Aladin ou la Lampe merveilleuse, également intitulé Histoire d’Aladdin, ou la Lampe merveilleuse d'après son titre complet ou Aladin et la Lampe merveilleuse d'après une traduction erronée, voire simplement Aladin, est un conte traditionnel arabo-perse. Conte orphelin, il ne figure pas dans les manuscrits les plus anciens du recueil Les Mille et Une Nuits. Il y a été associé à partir du avec la traduction française du recueil par Antoine Galland qui l'augmente de plusieurs contes.
Résumé
Aladdin est un jeune homme pauvre et paresseux qui vit à Bagdad (ou parfois en Chine, selon les versions) avec sa mère veuve.
Un jour, un sorcier appelé simplement le magicien africain accoste Aladin en se faisant passer pour un oncle longtemps resté à l'étranger. Le magicien feint de vouloir éduquer Aladin pour en faire un marchand de tissus. En réalité, après quelques journées, il l'emmène jusqu'à une trappe menant à une caverne profonde dans laquelle il ne peut pas s'aventurer lui-même. Après lui avoir donné un anneau magique pour le protéger, il ordonne donc au jeune homme d'aller récupérer une lampe en ignorant la plupart des trésors qui se trouvent là, sauf les pierres précieuses poussant sur les arbres du jardin souterrain. Aladin obéit, mais refuse de donner la lampe au magicien avant que celui-ci ne l'ait fait sortir du souterrain. Dépité, le magicien referme la trappe et abandonne Aladin à une mort certaine, mais doit abandonner aussi la lampe.
Aladin parvient à maîtriser les pouvoirs de l'anneau, puis de la lampe : en la frottant, il peut faire sortir de chacun de ces objets un (djinn). Si l'un peut le transporter où il le souhaite, l'autre est en plus capable d'accomplir toutes ses volontés, sans limite apparente et vivre avec sa mère dans la prospérité. Le garçon devient aussi peu à peu plus éduqué et plus poli, grâce à l'influence de la magie de la lampe.
Un jour, après s'être dissimulé par curiosité près de l'entrée des bains afin d'apercevoir le visage de la fille du sultan, la princesse Badroulboudour, il en tombe amoureux et décide de tout faire pour l'épouser. Il convainc sa mère de se rendre au palais pour demander la main de Badroulboudour au sultan de sa part, avec comme présent une jarre remplie de pierres précieuses. Le sultan, qui compte marier sa fille au fils de son grand vizir, est impressionné par un tel cadeau, mais demande un délai de trois mois et finit par oublier sa promesse. Le soir du mariage de Badroulboudour et du fils du vizir, Aladin fait enlever le lit des époux par le génie et les sépare pour dormir lui-même avec la princesse, avec une épée plantée entre eux en signe de chasteté. Le sultan finit par faire annuler le mariage, mais impose à Aladin une demande exorbitante : un cortège de serviteurs d'un luxe inouï et des présents impossibles à rassembler. Grâce au génie, Aladin offre aussitôt les cadeaux demandés et le sultan, impressionné, accepte le mariage. Aladin et Badroulboudour s'installent dans un somptueux palais construit par le génie en face du palais du sultan.
Le bonheur d'Aladin et de Badroulboudour est troublé par le retour du magicien africain, qui apprend par géomancie qu'Aladin a survécu. Enfourchant un barbe pour revenir dans la capitale du sultan, le magicien africain commence d'abord par se promener en ville. Il se rend dans le lieu le plus connu et le plus fréquenté par les personnes de grande distinction, où l’on s’assemblait pour boire d’une certaine boisson chaude qui lui était connue dès son premier voyage (le théÉdouard Gauttier d'Arc, dans une note de son édition des Nuits, tome IV, (lire en ligne).), afin d'interroger discrètement les habitants au sujet de son ennemi. Puis en se faisant passer pour un fou qui offre des lampes neuves en échange de vieilles lampes parvient à récupérer la lampe d'Aladin que Badroulboudour lui offre elle-même sans connaître sa valeur. Le magicien profite alors d'une absence d'Aladin, parti à la chasse, pour faire transporter en Afrique le palais d'Aladin où se trouve Badroulboudour. De retour de la chasse, Aladin est arrêté par le sultan fou de colère après la disparition de sa fille. Il est condamné à mort, mais la foule à laquelle Aladin a rendu de grands bienfaits se révolte et obtient la grâce d'Aladin. Ayant obtenu un délai pour retrouver Badroulboudour, Aladin finit par demander au génie de l'anneau de ramener le palais à sa place. Mais celui-ci admet être moins puissant que celui de la lampe, ne pouvant que le transporter en Afrique auprès du palais enlevé. Aladin et Badroulboudour mettent au point une ruse : la princesse feint d'être séduite par le magicien et lui fait boire un poison. Aladin récupère la lampe, retransporte le palais à sa place et tout rentre dans l'ordre.
