Une nouvelle est un récit habituellement court. Apparu à la fin du Moyen Âge, ce genre littéraire était alors proche du roman et d'inspiration réaliste., se distinguant peu du conte et de la fable. À partir du , les auteurs ont progressivement développé d'autres possibilités du genre, en s'appuyant sur la concentration de l'histoire pour renforcer l'effet de celle-ci sur le lecteur, par exemple par une chute surprenante. Les thèmes se sont également élargis : la nouvelle est devenue une forme privilégiée de la littérature fantastique, policière, et de science-fiction.
Naissance du genre Dès l'Antiquité, sous forme de orale, les histoires de format nécessairement court, existent : nous en avons la preuve à travers des épopées comme Odyssée ou le Mahabharata, structurés en effet comme un enchaînement d'épisodes que l'on peut soi-même mémoriser et dont on peut s'approprier la trame.
Les Romains se régalaient d'un format court appelé « anecdote », au sens de « récit [court] inédit, non publié »Selon Diodore de Sicile, cité dans le Dictionnaire grec-français d'Anatole Bailly — [ https://www.cnrtl.fr/definition/anecdote « Anecdote : Étymol. 2. »], définition lexicale de la base CNRTL..
En Europe, la nouvelle prend naissance en tant que genre littéraire au Moyen Âge. Elle vient s’ajouter, et en partie se substituer, à une multitude de récits brefs : fabliaux, lais, dits, devis, exemple, contes. Les nouvelles étaient d'abord de petites histoires anonymes distribuées gratuitement dans la rue, et qui se distinguaient en deux groupes : les exempla, qui étaient des récits religieux prêchant la morale et les dons à l'église, et les équivalents aux , racontant des faits divers comme des vols, des tromperies, ou des meurtres. Ce type de canard, terme inventé au siècle« Canard : etym. C. b. », définition lexicale de la base CNRTL., a donné le mot argotique désignant le journal, qui lui-même rapporte des faits divers.
Directement inspiré du Décaméron (1349-1353) de Boccace qui, par le biais d'un récit-cadre, met en scène un groupe d'individus s'enfermant pendant dix jours et se racontant des histoires, le premier recueil de nouvelles françaises, anonyme, les Cent nouvelles nouvelles, est probablement paru entre 1430 et 1470. Le prologue de l'ouvrage de Boccace débute ainsi en sa traduction française de 1415 : . Le terme nouvelle est traduit du mot toscan novella, « récit imaginaire » rapportant des « faits nouveaux »« Nouvelle subst. fém. », étymologie du terme dans la base CNRTL..
Peu après Boccace, l'Anglais Chaucer avec Les Contes de Canterbury construit ici un recueil, une suite d'histoires, également contenues dans un récit-cadre, mais au fond, constituant un prétexte.
Ce qui caractérise le genre de la nouvelle c'est donc sa nature hors-cadre, son autonomie, et son exemplarité : elle se suffit à elle même.
Au , le véritable essor du genre prend forme. En 1558, avec L'Heptaméron, Marguerite de Navarre donne au genre ses premières lettres de noblesse : dans ce recueil inachevé de , qui devait en comporter cent au départ, comme le Décaméron, dont il se voulait une imitation, voisinant avec les récits licencieux hérités des fabliaux, on trouve des histoires plus graves, où l’anecdote laisse en partie la place à l’analyse psychologique.
Premières évolutions Publiées en 1613 et traduites en français deux ans plus tard, les Nouvelles exemplaires de Miguel de Cervantes, l’auteur de Don Quichotte, connaissent un succès considérable et constituent pour longtemps la référence. Sous leur influence, le genre subit une évolution double, déterminée par ses relations avec le roman. Dans un premier temps, on voit la nouvelle se rapprocher de celui-ci par ses sujets et sa composition : ainsi, La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette est considérée, au moment de sa parution, comme une nouvelle. Les romans contemporains intègrent d'ailleurs souvent en leur sein des nouvelles, sous la forme de digressions à l'intérieur du récit principal, ou d'histoires racontées par des personnages à d'autres. Mais la nouvelle se distingue cependant des romans de l’époque, extrêmement longs et touffus, par son action plus resserrée. C’est cette conception qui, dans les dernières décennies du , l’emporte finalement sur la nouvelle , et qui se développe au cours du siècle suivant.
