vignette|Un employé dictant un texte à une sténographe (Californie, 1943). vignette|Sténographe, utilisé par un sténotypiste.

La sténographie (du grec ancien / (« étroit », « resserré », « court ») et / (« écriture »)) est un procédé de tachygraphie (du grec ancien / (« rapide ») et / (« écriture »)). C'est « l'art de se servir de signes conventionnels pour écrire d’une manière aussi rapide que la parole ». Plusieurs méthodes de sténographie existent, différentes en fonction des langues, le principe étant de choisir de nouveaux signes adaptés à une retranscription phonétique du discours, et d'y associer divers procédés de simplification et d'abréviation dans un esprit comparable à ce qui se fait dans le langage SMS.

Historique Origine Issus d'un même besoin (écrire rapidement et si possible à la vitesse de la parole), les systèmes d'écriture rapide remontent à fort longtemps.

Selon les écrits de Diogène Laërce, les premières traces remonteraient à 405 av. J.-C., date à laquelle Xénophon aurait usé de sténographie pour transcrire les discours de Socrate.

Les paléographes classent l'écriture hiératique et démotique comme des tachygraphies, car elles permettaient aux scribes d'écrire rapidement en simplifiant les hiéroglyphes et étaient utilisées dans l'administration (correspondances, remboursements de dettes, notes de blanchisserie, bordereaux de livraison), mais aussi dans le domaine culturel (textes littéraires ou scientifiques).

En 63 av. J.-C., Tiron (Marcus Tullius Tiro), esclave de Cicéron, s'inspirant des notes grecques, inventa sa propre méthode de sténographie. Ses prises de notes ont été conservées. Tout d'abord, Tiron n'abrégeait que les mots les plus populaires en utilisant des indices de contexte. Puis il améliora sa méthode en abrégeant les phrases ou expressions les plus communes ; le résultat est appelé notes tironiennes.

Moyen Âge En Europe, au Moyen Âge, les scribes employaient des abréviations dans leurs manuscrits. Ils utilisaient des majuscules initiales comme sigles, contractions de plusieurs mots, mots coupés dans la syllabe initiale, morceaux synthétiques de longues phrases d'utilisation conventionnelle, ainsi que points et accents à diverses hauteurs. Toutes ces ressources constituaient autant de systèmes d'écriture abrégée, dont la fonction n'était pas toujours d'accélérer l'écriture. Il s'agissait parfois de respecter la forme logographique habituelle d'un mot (exemples : « sca » pour « sancta », « nra » pour « nostra », etc.).

Selon Ausone et Sidoine, la sténographie était toujours utilisée au . On trouve des preuves un peu partout, comme dans des circulaires de Charlemagne (748 - 815) envoyées aux religieux dans les écoles presbytérales : « Et que des écoles soient fondées qui enseignent la lecture aux enfants. Qu'ils apprennent les psaumes, la sténographie, le chant, la grammaire (…) ». L'utilisation des notes tironiennes est largement attestée au moins jusqu'au : on en trouve dans plusieurs manuscrits, notamment dans celui des « formules impériales », produit dans l'entourage de l'empereur Louis le Pieux. Les notes tironiennes pouvaient servir à écrire des textes entiers, comme des lettres. Les signes les plus courants étaient fréquemment utilisés, en commun avec les caractères latins.

Le Lexicum diplomaticum de Johann Ludolf Walther contient des informations sur un certain nombre d'abréviations adoptées pendant le Moyen Âge, mais dépourvues de signes spéciaux. Par la suite sont apparues en Angleterre l'Ars Scribendi Characteribus (1412) de Jewel ainsi qu'un ouvrage de Plymouth qui consistaient en une écriture courante où l'on supprimait des consonnes, et parfois des syllabes entières. Ces systèmes d'écriture rapide ont servi de modèles à l'élaboration des premiers systèmes sténographiques modernes.

Dans de nombreux textes en vieil anglais, on trouve différentes abréviations, telles que ō à la place de ond, ainsi que différents symboles représentant les mots usuels, tels que if, his, nìwlice.