Une dernière péripétie du conte met en scène le frère du magicien africain qui s'aperçoit de la mort de son parent et entreprend de le venger. Arrivé dans la ville d'Aladin et de Badroulboudour, le frère magicien tue Fatima, une femme réputée pour sa piété et ses talents de guérisseuse, et prend son apparence afin d'être introduit auprès de Badroulboudour. Il la persuade que le palais serait encore plus beau si un œuf d'oiseau roc était suspendu sous la voûte du grand salon. Badroulboudour demande à Aladin d'ajouter cet ornement. Celui-ci accepte et en fait la demande au génie de la lampe. Mais ce dernier se met en colère et lui dit qu'il l'aurait tué si cette demande venait de lui, car son véritable maître n'est autre qu'un oiseau roc et il refuse d'accomplir une pareille demande. Il révèle en revanche à Aladin la ruse du frère magicien. Aladin va trouver le magicien sous son déguisement et le tue. Les époux vivent ensuite dans un bonheur sans nuage. Le conte se termine par plusieurs commentaires de Shéhérazade expliquant au sultan la morale de ce conte.
Dans la variante populaire du conte, l'histoire d'Aladin est donc celle d'une ascension sociale rendue possible par la maîtrise de la lampe merveilleuse. Mais il existe une variante, comme Le Chandelier aux sept derviches, dans laquelle Aladin ne parvient pas à maîtriser la lampe. Après une nouvelle tentative pour tromper encore son maître, pourtant bon, il est puni de sa bêtise et de son ingratitude en perdant tout.
Nom et étymologie des noms Le nom d'Aladin (orthographié à l'origine « Aladdin », comme c'est encore le cas en anglais) signifie littéralement « élévation de la religion », de l’arabe (, ), de ( ; « élevé », « sublime ») et de ( ; « religion », « croyance »)Richard Francis Burton, dans une note de sa traduction du conte publiée dans les années 1880 (volume 13, note 66, lire en ligne, en anglais), dit :
<br>"i.e. the “Height or Glory (’Alá) of the Faith (al-Dín)” pron. Aláaddeen; which is fairly represented by the old form “Aladdin;” and better by De Sacy’s “Ala-eddin.” The name has occurred in The Nights, vol. iv. 29–33; it is a household word in England and who has not heard of Thomas Hood’s “A-lad-in?” Easterns write it in five different ways and in the Paris MS. it is invariably “’Alí al-dín,” which is a palpable mistake. The others are (1) ’Alá al-Dín, (2) ’Alá yadín, (3) ’Alah Dín in the H. V., and (4) ’Aláa al-Din (with the Hamzah), the last only being grammatical. In Galland the Histoire de la Lampe merveilleuse is preceded by the Histoire du Dormeur Eveillé which, being “The Story of Abú al-Hasan the Wag, or the Sleeper awakened,” of the Bresl. Edit. (Nights cclxxi-ccxc), is here omitted. The Alaeddin Story exists in germ in Tale ii. of the “Dravidian Nights Entertainments,” (Madana Kamara-Sankádái), by Pandit S. M. Natisa Shastri (Madras, 1868, and London, Trübner.) We are told by Mr. Coote that it is well represented in Italy. The Messina version is by Pitrè, “La Lanterna Magica,” also the Palermitan “Lanterne;” it is “Il Matrimonio di Cajussi” of Rome (R. H. Busk’s Folk-lore); “Il Gallo e il Mago,” of Visentini’s “Fiabe Mantovane,” and the “Pesciolino,” and “Il Contadino che aveva tre Figli,” of Imbriana. In “La Fanciulla e il Mago,” of De Gubernatis (“Novelline di Santo Stefano de Calcenaja,” ), occurs the popular incident of the original. “The Magician was not a magician for nothing. He feigned to be a hawker and fared through the streets, crying out, ‘Donne, donne, chi baratta anelli di ferro contra anelli di argento?’”