En 1614, avec ses Histoires tragiques de notre temps, François de Rosset choisit quant à lui la nouvelle pour raconter des meurtres, des viols, des affaires diaboliques, en s'inspirant des annales judiciaires du moment dans le but de susciter l'horreur.
Essor du genre On s’accorde à considérer le comme l’âge de l'essor de la nouvelle. Et d'Honoré de Balzac (La Maison du Chat-qui-pelote, Contes drolatiques) à Gustave Flaubert (Trois Contes), de Stendhal (Chroniques italiennes), Alfred de Musset à Jules Barbey d'Aurevilly (Les Diaboliques), de George Sand (Nouvelles) à Émile Zola (Contes à Ninon), il n’est guère de romancier d’importance qui n’ait écrit de nouvelles, et même de recueil de nouvelles, comme Prosper Mérimée, Jean de La Varende, Guy de Maupassant qui en a écrit plus de trois centsVoir la liste complète : Liste des nouvelles de Guy de Maupassant. dans dix-huit recueils publiés de son vivant ; le dramaturge Anton Tchekhov a écrit six cent vingt nouvellesListe des nouvelles d'Anton Tchekhov..
Si la nouvelle exploite alors en France surtout les deux veines apparemment opposées du réalisme et du fantastique, il n’est guère de thèmes qu’elle n’aborde, guère de tons qu’elle n’emprunte. Au reste, son prestige ne se limite pas à la France : en témoignent, entre autres, Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, Edgar Allan Poe, Henry James, Herman Melville, Alexandre Pouchkine, Nicolas Gogol, Ivan Tourgueniev, Fiodor Dostoïevski, Anton Tchekhov, Léon Tolstoï, et bien d'autres. Il convient enfin de rappeler que c'est au cours du que sont proposées les théories les plus élaborées du genre, d’abord en Allemagne (Johann Wolfgang von Goethe, qui fonde avec (Nouvelle) le modèle du genre et Friedrich Schlegel), puis aux États-Unis (Poe et James). Alphonse Allais, fondateur du rire moderne, introduit la folie dans ses nouvelles, comme Les templiers.
Le a vu de nombreux écrivains choisir la forme courte. En France, Jean-Paul Sartre, bien sûr, et son recueil Le Mur, et Albert Camus, avec L'Exil et le Royaume, mais aussi, parmi les contemporains, Alain Robbe-Grillet, inventeur du (Instantanés, éditions de Minuit), Nathalie Sarraute (Tropismes, même éditeur), Georges-Olivier Châteaureynaud, Dominique Mainard, Hubert Haddad, Nadine Ribault pour n'en citer que quelques-uns, connus ou moins connus. Certains ont choisi de ne s'exprimer (presque) que par la nouvelle, parfois très courte : Jacques Sternberg, écrivain belge dont presque toute l'œuvre emprunte cette forme (188 contes à régler, 300 contes pour solde de tout compte, Contes griffus, etc.). C'est ensuite le cas, plus récemment, du Belge Thomas Gunzig, de Georges Kolebka, d'Hervé Le Tellier et surtout d'Annie Saumont.
Différenciations Dans les pays anglo-saxons (et aux États-Unis en particulier), on considère que la nouvelle peut se classifier en trois catégories suivant sa longueur. L'organisation en a donné une définition : l'histoire courte (short story) compte moins de , la « novelette » comprend les histoires entre et , et le roman court, presque un roman, comprend les histoires entre et ..
Dans les pays francophones, la nouvelle, comme la novella. et le roman, n'est plus une question de longueur mais une question de conception. Une nouvelle ne porte que sur un événement et n'a pas de temps de repos pour le lecteur, une novella. a des événements qui se rapportent à un événement central et un roman a plusieurs événements. La novella et le roman prévoient des temps de repos pour le lecteur. On distingue aussi la nouvelle dite française dont le rythme est rapide et peu explicatif et la nouvelle dite anglaise ou allemande dont le rythme permet d’expliquer les pensées, les réactions des personnages.
