Marwan BarghoutiEn français se transcrit Marouane, et devrait se transcrire El Barghouthi, le n'étant pas un t, mais un th. L'habitude fautive d'écrire Barghouti est cependant très répandue. (en arabe : ), né le à Kobar (Cisjordanie), est un homme politique palestinien.

Membre du Conseil législatif palestinien depuis 1996 malgré son emprisonnement en Israël, il milite en faveur d'une résolution politique au conflit israélo-palestinien et pour la défense des accords d'Oslo, sans pour autant rejeter la lutte armée contre l'occupation israélienne.

Il joue un rôle important durant la première et la seconde Intifada. Il est alors un chef de file du Tanzim, une des branches armées du Fatah en Cisjordanie., justifiant les attaques sur des cibles militaires tout en condamnant les attentats visant des civils.

Le , après avoir été visé par deux tentatives d’assassinat, il est enlevé à Ramallah par des agents israéliens. Condamné à cinq peines de prison à vie pour avoir selon l’État israélien commandité des attentats contre des civils israéliens qui ont fait cinq morts, il refuse la et s'affirme innocent In rare court appearance, Marwan Barghouti calls for a peace deal based on 1967 lines sur haaretz.com.. Il est, en détention, régulièrement battu par ses geôliers et privé de visite de sa famille comme de la Croix-Rouge internationale.

Il est souvent cité comme la figure politique la plus populaire dans l’opinion palestinienne.

Biographie Marwan Hassib Ibrahim Barghouti est né dans le village de Kobar près de Ramallah. Il fait partie de la famille des , qui provient de Deir Ghassaneh. Il a six frères et sœurs, et son père est un immigré libanais.

À l'âge de 15 ans, Barghouti rejoint le Fatah et cofonde le mouvement des jeunes du Fatah (Shabiba) en Cisjordanie. En 1976, à 17 ans, il est arrêté par Israël pour son . Il est alors un défenseur de la résistance pacifique à l'occupation. Barghouti poursuit et termine ses études secondaires au cours de son incarcération, et apprend aussi l'hébreu.

Il commence des études à l'université de Beir Zeit en 1983 mais n'obtient sa licence d'histoire et de sciences politiques qu'en 1994 à la suite de son arrestation et de son exil. En 1998, il obtient une maîtrise de relations internationales. Au début de ses études, il s'engage dans les réseaux politiques étudiants par le biais du Fatah et est à la tête du Conseil des étudiants de son université. Le , il se marie avec Fadwa Ibrahim, une autre étudiante de Beir Zeit. Elle possède une maîtrise de droit et milite en faveur des droits des prisonniers palestiniens. Elle devient la principale actrice de la campagne de libération de son conjoint. Ils ont une fille (Ruba en 1987) et trois garçons (Qassam en 1986, Sharaf en 1989 et Arab en 1991).

Au cours des années 1980, Marwan Barghouti est intéressé par l'activisme non-violent pour mener ses combats politiques. Il s'inspire notamment des actions du Mahatma Gandhi, de Martin Luther King, ainsi que de Khan Abdul Ghaffar Khan, un activiste non-violent musulman opposé au colonialisme britannique.

Première Intifada

Barghouti est un des principaux meneurs de la première Intifada en 1987, et amène les Palestiniens à un soulèvement de masse contre l'État d'Israël. Il est arrêté dès 1987 par l'armée israélienne et expulsé vers la Jordanie.

Ascension politique Barghouti ne peut revenir d'exil qu'après la signature des accords d'Oslo en 1994.

Barghouti est élu au Conseil législatif de Palestine en 1996. Comme député, il entretient des dialogues réguliers avec des parlementaires israéliens favorables au processus de paix, profitant de sa maîtrise de l'hébreu. Il mène publiquement des campagnes contre la corruption au sein du Fatah et rentre parfois en conflit avec Yasser Arafat, accusant ses services de sécurité de violations des droits de l'Homme.

Marwan Barghouti s'oppose notamment à Arafat concernant l'organisation politique de la cause palestinienne. Alors qu'Arafat souhaite que le Fatah reste la seule structure de militantisme et d'organisation pour les palestiniens, Barghouti défend la création d'un État palestinien à part entière, et plaide pour cantonner le Fatah à un rôle de parti politique.

Auprès d'autres parlementaires, palestiniens comme israéliens, il essaie également de sauver les accords d'Oslo. Toutefois, il émet des réserves concernant ces derniers, ne croyant pas en la sincérité de l'État israélien et regrettant que ces accords ne résolvent pas la question de la restitution des terres palestiniennes ou de la présence de colons israéliens. Ainsi, il se rend à de nombreuses reprises à la Knesset et aux congrès de partis israéliens, pour inciter les élus israéliens à renforcer leur engagement dans le processus de paix à mettre un terme à l'occupation israélienne et à l'implantation de colons en CisjordanieMarwan Barghouti, un espoir pour la Palestine ?, documentaire réalisé par Georgia Scott et Sophia Scott, produit par Groundtruth Productions 2022.

Seconde Intifada

Le , la visite d'Ariel Sharon sur l'esplanade des mosquées déclenche la seconde Intifada et la situation politique change.

Marwan Barghouti mène des manifestations vers des points de contrôle israéliens en Cisjordanie. Celles-ci ont pour conséquence des émeutes et des attaques contre les forces d'occupation. Il dirige alors le Tanzim, branche populaire du Fatah, dont certains éléments luttent militairement contre Tsahal. Lui-même en est un dirigeant politique et non militaire.