<br>Alaeddin has ever been a favourite with the stage. Early in the present century it was introduced to the Parisian opera by M. Etienne, to the Feydeau by Théaulon’s La Clochette; to the Gymnase by La Petite-Lampe of MM. Scribe and Melesville, and to the Panorama Dramatique by MM. Merle, Cartouche and Saintine (Gauttier, vii. 380.)"
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<br>Soit, en français :
<br>"c'est-à-dire la « Hauteur ou Gloire (’Alá) de la Foi (al-Dín) » pron. Aláaddeen ; qui est assez bien représenté par l'ancienne forme « Aladdin » ; et mieux par « Ala-eddin » de De Sacy. Le nom apparaît dans Les Nuits, vol. iv. 29–33 ; c'est un mot courant en Angleterre et qui n'a pas entendu parler du « A-lad-in » de Thomas Hood ? Les Orientaux l'écrivent de cinq manières différentes et dans le manuscrit de Paris, c'est invariablement « ’Alí al-dín », ce qui est une erreur manifeste. Les autres sont (1) ’Alá al-Dín, (2) ’Alá yadín, (3) ’Alah Dín dans le H. V., et (4) ’Aláa al-Din (avec le Hamzah), ce dernier seul étant grammatical. Chez Galland, l'Histoire de la Lampe merveilleuse est précédée de l'Histoire du Dormeur Éveillé qui, étant « L'Histoire d'Abú al-Hasan le Wag, ou le Dormeur éveillé », de l'Édition Bresl. (Nuits cclxxi-ccxc), est ici omise. L'Histoire d'Alaeddin existe en germe dans le Conte ii. des « Divertissements des Nuits Dravidiennes » (Madana Kamara-Sankádái), par Pandit S. M. Natisa Shastri (Madras, 1868, et Londres, Trübner.) M. Coote nous dit qu'elle est bien représentée en Italie. La version messine est de Pitrè, « La Lanterna Magica », également la « Lanterne » palermitaine ; c'est « Il Matrimonio di Cajussi » de Rome (Folk-lore de R. H. Busk) ; « Il Gallo e il Mago », du « Fiabe Mantovane » de Visentini, et le « Pesciolino » et « Il Contadino che aveva tre Figli » d'Imbriana. Dans « La Fanciulla e il Mago », de De Gubernatis (« Novelline di Santo Stefano de Calcenaja », p. 47), se produit l'incident populaire de l'original. "Le Magicien n'était pas un magicien pour rien. Il feignait d'être un colporteur et parcourait les rues en criant : " Donne, donne, chi baratta anelli di ferro contra anelli di argento ? " Alaeddin a toujours été un favori sur scène. Au début du siècle présent, il fut introduit à l'Opéra parisien par M. Etienne, au Feydeau par La Clochette de Théaulon ; au Gymnase par La Petite-Lampe de MM. Scribe et Melesville, et au Panorama Dramatique de MM. Merle, Cartouche et Saintine (Gauttier, VII. 380.)". En persan, il se prononce encore aujourd'hui .
Badroulboudour signifie « pleine lune des pleines lunes »Les Mille et Une Nuits, édition revue et augmentée par Michel Léturmy, d'après la traduction d'Antoine Galland, notes 142 à 145..
Transmission et traductions Souvent associé au recueil des Mille et Une Nuits, Aladin ou la Lampe merveilleuse ne fait pas partie des manuscrits originaux, contrairement à une idée largement répandueLes Mille et Une Nuits, traduction et préfaces de René R. Khawam, Phébus, Collection Domaine Arabe (4 vol.), 1986-1987. Cette traduction s'appuie sur les manuscrits les plus anciens disponibles (), dont celui ramené de Syrie par Galland., mais a été ajouté de façon tardive à l'ouvrage tout comme Sinbad le marin et Ali Baba et les Quarante voleurs. Cette nouvelle mouture élargie des Mille et Une Nuits sera largement diffusée au notamment avec la version d'Antoine Galland. Celui-ci s'était fait rapporter en 1701 de Syrie un recueil de contes incomplet (le manuscrit Galland), pour la plupart d’origine persane et traduits en arabe à la fin du . Il en réalise la première traduction française à laquelle il adjoindra d’autres récits comme ceux de Sinbad et d’Ali Baba.