L'Histoire de la sténographie dans l'Antiquité et au Moyen Âge (1908) de Guénin parle de la sténographie au Moyen Âge.

Âge classique

L'Anglais John Willis publie en 1602 le premier traité d'écriture abrégée. Son système géométrique est repris et simplifié par Samuel Taylor, élève de William Williamson, en 1786 et utilisé jusqu'au . C'est l'ancêtre de la sténographie, les traités de short hand writing systems faisant fureur en Angleterre à partir de la fin du . Le système géométrique d'écriture abrégée de Willis et Taylor sera ensuite remplacé par plusieurs types nouveaux qui diffèrent selon les pays.

De la Révolution française au En France, Jacques Cossard publie en 1651 une Méthode pour écrire aussi vite qu'on parle, mais ce n'est qu'avec la Révolution que la sténographie prend véritablement son essor, un Journal logographique de l'Assemblée nationale étant ainsi créé. Le principe de publicité des débats parlementaires s'impose. : la Constitution de 1791, première d’une longue série de lois fondamentales, proclame : « Les délibérations du corps législatif sont publiques, et les procès-verbaux de ses séances sont imprimés ».

Théodore-Pierre Bertin introduit ainsi la méthode de Taylor en l'adaptant au français, dans son Système universel et complet de Sténographie (1792). Des comptes rendus de la Convention nationale sont rédigés, dans un souci de publiciser les débats. Bertin aurait ainsi travaillé pour les Bulletins de l'Assemblée constituante. En 1797, Jean Coulon de Thévenot (1754-1813) propose de créer un Corps de Tachygraphes du Parlement de Paris et publiera Le Tachygraphe à la Convention.

Élève de Bertin, Jean-Baptiste Breton de la Martinière (1777-1852) effectue le compte rendu du procès de Babeuf, marquant l'utilisation de cette technique dans le cadre judiciaire, qui sera popularisée par Aimé Paris (1798-1866). Breton de la Martinière effectua aussi des comptes rendus de cours de savants célèbres, puis entra en 1815 au Journal des débats de Bertin avant de devenir gérant de la Gazette des tribunaux, fondée en 1825. En juin 1789, l'Assemblée constituante crée un Bureau des procès-verbaux, à usage strictement interne et, dès l'an III (1794-1795), Breton et son collègue Igonel proposent à la Convention de créer un Établissement d'un Journal Sténographique des travaux de la ConventionBibliothèque Nationale de France, cote 4-Lc2-835, département D1. Le compte rendu des débats est interdit après la vague révolutionnaire, avant d'être autorisé à nouveau sous la monarchie de Juillet, dans un esprit libéral, lié aux lois sur la presse. On substitue toutefois à la pluralité des comptes rendus un compte rendu sténographié officiel, qui sera assuré par Le Moniteur universel, chargé de le redistribuer à la presse. Le Second Empire édulcorera ces comptes rendus officiels jusqu'à leur ôter toute consistance.

En Grande-Bretagne, Sir Isaac Pitman invente en 1837 une sténographie phonétique représentée par des lignes droites et courbes. Défenseur d'une réforme orthographique et diffuseur infatigable de cette nouvelle méthode, qu'il destine à l'alphabétisation et à l'éducation des masses, il popularise la méthode , qui obtient un quasi-monopole, notamment en Angleterre et en Amérique du Nord. En France, en 1860, les frères Duployé mettent au point leur propre système qui se répand, dans une moindre mesure, en Europe occidentale, mais qui vise à des objectifs similaires d'éducation des masses. Jules Grenier vise les instituteursGeorges Husson, Jules Grenier, écrivain briard, Meaux, A. Le Blondel, 1890 — sur Gallica., et Albert Delaunay, quant à lui, tente de convaincre les élèves de lycées bourgeois de l'utilité de cette méthode pour la prise de notes. En outre, John Robert Gregg propose en 1888 un autre système, géométrique et cursif, qui convainc les États-Unis et le Canada par sa simplicité.