Il condamne le recours à la terreur contre les Israéliens en Israël. Il affirme que . Il ajoute : . En 2002, il déclare : « Je ne suis pas un terroriste, mais pas non plus un pacifiste. Je suis simplement un gars normal de la rue palestinienne défendant la cause que tout autre oppressé défend : le droit de m'aider en l'absence de toute aide venant d'ailleurs », dans le Washington Post Want Security? End the Occupation, Washington Post, )

Arrestation et procès thumb|Arrestation de Marwan Barghouti en 2002.

Son rôle dans la seconde Intifada en fait l'un des Palestiniens les plus recherchés par les forces de sécurité israéliennes. En 2001, l'armée israélienne tente d'assassiner Barghouti, mais le missile détruit la voiture de son garde du corps. Barghouti est capturé en à Ramallah, et il est inculpé par un tribunal militaire de 26 meurtres et d'autres tentatives de meurtresSpencer Tucker, The Encyclopedia of the Arab-Israeli Conflict, ABC-CLIO, 2008, p.199.. Il est accusé d'avoir fondé les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa.

Selon le Shin Bet, durant son interrogatoire il aurait avoué avoir transféré des fonds, certains en provenance d’Arafat, à des chefs de groupes terroristes, fourni à certaines occasions des armes et reçu des comptes rendus d’acte de terrorisme. Il aurait également avoué par ailleurs avoir commandité l’assassinat d'un civil israélien. Il nie cependant ces éléments à son procès, déclarant avoir été interrogé pendant 4 mois et privé de sommeil.

Tout au long de son procès, Barghouti refuse de reconnaître la légitimité du tribunal israélien, et refuse de se défendre ; il proclame son innocence et estime qu'un tribunal civil israélien ne peut juger un citoyen et parlementaire palestinien. À la place, l'accusé se sert de la tribune qui lui est offerte pour plaider sa cause politique. Il est condamné le pour cinq meurtres ( et un prêtre orthodoxe), dont l'attentat du Sea Food Market à Tel Aviv dans lequel trois civils furent tués. Barghouti est aussi déclaré coupable d'une tentative de meurtre pour un attentat-suicide déjoué par les forces de sécurité israéliennes. Il affirme de son côté être innocent des chefs d'accusation portés contre lui. Il est acquitté des 21 autres chefs d'accusation de meurtre. Le , Barghouti est condamné à cinq peines de réclusion à perpétuité pour les cinq meurtres et 40 ans d'emprisonnement pour tentative de meurtre. Il est en conséquence incarcéré dans une prison de haute sécurité en Israël.

Le procès est critiqué par l'Union inter-parlementaire, qui accuse les autorités israéliennes d'avoir eu recours à la torture contre Barghouti lors des interrogatoires. Elle prétend également que le tribunal aurait fait preuve de partialité à l'encontre de Barghouti et d'abus de pouvoirs, prétextant que la justice israélienne n'était pas compétente pour capturer et faire juger un responsable politique palestinienMarwan Barghouti, un espoir pour la Palestine ?, documentaire réalisé par Georgia Scott et Sophia Scott, produit par Groundtruth Productions 2022.

Campagne de libération

Depuis l'arrestation de Barghouti, ses défenseurs mènent campagne en faveur de sa libération. Parmi eux, d'importantes personnalités palestiniennes, des membres du Parlement européen et le Bloc de la paix israélien. Selon le quotidien israélien Haaretz, Barghouti est vu par certains comme un « Nelson Mandela palestinien », l'homme qui pourrait galvaniser un mouvement national divisé et à la dérive s'il était remis en liberté par Israël. Le magazine Le Point évoque lui aussi un « parcours étonnamment semblable à celui de Madiba ». Selon le porte parole de l'ambassade d’Israël en France : « La comparaison est hors de propos, Mandela n'ayant pas de sang sur les mains. Marwan Barghouti a reconnu les faits et s'est même dit fier de ses agissements. Le Tanzim est impliqué dans des actes terroristes contre des civils, que Marwan Barghouti organisait ».

Campagnes en Israël et en Palestine vignette|Banderole arborant le portrait de Marwan Barghouti lors d'une manifestation à Beit Ommar contre la confiscation de terres palestiniennes par Israël, avril 2011. À la suite de la réélection en 2006 de Barghouti au Conseil législatif palestinien, un débat sur son emprisonnement apparaît en Israël. Au cours de celui-ci, l'ancien leader du parti Meretz, Yossi Beilin, qui a occupé plusieurs postes de ministres en Israël, prend parti en faveur d'une grâce présidentielle, souhaitant qu'il puisse contrer le Hamas. Cependant, une majorité s'oppose à la libération d'un meurtrier. Notamment, le ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom déclare : « Nous ne devons pas oublier qu'il est un meurtrier de sang froid qui a été condamné par le tribunal à cinq réclusions à perpétuité. Il est hors de question de libérer un assassin qui a du sang sur les mains et a été dûment condamné par un tribunal. ». Quelques députés, comme le député Meir Sheetrit de Kadima, ont suggéré de lui accorder la grâce présidentielle, probablement dans le cadre de futures négociations de paix. En , l'ancien Premier ministre Shimon Peres a déclaré qu'il signerait une grâce présidentielle s'il était élu à la présidence. Cependant, bien que Peres ait été élu à la présidence le , cette promesse est restée sans suite.

En 2008, Marwan Barghouti était inclus dans la liste des 450 prisonniers dont le Hamas demande la libération en échange de la libération de Gilad Shalit, capturé en 2006.

Le gouvernement israélien refuse de l'inclure parmi les prisonniers palestiniens libérables lors de l'accord de cessez-le-feu à Gaza de 2025.

En , Élie Barnavi, historien et ancien ambassadeur israélien, demande la libération de Barghouti, considérant qu'il est « le seul capable d’unifier son peuple autour d’un projet national.» Il considère que Barghouti porte le projet d'un État palestinien souverain et en paix avec Israël..

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