La micronouvelle, récit suggestif souvent caustique caractérisé par une brièveté extrême (sans norme universelle précise), est une tradition ancienne, considérée par les critiques littéraires comme un genre à part entière depuis la fin du Mary Louise Pratt, The Short Story: The Long and the Short of It, in , éd. Charles May, Ohio UP, Athens, 1994 et Gitte Mose, Danish Short Shorts in the 1990s and the Jena-Romantic Fragments, in The Art of Brevity: Excursions in Short Fiction Theory and Analysis, éd. Per Winther, Jakob Lothe et Hans H. Skei, Université de Caroline du Sud, Columbia 2004., et qui a été popularisée par les réseaux sociaux imposant une limite au nombre de caractères par message, à partir de la création de Twitter en 2006.
Poétique de la nouvelle
Une nouvelle possède plusieurs caractéristiques qui poussent à sa brièveté. Contrairement au roman, elle est centrée sur un seul événement. Les personnages sont peu nombreux et sont moins développés que dans le roman. La fin est souvent inattendue, et prend la forme d'une chute, ou « pointe »., parfois longue de quelques lignes seulement. Cependant, il existe aussi des textes de nouvelles « ouverts » caractérisés par une absence de pointe.
Charles Baudelaire, traducteur de Edgar Allan Poe, a proposé cette analyse de la nouvelle :
Éric-Emmanuel Schmitt la définit comme un art du temps :
nouvelle réaliste nouvelle fantastique Cependant, malgré un certain nombre de dénominateurs, la caractérisation de la nouvelle ne fait pas l'unanimité de la critiqueRené Godenne, « La nouvelle française », Études françaises, volume 12, numéro 1-2, avril 1976, p. 103 (lire en ligne)..
Concours et prix littéraires Il existe de nombreux concours de nouvelles, ouverts à tous. La longueur des nouvelles est toujours limitée, généralement entre 4 et .
De nombreux prix littéraires sont décernés spécifiquement pour les nouvelles. En France, les principaux sont le prix Goncourt de la nouvelle, le prix Boccace et le prix Védrarias. Il existe également des prix pour les auteurs mineurs, comme le prix Clara (des éditions Héloïse d'Ormesson) et le prix Védrarias (de la ville de Verrières-le-Buisson).
Pour les littératures de l'imaginaire, les prix Hugo, Nebula et Locus de la meilleure nouvelle de fantasy ou de science-fiction (avec distinction pour certains d'entre eux des nouvelles courtes et longues) sont parmi les plus prestigieux dans le monde.
Auteurs de nouvelles
Nouvelle médiévale et classique
Temps modernes
Époque contemporaine
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
George Hainsworth, Les Novelas exemplares de Cervantes en France au XVIIe siècle, contribution à l’étude de la nouvelle en France, Paris, H. Champion, 1933 René Godenne, Histoire de la nouvelle française aux , Genève, Droz, 1970, 354 p. René Godenne, « La nouvelle française », Études françaises, volume 12, numéro 1-2, , p. 103-111 (lire en ligne). Gabriel-André Pérouse, Nouvelles françaises du XVIe siècle, images de la vie du temps, Genève, Droz, 1977. Alain Cullière, « La première anthologie européenne francophone de la nouvelle (1578) », La nouvelle de langue française aux frontières des autres genres, du Moyen Âge à nos jours, volume 2, actes du colloque de l’Université catholique de Louvain (), Louvain-la-Neuve, Academia Bruylant, 2001, p. 62-75. Nelly Labère, Défricher le jeune plant. Étude du genre de la nouvelle au Moyen Âge, Paris, Champion, 2006, 1061 p. Anne Boutet, Les recueils français de nouvelles du XVIe siècle, laboratoires des romans comiques, thèse soutenue le à l’université François-Rabelais de Tours. Tiphaine Rolland et Romain Weber, Ventre d’un petit poisson, rions ! Liminaires des recueils plaisants (XVe-XVIIe s.), Reims, Éditions et Presses Universitaires de Reims, coll. Héritages critiques, 2022, 628 p.
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