La sténotypie se généralise ainsi pendant la Belle Époque, et dès 1870, se diffuse dans le monde commercial. Au même moment, le métier de sténographe se féminise. Après l'invention de la machine à écrire, le Syndicat général des sténographes et dactylographes est ainsi créé en France en 1889Sténographie, sténotypie ou dictaphone ?, fiche des Archives nationales françaises. La sténographie se lie au phénomène de bureaucratisation, tant des États modernes que des entreprises, bientôt entrées dans la révolution du management et des sciences de gestion, qui culminera dans l'invention du taylorisme.

Avec la diffusion de la machine à écrire, la sténographie se voit concurrencée par la sténotypie. Cette dernière invente ses propres systèmes de codification, plus adaptés à la saisie mécanique comme la brévigraphie. Une sténotype se présente sous la forme d'une petite machine à écrire dont le clavier comporte un nombre de touches réduit. Puis apparaît la machine à dicter ou ronéophone, vers 1910. La sténographie continue toutefois à être utilisée dans divers contextes, notamment de prise de notes.

De nos jours En France, jusqu'au début du , la sténographie fut utilisée pour retranscrire, notamment, les débats parlementaires. À l'Assemblée nationale comme au Sénat, les sténographes se tenaient au pied de la tribune de l'orateur et se relayaient toutes les trois minutes, tant que durait le débat. De l'autre côté de la tribune, un sténographe, appelé « réviseur », prenait également l'intervention du ministre ou du parlementaire, en sténographie, mais plus longtemps. Son rôle était de s'assurer que le sténographe (dit « rouleur »), avait bien retranscrit l'allocution et surtout les interruptions qui peuvent venir de l'hémicycle.

Néanmoins, la sténographie a cessé d'être utilisée par les services des comptes rendus des assemblées, qui lui préfèrent désormais des techniques d'enregistrement audiovisuelles. Le premier concours de recrutement des rédacteurs des débats (qui ont remplacé les sténographes des débats) a été ouvert en février 2005Recrutement, emploi de rédacteur des débats.

Chronologie des méthodes Prémices

-430 : Xénophon aurait usé de sténographie pour retranscrire les discours de Socrate : notes tironiennes, inspirées de celles de Xénophon 1174 : méthode Tilbury, fondée sur celle de Tiron

Anglophone

1588 : méthode Bright 1590 : méthode Bales 1602 : méthode Willis 1641 : méthode Shelton 1786 : méthode Taylor 1837 : méthode Pitman fondée sur la méthode Taylor 1888 : méthode Gregg 1896 : méthode Le Jeune fondée sur la méthode Duployé

Francophone

1651 : méthode Cossard 1678 : méthode Ramsay fondée sur la méthode Shelton 1776 : méthode Coulon de Thévenot, fondée sur les notes tironiennes 1792 : méthode Bertin, adaptation française de la méthode Taylor 1813 : méthode Conen de Prépean 1820 : méthode Aimé Paris, fondée sur les méthodes de Bertin et de Conen de Prépean 1828 : méthode Prévost, fondée sur la méthode Bertin 1860 : méthode Duployé 1871 : méthode Guénin, fondée sur la méthode Aimé Paris, dite méthode Aimé Paris - Guénin 1878 : méthode Delaunay, fondée sur la méthode Prévost, dite méthode Prévost - Delaunay 1890 : méthode Jules Meysmans 1901 : méthode Calay, fondée sur la méthode Aimé Paris

Autres langues

1880 : méthode Ameghino pour l'espagnol, fondée sur la méthode Duployé 1888 : méthode Brandt pour le latin 1892 : méthode Melin pour le suédois 1896 : méthode Le Jeune pour le latin

Sténotypie

1827 : Première sténotype du français Benoît Gonod 1863 : Sténotype de Michela-Zucco 1876 : L'Américain John Zachos dépose un brevet sur du sténotype à New York 1909 : Le Français Marc Grandjean développe un sténotype en France

Musique fin des années 1950 : Nashville Number System, surtout utilisé pour la musique country

Exemple de transcription en méthode Prévost-Delaunay

L'exemple qui suit est fondé sur les Pages françaises (texte sténographique) de Bellaize et Boucherie, ouvrage utilisé au cours de la première moitié du .