son nom de sa mère Isis et qu'il . Ces trois mots sont les représentations symboliques des trois hiéroglyphes phonétiques qui composent la racine inp du nom d'Anubis. Le roseau i représente le vent, la vaguelette n évoque l'eau du Nil et, plus curieusement, le meuble en roseau p est interprété comme le symbole du désert... Selon Georges Posener, cette étymologie sacrée viserait à cimenter une association entre les dieux Shou (vent), Osiris (eau) et Anubis (désert)..
À l'instar des auteurs antiques du Papyrus Jumilhac, nombre de savants modernes ont enfreint les règles de l'étymologie pour trouver une signification au nom d'Anubis. Avant le déchiffrement des hiéroglyphes en 1752, le théologien et orientaliste Paul Ernest Jablonski relie le nom d'Anubis au mot copte noub (or) en affirmant que les chacals sont associés à ce métal.. En 1872, le britannique Charles Wycliffe Goodwin. avance l'idée assez improbable que le mot égyptien inpou est une corruption de la racine sémitique alp, dont les nombreuses variantes serviraient à désigner des animaux..
Les égyptologues allemands Kurt Sethe et Hermann Kees considèrent que la signification du mot inpou est « chien » et plus spécialement « chiot », après avoir remarqué qu'en égyptien ancien le mot s'appliquait aussi pour désigner un « jeune prince ». En 1929, l'italien Giulio Farina. suppose que le mot égyptien inpou est similaire au mot sémitique ṷlp, ṷulūp qui désigne le chacal. Dans un article publié à titre posthume en 1972, Pierre Lacau estime que plusieurs divinités thériomorphes tirent leur nom de leur animal sacré. Concernant Anubis, inp est un terme archaïque qui sert à désigner un canidé et Inpou est le nom de la divinité canine. Le terme inp ayant été divinisé, le mot sab aurait pris le relais pour désigner les canidés sauvages.. En 1976, Dimitri Meeks traduit le nom inp par « celui qui est couché sur son ventre », cette attitude étant la pose traditionnelle de la forme animale du dieu. Il remarque aussi qu'un passage des Textes des sarcophages rapproche le nom d'Anubis du mot inp « putréfaction », un hapax issu d'un calembour élaboré à partir des mots irpou (« vin ») et repou (« fermentation »)..
Plus récemment, en 2005, le britannique Terence DuQuesne, notamment auteur d'une considérable monographie sur les dieux-chacals égyptiens, propose de ne voir, dans le terme inpou (vocalisé sous *yanoup), qu'une simple onomatopée visant à imiter le hurlement du chacal, en conformité avec la pratique égyptienne de former les noms d'animaux à partir de leur cri : miou pour le chat, reret pour le cochon, aâ pour l'âne..
Plus simplement, In-pou et a-nub-is qui sont des synonymes, le second étant la version copte du premier, pourraient vouloir dire, si l'on se réfère au Sumérien, « le rassembleur de troupeau », c'est-à-dire le chien.
Épithètes
Les principales épithètes appliquées à Anubis mettent en exergue son rôle de divinité funéraire et le décrivent volontiers comme étant le chef du domaine funéraire en son entier ou comme le chef d'une des subdivisions de ce domaine. Dès les débuts de la civilisation égyptienne, Anubis est doté de ses cinq principales épithètes : Khenty imentyou (« Celui qui est à la tête des Occidentaux — les morts »), khenty ta djeser (« Celui qui est à la tête du pays sacré »), tepy djouef (« Celui qui est sur sa montagne »), Khenty seh netjer (« Celui qui préside au pavillon divin ») et imy-out (« Celui qui préside à la salle d'embaumement »), les quatre dernières persistant jusqu'à l'époque gréco-romaine (entre le avant notre ère et le après)...
Celui qui est à la tête des Occidentaux
|+ |- ! scope="col" |Translittération ! scope="col" | Hiéroglyphe ! scope="col" | Traduction |- |align=center|khenty imentyou ||align=center|xnt-n:t*y-imnt-tyw-Z3||align=center | Celui qui est à la tête des Occidentaux
L'épithète khenty imentyou, « Celui qui est à la tête des Occidentaux » (variantes : khenty imentet, « Celui qui est à la tête de l'Occident » ; neb imentet, « Seigneur de l'Occident »), est surtout attribuée à Osiris à partir de la toute fin de l'Ancien Empire, quand il devient la divinité majeure du domaine funéraire, mais Anubis n'en sera jamais totalement dépourvu. Cette épithète pose de nombreux problèmes car Khentyimentyou est aussi le nom du dieu-canidé de la ville d'Abydos attesté dès la par des documents archéologiques. Il s'agit donc de bien distinguer le nom d'une divinité indépendante et la fonction homonyme attribuée à Anubis à partir de la et à Osiris à partir de la ..
Seigneur du pays sacré
|+ |- ! scope="col" |Translittération ! scope="col" | Hiéroglyphe ! scope="col" | Traduction |- |align=center| neb ta djeser ||align=center|V30:N16-D44||align=center | Seigneur du pays sacré, Seigneur de la terre consacrée